Akli Tadjer en entretien au MODEL 2019

Vous avez écrit de nombreux romans ?Celui-ci est le onzième(La vérité attendra l’aurore– Lattès).Vous n’êtes pas seulement écrivain, vous êtes aussi scénariste, vous avez écrit des séries télé. Quel est votre rapport à l’Algérie ?

Je suis né tout près d’ici, à l’Hôtel DIeu. J’avais entre 10 et 12 ans quand j’ai mis le pied pour la première fois en Algérie et j’ai éprouvé un véritable coup de coeur !Dans mes souvenirs enjolivés, je considérais que tout était mieux là-bas.Mon Algérie je l’ai aussi construite à travers le regard de mes parents, j’ai bénéficié d’une double culture.Je me sens, grâce à cela, plus riche, plus complet.Mais c’est mon point de vue d’adulte, enfant on ne vit pas cela comme une richesse mais plutôt comme un poids.Il y a la différence de culture, de religion, et il faut y ajouter les conflits entre les deux pays.A la maison j’étais algérien, kabyle.Dehors, j’étais français.Mais je rêvais d’être comme tout le monde.Dans les années 60/70, il n’était pas facile d’être algérien en France !Et on s’ennuyait ferme en Algérien, on avait l’impression que les aiguilles des horloges étaient collées aux cadrans.C’est là-bas que j’ai dévoré tous les Maigret, que j’ai découvert Jack London.

Pourquoi avoir écrit ce roman ?Je l’ai écrit après les attentats de Paris, j’ai eu un choc émotionnel parce que cela me rappelait des scènes déjà vécues en Algérie.Nous allions en famille en Algérie pendant les années 90. Mon père tenait à ses racines.Il y avait des attentats commis contre des algériens par des algériens au nom de la religion.Nous habitions une maison isolée, à flanc de montagne. On s’habitue à tout, même à la peur.Il y a eu un choc thermique entre les deux pays.Alors les attentats de Paris sonnaient comme un écho pour moi.Le cinéma a une grande place dans ma vie, j’ai raconté cette histoire un peu comme on réalise un film. Nous étions à Alger lorsqu’il y a eu l’attentat contre le commissariat. J’ai donc écrit cela à la manière d’un film qui repasse.

Le narrateur a un frère victime. Pourquoi en avez-vous fait un ébéniste ?Lyes a suivi ses études à l’Ecole des Mines, Mohammed lui est intelligent avec ses mains.Le narrateur, après la mort du frère éprouve la culpabilité du survivant.

Vous ponctuez vos romans d’humour et il y a aussi de la tendresse.Oui, j’aime, même pour les sujets les plus noirs, user de l’humour.(Monique Chaïbi)