Canesi & Rahmani :ALGER SANS MOZART

s120912172318Un magnifique portrait de femme : Louise l’indépendante dans l’Algérie colonisée, femme libre dans une Algérie devenue indépendante, Louise l’insoumise dans l’Algérie en proie au chaos civil…
Alger sans Mozart est un roman polyphonique composé de plusieurs voix :
– Celle de Louise, d’abord, qui refuse de quitter l’Algérie, et qui, à l’image de sa ville, se dégrade au fil des jours. En opposition avec sa famille française, en rupture avec sa belle-famille algérienne, Louise est une paria, abandonnée de tous, une greffe de la France des lumières dans la vieille terre d’Afrique. Une greffe en voie de rejet.
– Celle de Marc, son neveu, metteur en scène célèbre qui vit à Paris, catalyseur des destins de Louise et de Sofiane qu’il manipulera, comme ses acteurs, par son cynisme et son désespoir.

– Celle de Sofiane, jeune algérois, qui incarne l’Algérie nouvelle, dynamique, curieuse de son passé, gourmande de son futur.
Un hommage à l’Algérie et aux Algériens écrasés par la destinée. Alger sans Mozart est une mosaïque qui met en lumière soixante ans de schizophrénie. La schizophrénie de deux pays qui refusent d’admettre leurs liens irrémédiables. Ce roman écrit par un Algérien et un Français s’attache à reconstituer le puzzle si complexe de l’Histoire commune aux deux pays. Sans concession…
Un roman choral publié à l’occasion du 50ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie.
Prix”Coup de Coeur” 2013 : les lauréats recevront leur prix à la Comédie du livre de Montpellier
Réception du livre à Toulouse:
Michel Canesi et Jamil Rahmani, Editions naïve, 456 p. 2012.
Ce livre a été primé pour le “coup de coeur 2013” de l’association Coup de soleil, sections Languedoc /Rousillon et Midi/ Pyrénées. Il sera présenté par les auteurs à la Comédie du livre de Montpellier le dimanche 9 juin 2013, puis à l’automne 2013 à Toulouse (lieu et date communiqués ultérieurement)
C’est le troisième roman écrit par les deux auteurs. Le premier a été à l’origine du scénario du film de Téchiné : « les témoins ». Liens avec le cinéma qui expliquent peut-être le découpage de ce roman en tableaux courts centré chaque fois sur un des personnages.
Le roman a deux héros, Louise et la ville d’Alger . Leur histoire s’étend des années 30 (naissance de Louise et centenaire de l’Algérie) à nos jours et ont assiste au naufrage parallèle des deux personnages. Louise est la fille d’un arabisant qui sait aussi le berbère, passionné de littérature arabe et de traditions berbères. Mais il y a aussi sa sœur mariée à un pied noir d’origine alsacienne passionnément attaché à « sa terre », très vite convaincu par les idées de l’OAS. Louise est prise entre le monde de son père celui de sa sœur et son beau frère qu’elle n’aime pas, son goût pour la douceur de vivre à Alger pour qui peut profiter de la plage, des repas de brochettes grillées du dimanche .. et un sentiment d’injustice. Hospitalisée à la suite d’une dépression nerveuse (elle se sent responsable de la mort de son neveu, compagnon d’enfance très proche d’elle par l’age), elle est sauvée du désespoir par un infirmier étudiant en médecine, Kader. Une idylle se noue entre eux et elle prend le parti du FLN pour lequel elle transporte pansements et médicaments. Elle reste cependant proche de son milieu et capable de comprendre le point de vue de son beau frère « Algérie française »
Mariée avec Kader elle reste en Algérie alors que sa famille part après la mort de son beau-frère dans une manifestation de l’OAS ( Juillet 1962)
A travers les souvenirs de Louise l’histoire de sa vie se déroule parallèlement à l’histoire d’Alger. La déchéance de Louise : l’échec de son mariage avec Kader, l’absence d’enfant, le départ de Kader, la boisson qui peut à peu la fait grossir , l’enlaidit (Jeune, sa beauté la faisait comparer à Rita Hayworth). Elle a peu d’argent, même si elle vit au Télemly dans l’appartement qu’occupaient ses parents. Sa défaite est décrite en parallèle avec l’enlaidissement d’Alger, l’échec d’une Algérie démocratique et liée à la France dont elle rêvait, la montée de l’Islamisme.
L’histoire des autres personnages : son neveu, Marc né en France après la mort de son père, très proche de Louise et Kader dans son enfance , réalisateur célèbre, homosexuel qui revient à Alger après trente ans d’absence et décide de tourner un film sur la vie de Louise, Sofiane jeune algérien voisin de Louise, s’intercale dans celle de Louise dans des chapitres parfois très courts.
Différents niveaux de langage se mêlent: le français de Louise, châtié , élégant un peu désuet, celui de Marc plus moderne où le jargon du show bizz se développe, le français de Sofiane parfois maladroit mais plein de trouvailles.
Un dernier personnage : la ville de Tanger, vue à travers les yeux de Sofiane qui a rejoint le tournage du film sur la vie de Louise. Une ville propre où les touristes sont nombreux , où règne une grande liberté dans les hôtels de luxe. Tanger ce que serait peut-être Alger si les intégristes n’en chassaient pas tout le plaisir de vivre (écouter du Mozart par exemple) si les nouveaux habitants n’en avaient pas saccagé la beauté par indifférence à la saleté , manque d’entretien des batiments.
Un roman désenchanté où Sofiane représente la note d’espoir.

Ce livre appartient à la série de cinq ouvrages sélectionnés par l’Association Coup de soleil pour 2013. Ils ont été commentés et discutés en public à Toulouse le 5 octobre 2012. Ces ouvrages sont proposés comme “coup de coeur” de Coup de soleil pour 2013, vous pouvez les lire et les emprunter dans les bibliothèques et médiathèques toulousaines de Croix Daurade, St Cyprien, Les Izards, Serveyrolles, etc. et à la médiathèque Jose Cabanis, ainsi qu’à la médiathèque de Roques-sur-Garonne.