Category Archives: Actualités Coup de soleil

Abdelilah Laloui, Les Baskets et le Costume, entretien en librairie Arbre à lettres

Abdelilah Laloui « a vingt ans. Il est étudiant à Sciences-Po Paris et a cofondé l’association Tous curieux. Dans Les Baskets et le Costume, il raconte sa quête de liberté. »

Ce court récit, à peine romancé par endroits nous dit-il, raconte son parcours de « success story » depuis sa famille maghrébine du « 94 » jusqu’à Saint Germain des Prés. Le fil de l’histoire est la découverte des livres, l’audace d’affronter les « codes » du monde de la culture, quand on entre à Sciences-Po par la voie de « CEP ». C’est dès le lycée qu’il crée, avec sa copine Alia, l’association « Tous curieux » : faire prendre conscience, dans le monde de ses copains, que la culture « ne s’hérite pas, elle se conquiert » (Malraux).

A la librairie Arbre à lettres, 6 mars 2020, Abdelilah Laloui présente son livre : pour acquérir la « culture française » il faut valoriser sa propre culture, qui est une chance ; on est alors à égalité, pour découvrir, avec ceux qui ont le « bagage » mais pas forcément le seul outil, qui est la curiosité. Et souvent dans le milieu de banlieue on profite d’une bienveillance familiale qui est une chance par rapport à d’autres élèves des beaux quartiers. Et la chance : des parents, une grand-tante, un député…

Depuis l’an 2000, le programme « CEP » de Sciences-Po Paris a bénéficié à quelque 1600 élèves. Comment est-ce vraiment bénéfique ? Le risque est que ses bénéficiaires se marginalisent dans un « entre-soi » de ces élèves exceptionnels « transclasses », que l’Ecole ne guide pas par un accueil particulier. Ces « transclasses » ne valorisent vraiment leur trajectoire que si ils se considèrent comme des traits d’union avec leur milieu d’origine et l’association « Tous curieux » vise tous les jeunes et pas seulement les « cadors » que sont ces « transclasses » potentiels.

Abdelilah Laloui, dès son entrée à Sciences-Po, a tenu un journal de ses efforts, de ses terreurs et de ses déboires, pour se décrire à lui-même sa différence. Quand un article dans Le Monde a valorisé l’association « Tous curieux », il a reçu des propositions d’éditeurs et s’est jeté dans l’écriture de son livre, son journal sous le coude.

Quelques citations pour donner envie de le lire :

p.69 Pour la première fois, on me conseille de prêter attention à ma pensée […] j’avais besoin de le lire sur un papier, car la parole ne suffit pas toujours pour dire les choses importantes.

79 Non, lorsque l’on naît de l’autre côté de la République, on se contente de nous dire quoi faire.

132 Pourtant, j’ai de bonnes intentions, j’ai envie d’apprendre. Mais je marche sur un sable mouvant intellectuel. J’ai beau essayer de courir, je m’enfonce.

145 Dans la haute société, l’exclusion est beaucoup plus radicale qu’en banlieue. Aucun faux pas n’est permis.

Pour en savoir plus et aider l’association « Tous curieux » :

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/art-culture-edition/tous-curieux-l-asso-qui-veut-promouvoir-l-acces-a-la-culture-pour-tous_3447539.html (une vidéo de présentation)

https://www.facebook.com/watch/?v=622546671500168 (autre vidéo de présentation)

https://www.helloasso.com/associations/l-assemblee-des-curieux (pour contribuer à aider cette association)

Fouad Laroui,Chroniques de l’autre rive (En entretien au MODEL 2020)

Fouad Laroui,Chroniques de l’autre rive (En entretien au MODEL 2020 avec Francesca Isidori)

Cette année je n’ai pas écrit de livre, mais mon éditeur a voulu prendre parmi les chroniques que j’écris dans divers journaux (Jeune Afrique, Post Scriptum) pour composer un recueil.Le fil conducteur c’est mon regard marocains sur les problèmes de notre époque.Un regard de passeur.Notre époque est une époque d’incompréhensions culturelles. Je n’ai pas les clefs pour changer les mentalités. Au Maroc, 85% des problèmes sont rifains.On a tendance à juger les autres avec nos propres critères.

Un exemple : Un professeur lit un journal, il y a un supplément en anglais sur les problèmes actuels qu’un homme lui demande de lire. Le professeur tend la page et réclame une somme correspondant au montant de cette feuille.

On peut s’offusquer, et en conclure que l’homme est radin. Mais il se trouve que cet homme offre 10% de son salaire mensuel à une association.Le prix de la page du journal, il le justifie ainsi ”Les bons comptes font les bons amis”. Quand on commence à comprendre les codes culturels des autres, les traumatismes s’effacent.

Un autre exemple : Lors du match au cours duquel l’Algérie avait gagné par 5/0 contre le Maroc, le capitaine de l’équipe algérienne était allé s’acheter une belle veste en cuir. Au moment de régler, le vendeur refuse l’argent. Il a reconnu le joueur et lui offre la veste.Un maghrébin comprend le geste, un hollandais, non. (Monique Chaïbi)

Ecouter Fouad parler du livre : https://www.youtube.com/watch?v=iqUT5rQncwI

Olivier Le Cour Grandmaison Ennemis mortels, en entretien au MODEL 2020

Olivier Le Cour Grandmaison Ennemis mortels, Représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale,édité chez “La Découverte”

« Pour mieux comprendre la place singulière de l’islam aujourd’hui en France, cet ouvrage étudie les représentations de cette religion et des musulmans élaborées de la fin du XIXe siècle jusqu’à la guerre d’Algérie par les élites académiques, scientifiques, littéraires et politiques.
S’appuyant sur des sources diverses, parfois ignorées ou négligées, Olivier Le Cour Grandmaison analyse la façon dont ces élites ont, pendant des décennies, conçu et diffusé un portrait pour le moins sombre des colonisés musulmans. Pendant qu’Ernest Renan, par exemple, soutient que l’islam ” n’a été que nuisible “, Guy de Maupassant se passionne pour la sexualité prétendument débridée et ” contre nature ” de ses adeptes […] » (présentation de l’auteur) questions-a-olivier-le-cour-grandmaison/voir(le dialogue de l’auteur avec Pascal Boniface, de l’IRIS)

Olivier Le Cour Grandmaison dialogue en entretien au MODEL 2020 avec Francesca Isidori : il n’est pas un spécialiste de l’Islam mais de ses représentations.L’Islamophobie ne date pas d’aujourd’hui, Il faut aussi cesser de parler de l’Islam au singulier car il y a plusieurs variantes de l’Islam.

Ernest Renan (1823-1883) avance des argument scientifiques pour légitimer ses travaux sur l’Islam, il était professeur au Collège de France et a déclaré à la Sorbonne (en 1883) : “L’islamisme n’a été que nuisible”

(On parlait d’islamisme plutôt que d’Islam à l’époque) Le manuel de Renan était offert aux écoliers méritants.

Maupassant en 1881 est en Afrique du Nord, il évoque l’hypersexualité des musulmans, d’une sexualité contre nature liée à la religion et au cloaque de la famille.Il évoque les femmes entre elles au harem.L’Islam serait une menace pour l’ordre moral et pour la sécurité sanitaire (il serait à l’origine de la propagation de la syphilis). Un danger pour les biens des personnes et l’intégrité des femmes blanches.

Les islamologues d’aujourd’hui sont de pâles ventriloques d’une islamophobie d’antan. Il faut tenter de comprendre le phénomène d’extension, les hommes qui écrivaient sur le sujet à l’époque n’étaient pas pétris de haine et de préjugés, ils écrivaient en tant que “scientifiques”. Il y avait de très rares voix discordantes, dont celle de Mismaert, inconnu de nos jours.Mais il n’avait pas la capacité d’affecter le courant dominant.

L’émir Khaled (1875- 1936), le petit-fils de l’émir Abdelkader, s’est insurgé contre la place des autochtones dans la législation française : ils ne sont pas pensés comme des citoyens mais comme des sujets. (Monique Chaïbi)

LECTURE MAHMOUD DARWISH À MONTOLIEU

L’association Coup de soleil sera au printemps des poètes à Montolieu, village du livre !

Le samedi 7 mars à 18h, au Musée des Arts et Métiers du Livre, Montolieu, Aïcha Moghrabi lira des poèmes de Mahmoud Darwish, dans le cadre de l’exposition « La terre nous étroite », rétrospective de Michel Boucaut.

Un événement en partenariat avec Coup de Soleil Occitanie.

 

 

 

 

Table ronde: Maghreb-Orient des Livres 2020 Vents de révolte : Algérie, Liban, Irak

Maghreb-Orient des Livres 2020

Vents de révolte : Algérie, Liban, Irak

 

ALGERIE – Mustapha Benfodil, reporter au quotien El Watan, auteur de Alger, journal intense(2019)

Le mouvement de contestation a débuté le 22 février 2019 en Algérie. C’est une contestation inédite dans sa forme (non violente), son niveau de participation et sa longévité (tous les vendredis + le mardi pour les étudiants). Son leadership n’est pas structuré – ce qui réduit notamment le risque d’arrestation, mais à un moment, il va falloir formaliser le passage à un nouveau modèle.

La contestation s’est un peu affaiblie depuis décembre. Une partie de l’opinion considère qu’il faut une période de grâce pour laisser le nouveau président travailler. Le pouvoir en place fait aussi appel à des considérations économiques, pour effrayer les manifestants.

Les manifestants veulent diminuer le pouvoir présidentiel, mais surtout changer ce système bicéphale avec un pouvoir institutionnel et un pouvoir réel (qui tire les ficelles derrière).

LIBAN – Joumana Haddad, militante, journaliste et auteur de Le livre des Reines(2019)

Si on prétend que la guerre et les divisions au Liban, qui ont débuté en 1975, se sont arrêtés en 1990, elles ont continué sous plusieurs formes. Cela s’est notamment traduit par une absence d’espace donné aux nouvelles voix dans la politique.

Quand la révolution éclate le 17 octobre, elle est transversale, portée par plusieurs groupes différents, toutes les classes sociales, mais surtout beaucoup de jeunes. Ce sont les jeunes qui ont porté cette révolution. Ils ont dû affronter trois formes de découragement, l’une après l’autre :

  • Des doutes répandus par la classe politique sur le financement et l’origine de ce soulèvement, insinuant que l’Occident, les US ou Israël seraient derrière. Ces accusations absurdes n’ont pas marché du tout.
  • La peur, répandue par la violence de la part des forces de l’ordre, des milices de certains partis (partis chiites) qui ont essayé d’intimider les révolutionnaires. Là aussi, ça n’a pas marché.
  • La menace de guerre (« vous êtes en train de déclencher une nouvelle guerre au Liban »). Là aussi c’est tombé à l’eau.

Un nouveau gouvernement a été formé pour mieux représenter les intérêts des libanais. Mais malgré ce nouveau gouvernement, rien n’a changé. Chaque parti a considéré qu’il avait droit à 1 ou 2 morceaux du gâteau. La main de la Syrie et du Hezbollah reste très présente dans ce gouvernement aussi. Le parlement doit faire un vote de confiance mardi et nous allons tout faire pour qu’il ne passe pas.

Cela fait quatre mois que nous sommes dans la rue pour réclamer nos droits fondamentaux et une amélioration de la vie. Ces dernières années, les améliorations n’ont jamais eu lieu (sur l’électricité), malgré le financement des gouvernements occidentaux aux gouvernements libanais successifs. Les manifestants revendiquent le droit à un État laïque, non contaminé par le système confessionnel, qui régit maintenant le système politique mais aussi la vie privée des citoyens.

Je crois qu’il faut nous organiser un peu plus, former une sorte de structure. Ce sera dur de convaincre les gens que la révolte est nécessaire si cela ne donne pas un début de résultat. Il faut mettre en place un début de structure pour pouvoir former une vraie résistance face à cette résilience insolente que ces ahim ont pour ne pas lâcher le pouvoir qui est pour eux une vache qui leur donne des millions de dollars.

C’est trop réducteur de dire que la révolution avait commencé avant la taxe WhatsApp. Avant le 17 octobre, la crise économique avait commencé. Mais c’était la goutte qui a fait déborder le vase.

Il y a une accélération de la crise économique du pays et un écroulement financier. Jusqu’à présent, le système financier assurait une forme de cohésion au pays en reversant des taux d’intérêt élevé. Beaucoup de libanais ont mis leur économie à la banque et risquent de tout perdre. Nous nous en sommes au point où certaines banques donnent seulement 100 dollars par semaine à des gens qui ont mis toutes leurs économies.

Ce sont des punitions qui s’abattent sur les citoyens. On essaye de faire des poursuites en justice pour récupérer de l’argent qui a été placé en Suisse. Le pouvoir a d’ailleurs essayé de blâmer la contestation pour la crise économique.

Contexte régional tendu entre l’Iran et les US, travail de fonds effectué par le Hezbollah pour re-confessionnaliser les relations politiques.

Travail presque humanitaire pour pouvoir conforter les victimes de la crise économique. Ce n’est pas chiites contre sunnites (même si le pouvoir a essayé d’utiliser cet argument). Les manifestants savent désormais quels sont les boutons sur lesquels le pouvoir va appuyer pour essayer de diaboliser la révolution. Le pouvoir croit qu’il est toujours dans ce Liban confessionnel où il peut jouer sur la peur de l’autre. Alors que la rue est dans un Liban plus uni, qui n’a aucune sensibilité confessionnelle qui puisse être investie par le pouvoir. Le Liban a changé.

On ne peut pas se permettre du pessimisme. Parmi 128 députés, nous avons une seule député de l’opposition, qui appartient à la coalition de la société civile. Il n’y a que 6 femmes.

Quel Liban voulons nous ? Un Liban iranien à travers la main du Hezbollah ? Un Liban wabahiste à travers la main de l’Arabie Saoudite ? Un Liban baassiste à travers l’héritage de Bachar al Assad ? Ou un Liban libanais ?

IRAK – Charles Thépaut, auteur de Le monde arabe en morceaux(2017)

L’Irak, c’est 3 décennies de guerre ininterrompue. Système ultra-violent basé sur des bases confessionnelles. État reconstruit sur des bases ultra-libérales après l’intervention US.

On a observé ces dernièrs mois des choses vraiment nouvelles. Dans le cas irakien on a l’illustration d’un phénomène national très particulier et des constantes. Colision entre une crise sociale profonde et des tensions politiques assez similaires à celles observées au Liban. Eclatement d’une certaine ambiguité sur la distance entre le pouvoir réel et le pouvoir institutionnel. Tout le monde savait que le pouvoir réel était détenu par d’autres acteurs. Les mouvements actuels essayent de dénouer ce fil là.

Manifestations sans précédent en Irak ces dernièrs mois. Colère sociale très ancienne dans les pays évoqués. Protestations sociales en Irak à Bagdad en 2014, 2015… Historique de mobilisation sociale aussi fort que dans d’autres pays. Vu de France on dirait que la mobilisation sociale est secondaire car il y a la lutte contre le Daesh, mais sur le terrain c’est important.

Série de manifestations depuis 4 mois qui sont pacifiques et revendications nationalistes.

  • 60% de chiites
    20% de sunnites
  • 15% de kurdes
  • Quelques minorités

Ce fait a été gravé dans la constitution en 2003, ce qui donne à telle ou telle communauté des postes dans le gouvernement et a confessionalisé un certain nombre de sujets.

Les revendications sont nationalistes et concerent la dignité, la lutte contre la corruption et des opportunités économiques. Ca s’appelle l’Etat de droit. Les manifestants sont jeunes (Mais En Irak 70% de la population a moins de 30 ans.)

Répression assez féroce. On ne sait pas vraiment qui est responsable de cette répression. Qui est le donneur d’ordre ? pour les manifestants, la cible est encore plus dure à trouver que dans d’autres pays. Qui doit-on faire démissionner ?

Le gouvernement d’intérim n’a pas les pleins pouvoirs. Incapacité inconstitutionnelle à répondre directement aux revendications de la rue. La grande majorité des villes concernées par ce mouvement sont des villes chiites notamment au sud du pays et à Bagdad (devenue une ville majoritairement chiite). Cette identité confessionnelle ne contredit pas les revendications des manifestants qui concernent l’Etat de droit.

Comme en Algérie et en Liban, difficulté de convertir la manifestation. Une fois que le message de la rue a été exprimé clairement, comment on le convertit en changement institutionnel. Pour éviter les noyautages, pas de structure des manifestations. C’est ce qui permet au mouvement de durer mais cela lui empêche de fournir des recommandations. Est-ce qu’on commence par des élections, par des mesures concernant l’électricité, etc. Le mouvement n’a pas accès aux institutions. Si on avait des élections anticipées et un nouveau gouvernement Irak, il n’est pas du tout certain que les manifestants puissent être mieux représentés.

Pourrissement de la situation. La légitimité des manifestants n’est pas en jeu mais c’est leur capacité à convertir, à transformer l’essai qui l’est.

La tension entre les US et l’Iran est à son comble avec une politique de pression maximum pour faire arrêter tout enrichissement à l’Iran. L’Irak s’est trouvé être le terrain d’expression de cette tension avec l’assassinat de Souleimani. Paroxysme d’incidents qui ont eu lieu tout au long des 6 derniers mois. Impact économique sur l’Irak qui sert de sas à l’Iran. Le géopolitique et l’économique sont mêlés.

Clôture d’une séquence commencée en 2003 et que les manifestants essayent de clôturer pour ouvrir une nouvelle page. Slogan des jeunes manifestants : nous voulons une patrie.

L’État irakien est le 1epourvoyeur d’emplois en Irak. C’est difficile pour des gens ayant grandi dans un appareil étatique centralisé avec une économie dirigée d’imaginer une autre forme d’économie. La phase de transition nécessaire, selon le consensus des économistes, c’est l’austérité. Couper les emplois publics, arrêter les subventions publiques pour le pain et l’électricité. Le soutien social pour l’austérité est très difficile à trouver, surtout quand les gens se font taper dessus au jour le jour.

A Mossoul, à l’époque, quand les sunnites sont allés manifester, le pouvoir a tiré avec l’artillerie lourde.

L’émergence de Daesh est un facteur aggravant. Les cellules de Daesh existent encore à Mossoul et ailleurs et il y a une suspicion des forces de sécurité face aux sunnites. Cela empêche beaucoup de sunnites de prendre la rue et d’aller manifester. Cela ne veut pas dire que la contestation majoritairement chiite n’est pas soutenue par les sunnites et les kurdes. C’est vraiment un mouvement irakien. Les mossouliotes soutiennent le mouvement (mais ne le diront jamais).  (Raphaël Olivier-Mrejen)

Le rôle des institutions religieuses chiites est très important. Des ayatollah comme l’Ayatollah Sistani, sans être des acteurs quotidiens de la politique, font passer des messages politiques chaque vendredi. Autorité morale religieuse qui tient des discours très nationalistes : refus de l’ingérence extérieur, mais aussi, ce qui peut surprendre les observateurs extérieurs, pas d’agenda islamiste.

Quel part du religieux dans les institutions ?

Quelle part du religieux dans les discours politiques ?

Quel part du religieux dans les choix politiques ?

On observe sur les réseaux une capacité à mêler une identité religieuse et une identité politique laïque. Si la religion est une autorité morale, il y a des propositions politiques laïques.

Beaucoup de débats en France en 2012-13 sur l’hiver islamiste mais il faut faire attention aux différentes situations nationales et aux différentes couches de lecture.

Internet n’est plus réservée à une élite et on voit fleurir des pages Facebook où il se dit tout. Des gens qui se disent athées.

 

 

Bibliothèque Couronnes, Paris, Maghreb -Orient des livres hors les murs: Karim Amelal et Brahim Metiba, 31 janvier 2020

Dialogue des deux romanciers avec la journaliste Sadia Messaoudi:

17h/ 19h, sur le thème Retours en Algérie, puis dédicace

voir le flyer: http://coupdesoleil.net/wp-content/uploads/2020/01/Rencontre-RETOURS-EN-ALGÉRIE.pdf

 

« 1830-1914, NAISSANCE ET DESTIN D’UNE COLONIE » par Jacques Frémeaux, Desclée de Brewer, 2019

C’est une chance de trouver un tel bilan dans un livre qui reste de dimensions modestes et d’une parfaite lisibilité. Nous bénéficions dans ce livre de la parfaite maîtrise d’un historien conforme à l’idée qu’on peut continuer à se faire de cette profession, documentation précise sans être envahissante, objectivité et recherche d’un équilibre entre des points de vue trop souvent polémiques et irrecevables à force d’être poussés jusqu’à l’extrême. L’un des plaisirs qu’on a à lire ce livre est le sentiment qu’il est fiable, ne cherchant pas à influencer le lecteur mais à l’informer. Les qualités dont il fait preuve seront sans doute plus appréciables encore dans le second volume qui prendra la suite de celui-ci pour conduire l’histoire de la relation entre la France et l’Algérie jusqu’à son dénouement.
Dans le volume que nous avons actuellement sous les yeux, la recherche historique porte essentiellement sur les aspects militaires d’une conquête qui a été longue et difficile et sur l’organisation, au fur et à mesure, de ce qui doit permettre et encadrer le fonctionnement du régime colonial (politique, administratif, économique). L’auteur s’appuie à la fois sur ses propres travaux, notamment ceux qui concernent la lutte menée par l’armée française contre Abd el-Kader et, chapitre sans doute moins connu de nos jours, ce que furent les « bureaux arabes dont le rôle, limité dans le temps, n’en a pas moins été un aspect original et intéressant de la conquête. Mais il utilise aussi les très grands livres consacrés par des historiens éminents à la colonisation française en Algérie, ceux de Charles-André Julien, Charles-Robert Ageron et Xavier Yacono. L’existence de ces travaux lui permet d’être synthétique et de prendre un recul suffisant pour proposer, de manière prudente et modérée, néanmoins ferme, quelques appréciations.
Le déroulement du livre ne pouvait évidemment être autre que chronologique puisqu’il s’agissait de marquer les étapes qui ont rythmé ces soixante-quatorze ans, en commençant forcément, comme l’histoire elle-même, par le célèbre débarquement de 1830 à Sidi Ferruch, ou plutôt même un peu avant pour faire connaître les origines de l’événement. Après quoi la conquête militaire va de pair avec l’établissement des colons puisqu’il s’agit et c’est le trait fondamental de ce qui s’est passé en Algérie, d’y mettre en place une colonie de peuplement. Les témoignages ne manquent pas sur les expropriations parfois éhontées qui ont permis d’attirer des colons et du moins pour certains d’entre eux de réussir brillamment—mais il faut rappeler que ce fut pour certains seulement. Sans revenir sur des faits désormais très connus, sur lesquels l’auteur donne néanmoins le minimum requis de précisions (et sans doute n’a-t-il pas été facile de déterminer en quoi consistait ce minimum), on peut s’arrêter un instant sur son sujet de prédilection, à savoir, comme on l’a déjà dit, les « bureaux arabes » qui entrent en fonctionnement à partir de 1844. Leurs chefs, assez peu nombreux (environ deux cents), sont chargés de gérer les relations avec la population arabe. Ce sont pour la plupart de jeunes officiers sortis des grandes écoles, dont on peut citer pour exemple Jean-Auguste Margueritte, malheureusement mort prématurément à la bataille de Sedan en 1870. Ils entretiennent des relations, parfois complexes mais indispensables, avec les notables locaux et prennent des initiatives dans les domaines économique et social, parfois inspirées du saint-simonisme. Ils sont également chargés de la médecine et de l’enseignement. De manière intéressante, Jacques Frémeaux les rapproche des « réformistes » musulmans, ces chefs d’Etat qui au même moment s’efforcent d’engager leurs pays dans la voie du progrès, sur le modèle occidental quelque peu aménagé. Cependant, en Algérie, ils sont au service de la colonisation et il ne saurait en être autrement. D’autre part le style de relation franco-arabe qu’ils ont essayé d’instaurer n’est pas sans rapport avec la politique dite du « Royaume arabe » qui a été la grande idée de l’Empereur Napoléon III s’agissant de l’Algérie qui lui tenait à cœur mais l’auteur est manifestement de ceux qui sont très critiques à l’égard de cette politique et la considèrent plutôt comme une velléité restée indécise et inaboutie. Non sans rappeler, avec le souci d’équilibre qui le caractérise, que cette politique se retrouve peut-être avec succès dans celle qui fut plus tard appliquée au Maroc par Lyautey ; et que De Gaulle aurait déclaré en 1960 : (avec le royaume arabe) « on est passé à côté de la seule formule qui aurait été viable ».
Quoi qu’il en soit, après 1871, la politique de la Troisième République s’en éloigne radicalement et se fonde sur des principes différents. L’expression en vigueur sera désormais, et pour longtemps, « L’Algérie française », c’est-à-dire l’assimilation de l’Algérie à la France. Cependant, le début de cette nouvelle politique est de bien mauvais augure, puisqu’il s’agit de l’insurrection générale de 1871, le nombre d’insurgés étant évalué à 800.000 personnes, dont la répression par la France a eu des conséquences gravissimes, et surtout le terrible appauvrissement de la Kabylie, qui ne réussira pas à s’en remettre pendant toute la période coloniale.
Le bilan provisoire (jusqu’en 1914) qu’établit finalement Jacques Frémeaux insiste sur l’ambivalence de cette Algérie dite française, pour laquelle à cette date du moins on ne saurait parler d’échec—en tout cas pas dans le domaine économique, où l’on peut au contraire affirmer l’existence d’une réelle « prospérité coloniale » (c’est le titre du 10e chapitre du livre, qui en comporte 12). S’agissant des relations avec les Algériens Musulmans, il nous est sans doute difficile d’échapper à une lecture rétrospective du fait que nous savons ce que sera la fin de l’histoire, quarante-huit ans plus tard. Jacques Frémeaux se contente de parler de « motifs d’insatisfaction et d’inquiétude », formule que certains dénonceront sans doute comme une litote (atténuation) ! Mais il est vrai que les contestations et remontrances sont encore sporadiques. Suite au second volume …
Denise Brahimi (repris de la Lettre culturelle franco-maghrébine N° 36, septembre 2019)

Rencontre à Valence avec le sociologue Stéphane BEAUD – la France des Belhoumi

Rencontre avec le sociologue Stéphane Beaud

le 3 décembre à 20h à l’ASSC de Valensolles 25 rue Albert Thomas à Valence

 autour de son ouvrage La France des Belhoumi. Portraits de famille
(1977-2017), Éditions La Découverte, 2018

Organisée par le Centre du Patrimoine arménien en partenariat avec l’association Coup de Soleil en Auvergne Rhône-Alpes et l’ASSC la Farandole.

ENTRÉE LIBRE

 

 

En décentrant le regard habituellement porté sur les enfants d’immigrés, l’enquête de Stéphane Beaud retrace le destin des huit enfants d’une famille algérienne installée en France depuis 1977, dans un quartier HLM d’une petite ville de province.
Biographie à plusieurs voix, elle suit le fil de ces histoires de vie, révélant le rôle majeur de la transmission des savoirs par l’école en milieu populaire, le poids du genre, et montre les
différents processus d’intégration en train de se faire. Elle pointe aussi les difficultés rencontrées par les enfants Belhoumi pour conquérir une place dans le «club France», en particulier depuis les attentats terroristes de janvier 2015.

La colère du peuple algérien : une passerelle fragile vers les libertés

Samedi 23 novembre 2019 (18h30) à Montpellier (Hérault)
La colère du peuple algérien : une passerelle fragile vers les libertés

Soirée débat sur le mouvement algérien, animée par Bachir Dahak, dans le cadre de la Quinzaine des solidarités internationales.
Il y a huit mois débutait en Algérie “le “hirak”, ce “mouvement” qui a, en quelques jours, remis tout un peuple debout, un peuple avide de changement, de dignité et d’espoir en l’avenir. Un mouvement qui a suscité, à travers le monde, un sentiment d’étonnement puis d’admiration croissante. Un mouvement qui a déjà permis bien des avancées.

Où ? Espace Martin-Luther-King, 27 boulevard Louis Blanc, 34000 Montpellier

Regardez le Model 2019 sur Youtube : 12 manifestations majeures; Courtes présentations de 8 auteurs

Regardez le Model 2019 sur Youtube :

12 manifestations majeures : conférence, tables rondes…

25e Maghreb des livres : un quart de siècle !… Et maintenant ?

https://www.youtube.com/watch?v=ov9TNpoRcHk

 

1919-2019 : cent ans de diplomatie française en Méditerranée

https://www.youtube.com/watch?v=lKJhZcE-T14

 

Iran, an 40 après la Révolution (Armin Arefi, Azadeh Kian, Bernard Hourcade)

https://www.youtube.com/watch?v=NZGyXsCgyWY

 

(Dés)intégrations ? (Stéphane Beaud, Omar Benlaala, Mehdi Charef, Slimane Dazi, Mabrouck Rachedi)

https://www.youtube.com/watch?v=ofxDdhbgojU

 

Écrire l’histoire en train de se faire (Ali Al Muqri, Omar Kaddour, Hala Kodmani, Hélène Sallon)

https://www.youtube.com/watch?v=CK7rcJJ3EZs

Migrations en Méditerranée : l’Europe en quête d’humanité

https://www.youtube.com/watch?v=NsZeGtSxY8k

 

Djihad et Occident (Édith Bouvier, Fabien Carrié, Jean-Pierre Filiu, Céline Martelet)

https://www.youtube.com/watch?v=LiwvRUzy1_k

 

Écrire en exil (A. Chouaki, A. Djemaï, A. Shalmani, O. Y. Souleimane)

https://www.youtube.com/watch?v=X6njHMdnocQ

 

Femmes du Maghreb : quel droit à l’héritage ? (avec S. Benchekroun, F. Charfi, M. Ennaji, F. Lalami)

https://www.youtube.com/watch?v=8_FuBa9N_SA

 

Régis Debray : “Europe-Méditerranée : une communauté de destin”

https://www.youtube.com/watch?v=jgwgSPjGZ8c

 

L’humour au défi des tabous (Nael Eltoukhy, Sabyl Ghoussoub, Rachid El Daif)

https://www.youtube.com/watch?v=lTV7EK1au4g

 

Résister par l’écriture (A. Baïda, Y. Belaskri, M. Benfodil, M. Berrada, T. Leperlier)

https://www.youtube.com/watch?v=8QC6ZDZUtto

Courtes présentations de 8 auteurs invités :

3 minutes avec Mehid Charef

https://www.youtube.com/watch?v=z3mG2QvSjq8

 

3 minutes avec Abnousse Shalmani

https://www.youtube.com/watch?v=Bq6n9NRLgLE

 

3 minutes avec Sabrina Kassa

https://www.youtube.com/watch?v=IfDcesuFRWQ&list=PLbtCR_Izf5VXtbR0TnsSGH44eG4-6Oi64

 

3 minutes avec Aurélie Razimbaud

https://www.youtube.com/watch?v=zSJr8Bw7ito&list=PLbtCR_Izf5VXtbR0TnsSGH44eG4-6Oi64&index=8

 

3 minutes avec Diane Mazloum

https://www.youtube.com/watch?v=yWgjls2vfwM&list=PLbtCR_Izf5VXtbR0TnsSGH44eG4-6Oi64&index=7

 

3 minutes avec Sabyl Ghoussoub

https://www.youtube.com/watch?v=5J86Au2t-JI&list=PLbtCR_Izf5VXtbR0TnsSGH44eG4-6Oi64&index=5

 

3 minutes avec Mabrouk Rachedi

https://www.youtube.com/watch?v=fPHzyupeIDg&list=PLbtCR_Izf5VXtbR0TnsSGH44eG4-6Oi64&index=3

 

3 minutes avec Omar Benlaala

https://www.youtube.com/watch?v=4g-5j53Xfto&list=PLbtCR_Izf5VXtbR0TnsSGH44eG4-6Oi64&index=2