Actualités Coup de soleil



Prix beur-FM janvier 2019, lisez le livre! Meryem Alaoui “La vérité sort de la bouche du cheval

La vérité sort de la bouche du cheval,  Meryem Alaoui, Ed. Gallimard

Un texte conséquent de 260 pages. Un récit à la première personne, une sorte de journal daté qui s’étale, avec des ruptures dans le temps, de juin à octobre 2010, de janvier à mai 2011, d’avril à mai 2013 jusqu’à l’épilogue en 2018. Huit ans donc de la vie d’une femme forte, en deux temps : la galère puis la gloire…

La narratrice vient de Berrechid, un bourg situé à quelques kilomètres au sud de Casablanca. Après un mariage raté avec un garçon de son village, paresseux, violent et profiteur, dont elle a une fille, elle devient prostituée à Casa. Et c’est cette vie et la vie de son quartier qu’elle décrit, elle se raconte, nous raconte, elle apostrophe le lecteur, le prend à témoin, car cette Jmiaa est une grande gueule et elle a des idées, des idées sur tout et sur tous : Chaîba, son amoureux, Samira, sa meilleure amie, sa mère, Halima et beaucoup d’autres… qu’elle nous livre avec un langage cash, un franc-parler sans concessions. Un coup de projecteur donc sur une micro société aux diverses ramifications, avec ses codes et ses règles ; misère, sexe, alcool, drogue, petits trafics sont les lots quotidiens des protagonistes. Ce monde qui pourrait être sordide et désespérant devient à travers sa bouche de Jmiaa, un lieu de vie foisonnant, sensuel et haut en couleurs. On partage, on adhère, on comprend, et c’est tout l’art de la narratrice et de son style que de rendre palpable ce milieu, où la survie repose sur la rage de vivre, la débrouille toujours et l’entraide, parfois.

Jmiaa rencontre Chadlia, une jeune réalisatrice, (qu’elle surnomme « Bouche de cheval ») qui va l’embaucher pour l’aider à crédibiliser son scénario et même lui donner le premier rôle dans son film. « C’est comme ça la vie, tu ne sais pas pourquoi les choses arrivent, mais elles arrivent. » Jamiaa la prostituée devient une vedette. On dépasse vite la réticence à admettre un tel retournement de situation parce que Jmiaa reste le fil conducteur et qu’elle raconte sa nouvelle vie avec sa verve habituelle, ses jugements à l’emporte pièce, son bon sens, elle a gardé sa curiosité, son appétit de vivre, son énergie. Confrontée à ce monde inconnu, Jamiaa n’a pas perdu son esprit critique, elle manie la dérision et nous livre ses analyses souvent drôles et pertinentes. Tout le monde en prend pour son grade… « Trop d’organisation rend con. »

Un plaidoyer donc pour la vie, la vie à prendre à bras le corps. On peut saluer le courage de l’auteur qui s’est mise en danger en abordant un sujet difficile, dans un contexte politique et social hasardeux.

Une réussite que ce premier roman, un beau texte donc, attractif, cohérent de bout en bout, le rythme est tenu, l’attention soutenue.

Marie-France de Mirbeck

 

 

 

 

 

 

MODEL 2018: images des séances

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les dialogues entre écrivains et avec des écrivains, les lectures de leurs oeuvres, ont été nombreux au MODEL 2018: 31 séances sur les trois jours. Nos amis photographes en ont saisi une bonne moitié et nous les en remercions.

 

MODEL 2018: lieux, ambiances

Tant d’images ont été prises par nos amis, qui recomposent ces salons de l’Hotel de Ville de Paris pleins de visiteurs, d’écrivains, d’organisateurs, de livres et revues, d’expositions

Ce diaporama nécessite JavaScript.

. Revisitons 2018 en attendant très bientôt de nous retrouver

Entretiens au MODEL 2018: têtes d’affiche

Au Model 2019, comme les années récentes, c’est au Salon Laurens, au second étage des salons de l’Hôtel de Ville de Paris, que se tiennent les entretiens où chaque auteur est interviewé. Ils seront 36 à se succéder. Nous avons retrouvé des images prises en entretien en 2018 par plusieurs de nos organisateurs (Amir, Gianni, Mauricette, etc…). Entre autres:G. Bedos, Boucheron, B. Cazeneuve, K. Daoud, Hugueux, F. Laroui, Manaï, Osman, Pancrazi…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Jeunes au MODEL: rétrospective

Magyd Cherfi

Magyd Cherfi en signature

Année après année, au Maghreb des livres, puis au Maghreb Orient des livres (MODEL), des jeune nous rejoignent. Nous recrutons pour les jours du salon des volontaires appartenant à des associations d’insertion (Ecole, deuxième chance en 2018). Nous invitons aussi des lycéens et collégiens qui, dans leur classe, avec leur professeur, ont lu et étudié le livre d’un écrivain invité.

 

 

 

 

 

Communiqué 2013:

Organisé par Radhia Dziri et Fériel Saadi, animé par Marianne Weiss, du service d’action éducative de l’Institut du monde arabe (IMA), l’espace jeunesse propose aux enfants et aux familles des activités ludiques et de découverte : une exposition pédagogique « Le Maghreb : l’Occident arabe », des contes du Maghreb (dim. 11h et 15h), des lectures, un atelier BD et d’autres activités en libre accès / inscription sur place recommandée.

Communiqué 2014

Lycée Jules-Marey (Boulogne-Billancourt, Hauts-de-Seine) Abderrahman Chentouf travaille avec ses élèves depuis l’automne 2013 sur le livre d’Azouz Begag “Salem Ouessant”. Le professeur et les 10 élèves qui se sont le plus impliqués rendent compte de leurs travaux et dialoguent, en public, avec l’auteur du roman.

 

 

 

 

 

Lycée Saint-Exupéry (Saint Raphaël, Var): Aoitef Essouri travaille avec ses élèves depuis l’automne 2013 sur la BD d’Anne Sibran et Didier Tronchet “Là-bas”. La professeure et les 10 élèves qui se sont le plus impliqués rendent compte de leurs travaux et dialoguent, en public, avec les auteurs de la BD.

 

 

 

 

 

 

 

Communiqué 2015: Lycée Louis Armand (Eaubonne, Val-d’Oise). Saïd Aliane travaille depuis l’automneavec ses élèves de 1ère sur le livre d’Azza Filali : « Ouatann » (éd. Elyzad). Ils rendent compte de leurs travaux devant le publicet dialoguent avec l’auteure.

Azza Filali : Ouatann

Communiqué 2016: 

 

L’oiseau de pluie, de Ferradji

Lycée Louis-Armand (Eaubonne, Val-d’Oise). Saïd Aliane travaille depuis l’automne avec ses élèves de 1ère sur le livre de Taïeb FERRADJI : « Contes kabyles » (éd. L’Harmattan). Les lycéens rendent compte de leurs travaux devant le public et dialoguent avec l’auteur.

 

 

 

 

 

 

 

Lycée Jean-Monnet (Montpellier, Hérault). Yanick Berry travaille depuis l’automne avec ses élèves de 1ère sur le livre de Fouad LAROUI : « Une année chez les Français » (éd. Julliard). Les lycéens rendent compte de leurs travaux devant le public et dialoguent avec l’auteur.

 

 

 

 

2016, jeunes en insertion:

Depuis des années l’association Coallia envoie au Maghreb des livres une dizaine de stagiaires qui participent aux deux jours de la manifestation. Cette année 2016, ils en ont tiré un reportage qui constitue l’essentiel du premier numéro du trimestriel qu’ils viennent de lancer. Merci à eux pour leur travail et leur témoignage. Que ces jeunes apprennent à connaître la France ainsi à l’Hotel de Ville de Paris est un message
d’espoir.

Ci-dessous, le lien pour la version en ligne : https://madmagz.com/fr/magazine/740242?utm_source=m3&utm_medium=email&utm_campaign=f

Communiqué 2017: Depuis 2004, des lycéens travaillent chaque année, durant l’automne, sur un livre choisi avec leur professeur. Ils viennent rendre compte de leurs travaux devant le public du Maghreb des livres de février et ils dialoguent avec l’auteur. Le Maghreb des livres n’accueillera pas cette année de classes de lycéens. Deux classes du Languedoc et de Normandie travaillent actuellement sur le dernier livre de Magyd Cherfi (“Ma part de Gaulois”) mais les deux régions sont en vacances les 18 et 19 février. Les rencontres et le débat avec l’auteur se feront donc sur place avant le 31 mars.

2018: Présence des jeunes au MODEL, lecteurs, auditeurs et autres…

Maghreb-Orient des livres 2018

Maghreb-Orient des livres 2018

Maghreb-Orient des livres 2018

Maghreb-Orient des livres 2018

Maghreb-Orient des livres 2018

Maghreb-Orient des livres 2018

Jeunes en insertion: images au Model 2018 (Ecole, deuxième chance)

 

 

 

 

 

 

Rencontre entre des lycéens et l’écrivain Yamen MANAÏ: 2018


Une classe de 1ère du lycée Marcel-Cachin de St-Ouen (Seine-Saint-Denis) et leur professeur Jonathan Wilson, ont travaillé durant 3 mois sur le livre « L’amas ardent » (éd. Elyzad) de l’écrivain tunisien Yamen MANAÏ.
Une douzaine d’élèves ont rendu compte de leur travail et dialogué avec l’auteur.

 

Tazzeka, film: le Maroc et les migrations

 

 

Le film franco-marocain « Tazzeka », du réalisateur Jean-Philippe Gaud, aborde des problématiques liées à l’immigration, à la clandestinité, à la culture marocaine, au travers notamment de sa gastronomie.

Le film est présenté à Paris le 10 octobre à 20h30 au Cinéma St André des Arts, avec une célébration de la cuisine marocaine et un débat mené avec Georges Morin. “Ce débat a été animé, grâce à la présence de l’équipe de ce film. La salle était pleine et la projection s’est achevée par une très longue salve d’applaudissements, tout le monde insistant sur ce film esthétiquement superbe, tour à tour drôle et émouvant, bref un petit bijou ! A l’issue de la projection, le débat avec le réalisateur et le producteur ainsi que les quatre principaux acteurs a été aussi instructif que passionnant” (G. Morin).

Une séance spéciale est à nouveau programmée le 17 octobre à 20h30 au même cinéma.

Ce film s’inscrit dans la semaine d’animation de la culture  marocaine

  • Centre Culturel Alban Minville, 1 place Martin Luther King, 31100 Toulouse (Bellefontaine) : Mardi 25 septembre à 15h30
  • l’ABC, 13 rue Saint Bernard 31000 Toulouse : Mardi 25 septembre à 20h30

Film suivi d’un débat organisé par Coup de Soleil Midi-Pyrénées

Google ne dit encore rien sur le film, qui porte le nom d’un parc national marocain proche de la ville de Taza, c’est à peu près tout. Mais nous avons donc pu le voir en avant première à Toulouse : beaucoup de monde et de discussions au Centre culturel Alban Minville, puis le soir nous y étions au cinéma ABC, avec le comédien Mahdi Belemlih pour nous raconter son travail : il est en vedette pour la première fois, lui marocain devenu un acteur français, qui joue le rôle d’un marocain. Hommage au symbole que représente la cuisine dans la transmission entre générations, entre lieux de vie : souvenons-nous que l’écrivain Edmond Amrane El Maleh (1917-2010), juif de Essaouira, était devenu un cuisinier amateur passionné dans son « exil » parisien.

Claude, Micheline, Yasmina commentent le film : Tazekka n’est pas un film à l’eau de rose, même dans sa première partie marocaine, moins encore dans sa seconde partie parisienne, où on vit le quotidien des sans-papiers. Mais c’est un conte optimiste, où l’amitié est au cœur de l’intrigue. Beaucoup de douceur et d’amour dans ce film qui dit aussi la violence de l’immigration par la mort du frère qui a tenté de s’exiler. Amitié au village entre son patron et le jeune héros, puis à Paris entre celui-ci et le chef de famille noir qui l’accueille. On nous montre le versant positif d’une immigration réussis par Ilias. Non sans difficulté, avec la peur de la clandestinité à l’étrangerDans la discussion avec la salle, à propos du personnage intriguant de la jeune « beurette » Salma, on ne sait si elle est dure et égoïste, ou surtout révoltée (contre quoi ?). Elle semble « paumée », ne rien comprendre de la société et de la culture  marocaine. Elle n’est pas Marocaine, précise Mahdi lors du débat et pourtant elle a été élevée par des Marocains.

On peut imaginer que son père ne lui a pas présenté favorablement le Maroc, puisqu’elle est envoyée « au pays » de ses parents  pour lui « apprendre à vivre », comme une punition. Mahdi nous dit, en marocain qu’il est resté, que les Maghrébins nés et élevés en France ne peuvent comprendre ceux qui ont eu leur enfance « là-bas », surtout les péquenots du bled : de quoi nous donner à penser.

Notre amie lyonnaise (Denise Brahimi) a vu aussi le film en avant première, présenté là par le réalisateur : « Ce film, très soutenu par l’association Coup de Soleil en Auvergne Rhône Alpes, est passé en avant-première dans cette région avant de faire sa sortie officielle en France un mois plus tard. Il porte pour titre le nom d’une région montagneuse située dans le nord du Maroc, belle campagne verdoyante et riche en cultures, ce qui n’est pas sans rapport avec le sujet du film, largement consacré à la cuisine marocaine, et notamment à un excellent couscous où abondent les savoureux légumes !

Ces quelques propos définissent d’emblée deux des principaux centres d’intérêt autour desquels le réalisateur a centré son film, la cuisine et le Maroc, mieux vaudrait dire le village marocain traditionnel, puisque c’est l’aspect de ce pays qu’il a choisi de montrer, pour mieux l’opposer au troisième sujet de son film, la vie urbaine en France et à Paris, là où se retrouvent nombre d’immigrants, clandestins ou non. On voit par là à quel point ce film est original : la cuisine marocaine a certes nombre d’amateurs qu’elle mérite bien, le problème des immigrants, venus notamment d’Afrique et du Maghreb, est au cœur des préoccupations contemporaines des Français, mais le rapport entre les deux n’appartient qu’à Jean-Philippe Gaud et l’on peut supposer que son film séduira le public par cette approche inhabituelle. Pour le dire autrement : alors que tant de films, si l’on s’en tient au cinéma, abordent le problème de l’immigration comme une tragédie à la fois angoissante et abstraite, en tant que problème de société exprimé par des chiffres à l’effet terrifiant, ce réalisateur a choisi de nous en parler tout autrement , en évitant le catastrophisme—ce qui ne veut pas dire que son film soit une bluette destinée à faire oublier les souffrances qui de toute manière et sous différentes formes sont partout présentes.

Le film est partagé en deux parties bien distinctes, qui se passent l’une au Maroc l’autre en France, justifiant par là que la maison de production se nomme « Films des deux rives ». C’est d’ailleurs par cette double appartenance que se définit le réalisateur lui-même, algérien et français par ses origines familiales, marocain de cœur pourrait-on dire mais de cœur aussi très proche de l’Afrique sahélienne, comme on peut le voir dans la deuxième partie du film où une place important est faite à Souleymane l’ami sénégalais d’Elias, le jeune Marocain qui est le héros du film. Cette diversité prouve bien que le réalisateur ne veut pas enfermer son film dans des problèmes d’appartenance, ou de racines ethniques (encore moins religieuses). Elias lorsqu’il est à Paris ne cherche aucunement à rejoindre le groupe des Marocains de sa famille ou de sa région, et le film fait comprendre au contraire qu’il y aurait là le risque d’une sorte de rabattement néfaste parce que contraire à l’ouverture au monde qui est la compensation de l’exil et même son but.

Tazzeka n’est pas un film nostalgique décrivant le lieu de l’origine comme le seul où l’on puisse vivre heureux. Dès la première partie du film, on en voit les limites, impossibilité de vivre au village pour une jeune Marocaine élevée en France, impossibilité de développer ses compétences et sa vocation de chef cuisinier pour Elias qui le moment venu sait qu’il doit partir. L’attachement à la grand-mère qui lui a transmis son savoir est sans aucun doute ce qui lui donne sa force et sa raison d’être. Mais la grand-mère va bientôt disparaître, elle meurt pendant qu’Elias est à Paris, elle est devenue le très cher souvenir qui accompagnera Elias où qu’il soit.

L’histoire qui nous est contée dans Tazzeka rejoint par là ce qu’on appelle en littérature le roman de formation, une histoire qui commence avec l’enfance du héros (au 19e siècle, cela ne pouvait que rarement être une fille), qui le suit pendant son adolescence et qui l’amène jusqu’à son entrée dans l’âge d’homme. Ce parcours ne va évidemment pas sans épreuves, c’est le mot qu’on emploie dans les contes traditionnels, qui sont une version beaucoup plus ancienne voire séculaire de ce genre de roman. Les épreuves sont des obstacles difficiles à franchir, dans Tazzeka on voit bien ce qu’il en est lorsqu’ Elias arrive à Paris et subit le sort des migrants sans papiers, sans travail, sans argent, de plus pourchassés par la police, évidemment. Le film, comme beaucoup de contes, montre que la meilleure chance de s’en sortir pour le héros est de prendre appui sur un ami fidèle, rôle joué ici par le Sénégalais Souleymane qui le rattrape à chaque fois qu’il est sur le point de sombrer. La seconde partie du film est fondée sur le rythme que lui impulse ce double mouvement de chute et de remontée, et comme cette dernière porte Elias chaque fois plus haut, le spectateur sort du film avec cette sorte de joie que les enfants éprouvent si fort à l’écoute des contes, expliquant le désir qu’ils en ont.

Ce serait sûrement une erreur de voir dans le retour final d’Elias à Tazzeka une volonté de se réinstaller dans le village de son enfance. On peut certainement parler de retour aux sources, mais celui-ci ne signifie pas une volonté de se réimplanter ; il s’agit bien davantage de mesurer le chemin parcouru, mais aussi, pour Elias, de montrer la reconnaissance qu’il doit aux siens et qu’il n’oubliera pas. Le réalisateur dit que cette sorte de souvenir de la grand-mère, sous des formes variables selon les cas, lui a paru une constante dans les récits de vie des chefs cuisiniers dont il s’est imprégné, entre autres travaux documentaires préalables dont il a nourri la préparation de son film pendant plusieurs années. La grand-mère est une sorte de présence-absence qui ne risque pas comme les parents d’exercer un poids et une inhibition. Elle est à la fois réelle par le savoir qu’elle a transmis et symbolique comme peut l’être le talisman qui aide le héros dans les contes. C’est ainsi que nous pouvons comprendre une sorte de naïveté assumée du film « Tazzeka ». Puissances protectrices contre puissances dangereuses : les premières se nourrissent, au sens propre, de l’excellente cuisine que concocte Elias.

Le film sort en salles le 10 octobre, entre autre à L’ABC toulousain, profitez-en.

20 ans de Coup de soleil à Montpellier

Deux anniversaires coup sur coup: Lyon en 2017 et Montpellier en 2018, c’est au niveau national le signe du travail au long cours de notre association…


Les vingt ans de notre grand frère montpelliérain  est un peu notre propre affaire. Nous sommes solidaires, dans des milieux différents. A Perpignan, contrer l’extrême droite est une affaire de tous les jours pour l’équipe de Coup de soleil appuyée sur le lycée. A Toulouse, notre visibilité ne se fait que peu à peu dans un milieu associatif très varié où les vieux militants « algériens » côtoient les nombreux « marocains » d’implantation plus récente. A Montpellier et autour, l’intelligentzia franco-maghrébine s’appuie plus qu’à Toulouse sur les milieux universitaires, mais aussi sur l’attrait de la Méditerranée. Dans toute l’  « Occitanie » qui nous réunit, on trouve les racines des « 4 ACG » (les anciens « appelés » qui versent leur pension d’anciens combattants pour des projets de développement, tant en Algérie qu’en Palestine), la mémoire des camps où les harkis furent logés là où avaient été internés républicains espagnols ou juifs allemands. C’est en notre nom à tous que Marc Bernard raconte notre pain associatif quotidien.

Pour les 20 ans de votre association Montpelliéraine je veux saluer Coup de Soleil et nos petites ” sections” de province qui, avec une tranquille obstination, lancent des passerelles de fraternité et combattent résolument le racisme, la xénophobie, le mépris, le rejet, la haine. 

Il faudrait raconter le lent travail de bénévolat, de réunions parfois fastidieuses, de patiente insistance pour rentrer dans les bibliothèques publiques et les librairies, pour animer d’obscures soirées de cinéma aux publics parfois maigres. Il faudrait aussi dire les joies des coups réussis, des salles pleines, des livres partagés.

Il faudrait dire ce que tout cela demande de courage à nos adhérents et adhérentes, la plupart du temps sans argent et sans soutien pour maintenir ces barrages culturels contre la montée européenne et même mondiale des nationalismes d’exclusion. Mais cela vous le savez déjà.

Nos sections de province de Coup de soleil font partie de ces milliers d’associations de terrain qui ne renoncent pas. Loin des grands raouts institutionnalisés, nos sections, pour tracer leurs routes, assurent à leurs adhérents et adhérentes une démocratie directe, la transparence de leurs comptes, des comptes rendus de réunions, des décisions prises au consensus ou au moins avec de fortes majorités. Chacun et chacune y a voix au chapitre et peut s’appeler « ensoleillé(e)s », quelque soit son origine, ses moyens financiers ou son histoire. 

Mais pour cela Coup de Soleil s’appuie sur les compétences de tous ses membres, qu’elles soient littéraires, cinématographiques, artistiques, informatiques, linguistiques ou administratives. Nos sections ont besoin de tous leurs associé(e)s.C’est la seule condition pour que demain Coup de soleil se renforce et gagne petit à petit le combat culturel de l’ouverture à l’autre. 

Dans notre pays qui accepte aujourd’hui l’ouverture des archives avec la reconnaissance de l’affaire Audin mais qui refuse l’accueil des réfugiés de l’Aquarius dans le port de Marseille, nous avons besoin de Coup de Soleil et l’exemple de cet anniversaire des 25 ans à Montpellier nous en apporte la confirmation ».

Nous avons d’abord vu le DVD qui conserve la mémoire des fondateurs de Coup de Soleil à Montpellier [Aux origines de l’Association Coup de soleil en Languedoc Roussillon, 2018, 54 minutes, un film de Nancy et Philip Barwell, Association d’amitié franco-algérienne BRAKA]. C’est une grande première dans notre Association Coup de soleil que de tenter. Elle sait grâce à cela, qu’elle doit, à Paris comme « en région », seulement au prix de la bonne volonté des anciens, savoir ce qu’elle fut pour avancer dans notre présent difficile. Il importe de rappeler l’essentiel de ce que l’on apprend grâce à ce DVD: c’est au sein du milieu universitaire montpelliérain que l’initiative majeure fut de se donner les moyens d’accueillir des femmes et des hommes de l’intelligentzia algérienne qui ne pouvaient que fuir la « décennie noire » de leur pays. Ainsi ont été organisées les trois Universités d’été  en 1994-97, à l’origine de la section montpelliéraine, grâce à Georges Morin et avec Roland Perez « au charbon ». On y apprend aussi qu’une association est en péril quand manque l’accord d’une poignée de militant(e)s : c’est ce qu’a su rassembler Michèle Rodary pendant une quinzaine d’années, avant d’être relayée tout récemment.

Puis après un buffet convivial, c’est dans ce lieu magique qu’est la cour de l’Espace Martin Luther King de Montpellier, avec son immense platane, que nous avons écouté la conférence de Naget Khadda, professeure émérite de l’Université de Montpellier, qui vit de nouveau à Alger: « L’évolution de la littérature maghrébine de ces 20 dernières années ». Pour beaucoup d’entre nous, lecteurs de tant de livres, entre autre pour le prix littéraire « coup de cœur » que l’équipe montpelliéraine anime depuis 2005, cette littérature est une passion au jour le jour. Naget nous a permis de resituer nos lectures dans un cadre d’ensemble, principalement algérien. C’est à partir de l’explosion politique de 1988 à Alger que des écrivains ont questionné la forme romanesque, avec l’usage du fantastique, qu’ils ont questionné le religieux dans la société algérienne. Cette littérature prend visage à Alger avec deux personnages fondateurs : Mohamed Dib et Assia Djebar, dont les noms sont actuellement porteurs de deux prix littéraires trilingues (arabe, berbère, français). Cette littérature au départ est francophone et portée par des éditeurs français, qui ont accepté des mélanges de poésie et de contestation. Sa langue actuelle est de plus en plus métissée avec le mélange du français, de l’arabe savant et de la darija (arabe parlé populaire en principe non écrit). Dans les romans « arabes », les récits et descriptions sont plus « littéraires », les dialogues plus « populaires ». Les deux principales maisons d’édition algérienne sont chacune aux mains d’un couple, mais de nombreux petits éditeurs ne cessent d’apparaître et de disparaître. La coupure entre deux littératures, l’une arabophone et l’autre francophone, s’estompe avec des traductions croisées. Les thèmes sont liés à la critique familiale, sociale et politique née de l’expérience du terrorisme. Parmi les auteur(e)s, les femmes sont nombreuses, comme les personnes qui pratiquent l’écriture littéraire après des parcours professionnels de toute autre nature.

Enfin, sans nous déplacer, nous avons terminé la journée avec les musiques méditerranéennes, qu’Emmanuelle Bunel nous a chantées accompagnée par Vincent Crépin : de vieux textes en espagnol, en turc, en arabe, en hébreux, en italien. Merci aux amis de Montpellier

Claude Bataillon

Stéphane Beaud, France des Belhoumi, à L’arbre à lettres

Le 1er juin 2018 à 18h30 à la librairie Arbre à lettres, 62 Rue du Faubourg St Antoine, Paris 12e, Coup de soleil participera à l’animation de la séance de présentation de l’ouvrage du sociologue Stéphane Beaud La France des Belhoumi. Affiche ci-dessous:

http://coupdesoleil.net/wp-content/uploads/2018/05/Débat-avec-Stéphane-Beaud-_-01-06-18.pdf

Rappelons à cette occasion un livre prémonitoire… et ancien: Younes Amrani et Stéphane Beaud, Pays de malheur ! Un jeune de cité écrit à un sociologue. Suivi de Des lecteurs nous ont écrit, Edition La Découverte poche 2014 (première édition Cahiers libres 2004), 256 p.

La postface de Michel Beaud souligne l’originalité et l’actualité de la réflexion de Younes Amrani : ce « jeune beur »  est en 2002/ 2003 en train de devenir un « intellectuel » par sa passion de la lecture et de l’écriture, qu’il peut assouvir depuis son emploi dans une bibliothèque municipale de « province », où il est chargé de mettre en place la salle des ordinateurs et d’y accueillir « les jeunes ». Il parle « de l’intérieur » de la vie de quartier, des familles immigrées, des rapports garçons/ filles, de l’islam, du voile… Il dénonce la défaite des « intellectuels de gauche » qui jouent les prophètes de malheur et ne connaissent ces milieux que par la presse ou par leurs « amis qui enseignent en banlieue ». Le dialogue est passionnant entre le sociologue, qui pose des questions, « donne des devoirs à faire », et Younes qui tantôt se lance sur son ordinateur pour écrire d’une traite avec verve, tantôt déprime en réfléchissant à ses blessures d’enfant ou d’adolescent.

Et l’analyse détaillée de l’ouvrage tirée de la lettre de Juin 2018 de notre section Rhône-Alpes:

“Disons le d’emblée : le dernier ouvrage de Stéphane Beaud, La France des Belhoumi, portraits de famille (1977-2017), est d’une totale originalité. Par sa démarche même, l’ampleur de son contenu, et la tonalité qui s’en dégage.
Stéphane Beaud, outre ses qualités d’analyste, est un sociologue intuitif, ouvert à l’inattendu, à l’improbable, en permanence disponible à la rencontre. C’est un sociologue du « fil en aiguille ». Cette capacité d’écoute et d’empathie, la confiance qu’il instaure avec ses interlocutrices/teurs , avaient déjà donné, en 2004, Pays de malheur (La Découverte), plus d’un an d’échanges quasi quotidiens, essentiellement via le Net, avec Younès Amrani, alors emploi-jeune dans une bibliothèque du côté de Lyon ou de Saint-Etienne (Beaud préserve toujours l’anonymat des êtres qui se confient à lui, et maquille leurs lieux de vie) : un témoignage brut, sans concessions, quasi-exhaustif,sur la vie d’un « jeune des quartiers » dans les années 1990/2000 ; un témoignage qui reste aujourd’hui une référence incontournable, en dépit des transformations ultérieures de la société française, entre autres à la suite des attentats de 2015.
Mais si la « mise à feu » des deux enquêtes se ressemble –dans les deux cas, une simple réponse à une demande, qui va entrainer les protagonistes bien au-delà de ce qu’ils imaginaient au départ- les différences d’ampleur des champs d’investigations de ces dernières sautent aux yeux : Pays de malheur « se contentait » de creuser le quotidien et la vérité d’un individu, fût-il générique et exemplaire. La France des Belhoumi embrasse l’histoire d’une famille entière –dix personnes en tout- et s’étend sur quarante ans de leur histoire, et de celle de la société française.
Un soir de juin 2012, dans le cadre d’une soirée organisée par une Mission locale de Seine Saint Denis, Stéphane Beaud est invité à parler des chemins d’intégration pris par les jeunes d’origine maghrébine, des réussites silencieuses comme des obstacles qu’ils rencontrent. A l’issue de la soirée, trois jeunes femmes l’abordent, trois sœurs. Nombre de phrases du sociologue ont fait écho en elles, elles ont envie de parler, de se raconter. Dès les premiers échanges, le temps du « pot » offert par la Mission locale, Stéphane Beaud perçoit l’importance de la rencontre, les richesses à venir qu’elle porte en elle. Lui dont les études précédentes ont, jusqu’alors, essentiellement concerné les « garçons » d’origine émigrée et l’espace social dans lequel ils se meuvent, se lance, « plonge » : il propose aux trois sœurs de les revoir en entretiens séparés, pour « démarrer par leur intermédiaire une recherche sur l’histoire de leur famille ». Accord immédiat, unanime, échange de numéros de portable : le premier entretien a lieu un mois plus tard, avec Samira, l’ainée, celle qui a pris la parole la première le soir de juin, et qui va devenir, aux dires même de Stéphane Beaud, son « alliée permanente », celle qui va entrainer peu à peu toute la famille derrière elle, pendant cinq ans, dans le tourbillon des sms, des appels téléphoniques, des échanges par mails et, bien évidemment, des heures d’entretiens, par dizaines…
Outre le père, arrivé seul en France en 1971, à 31 ans, et la mère, de dix ans sa cadette, qui l’a rejoint en 1977, la famille Belhoumi, installée à l’origine dans la banlieue ouvrière d’une petite ville de province à 400 km de Paris, comprend huit enfants : dans l’ordre des naissances, deux filles, trois garçons, puis de nouveau trois filles. Seize ans –une génération, au vu de l’évolution de la société française- séparent la naissance de Samira, l’ainée, (1970) de celle de Nadia, la « petite dernière »(1986). Les trois premiers enfants sont nés en Algérie, les autres en France. En 1978, le père, ouvrier du bâtiment, obtient, suite à des infections pulmonaires répétées, un statut d’invalidité permanente. La famille va vivre pendant des années une période de grande précarité financière, avec 80% du Smic paternel et les aides familiales, jusqu’à ce que la mère finisse par trouver un emploi.
Ce qui intéresse avant tout Stéphane Beaud, c’est la fratrie Belhoumi, le parcours individuel de celles et ceux qui la composent. Parcours différents, parfois contrastés : huit histoires qui ne cessent de croiser « la grande », huit histoires qui témoignent d’un processus d’intégration en voie de construction. Au-delà des chemins empruntés – le livre, ce n’est pas le moindre de ses attraits, recèle une très forte part de romanesque-, au-delà des obstacles plus ou moins difficilement franchis, deux constatations s’imposent: 1/ à une exception près, la famille a su éviter tous les pièges tendus aux « enfants de l’immigration » – le piège dans lequel est tombée l’ « exception » a lui-même été été dépassé ; 2/ Il n’y a pas de chômage dans la famille Belhoumi, quelle que soit la variété des métiers exercés et les formes différenciées de socialisation qui apparaissent clairement entre filles et garçons : tous les Belhoumi sont bien, malgré tout, dans « la réussite ».
Enquête chorale, kaléidoscopique, dont on ne peut ici, rendre compte dans toute sa richesse et sa complexité, La France des Belhoumi est avant tout l’histoire d’une ascension sociale individuelle et collective, d’une « intégration silencieuse » (Le Monde, 30 mars 2018). C’était, dès le début de l’enquête, le souhait de Samira –et ce fut la raison de son engagement ultérieur dans le projet : « changer l’image de l’immigration, trop souvent synonyme de problèmes ». On est loin, de fait, de toute posture victimaire, loin de toute dramatisation. Faut-il, pour autant, y voir « une famille semblable à tant d’autres » (Le Monde, encore) ?
Ce qui frappe –et très souvent émeut- dans la découverte progressive que le lecteur fait de l’histoire de cette famille, c’est à la fois la force et la fragilité de celle-ci. Au fur et à mesure que Stéphane Beaud énumère et analyse tous les éléments qui, pierre après pierre, parfois infimes en apparence, ont permis-et parfois freiné- la « réussite » de l’intégration-professionnelle et « matrimoniale »- des membres de la fratrie (présence attentive des parents, quartier d’enfance, école à forte mixité sociale, poids de la précarité, taille de l’appartement, regard des enseignants, influence des copains, poids du groupe, couleur politique de la ville, etc.) et si l’on inscrit en contrepoint de tous ces éléments les dimensions d’une société en pleine mutation (chômage, évolution de l’école, retour du religieux, attentats…), on se surprend souvent à jouer au petit jeu de l’uchronie (la fameuse longueur du nez de Cléopatre…), à se demander quel eût été le destin de chacune et chacun des membres de la famille si… Questionnements vains, qui pourraient évidemment s’appliquer à toute famille, mais qui s’imposent ici avec une force et une récurrence toutes particulières . Pour ne prendre qu’un exemple : Stéphane Beaud insiste sans cesse sur le rôle déterminant, fondateur, des deux « locomotives » de la fratrie, Samira et Leila, les deux sœurs ainées, soutiens permanents, soutiens de famille et soutiens affectifs, concrets, présences protectrices, références et modèles pour tout le reste de la fratrie. Que serait-il advenu si le hasard des naissances avait fait d’elles des cadettes au lieu d’en faire des ainées, et si elles avaient eu à « subir » l’autorité d’un grand frère ? Il y a, dans le livre, des pages particulièrement nourrissantes sur le « poids du genre », les rôles assignés traditionnellement aux filles –les destins matrimoniaux, entre autres-, sur la mansuétude nettement plus laxiste qui entoure les garçons, et les différences de socialisation qui en résultent. Samira et Leila, chacune à sa manière, ont, contre vents et marées mais surtout en misant leur avenir sur leurs études, su gagner leur indépendance, professionnelle et amoureuse ; les garçons, plus choyés, plus libres, plus sensibles aux « effets de quartier » -mais également plus violemment confrontés que leurs sœurs aux discriminations- ont eu un parcours scolaire et une intégration professionnelle plus difficiles.
La grande histoire va rattraper l’enquête de Stéphane Beaud, et fragiliser le bel édifice patiemment construit par les Belhoumi : les attentats de 2015 prennent la famille de plein fouet, et font apparaitre des clivages internes (que Stéphane Beaud analyse très finement en les contextualisant) : les trois sœurs parisiennes rencontrées en juin 2012 seront à la manifestation du 11 janvier ; les autres membres de la fratrie se diront « pas trop Charlie ». Dans les semaines et les mois qui suivent, tous ressentent, dans leur quotidien, les changements à leur égard. La suspicion, les amalgames. De nouvelles formes d’hostilité –au travail, dans la rue, sur le Net- que chaque nouvel attentat ravive et accroit. Là encore, la violence est plus fortement ressentie par les hommes de la fratrie que par leurs sœurs. Mais aucun membre de la famille n’y échappe. Le livre, dont la démarche a consisté avant tout à « mettre à jour une trajectoire d’ascension sociale », s’achève ainsi sur une note plus sombre : Stéphane Beaud compare à juste titre l’effort des Belhoumi pour rejoindre le « club France » –et, à travers eux celui d’un très grand nombre de familles françaises de culture musulmane, notamment issues de l’immigration algérienne- à un travail de Sisyphe, chaque nouvel attentat depuis 2015 les faisant dégringoler de la  « montagne intégration » qu’ils se voient obligés de gravir à nouveau.
En 2002/2003, les échanges directs sur le Net entre Stéphane Beaud et Younes Amrani se faisaient dans la plus grande discrétion : dix ans après la parution de Pays de malheur, l’anonymat de son auteur restait encore totalement préservé, et sa démarche ignorée de sa famille et de ses proches mêmes. A l’opposé, le pacte passé en 2012 entre Stéphane Beaud et les trois sœurs nécessitait une circulation d’informations constante entre les membres de la famille, afin que nul(le) ne reste à l’extérieur de l’enquête en voie d’élaboration. Il fallait pour ce faire un personnage/relais, unanimement reconnu et respecté au sein de la fratrie, pour relancer, vaincre certaines réticences : Samira, toujours elle, sera cette messagère sans faille, sans laquelle l’entreprise eût sans doute avorté.
Ainsi, à partir de 2012, la vie chez les Belhoumi a été, à des degrés divers mais sans exception, accompagnée, questionnée et, pour certain(e)s, transformée par l’ « intrusion » de celui que l’un des fils nomme, avec une légère ironie, « l’écrivain ». L’enquête, par son mouvement permanent, la circulation incessante des informations en interne, a fait bouger les lignes au sein de la fratrie, aidé à renouer des liens parfois distendus (vies différentes, géographiquement éloignées les unes des autres) Depuis sa parution -mars 2018-, le livre, on le sait, a été lu par chacun(e). Sauf par le père, à qui les enfants le rapportent, en lisent des passages. La mère, de son côté, le découvre à son rythme, et en a commandé deux exemplaires, pour un ancien employeur et pour une voisine. Discussions, échanges, fierté : « il y avait urgence à nous raconter, nous les silencieux » affirme Samira. Mission accomplie.
Au bout des 350 pages que constitue l’enquête de Stéphane Beaud, on s’est attaché aux Belhoumi ; on a envie de savoir la suite. De les retrouver dans cinq, dans dix ans. On se surprend à faire des vœux pour eux. On sait, par ailleurs, que Stéphane Beaud possède des dizaines d’heures d’entretiens qu’il est loin d’avoir tous livrés. On aurait pu en lire davantage. On espère pouvoir le faire un jour.
Pour l’heure, il s’agit de faire en sorte que le livre sorte des cercles des lecteurs d’ouvrages de sociologie. De trouver des espaces/publics permettant de confronter l’histoire des Belhoumi à celles d’autres familles, de constater ce qui les réunit et ce qui les distingue. De lui permettre de faire des vagues, de favoriser l’éclosion d’autres paroles. Stéphane Beaud a déjà commencé. Depuis un mois, il rencontre des lycéens de villes de la banlieue parisienne, raconte, écoute : les réactions sont passionnantes…
D.L.

Voir aussi: http://www.persee.fr/doc/genes_1155-3219_1996_num_24_1_1397

Plantu, 50 ans de dessin

Jeudi 26/04/2018 – Maison de l’Amérique latine, Paris

Rencontre avec Plantu et Eric Fottorino à l’occasion de la sortie du livre

“Plantu, 50 ans de dessin”

Télécharger (PDF, 355KB)

 

 

Filiu: généraux, gangsters et jihadistes

J P Filiu à France-inter

Jean-Pierre Filiu, Généraux, gangsters et jihadistes, histoire de la contre-révolution arabe, La découverte, 2018, 311 p.

Ce livre a été présenté au Maghreb-Orient des livres à l’Hotel de ville de Paris le 2 février 2018, au cours du Café littéraire « Quel avenir pour le Moyen-Orient ? » coordonné par Yves Chemla.

Les pays arabes, mais aussi la Turquie, deviennent des Etats formellement « indépendants » entre 1920 et 1962. Les éléments civils et plus ou moins demandeurs de « démocratie » y sont muselés, neutralisés, marginalisés par ceux qui détiennent la « force légitime », les officiers d’armées qui rarement sont réellement à l’origine de l’indépendance. Le plus souvent leur légitimité réelle est simplement qu’ils sont la principale force nationaliste cohérente, ceux que Filiu appelle les « mamelouks de notre temps ». En référence au corps militaire qui a en fait régné sur l’Egypte du XIIIe au XVIIIe siècle. Selon les pays arabes, quand ils accèdent à l’indépendance, ces officiers s’imposent face à un pouvoir civil fragile en quelques semestres ou plus lentement. Une fois maîtres du champs politique ils agissent le plus souvent en collectif, à la fois respectueux de leur propre hiérarchie et parfois « révolutionnaires » au sein de celle-ci : corporation des capitaines ou des colonels face aux vieux généraux. Plus ou moins rapidement, c’est le service de renseignement militaire qui devient le cœur de l’Etat, ce que les spécialistes nomment l’ « Etat profond ». Ils deviennent les « autogestionnaires » des principales ressources du pays, à leur propre profit collectif. Par exemple, à l’indépendance algérienne, la ressource fondamentale est composée par les biens vacants laissés par les Français, tant dans l’agriculture et autres entreprises que dans le foncier urbain, puis à partir de 1973 le pétrole et le gaz deviennent le capital le plus important.

Mais Filiu souligne que les hydrocarbures ne sont pas la seule ressource des Etats arabes : parce que l’ensemble du monde arabe est un foyer mondial d’instabilité, au contact des deux « empires » de la guerre froide, chaque Etat arabe, chaque corporation d’officiers se doit de « surveiller » des frontières compliquées et des minorités internes. C’est le capital qu’il peut « vendre » en terme de sécurité régionale à l’un des deux grands, ou/ et l’Arabie séoudite, pivot du système pétrolier mondial. Ce marché de l’insécurité internationale connaît un boom avec la révolution iranienne de 1979, un autre bien plus puissant et qui dure encore avec les attentats de 2001 aux Etats-Unis. Des points particuliers ont un prix très élevé dans ce marché : ils concernent le point de contact entre Israël et Syrie au Golan, le point de contact entre la Gaza palestinienne et le Sinaï égyptien : des centaines de tunnels de contrebande sous une frontière fermée. Les corporations militaires au pouvoir ont besoin de djihadistes pour affirmer leur légitimité internationale et en tirer les aides financières qui vont avec. La gestion du nationalisme reste une part de légitimité importante pour des pays comme l’Egypte ou l’Algérie, sans doute plus encore pour le Maroc. Une part moindre en Iraq, moindre encore en Syrie ou presque pas au Yémen où le poids de la sécurité internationale vendue aux grandes et moyennes puissances fait à peu près toute la vie politique locale, avec des « histoires nationales » trop limitées pour asseoir solidement un Etat.

En quoi le monde arabe est-il original par rapport aux pays d’Afrique « noire » ou d’Amérique Latine ? Dans ces deux ensembles aussi, les officiers ont exercé le pouvoir parce que c’étaient les seuls cadres modernes relativement stables et cohérents, aussi peu occupés que ceux du monde arabe dans la « défense nationale » qui y dépend aussi presque exclusivement des gendarmes internationaux que représentent les grandes puissances. En Amérique latine ce gendarme a été l’Angleterre au XIXe siècle, relayée dès les années 1860 en Amérique centrale, puis avec la première guerre mondiale plus au sud, par les Etats-Unis. En Afrique « noire » à partir des indépendances des années 1960, ce sont les USA et la France qui font la police internationale, garante des frontières des Etats. Alors quelle spécificité du monde arabe ? Qu’il est au contact des deux blocs de la guerre froide, qu’il dispose d’une part exceptionnelle des hydrocarbures du monde, qu’il possède le capital d’une des deux religions « mondiales » avec ses lieux saints légitimés par une langue arabe aux contours exceptionnellement complexe (des « dialectes » parlés multiples, des langues de culture « moderne » presque communes, une langue sacrée traditionnelle).

Telle est la trame que nous recomposons et sur laquelle se tisse le récit de Filiu, qui rentre dans le détail des intrigues à la fois spécifiques de chaque pays arabe et communes souvent aux corporations militaires au pouvoir qui se soutiennent mutuellement. Il termine son livre en montrant pourquoi la Tunisie est une exception, où une vraie transition démocratique s’est faite, certes dans la douleur, grâce au poids des corps sociaux cohérents que sont le syndicalisme et les professionnels du droit (magistrats, avocats), face à une armée à la fois faible et républicaine. Il souligne que des éléments démocratiques sont présents partout dans le monde arabe (nous ajouterions : aussi en Afrique « noire » et plus fortement en Amérique Latine), éléments dispersés que nous devons repérer et aider. En résumé, me commente Marc Bernard qui m’a passé le livre : il s’agit d’une contre-révolution face à la demande de démocratie des peuples, cette contre-révolution prends des visages différents en fonction des pays et des circonstances, mais elle est sur le fond unie pour l’essentiel.

 Claude Bataillon