Archives Lire, voir, écouter



Anouar Benmalek L’année de la putain, lecture à Toulouse

AnouarBenmalek L’année de la putain, petits romans et autres nouvelles, Fayard, 2006, 247 p.

Ces récits vont de la création du monde selon la bible, en passant par quatre histoires algériennes et une autre en Méditerranée, pour finir ailleurs dans le monde : Nicaragua, Liban, Indonésie. La formule « L’année de … » fait référence à une vieille pratique de la mémoire orale des tribus et des villages : des vieux savaient par cœur la liste des générations de chaque famille (un tel, fils de un tel, lui même fils de un tel, etc), mais aussi la liste des années (année du vent, année du gel, année de la faim, année du typhus, etc.). Et Rashed, le jeune berger, personnage central des deux nouvelles situées entre l’Aurès et Constantine, a nommé l’année 1940 selon ses propres aventures…

A Toulouse, le 14 mai 2019, lors d’une séance de lecture sur la littérature algérienne, le passage suivant a été présenté:

L’Andalousie (Rashed , deuxième partie) p. 46-49 : L’école des Français par temps de famine

Il se prit à penser qu’il aurait tout donné pour retourner à l’école et demander des éclaircissement à cet instituteur roumi qui paraissait tout savoir. Malgré son découragement, il sourit. Au début, c’est la mort dans l’âme qu’il avait fréquenté l’école française, après que son père l’ait menacé des pires sévices. L’école (en fait une classe unique composée d’un simple cube de parpaings dépourvu des commodités les plus élémentaires : même le maître devait se dissimuler derrière un rocher pour satisfaire ses besoins) avait été ouverte par l’administration militaire à une dizaine de kilomètres du douar de Rashed, au carrefour des pistes conduisant à plusieurs hameaux de montagne, là où se tenait justement le grand marché du vendredi. Le sceptique Rashed qui avaient constaté que ses trois ans d’école coranique ne lui avait pas pour autant rempli le ventre, avait néanmoins obéis. Deux rentrée scolaire de suite, il s’était retrouvé à suivre des cours avec une dizaine de gamins de tous âges. L’instituteur, un Français de France, avait tenté tant bien que mal d’inculquer quelques rudiments de calcul et de lecture aux petits montagnards déguenillés, grelottant en hiver, trop souvent affamée, et dont les yeux, surtout le matin, se fermaient d’épuisement, tant les distances étaient grandes, les chemins rudes et escarpés. Rashed gardait un bon souvenir de ce Breton bougonnant, débordant d’énergie, débarqué directement de son Finistère natal, et qui ne parvenait pas à dissimuler son effarement devant tant de dénuement.

Après des mois de démarches obstinées, l’instituteur réussit a obtenir qu’un repas fût servi à midi à « ses » écoliers. Cette mesure allait contribuer pour une grande part au succès de l’école parmi les enfants. Ceux-ci se passèrent le mot, et l’effectif habituel se trouva rapidement doublé. Ce qui, au début, contraria fort l’instituteur, les nouveaux venus, en retard par rapport aux autres, s’ennuyant  ferme et ne pouvant s’empêcher de montrer leur impatience dans l’attente du repas promis.

Quelques jours plus tard, pourtant, à la vive surprise de l’instituteur, la question de la discipline fut radicalement réglée. Dans la modeste salle que le Breton avait lui-même chaulée, les têtes rasées, parfois surmontées d’une chéchia crasseuse, était toute penchées sur leur ardoise. À part les inévitables reniflements et toussotements, on aurait entendu une mouche voler. Même les derniers venus faisaient de leur mieux pour se concentrer sur les mystères de l’alphabet et sur les imprévisibles résultats des additions et des soustractions. L’explication du prodige était simple : les anciens (ceux-ci disaient avec une espèce de tendresse, notre gourbi école, en désignant la laide bâtisse de parpaings) avaient « lourdement » chapitré les nouveaux sur le sujet. Un adolescent, le plus turbulent, essuya même une véritable raclée de la part de ses condisciples et se présenta à l’école avec un large bandeau autour de la tête. Le maître ne découvrit le fin mot de l’histoire que lorsqu’un autre, lui aussi nouveau, qui la veille, s’était laissé aller à être insolent avec lui, revint à l’école affublé d’un œil au beurre noir. Le Breton interrogea le gamin jusqu’à ce que celui-ci lui avoue que les autres l’avaient châtié, craignant que le maître, indisposé, ne se fâchat et n’interrompît la vitale distribution de nourriture, quasi miraculeuse par ces temps de famine ravageuse.

Ce jour là, le Breton se montra plus bougon qu’à l’ordinaire, mais Rashed sentit que c’était le seul moyen qu’il avait trouvé pour masquer son désarroi. Malheureusement, au bout de quelques mois, l’armée se lassa de servir autant de repas à des gosses de plus en plus nombreux.

D’aucuns parcouraient journellement plus de 20 km de sentiers muletiers, collectionnant les chutes, les écorchures, les engelures rien que pour cet incroyable quignons de pain déjà sec accompagné de fromage et parfois même d’un verre de lait. La distribution de midi fut donc supprimée et les effectifs du coup dégringolèrent.

La dernière année, les cours s’interrompirent en plein hiver, l’administration jugeant que ce n’était plus la peine de continuer à payer un instituteur pour les cinq ou six écoliers qui restaient. Longtemps Rashed se rappellera avec émotion le jour où le maître leur annonça la nouvelle de la fermeture de l’école et de son propre retour en métropole. Le grand gaillard barbu, bâti en armoire à glace, qui avaient la taloche facile, leur caressa la tête en maugréant : « ah mes pauvres enfants, mes pauvres enfants », et subitement il fondit en larmes.

Et puis une autre « nouvelle » de ce recueil: Une embellie sur la ville(Djakarta, Indonésie) p 223-225 : « Le voleur compatissant »

«  -Décampe, pouilleux ! » Le coup de pied de Muljino a été violent. Malingre, la morve tombant sur sa lèvre, le gosse file sans demander son reste. Muljino sourit de satisfaction : dans ce genre de boulot, la concurrence n’est pas de mise !

Une vieille marchande, qui est vu la scène, intervient : « Mais qu’est-ce qu’il t’as fait, le pauvre ? – ça te regarde pas ! » Dressé sur ses ergots, Muljino la toise avec l’insolence d’un coq de combat. Il ajoute, sarcastique, en reculant prudemment : « et puis, qu’est-ce qui te prend d’être plus excitée qu’une verge introduite à demi ? » Les rares badauds qui ont suivi l’échange s’escaffent. Sentant qu’elle n’est pas de taille à poursuivre la conversation, la marchande de piment préfère détourner dignement la tête. Muljino suis de l’œil la mégère tout en savourant sa répartie.

C’est vraiment l’heure propice, en plein milieu de la sortie des bureaux. Près des feux de signalisation, la circulation s’arrête et repart en un flot continu de véhicules divers, cyclo-pousses, taxis à trois roues, voitures et parfois lourds chariots tractés par des buffles aux sabots recouverts de morceaux de pneus. Au milieu du tintamarre, Muljino essaie de dénicher le conducteur assez idiot pour avoir passé son bras par la vitre de sa voiture.

Le feu a viré au rouge. « Non, surtout pas celui-ci : militaire et gradé, pas touche, trop dangereux ! » Il s’approche d’une Ford d’où émerge une main élégante au poignet orné d’une montre. A en juger par la grosseur de l’automobile, la montre doit valoir une petite fortune. Par chance, le bracelet est une chaîne métallique à ressort. D’expérience, Muljino sait que c’est plus facile à arracher.

Plus que quelques secondes avant que le feu ne passent au vert. Le petit voleur n’est plus qu’à une dizaine de centimètres de la conductrice. Celle-ci se retourne. Elle sourit de toutes ses dents. Elle ne se doute de rien. Paralysé, Muljino sourit à son tour. C’est si doux, un sourire de femme, que l’enfant se surprend à bégayer : «  merde pourvu qu’elle redémarre. »

Il peut même humer son parfum. Pour sûr qu’elle sent bon. Il y a vraiment des gens qui ont de la chance. Muljino se sent le ventre mou. Le feu est passé ouverts. La femme adresse un signe de tête au garçon de 11 -12 ans, si attendrissant dans son pantalon bouchonné, puis elle accélère. Il pense avec un pincement au cœur : « Ma poupée, tu l’as échappé belle ».

Juste à ce moment, un crissement de freins, un bruit de tôle froissée, deux chauffeurs qui bondissent en s’insultant copieusement. Toute la file, après avoir progressé d’une vingtaine de mètres, s’est arrêtée dans un charivari de klaxons.

Une rage froide saisi Muljino. Il fonce sur la voiture de la femme au sourire de miel. Sa main pend nonchalamment au dehors. Il agrippe la montre tout en tirant de toutes ses forces. La conductrice se met à hurler. Muljino  tire, tire sans regarder le visage horrifié qui lui fait face. Le bracelet cède enfin. Le tout n’a pas duré plus de cinq secondes. La voix est devenue suraiguë.

Ce n’est qu’après avoir dépassé la mosquée chinoise que Muljino, à bout de souffle, ouvre sa main : le boîtier est intacte, mais le fermoir s’est brisé. Du sang souille le bracelet à l’une de ses extrémités. Le voleur tremble encore de colère. « Pour qui elle se prend, cette cruche parfumée, je lui ai donné une chance, pas deux ! »

Autrement, Algérie 20 ans

Algérie, 20 ans, Que savons-nous vraiment de cette terre, de ses révolutions d’aujourd’hui, Editions Autrement, dossier N° 38, mars 1982, 280 p.

Nous savons que, avant même la naissance de Coup de soleil en 1985, la revue Grand Maghreb est née en 1981 : à cette époque, toute information sur l’Algérie était en France plus sensible que tout ce qui concernait les autres pays de la région.

Le volume publié par les éditions Autrement pour le vingtième anniversaire de la naissance de l’Etat algérien nous intéresse à ce titre. Autrement, une revue née en 1975, est déjà en 1982 un éditeur qui pèse au moment où il publie le livre que nous avons retrouvé, grâce à un ami bouquiniste. Celui-ci a connu au moins deux rééditions en 1983 et 1985. Le panorama qui nous est donné est celui d’une Algérie qui sort depuis 4 ans de l’époque fondatrice du nouvel Etat, celle des improvisations de Ahmed Ben Bella suivies par la durable mise en place de la bureaucratie militaire de Boumedienne.

Classiquement, ce livre collectif de 35 chapitres mélange analyses et témoignages, sciences sociales et littérature. Nous n’avons pas réussi à retrouver trace de plusieurs signataires, journalistes en particulier : Selim Turquié (le Monde diplomatique), Christiane Stoll. Par contre ont écrit dans ce livre, ou ont parlé pour ce livre beaucoup d’acteurs ou de témoins connus. Michel Pablo Raptis (1911-1996) et Gilbert Marquis (1930-2015), trotzkystes ayant soutenu le FLN puis conseillé le président Ben Bella. Pierre Kalfon (1930-), littéraire et diplomate. Jean Dejeux (1921-1993), père blanc formateur des générations postérieures pour l’étude de la littérature algérienne. Leïla Sebbar (1941-), une des auteures fondatrice de celle-ci. Un photographe, Marc Garanger (1935-). Trois sociologues et politologues, Jean Leca (1935-), François Burgat (1948-) et Jean Robert Henry, manifestement un des initiateurs du livre. Un historien lui même acteur politique algérien, Mohamed Harbi ((1933-) et deux autres acteurs majeurs de celle-ci : Ahmed Ben Bella (1916-2013) et Hocine Aït Ahmed.

Les commentaires sont nombreux sur une politique algérienne dominée par les militaires. Sur une société où assistance et corruption se confortent grâce à la rente pétrolière. Mais le plus précieux est la série des témoignages et analyses sur la vie quotidienne « au jour le jour », sur le monde des femmes, sur celui de la culture.

Une Algérie inquiète et amère, en même temps que vivante et protestatrice, par ceux qui ont cru aux espérances de 1962.

1995: mille et un soleils

Les dix ans de notre association Coup de soleil ont été célébrés au pire moment de la « décennie noire » algérienne. Nous étions sans doute encore plus que en 2019 plongés dans l’histoire d’une Algérie qui collait à la peau de la plupart d’entre nous. D’où l’intérêt de feuilleter le livre coordonné par Eric Fottorino Mille et un soleil(Stock, 380 pages, préface de Georges Morin, 1995). Fottorino a su mettre en scène près de 80 contributions : quand on demande aux amis leurs témoignages, on reçoit de tout : trop court ou trop long, vue large ou égocentrique, bien rédigé ou à « reprendre ». Sans un artisan habile et dévoué le livre n’aboutit pas : on ne nous dit pas si il a travaillé seul ou en équipe pour cet ouvrage.

Celui-ci est organisé en cinq chapitres. Pour mémoire(23 notices) nous donne des souvenirs, où j’ai pointé Camille et Yves Lacoste. Puis 6 notices « c’est pour rire »  nous donne nos humoristes, caricaturistes. 20 notices « chapeaux bas »ciblent des appuis à l’action de l’association Coup de soleil. 6 autres rendent hommage à Rachid Mimouni qui vient alors de mourir. Et 21 notices enfin « Ici, là-bas, vivre »donnent de précieuses informations sur beaucoup de nos amis : G. Morin, Chaulet, Charles Guibbaud, Azouz Begag, etc : j’y apprends qui fut Kacem Boussouar, devenu berger au Col du Lautaret, Jean René Chevallier, fils du maire d’Alger, Jacques. Daniel Junqua, à l’époque pilier parisien de Coup de soleil, qui fut correspondant du journal Le Monde en 1978-82, Michel Wilson, qui quitte à 13 ans l’Algérie en 1955 et est conseiller culturel à l’ambassade française en Ethiopie en 1987/ 89 .

En annexe un manifeste sur la substance de notre communauté franco maghrébine s’appuie sur un tableau démographique. Si « nous » sommes en 1995  six millions, une génération plus tard, entre diffusion des familles et dilution des héritages ne serions nous pas devenus au moins dix millions ?

Maghreb: chasse aux idées reçues

Le Maghreb, idées reçues Pierre Vermeren, Le cavalier bleu éditions, 2010, 128 p.

Cette collection de petits livres destinés à pourchasser les « idées reçues » comporte quelque 9 titres concernant l’Algérie, aucun pour la Tunisie, deux pour le Maroc (plus ce Maghreb de Pierre Vermeren). Lire ceci quand presque une décennie est passée est instructif : les « printemps arabes » de 2011 sont advenus et j’écris au milieu des contestations algériennes face aux élections présidentielles imminentes… On comprend que si démonter les idées reçues sur un « pays » n’est pas facile, la tâche est plus rude encore pour trois pays frères, mais qu’aucune unification politique à court terme ne peut réconcilier. Parler d’une seule voix pour ce trio permet d’énoncer des vérités qui seraient plus sulfureuses si un seul Etat était ciblé. Les aveuglements et bonnes consciences vécues de ce côté nord de la Méditerranée sont décortiqués aussi clairement que ceux de nos voisins du sud. Arabes et Berbères sont loin d’être « séparés ». Francophone n’est pas une catégorie à part dans la population. Les communautés juives qui vivent en Israël ou en Europe furent constitutives des mondes ruraux et surtout urbains du Maghreb. Machisme et autoritarisme ne sont pas des réalités éternelles: ce sont des comportements dominants, mais combattus et qui ne cessent d’évoluer. Vermeren qui est historien conclut : « l’histoire commune n’est pas enseignée au Maghreb, et ne l’est que marginalement dans les écoles françaises, et moins encore à l’université. Un terrain de prédilection pour les idées reçues ».

Le livre se termine sur un glossaire original, puis sa bibliographie comporte une liste de sites internet… qu’il est intéressant de tester: http://www.limag.com fonctionne à nouveau après des semestres d’interruption et c’est de loin la base de données la plus solide sur la littérature et son traitement universitaire. Notre propre site Coup de soleil est qualifié de “une association de rapatriés” … ce qui est incontestablement réducteur!

Claude Bataillon

« LE CROQUIS DU DESTIN » de Habib Mazini (2016)

« LE CROQUIS DU DESTIN » de Habib Mazini (éditions Broc Jacquart, Maroc, 2016)

Ce livre vaut ou aurait pu valoir mieux que ses apparences, d’abord au sens le plus matériel du mot : une édition peu soignée et très peu professionnelle, un titre grandiloquent qui ne signifie rien et surtout une très vague intrigue policière, qui en fait tout sauf un « polar haletant » quoi qu’en dise la quatrième de couverture. A dire vrai il n’y a même pas du tout d’intrigue en ce sens que les lecteurs savent d’emblée ce qu’il en est, ainsi que le Commissaire Hamidi chargé de l’enquête.
Et pourtant, on lit ce petit livre pas très bien écrit avec beaucoup de plaisir et d’intérêt, pour plusieurs raisons. L’action se passe dans la ville de Casablanca (Tanger aussi se trouve évoquée, mais très peu). Et la représentation qui en est donnée est un très grand atout pour ce roman, ne serait-ce que par sa variété. En effet on y voit aussi bien des cafés mal fréquentés, voire du genre bouge, d’autres nettement plus convenables, un grand hôtel fort bien tenu et surtout nombre de ces beaux immeubles des années 20 à 30, qui font très légitimement la célébrité architecturale de la ville, dans le style qu’on appelle « art déco ».
Le sujet même de l’intrigue, puisqu’il y en a une, policière ou non, est tout à fait astucieux et paraît original, assez différent en tout cas des faits divers politico-sordides auxquels on n’est que trop habitué. C’est d’une œuvre d’art qu’il s’agit, et comme son auteur n’est rien de moins que le très grand Delacroix, on imagine sa valeur. Etant au courant de son existence (par ailleurs inconnue de tout le monde) des galeristes canadiens à court d’argent décident de la récupérer avec l’aide d’un jeune Casablancais Mehdi, non sans quelque tromperie pas très jolie, car le jeune homme croit aux promesses frauduleuses qui lui sont faites en échange de ce vol. Malheureusement les choses tournent mal et Mehdi est amené à tuer le vieux juif qui possède le tableau.
Le commissaire ne se laisse pas tromper par un autre meurtre de juif commis juste après celui-là et qui a de tout autres motivations. On arrive donc assez vite au dénouement, sans entrer d’ailleurs dans les détails de ce qui va s’en suivre et qui n’appartient plus au sujet traité par le romancier. Celui-ci n’en étant pas à son coup d’essai, on peut espérer qu’il mettra bientôt son talent au service d’un livre à la trame serrée et riche de rebondissements vraiment « haletants » !
Denise Brahimi

(cet article provient du site de Coup de soleil Rhône-Alpes http://www.coupdesoleil-rhonealpes.fr/category/lire-ecouter-voir

Jauffret: guerre d’Algérie

Stora et Jauffret

Stora et Jauffret

Des hommes et des femmes en guerre d’Algérie, dirigé par Jean-Charles Jauffret, Autrement, coll Mémoires, n° 97, 2003, Actes du colloque international 7-8 octobre 2002, 573 p., 33 auteurs, conclusion par Jean-Pierre Rioux, chronologie 1943- 1962.

Fin d’un cycle de colloques sur la guerre : trois publications de 1990 à 2001. Pour se remémorer « cette violence généralisée, si ancienne mais décuplée par le conflit, à tous temps et dans tous les camps ». Pour souligner « l’impuissance des religions chrétienne et juive à faire respecter leurs valeurs fondatrices [et] l’intériorisation, côté musulman de ce mixte du religieux et du politique qui anima une si efficace police du sacrifice militaire et civile. »… « L’information, les propagandes, les médiations diverses ont certainement joué un rôle déterminant dans cette bousculade ; on allait dire dans cette débandade du raisonnement et du choix enfin pesé » (J-P Rioux).

Originalité du livre : pour une seconde partie dominante consacré aux combattants, une première partie consacrée aux civils dans la guerre, avec trois textes sur les intellectuel(le)s et écrivain(e)s.

Leïla Sebbar Enfances algériennes (2014, 2016)

images-2imagesL’enfance des Français d’Algérie avant 1962, Textes inédits recueillis par Leïla Sebbar, 2014, Bleu autour éditeur, 287 p. Biographies des 28 auteurs (dont 13 auteures), dessins au lavis ou à la plume, photos d’époque. La plupart des auteurs sont enseignants de tous niveaux, écrivains, éditeurs. Une douzaine est née dans les années 1930 ou avant, la majorité dans les années 1950 et 1960. Des « pieds-noirs d’origine française, bien sûr, en majorité, mais aussi d’origine espagnole, italienne, maltaise ou de ces familles juives d’une origine maghrébine très ancienne. Tous on une histoire lié à une Algérie quittée le plus souvent en 1962.

Une enfance dans la guerre, Algérie 1954-1962, Textes inédits recueillis par Leïla Sebbar, 2016, Bleu autour éditeur, 192 p, chronologie 1945- 1962, photos d’époque. Chaque récit est suivi d’une biographie de l’auteur. 44 auteurs (19 auteures…) dont 22 ont des patronymes « maghrébins », dont 6 ont des prénoms « chrétiens » : cela ne présume pas de leur origine « juive » ou « musulmane »… Quelque 13 auteurs ont participé à la fois à ce livre et au précédent.
Leïla Sebbar a commencé sa quête avec http://coupdesoleil.net/blog/leila-sebbar-une-enfance-juive-en-mediterranee-musulmane-2012/ , ouvrage ciblé sur les familles séfarades non seulement maghrébines, mais auss de la Méditerranée orientale. Il est clair que les souvenirs d’enfance sont une source particulièrement riche et précieuse, parce que c’est toute l’histoire familiale antérieure qui remonte et enrichit ces témoignages. A peu près tous parlent de familles qui ont quitté les pays de leur enfance, le plus souvent pour vivre en France.

Unknown-7

Leïla Sebbar en entretien avec Catherine Dupont-Humbert (Maghreb des livres 2017)

Leïla Sebbar en entretien avec Catherine Dupont-Humbert (Maghreb des livres 2017)

Oran 1962: Pervillé micro-historien

Unknown-5Guy Pervillé, Oran 5 juillet 1962 Leçon d’histoire sur un massacre, Vendémiaire, 2014, 315 p. Chronologie,, documents, cartes, sources, index.

Ce travail de micro-histoire est un exemple de rigueur : pourquoi l’événement ? pourquoi son oubli ou sa dissimulation ? quelles sources, quels protagonistes ? La mise en lumière du caractère singulier d’Oran en Algérie, sur le long terme et dans la guerre, permet d’éviter le « c’est partout pareil » ou le « c’est un exemple à généraliser pour comprendre l’ensemble ». La conclusion montre que cette histoire se joue à plusieurs échelles : responsabilité de l’OAS, responsabilité des Unknown-6brigands d’Attou, responsabilité du colonel Boumedienne, responsabilité du général de Gaulle.

Fellag, un espoir… pour le théâtre, 2015

UnknownFellag Un espoir, des espoirs, JC Lattès, 2015, 111 p., pièce de théâtre

Dans un bistro du boulevard Ménilmontant à Paris, deux hommes se croisent et discutent. Il y a « Un », jeune homme issu de la deuxième génération d’immigrés algériens, bardé de diplômes, ambitieux. Il projette d’aller s’installer en Algérie pour y vivre et y investir. Face à lui se trouve « Deux », un habitué du bar, sexagénaire, ancien réfugié politique. « Un » demande à « Deux » ce qu’il pense de son projet de départ pour l’Algérie.

« Deux » se met à lui raconter la longue histoire d’un type mystérieux nommé l’Espoir, qu’il a connu petit au cours des folles journées de l’Indépendance. Tout en démythifiant cette personnalité complexe, il lui parle de toutes les manipulations dont l’Espoir a été victime, quel que soit le pouvoir en place. Il lui narre les déboires subis par l’Espoir, mais aussi ses propres lâchetés, ses supercheries, ses fanfaronnades et son opportunisme. Avec humour et tendresse, les aventures de l’Espoir incarnent cinquante ans de l’histoire algérienne, entre ombre et lumière. (Babelio)

Unknown-1Une réflexion sur la politique : un pays où s’appuyer sur le passé précolonial est incertain, s’appuyer sur les « acquis » coloniaux est impensable, où glorifier l’indépendance est cautionner ceux qui ont confisqué celle-ci, il faut s’appuyer sur un futur incertain, appelé Espoir.

Bienvenue à Madagascar/ Franssou Prenant : filmer Alger

Bienvenue à Madagascar/ Franssou Prenant : filmer Alger

Franssou Prenant

Franssou Prenant

La Chine est encore loin pour parler de l’Aurès, alors pourquoi pas Madagascar pour parler d’Alger ? Si la récitante / auteure du film a été compagne de l’ambassadeur à Alger de cet autre pays africain ?

Avant tout, Franssou Prenant est de métier monteuse de films autant qu’auteure. Elle part de la nostalgie de l’Alger de sa jeunesse (1962- 1966, à 10- 14 ans). Elle a un « œil de caméra » exceptionnel, pour filmer la ville d’Alger et ses gens. De cette ville si délabrée elle tire une poésie du quotidien, avec le ballet d’une bouteille en plastique prise dans le tourbillon du vent ou dans une vague, avec les murs et les escaliers, avec les ciels et la mer. C’est le rythme de ces images qui commande le film, mosaïque et kaléidoscope. On a même droit au peintre Marquet…

th-1Mais le film n’est pas muet et c’est là qu’il pose problème. Les séquences sonores sont aussi brèves que les plans visuels et le mélange des deux relève de rêveries et d’associations d’idées, sans cohérence mutuelle entre l’image et le son. Des murmures d’introspection se tressent avec du commentaire politique contemporain, ou avec la voix d’André, père de l’auteure, racontant son voyage en 1946 de Marseille à la frontière saharo- marocaine.

Les amoureux d’Alger trouveront leur compte dans ce film, mais il n’aidera pas les néophytes à la découverte de ce pays.