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« LES BIENHEUREUX », film algérien de Sofia Djama (2017)

« LES BIENHEUREUX », film algérien de Sofia Djama (2017) avec Nadia Kaci, Sami Bouadjila

Visible en salles juste après le film de Karim Moussaoui En attendant les hirondelles, le film de Sofia Djama, qui connaît lui aussi un succès bien mérité, confirme un sentiment très euphorique : décidément, le cinéma algérien accède à une ère nouvelle et parvient à se faire reconnaître dans sa nouveauté, grâce à la réalisation talentueuse d’hommes et de femmes aptes à faire comprendre au public ce qu’il en est aujourd’hui même de leur pays.
Quelques documentaires avaient été comme des hirondelles (pour parler comme Karim Moussaoui) annonçant cet autre printemps arabe, qui ne pouvait prendre la même forme qu’en Tunisie par exemple, du fait que toute l’histoire contemporaine de l’Algérie est marquée par ce terrible épisode qu’on appelle la décennie noire et qui est en effet le point de départ du tableau tracé dans Les Bienheureux. Avec beaucoup de retard, du fait de la politique officielle qui a privilégié la recherche d’un apaisement factice par occultation des événements, il semblerait que beaucoup d’Algériens découvrent maintenant et osent affirmer que ce terrible épisode (pas moins d’une dizaine d’années) ne peut tout simplement être caché sous le tapis, en attendant que les choses veuillent bien rentrer d’elles-mêmes dans l’oubli. Le film de Sofia Djama montre et notamment par le personnage d’Amal admirablement joué par Nadia Kaci que non seulement la décennie noire a créé une sorte de génération sacrifiée, ceux et celles qui comme Amal et son mari Samir ont réussi à survivre(comme ils le disent l’un et l’autre, c’est à la fois peu et beaucoup), mais que de plus elle compromet et laisse en suspens le sort d’un groupe socio-culturel qui ne se voit plus d’avenir en Algérie, la communauté des francophones démocrates, laïques, menacés par l’islamisation de fait , dont le film s’emploie à donner des preuves.
Il le fait à travers une action très simple et très convaincante, tant il est vrai que les faits montrés sont connus de tout le monde et ne s’inventent pas. Le couple d’Amal et Sami décide de fêter le vingtième anniversaire de son mariage en allant dîner au restaurant (avec quelques réticences de sa part à elle qui sans doute prévoit d’éventuelles contrariétés). S’accumulent alors des difficultés en série qui ne peuvent manquer de gâcher la soirée et même au-delà : café où les femmes ne peuvent entrer, restaurant où on ne sert pas d’alcool en terrasse, obligation d’aller dans un hôtel pour touristes absolument sinistre et vraisemblablement hors de prix. Finalement le couple se retrouve au commissariat de police, un banal agent de la circulation ayant découvert qu’Amal avait bu de l’alcool avant de prendre le volant. Pas d’autre solution que d’en appeler à l’intervention d’un ami haut placé, qui se révèle efficace en effet.
La génération suivante a d’ailleurs recours au même type d’intervention : la jeune Fériel délivre grâce au commissaire de police qui la protège ses deux amis (au sens purement amical du mot). Ils se sont fait prendre en ayant sur eux la plus ordinaire des substances illicites que fument semble-t-il la plupart des jeunes gens.
On s’aperçoit assez vite que pratiquement le film tourne autour d’une question et une seule, il est vrai décisive parce qu’elle engage tout l’avenir des intéressés : partir ou rester ? La qualité du film vient de ce que la réponse n’est pas simple, ni pour les personnages, ni pour les spectateurs qui ne peuvent manquer de s’interroger. Certes Amal qui veut partir est convaincante, d’autant plus qu’elle le veut pour assurer l’avenir de son fils, qui en Algérie n’en a semble-t-il aucun. Comme dans le premier épisode d’En attendant les hirondelles, on voit un garçon supposé étudiant qui ne parvient pas à éprouver le moindre intérêt pour les études universitaires. Echec patent du système ou banal décrochage dont il y a des exemples partout ?
Mais comme Sami qui résiste autant qu’il peut à ce projet de départ, on se dit que quitter son pays ne peut pas être la bonne solution et que ce serait vraiment dommage d’avoir résisté si longtemps pour abandonner finalement la partie. Il a, lui, un projet sur place : créer une clinique (il est gynécologue), mais est-ce à tort ou à raison qu’il se sent près du but et finalement capable de l’atteindre ?
Ce qui est beau et pathétique dans ce film est qu’on assiste à une sorte de balance et de basculement toujours possible entre passé et présent. Difficile de ne pas ressentir que le passéisme est un enfermement n’offrant qu’une bien maigre compensation lorsque le petit groupe d’amis devenus des « anciens combattants » se met à entonner sur l’air de Léo Ferré le poème d’Aragon L’affiche rouge en hommage au groupe Manouchian. Sans doute ont-ils été à leur manière des combattants pendant la décennie —d’ailleurs achevée depuis dix ans au moment où se situe le film (2008) —mais on croit comprendre que plusieurs d’entre eux se sont contentés de partir, en France sans doute, ce qui est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles Samir n’est pas favorable au départ.
Les raisons sont toute autres pour lesquelles son fils lui non plus n’a pas envie de partir, c’est tout simplement qu’il ne se trouve pas mal et même plutôt bien là où il est, et c’est une raison qui mérite qu’on en tienne compte, même si les critiques du film n’en ont fait jusqu’ici aucun cas (comme d’habitude, ils ne retiennent d’un film sur l’Algérie que le tableau le plus sombre qui soit). Lorsque ce garçon se moque doucement de la peur d’être égorgé, encore vive chez ses parents, peut-être a-t-il raison d’y voir la rémanence d’une époque aujourd’hui révolue (sauf exception). On se souvient alors que le but d’un film est de montrer, pas de démontrer, et de poser des questions, pas d’y répondre. Ce que celui-ci fait admirablement.
Denise Brahimi

(cet article provient du site de Coup de soleil Rhône-Alpes http://www.coupdesoleil-rhonealpes.fr/category/lire-ecouter-voir)

« LE CROQUIS DU DESTIN » de Habib Mazini (2016)

« LE CROQUIS DU DESTIN » de Habib Mazini (éditions Broc Jacquart, Maroc, 2016)

Ce livre vaut ou aurait pu valoir mieux que ses apparences, d’abord au sens le plus matériel du mot : une édition peu soignée et très peu professionnelle, un titre grandiloquent qui ne signifie rien et surtout une très vague intrigue policière, qui en fait tout sauf un « polar haletant » quoi qu’en dise la quatrième de couverture. A dire vrai il n’y a même pas du tout d’intrigue en ce sens que les lecteurs savent d’emblée ce qu’il en est, ainsi que le Commissaire Hamidi chargé de l’enquête.
Et pourtant, on lit ce petit livre pas très bien écrit avec beaucoup de plaisir et d’intérêt, pour plusieurs raisons. L’action se passe dans la ville de Casablanca (Tanger aussi se trouve évoquée, mais très peu). Et la représentation qui en est donnée est un très grand atout pour ce roman, ne serait-ce que par sa variété. En effet on y voit aussi bien des cafés mal fréquentés, voire du genre bouge, d’autres nettement plus convenables, un grand hôtel fort bien tenu et surtout nombre de ces beaux immeubles des années 20 à 30, qui font très légitimement la célébrité architecturale de la ville, dans le style qu’on appelle « art déco ».
Le sujet même de l’intrigue, puisqu’il y en a une, policière ou non, est tout à fait astucieux et paraît original, assez différent en tout cas des faits divers politico-sordides auxquels on n’est que trop habitué. C’est d’une œuvre d’art qu’il s’agit, et comme son auteur n’est rien de moins que le très grand Delacroix, on imagine sa valeur. Etant au courant de son existence (par ailleurs inconnue de tout le monde) des galeristes canadiens à court d’argent décident de la récupérer avec l’aide d’un jeune Casablancais Mehdi, non sans quelque tromperie pas très jolie, car le jeune homme croit aux promesses frauduleuses qui lui sont faites en échange de ce vol. Malheureusement les choses tournent mal et Mehdi est amené à tuer le vieux juif qui possède le tableau.
Le commissaire ne se laisse pas tromper par un autre meurtre de juif commis juste après celui-là et qui a de tout autres motivations. On arrive donc assez vite au dénouement, sans entrer d’ailleurs dans les détails de ce qui va s’en suivre et qui n’appartient plus au sujet traité par le romancier. Celui-ci n’en étant pas à son coup d’essai, on peut espérer qu’il mettra bientôt son talent au service d’un livre à la trame serrée et riche de rebondissements vraiment « haletants » !
Denise Brahimi

(cet article provient du site de Coup de soleil Rhône-Alpes http://www.coupdesoleil-rhonealpes.fr/category/lire-ecouter-voir

Karim Moussaoui, En attendant les hirondelles, film 2017

Algerian film director Karim Moussaoui poses as he attends the Resistances International Film festival in Foix, southern France, on July 15, 2017. / AFP PHOTO / Eric CABANIS

Algerian film director Karim Moussaoui poses as he attends the Resistances International Film festival in Foix, southern France, on July 15, 2017. / AFP PHOTO / Eric CABANIS

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Karim Moussaoui, de 1990 à 2017

En attendant les hirondelles, film 2017. Une Algérie où les risques vécus, connus, imaginés sont si présents que dans ce film qui serait sensé parler d’événements heureux le spectateur s’attend, comme les protagonistes, à une catastrophe à chaque instant… ce qui n’arrive pas.

Si les paysages ruraux ou urbains sont marqués par le manque de finition, d’entretien, de nettoyage au quotidien, c’est aussi partout la puissance et le modernisme des routes neuves, des immeubles qui poussent partout. Dans les intérieurs règne (pour ces couches sociales « bourgeoises » mises en scène) le confort de l’électro-ménager moderne et le conformisme du mobilier, ici orientalisant, là moderne-ikéa.
Evénements heureux certes : le mariage du médecin, les bonnes affaires du promoteur immobilier- architecte, mais dans un conformisme social où la liberté est bridée. Ceux qui « se lâchent » (dans la noce ou dans l’étrange ballet des danseurs et musiciens transgressifs en pleine campagne) semblent irréels.

Les trois histoires qui ne se recoupent que par hasard mettent en scène chacune une femme qui ne renonce pas : l’intellectuelle qui ne renonce pas comme mère, la promise qui ne renonce pas totalement à son amour, la victime qui ne renonce pas à défaire son malheur.

Si le moyen métrage de Karim Moussaoui (Les jours d’avant, 2013) http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1188 racontait les prémices de la guerre civile des années 1990, le cinéaste montre maintenant l’Algérie « apaisée » quinze ans après « la paix », mais où la violence banale actuelle, ou le souvenir de la « décennie noire » commandent l’inévitable du quotidien : renoncements, prudences, lâchetés.

16922hr_-e1510018575402-592x296-1510018614Un film désespérant ? Je ne crois pas, parce que les personnages sont au fond honnêtes et cultivés, ce que rappelle le leit motiv musical du film : une cantate de Jean Sébastien Bach.

Jauffret: guerre d’Algérie

Stora et Jauffret

Stora et Jauffret

Des hommes et des femmes en guerre d’Algérie, dirigé par Jean-Charles Jauffret, Autrement, coll Mémoires, n° 97, 2003, Actes du colloque international 7-8 octobre 2002, 573 p., 33 auteurs, conclusion par Jean-Pierre Rioux, chronologie 1943- 1962.

Fin d’un cycle de colloques sur la guerre : trois publications de 1990 à 2001. Pour se remémorer « cette violence généralisée, si ancienne mais décuplée par le conflit, à tous temps et dans tous les camps ». Pour souligner « l’impuissance des religions chrétienne et juive à faire respecter leurs valeurs fondatrices [et] l’intériorisation, côté musulman de ce mixte du religieux et du politique qui anima une si efficace police du sacrifice militaire et civile. »… « L’information, les propagandes, les médiations diverses ont certainement joué un rôle déterminant dans cette bousculade ; on allait dire dans cette débandade du raisonnement et du choix enfin pesé » (J-P Rioux).

Originalité du livre : pour une seconde partie dominante consacré aux combattants, une première partie consacrée aux civils dans la guerre, avec trois textes sur les intellectuel(le)s et écrivain(e)s.

Leïla Sebbar Enfances algériennes (2014, 2016)

images-2imagesL’enfance des Français d’Algérie avant 1962, Textes inédits recueillis par Leïla Sebbar, 2014, Bleu autour éditeur, 287 p. Biographies des 28 auteurs (dont 13 auteures), dessins au lavis ou à la plume, photos d’époque. La plupart des auteurs sont enseignants de tous niveaux, écrivains, éditeurs. Une douzaine est née dans les années 1930 ou avant, la majorité dans les années 1950 et 1960. Des « pieds-noirs d’origine française, bien sûr, en majorité, mais aussi d’origine espagnole, italienne, maltaise ou de ces familles juives d’une origine maghrébine très ancienne. Tous on une histoire lié à une Algérie quittée le plus souvent en 1962.

Une enfance dans la guerre, Algérie 1954-1962, Textes inédits recueillis par Leïla Sebbar, 2016, Bleu autour éditeur, 192 p, chronologie 1945- 1962, photos d’époque. Chaque récit est suivi d’une biographie de l’auteur. 44 auteurs (19 auteures…) dont 22 ont des patronymes « maghrébins », dont 6 ont des prénoms « chrétiens » : cela ne présume pas de leur origine « juive » ou « musulmane »… Quelque 13 auteurs ont participé à la fois à ce livre et au précédent.
Leïla Sebbar a commencé sa quête avec http://coupdesoleil.net/blog/leila-sebbar-une-enfance-juive-en-mediterranee-musulmane-2012/ , ouvrage ciblé sur les familles séfarades non seulement maghrébines, mais auss de la Méditerranée orientale. Il est clair que les souvenirs d’enfance sont une source particulièrement riche et précieuse, parce que c’est toute l’histoire familiale antérieure qui remonte et enrichit ces témoignages. A peu près tous parlent de familles qui ont quitté les pays de leur enfance, le plus souvent pour vivre en France.

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Leïla Sebbar en entretien avec Catherine Dupont-Humbert (Maghreb des livres 2017)

Leïla Sebbar en entretien avec Catherine Dupont-Humbert (Maghreb des livres 2017)

Oran 1962: Pervillé micro-historien

Unknown-5Guy Pervillé, Oran 5 juillet 1962 Leçon d’histoire sur un massacre, Vendémiaire, 2014, 315 p. Chronologie,, documents, cartes, sources, index.

Ce travail de micro-histoire est un exemple de rigueur : pourquoi l’événement ? pourquoi son oubli ou sa dissimulation ? quelles sources, quels protagonistes ? La mise en lumière du caractère singulier d’Oran en Algérie, sur le long terme et dans la guerre, permet d’éviter le « c’est partout pareil » ou le « c’est un exemple à généraliser pour comprendre l’ensemble ». La conclusion montre que cette histoire se joue à plusieurs échelles : responsabilité de l’OAS, responsabilité des Unknown-6brigands d’Attou, responsabilité du colonel Boumedienne, responsabilité du général de Gaulle.

Fellag, un espoir… pour le théâtre, 2015

UnknownFellag Un espoir, des espoirs, JC Lattès, 2015, 111 p., pièce de théâtre

Dans un bistro du boulevard Ménilmontant à Paris, deux hommes se croisent et discutent. Il y a « Un », jeune homme issu de la deuxième génération d’immigrés algériens, bardé de diplômes, ambitieux. Il projette d’aller s’installer en Algérie pour y vivre et y investir. Face à lui se trouve « Deux », un habitué du bar, sexagénaire, ancien réfugié politique. « Un » demande à « Deux » ce qu’il pense de son projet de départ pour l’Algérie.

« Deux » se met à lui raconter la longue histoire d’un type mystérieux nommé l’Espoir, qu’il a connu petit au cours des folles journées de l’Indépendance. Tout en démythifiant cette personnalité complexe, il lui parle de toutes les manipulations dont l’Espoir a été victime, quel que soit le pouvoir en place. Il lui narre les déboires subis par l’Espoir, mais aussi ses propres lâchetés, ses supercheries, ses fanfaronnades et son opportunisme. Avec humour et tendresse, les aventures de l’Espoir incarnent cinquante ans de l’histoire algérienne, entre ombre et lumière. (Babelio)

Unknown-1Une réflexion sur la politique : un pays où s’appuyer sur le passé précolonial est incertain, s’appuyer sur les « acquis » coloniaux est impensable, où glorifier l’indépendance est cautionner ceux qui ont confisqué celle-ci, il faut s’appuyer sur un futur incertain, appelé Espoir.

Bienvenue à Madagascar/ Franssou Prenant : filmer Alger

Bienvenue à Madagascar/ Franssou Prenant : filmer Alger

Franssou Prenant

Franssou Prenant

La Chine est encore loin pour parler de l’Aurès, alors pourquoi pas Madagascar pour parler d’Alger ? Si la récitante / auteure du film a été compagne de l’ambassadeur à Alger de cet autre pays africain ?

Avant tout, Franssou Prenant est de métier monteuse de films autant qu’auteure. Elle part de la nostalgie de l’Alger de sa jeunesse (1962- 1966, à 10- 14 ans). Elle a un « œil de caméra » exceptionnel, pour filmer la ville d’Alger et ses gens. De cette ville si délabrée elle tire une poésie du quotidien, avec le ballet d’une bouteille en plastique prise dans le tourbillon du vent ou dans une vague, avec les murs et les escaliers, avec les ciels et la mer. C’est le rythme de ces images qui commande le film, mosaïque et kaléidoscope. On a même droit au peintre Marquet…

th-1Mais le film n’est pas muet et c’est là qu’il pose problème. Les séquences sonores sont aussi brèves que les plans visuels et le mélange des deux relève de rêveries et d’associations d’idées, sans cohérence mutuelle entre l’image et le son. Des murmures d’introspection se tressent avec du commentaire politique contemporain, ou avec la voix d’André, père de l’auteure, racontant son voyage en 1946 de Marseille à la frontière saharo- marocaine.

Les amoureux d’Alger trouveront leur compte dans ce film, mais il n’aidera pas les néophytes à la découverte de ce pays.

Algérie du possible, film de Viviane Candas

affiche du film

affiche du film

Algérie du possible, une biographie : depuis le FLN au combat, vers le pied-rouge non conformiste

« C’est l’histoire d’une femme qui a perdu son père et qui cherche à savoir pourquoi. Yves Mathieu, avocat anticolonialiste et militant socialiste est-il mort dans un banal accident de voiture ? Difficile d’y croire lorsque l’on sait que le camion qui l’a percuté, un jour de 1966, appartenait à l’armée algérienne.

Ce documentaire pudique ne sombre jamais dans l’accusation facile, tout en évoquant beaucoup de sujets passionnants (peut-être trop pour une durée aussi courte) : l’indépendance, le pétrole algérien, l’alphabétisation, l’autogestion, le napalm, la restitution des terres… Le tout éclairé par le commentaire sobre de la cinéaste Viviane Candas » (présentation de Télérama)

routes dangereuses

routes dangereuses

Nous avons vu ce documentaire, en avant-première organisée par le Maghreb des films (il sort en salles le 7 décembre 2016, commenté dans Le Monde du même jour, voir ci-dessous). Il est réalisé par Viviane Candas. Trois séances successives au cinéma La clef à Paris. C’est donc la fille du héros, Yves, qui commente son film en compagnie de l’historienne Sylvie Thénault et d’un ancien militant du FLN emprisonné à Paris, auteur d’un ouvrage sur les Algériens alors condamnés à mort. A une projection suivante, grâce à Mohamed Harbi, on parlera surtout de la réforme agraire (tentative avortée d’auto-gestion) et de la gestion des biens laissés vacants par le départ des pieds-noirs.

école vers 1963?

école vers 1963?

Le film raconte l’histoire de Mathieu en tressant tous les fils disponibles : souvenirs directs de sa fille encore enfant, mais aussi indirectement ce qu’elle entendait dire par les proches à l’époque. Et puis son immense quête en Algérie ou en France auprès des témoins de l’époque, proches de Mathieu. Y compris ce que livrent des témoins essentiels, comme Mohamed Harbi, à la fois militant, acteur et historien du FLN et Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante. Dans la discussion qui a suivi le film, beaucoup de place a été donné à la guerre d’Algérie et au « collectif » d’avocats qui ont défendu les militants emprisonnés, en Algérie comme en France. La description des années 1962-66 en Algérie que donne le film est plus précieuse encore, car c’est un thème particulièrement mal connu « de l’intérieur », en particulier en province, loin d’Alger. Mathieu s’est occupé en juriste des « biens vacants ». Pour les terres et les entreprises, c’est l’histoire cruciale de la tentative d’autogestion, vite remplacée par une gestion bureaucratique centralisée : dans un pays manquant dramatiquement de cadres, aucune des deux solutions de gestion n’avait de chances de réussir facilement. On voit Mathieu et quelques autres « pieds-rouges », avec quelques Algériens « de gauche », essayer de mettre juridiquement et pratiquement en route cette autogestion où les ex-employés assureraient à la fois le travail et la gestion des entreprises abandonnées par le départ des pieds-noirs. On montre l’abandon de fait de cette tentative, abandon accéléré par le coup d’état de Boumediene en 1965. Le parc immobilier de logement était l’autre face des « biens vacants », dont malheureusement le film ne parle guère. Mathieu se reconvertit en avocat qui défend les droits coutumiers des paysans dans l’est algérien. En 1966 tout laisse penser que l’accident de voiture où il meurt est un assassinat organisé par les « services » de la sécurité militaire algérienne. La valeur de ce film est dans l’imbrication des images et témoignages du présent avec les souvenirs récupérés appuyés sur les images d’archives, sans manichéisme.

Extraits de l’article du Monde :  … « Se dessinent non seulement le portrait d’un combattant à l’idéalisme inflexible mais aussi la fresque funèbre d’une révolution trahie (y en a-t-il d’autres ?). […] A l’indépendance, il avait été chargé par le régime d’Ahmed Ben Bella de donner un cadre juridique à l’expérience d’autogestion tentée dans les grands domaines agricoles et les installations industrielles abandonnées par les (ou prises aux) Français […] Le coup d’Etat de 1965, qui finit par porter au pouvoir Houari Boumédiène, s’est fait contre les amis politiques d’Yves Mathieu, qui a repris ses activités d’avocat et (c’est une hypothèse avancée par sa fille) d’opposant à un régime qu’il réprouve. Alors qu’il se rend dans la région de Constantine pour rencontrer des paysans spoliés dans une affaire de détournement d’eau, sa voiture est heurtée par un camion de l’armée algérienne […] La caméra enregistre la gamme des réactions que provoque l’évocation de ce souvenir embarrassant. Le chagrin vrai, la condescendance, l’hypocrisie, la honte, l’aveuglement (la réalisatrice a rencontré Ahmed Ben Bella avant sa mort en 2012) gravent à l’eau-forte le tableau clinique des séquelles d’une révolution.

Parallèlement, à l’aide d’images d’archives utilisées avec parcimonie, Algérie du possible tente de dire ce qu’aurait pu être une Algérie autogérée, qui aurait aidé les paysans dépossédés par la colonisation à retrouver une terre dont ils auraient été les maîtres, qui aurait accompli les promesses de l’indépendance. Cette évocation d’une utopie s’appuie entre autres sur les souvenirs de ce moment de l’histoire qui vit Alger devenir une Mecque révolutionnaire où se croisaient barbudos et Black Panthers, combattants de l’ANC et délégation pékinoise […] C’est parce que l’auteure ne peut surmonter l’éblouissement que lui a laissé l’épopée qu’a vécue son père qu’elle peut rendre compte aussi exactement du deuil qui a suivi. »

 

 

 

Faouzia Charfi, galette à l’AGECA

avec Faouzia Charfi, galette à l’AGECA

Causerie, mais aussi moment convivial pour tirer les rois, voir l’affiche:

http://coupdesoleil.net/wp-content/uploads/2017/01/Rencontre-débat_Faouzia-Charfi.pdf

le public à l'AGECA

le public à l’AGECA

Nous étions un petit groupe enthousiaste, pour parler de ce que serait un “islam apaisé”, terme qui bien sûr a fait discussion, mais aussi pour comprendre ce qu’est la critique moderne pour les musulmans d’aujourd’hui et ce qu’est la spécificité de la Tunisie, pays où l’éducation a pu lutter pour une déconnection du religieux vis-à-vis du politique et du scientifique. Faouzia nous a donné nombre d’exemples concrets de ces problèmes: lutter pour un statut de l’image, pour un usage de la mesure astronomique dans l’usage du calendrier religieux, lutter pour une égalité entre femme et homme dans la législation sur l’héritage. A tout

Faouzia et Georges

Faouzia et Georges

cela la lecture du livre de Faouzia contribue fortement.