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MEDDEB Abdelwahab, “Sortir de la malédiction”, 2008

s130409124428MEDDEB Abdelwahab, “Sortir de la malédiction”, La Couleur des idées, 2008
” C’est dans la désolation d’Auschwitz que prit pour moi un sens actuel le “pré de malédiction”, cette expression d’Empédocle d’Agrigente pour désigner le lieu où agit le démon de la discorde, de la haine, du mal – auxquels s’oppose l’action du dieu mû par l’amour… Ce “pré de malédiction” est toujours là, à disposition pour les candidats qui se proposent de l’occuper. Après les forces du mal européennes, de genèse chrétienne, le voilà investi par celles d’islam. L’horreur se déplace ainsi à travers les croyances, les langues, les nations, les peuples, les cultures… Des communautés croient y gagner leur régénération, mais elles dégénèrent et s’abîment. Pour sortir de ce pré, nous devons le savoir et agir en conséquence, dénoncer l’inacceptable et donc le désigner sans relâche. Notre honneur est d’être l’allié du dieu qui incarne le pôle contraire, celui dont le défi consiste à avaler le démon qui répand le sang sur le pré de malédiction… D’être du côté du juste qui se détache de sa communauté pour conjurer le mal qui la taraude et l’anime contre autrui. ”

Azouz BEGAG – “Salam Ouessant”, 2012

s151012172921 (éd. Albin Michel), 2012. Un père emmène ses deux filles en vacances d’été à Ouessant. Il se remet mal de son divorce, d’avoir perdu leur garde, n’arrive pas à leur dire qu’ils sont là en souvenir d’un ami d’enfance à Lyon, originaire de l’île natale, qui prenait sa défense quand on le traitait d’Arabe ou d’étranger. Lui s’est toujours senti lyonnais même s’il garde la nostalgie des départs sur le Ville de Marseille l’été pour Alger. La pluie incessante, le regret des filles d’avoir quitté leur mère, la mélancolie qu’il essaie d’endiguer à coups d’enjouements surfaits et de promenades à vélo, la rencontre d’une belle rousse qu’il aurait pu aimer, l’émouvante confession du loueur de vélos font de cette semaine bretonne à la fois un hors temps, un examen de passage familial et une mise au point pour ce père déboussolé qui veut avant tout être aimé. Salam Ouessant a le charme et la mélancolie d’une île entre pluie et nuages qu’éclaire fugitivement le soleil, les personnages n’y ont que l’assurance fragile d’un bonheur à défendre et la sincérité émouvante d’y prétendre. Comme dans tous ses romans, plus ou moins autobiographiques, Begag y évoque le paradoxe d’être d’origine maghrébine, considéré comme étranger et qui plus est arabe, donc en gros voleur de pain des Français de souche…

Dominique DUSSIDOUR – « S.L.E. Récits d’Algérie » , 2012

s051212123324Dominique DUSSIDOUR – « S.L.E. Récits d’Algérie » (éd. La Table-Ronde), 2012. L’enveloppe porte le cachet de la poste de Calais. À l’intérieur, un passeport algérien avec un visa touristique, un billet d’avion Paris-Oran, open… Nous sommes en 1998. Nadjid a dû fuir l’Algérie. Inscrit en doctorat à l’Université de Paris-VIII, il n’a pas obtenu son visa de séjour en France. Alors il va tenter de rejoindre l’Angleterre, confiant à la narratrice ce qu’il a de plus précieux : ses papiers et les dernières photos de sa mère, qu’il n’a pas eu le temps de faire développer. Dominique Dussidour a fait le chemin inverse. Dans les années 70, elle est partie enseigner le français en Algérie. Son récit va et vient entre les deux rives de la Méditerranée, entrecroisant les destins. Apparaissent un petit garçon en gandoura blanche, l’oncle Kader qui aurait aimé voir une femme conduire une locomotive, les noyés du 17 octobre 1961, la recette de la mauresque telle qu’on la servait dans les cafés d’Oran en 1910, et, plus près de nous, les migrants de la jungle de Calais, dont Nadjid, qui réussira à passer de l’autre côté.

Mathias ENARD – « Rue des voleurs », 2012

s081012175940Mathias ENARD – « Rue des voleurs » (éd. Actes Sud), 2012. C’est un jeune Marocain de Tanger, un garçon sans histoire, un musulman passable, juste trop avide de liberté et d’épanouissement, dans une société peu libertaire. Au lycée, il a appris quelques bribes d’espagnol, assez de français pour se gaver de Série Noire. Il attend l’âge adulte en lorgnant les seins de sa cousine Meryem. C’est avec elle qu’il va « fauter », une fois et une seule. On les surprend : les coups pleuvent, le voici à la rue, sans foi ni loi. Commence alors une dérive qui l’amènera à servir les textes – et les morts – de manières inattendues, à confronter ses cauchemars au réel, à tutoyer l’amour et les projets d’exil. Dans Rue des Voleurs, roman à vif et sur le vif, l’auteur de Zone retrouve son territoire hypersensible à l’heure du Printemps arabe et des révoltes indignées. Tandis que la Méditerranée s’embrase, l’Europe vacille. Il faut toute la jeunesse, toute la naïveté, toute l’énergie du jeune Tangérois pour traverser sans rebrousser chemin le champ de bataille. Parcours d’un combattant sans cause, Rue des Voleurs est porté par le rêve d’improbables apaisements, dans un avenir d’avance confisqué, qu’éclairent pourtant la compagnie des livres, l’amour de l’écrit et l’affirmation d’un humanisme arabe.

Bernard MAGNIER – « Rêves d’hiver au petit matin : Les printemps arabes vus par 50 écrivains et dessinateurs », 2012

s171112180004COLLECTIF sous la direction de Bernard MAGNIER – « Rêves d’hiver au petit matin : Les printemps arabes vus par 50 écrivains et dessinateurs » (éd. Elyzad), 2012. Tunisiens, Marocains, Algériens, Égyptien, Français, Espagnole ou Belge, Libanais, Mauritanien, Haïtiens, Cubains ou Argentine de Paris, Roumains ou Bosnien, Mauricienne, Comorien ou Malgaches, Algérien d’Italie, Libyen d’Amsterdam, Haïtien de Montréal, Togolais de Paris, Ivoirienne de Johannesburg, Tchadien de Genève ou de Mexico… 50 écrivains et dessinateurs, citoyens du monde et comptables de ses saisons, livrent « leurs » printemps, comme autant d’attentes, d’envies, de désirs, de craintes. Des regards fiévreux qui permettent, des mois après les faits, de mesurer l’intensité de l’onde irradiée par les révolutions arabes. Tous disent l’espérance violente et la déconvenue, les cris de liberté ensevelis sous les pierres des lendemains qui déchantent, les rêves déchirés par des réveils aux fragrances amères. Ils disent aussi combien ces saisons debout sont des lueurs pour d’autres insurrections en attente et que parfois au loin des printemps ont fané dans le silence. Ils disent que « les fleurs du printemps sont les rêves de l’hiver racontés au petit matin »…

Anthologie, préface de Tramor QUEMENEUR “Résister à la guerre d’Algérie : Par les textes de l’époque”, 2012

s171012132354Anthologie, préface de Tramor QUEMENEUR, postface de Nils ANDERSSON – “Résister à la guerre d’Algérie : Par les textes de l’époque” (éd. Les petits matins), 2012. Ils étaient soldats, avocats, éditeurs, écrivains, ouvriers. Chrétiens, communistes ou tiers-mondistes. Dans une France imprégnée de discours colonial, ils ont résisté à la guerre d’Algérie en refusant de porter les armes, en prenant la défense des militants condamnés, en témoignant des atrocités commises, en diffusant les textes interdits. Minoritaires dans un pays où “l’Algérie c’est la France”, ces insoumis ont pris le parti de leurs frères algériens au péril de leur liberté ou de leur vie. Ce livre présente des textes de l’époque – lettres de déserteurs, appels au refus ou manifestes anticolonialistes – ainsi qu’une liste de tous les acteurs de cette résistance. Autant de témoignages brûlants ou poignants’ éclairés par l’analyse de l’historien Tramor Quemeneur et par le regard de: l’éditeur Nils Andersson, témoin engagé de l’opposition au conflit. A l’heure où l’on célèbre le 50e anniversaire de l’indépendance algérienne, cette mémoire anticoloniale, nous dit l’association Sortir du colonialisme,: qui a coordonné cet ouvrage, peut contribuer aux combats d’aujourd’hui.

Gilbert MEYNIER & Tahar KHALFOUNE – « Repenser l’Algérie dans l’histoire », 2013

s110313144145Gilbert MEYNIER & Tahar KHALFOUNE – « Repenser l’Algérie dans l’histoire » (éd. L’Harmattan), 2013. Cet essai est le produit d’une réflexion partagée par les deux auteurs, nourrie par des années de recherche et d’échanges entre un historien spécialiste de l’Algérie et un juriste dont les grilles d’analyse reposent aussi sur une expérience de terrain. Cet ouvrage est composé d’une étude qui se propose d’inclure synthétiquement l’histoire de l’Algérie dans le temps long via notamment sa phase coloniale, et d’un bilan de l’Algérie indépendante qui reste fortement marqué par son passé colonial, mais qui renvoie aussi à toute une structuration de la société et des pouvoirs – formes et pratiques – héritée de l’histoire antérieure et forgée également par la nouveauté des dernières décennies où s’enchevêtrent violence et désir d’ouverture.

Sid Ahmed GHOZALI,
Question d’Etat,
Entretien avec Mohamed Chafik MESBAH, 2009

s010509141958Sid Ahmed GHOZALI,
Question d’Etat,
Entretien avec Mohamed Chafik MESBAH.
Casbah Editions – Alger – 2009
Ancien Premier ministre, ayant occupé plusieurs postes ministériels dans le gouvernement, S.A. Ghozali a surtout été le P-DG de Sonatrach.
Un pedigree qui dit toute l’envergure du personnage et singulièrement sa connaissance en profondeur du sérail politique algérien dans lequel il évolua durant de longues années. Aussi, lorsqu’une telle personnalité «passe à table», il faut l’écouter attentivement. Et ce qu’il dit à Mohamed Chafik Mesbah vaut le détour, car il lève le voile sur nombre d’affaires demeurées obscures. notamment le fameux dossier «Valhyd» qui a fait couler beaucoup d’encre dans les années 1970. Les précisions et mises au point de Sid Ahmed Ghozali valent assurément que l’on s’attarde sur les quelque 313 pages du volume. Celui-ci est le fruit d’un long entretien accordé par l’ancien Premier ministre au politologue Mohamed Chafik Mesbah et publié en 2008 dans deux quotidiens nationaux (arabophone et francophone). Sa lecture est, en fait, passionnante, que ce soit à propos de Sonatrach, entreprise qu’il connaît très bien pour l’avoir dirigée de longues années, sur l’affaire, Valhyd, que du pétrole algérien d’une manière générale,

Kaddour Riad – “Putain d’indépendance”, 2012

s151012164252Kaddour Riad – “Putain d’indépendance” (éd. La Contre Allée), 2012. « Livré à moi même dans ce tourbillon révolutionnaire, j anticipais, en une foulée euphorique, sur cet événement extravagant, qui, je croyais, allait me propulser manu militari dans les bras d un printemps définitivement symphonique » Putain d’indépendance !, c’est l’aspiration d’un homme et d’un pays qui veulent enfin devenir eux-mêmes, c est-à-dire autre. Un homme qui grandit en même temps que son pays, en proie aux mêmes rêves, dans une errance commune. En 1962, le F.L.N. accède au pouvoir et proclame l’indépendance dans une liesse populaire qui ne résistera pas aux lendemains incertains. « Les pays coloniaux conquièrent leur indépendance, là est l’épopée. L’indépendance conquise, ici commence la tragédie. » (Aimé Césaire) Témoignage incisif, Putain d’indépendance ! est le récit implacable d une révolution confisquée. L’humour avec lequel l’auteur brosse, dans des scènes tragi-comiques, la vie d un « algérien indépendant », ajoute à la qualité d une écriture qui se révèle avec ce premier roman.

Maïssa BEY : Puisque mon cœur est mort, 2010

s280610143711Maïssa BEY : Puisque mon cœur est mort (éd. l’Aube), 2010. L’architecture du roman, élaborée à la manière d’une correspondance épistolaire, décrit en cinquante chapitres le destin brisé d’Aïda, Algérienne de quarante-huit ans, divorcée, racontant sa vie qui vient de basculer dans le vide après l’assassinat de son fils Nadir. Cette femme brisée, pour ne pas perdre la raison, écrit dans des cahiers d’écolier. Un roman plein de douleur, irrigué de poésie qui aborde des thèmes inhérents à la vie sociale, économique et politique de l’Algérie. Prix Orange 2010.