Evénements



L’Algérie en bulles: les BD au Maghreb des livres 2017

 

Alignement des écrivains autour de Yves Chemla (Algérie en bulle)

Alignement des écrivains autour de Yves Chemla (Algérie en bulle)

Café littéraire : « L’Algérie en bulles » (samedi 18 février, 14 h 45 – 16 h) au Maghreb des Livres 2017

 avec Racim BENYAHIA, Jacques FERRANDEZ, KRIS, Gaëtan NOCQ, Benjamin STORA (Sébastien VASSANT, le bédéiste avec qui il a travaillé, n’a pas pu venir) : 5 auteurs de « BD documentaires » sur l’histoire de l’Algérie (Café animé par Yves CHEMLA). Ce café littéraire a attiré un large public et deux enthousiastes nous ont envoyé leurs notes et commentaires.

Quand on choisit la BD pour raconter l’histoire, quelle représentation/re-création du réel propose-t-on ? En quoi est-ce une façon différente de raconter l’histoire ?

Des périodes différentes de l’histoire de l’Algérie

  • la fin de la guerre d’indépendance (Terre fatale de Jacques Ferrandez, dixième et dernier tome de sa série, Carnets d’Orient, commencée en 1987) ;
  • les premières années de la colonisation et la résistance de Constantine (Constantine 1836 de Racim Benyahia, sa première publication) ;
  • l’ensemble de la guerre d’Algérie (Histoire dessinée de la guerre d’Algérie de Benjamin Stora et Sébastien Vassant) ;
  • le témoignage d’un appelé sur la guerre d’Algérie et sur sa démobilisation (Soleil brûlant en Algérie de Gaëtan Nocq, sa première BD) ;
  • la formation de l’équipe de football du FLN, en 1958, par des sportifs qui évoluaient en championnat de France (Un maillot pour l’Algérie de Kris).
ala table des caricaturistes

ala table des caricaturistes

Raconter en BD

  • il y a une différence radicale entre histoire dessinée et histoire illustrée
  • à partir de personnages de la réalité, on invente des personnages fictifs ; ensuite, il faut organiser le récit
  • le dessinateur choisit les situations qu’il va montrer ; il fait un travail de mise en scène
  • le dessin sublime le réel pour rejoindre l’image idéale qu’on a en tête
  • la BD a des techniques spécifiques de narration, fondées sur la pratique constante de l’ellipse : entre les cases, l’imaginaire du lecteur fonctionne à plein ; et souvent le dessin d’une scène n’a pas besoin de mots : on fait confiance au lecteur.

« Juifs et Musulmans au Maghreb »: Maghreb des livres février 2017

Allagui, Valensi, Kendib: au Maghreb des livres 2017, "Juifs et musulmans au Maghreb"

Allagui, Valensi, Kendib: au Maghreb des livres 2017, “Juifs et musulmans au Maghreb”

Carte blanche aux trois ouvrages « Juifs et Musulmans au Maghreb »

Maghreb des livres février 2017, Dialogue entre Abdelkrim Allagui (Tunisie), Mohamed Kendib (Maroc), Lucette Valensi (Algérie) ; présentation par Sadia Barèche.

Lucette Valensi prend la première la parole pour resituer l’origine du projet Aladin de créer des ponts entre juifs et musulman, Simone Veil et Jacques Chirac avaient constaté qu’un divorce de plus en plus marqué apparaissait surtout en France entre des Juifs et des Musulmans, et non les uns et les autres en général. Mais l’incompréhension était suffisamment inquiétante pour décider des rapprochements Il était prévu des actions pédagogiques à support éthique et historique pour réduire la fracture. D’abord l’établissement d’une charte qui face au flot de haine et de violence qui s’aggrave déclare sa volonté de rapprocher les communautés juives et musulmanes comme elles l’ont été par le passé au moyen orient et affirme son soutien au droits à un état souverain et à la sécurité des peuples juifs et palestinien. Ensuite des actions telles que des voyages à Auschwitz ou la traductions de certains ouvrages comme le journal d’Anne Franck ou Primo Levi pour faire connaitre l’histoire de la shoah et lutter contre le déni des déportations de Juifs, d’homosexuels et de Tziganes. Ce travail ne fut pas aisé dans tous les pays arabes et ce fut souvent l’ambassade de France qui mit en œuvre certaines aspects du projet, comme la traduction du sous titrage du film Shoa.

Film: Retour en Algérie, Cinéma Luminor, Hôtel de ville

Voir l’affiche du film: cliquer ci-dessous

http://coupdesoleil.net/wp-content/uploads/2017/01/RetourEnAlgerieDossierdePresseParisLuminor2017.pdf

www.retourenalgerie-lefilm.com

Emmanuel.audrain@orange.fr 06 80 95 12 45

Cinéma LUMINOR – Hôtel de Ville 20 rue du Temple 75004 Paris

10 Projections – rencontres

Avec le Réalisateur Emmanuel Audrain

Et ses « Invités »

Samedi 21 Janvier, 11h : Raphaëlle Branche Historienne

Samedi 28 Janvier, 11h : Xavier Jacquey ancien Appelé

Mohamed Khaznadji ancien Moudjahid

Samedi 04 Février, 11h : Claire Mauss-Copeaux Historienne

Samedi 11 Février, 11h : Pierre Joxe ancien Appelé, ancien Ministre,

“Avocat des mineurs”

Samedi 18 Février, 11h : Nils Andersson Editeur

Samedi 25 Février, 11h : Tramor Quémeneur Historien

Samedi 04 Mars, 11h : Claude Juin, ancien Appelé Sociologue

Samedi 11 Mars, 11h : Jean-Claude Escaffit Journaliste

Samedi 18 Mars, 11h : Gilles Manceron Journaliste et Historien

Samedi 25 Mars, 11h : Florence Beaugé Journaliste

Producteur délégué : Anne-Marie Yvon, Le Goût du Large

Coproduction : France Télévisions – France 3 Pôle Nord-Ouest Avec la participation… CNC, Centre National de la Cinématographie et de l’image animée Le Conseil Général des Côtes d’Armor . La Région Bretagne

Equipe du Film :

Réalisation et image : Emmanuel Audrain . Assistante à la réalisation et son : Sophie Audrain

Montage : Michèle Loncol . Palette graphique : Alexandre Babelot . Etalonnage : Marcello Cilurzo

Voix : Vincent Spatari . Musiques : Matthieu Saglio (violoncelle) . Malika Ouahès (chant Kabyle traditionnel) . Sons additionnels et Mixage 5.1 : Frédéric Hamelin . Affiche : Sylvie Dessert

S Y N O P S I S

Ils ont eu 20 ans, entre 1954 et 1962. Comme deux millions de jeunes Français, leur Service militaire ce fut la Guerre d’Algérie. Torture et « corvées de bois », sont les blessures dont leur génération n’a pas pu parler.

À 65 ans, avec la possibilité de percevoir leur « retraite du combattant », Rémi, Georges, Stanislas, Gilles et les autres… choisissent de mettre cet argent en commun, pour financer des projets solidaires, en Algérie. Eux, qui s’étaient tus si longtemps, voilà qu’ils parlent. Et leurs vieux coeurs qui rajeunissent ! Allant à la rencontre de jeunes lycéens, ils disent : « Parfois, il faut désobéir… Oser, dire Non ! » Ils ajoutent : « Cette histoire, a bouleversé nos vies. Mais – aujourd’hui – retournant en Algérie, c’est une autre page que nous voulons écrire… Solidaire et fraternelle, celle-là ! »

 

Algérie du possible, film de Viviane Candas

affiche du film

affiche du film

Algérie du possible, une biographie : depuis le FLN au combat, vers le pied-rouge non conformiste

« C’est l’histoire d’une femme qui a perdu son père et qui cherche à savoir pourquoi. Yves Mathieu, avocat anticolonialiste et militant socialiste est-il mort dans un banal accident de voiture ? Difficile d’y croire lorsque l’on sait que le camion qui l’a percuté, un jour de 1966, appartenait à l’armée algérienne.

Ce documentaire pudique ne sombre jamais dans l’accusation facile, tout en évoquant beaucoup de sujets passionnants (peut-être trop pour une durée aussi courte) : l’indépendance, le pétrole algérien, l’alphabétisation, l’autogestion, le napalm, la restitution des terres… Le tout éclairé par le commentaire sobre de la cinéaste Viviane Candas » (présentation de Télérama)

routes dangereuses

routes dangereuses

Nous avons vu ce documentaire, en avant-première organisée par le Maghreb des films (il sort en salles le 7 décembre 2016, commenté dans Le Monde du même jour, voir ci-dessous). Il est réalisé par Viviane Candas. Trois séances successives au cinéma La clef à Paris. C’est donc la fille du héros, Yves, qui commente son film en compagnie de l’historienne Sylvie Thénault et d’un ancien militant du FLN emprisonné à Paris, auteur d’un ouvrage sur les Algériens alors condamnés à mort. A une projection suivante, grâce à Mohamed Harbi, on parlera surtout de la réforme agraire (tentative avortée d’auto-gestion) et de la gestion des biens laissés vacants par le départ des pieds-noirs.

école vers 1963?

école vers 1963?

Le film raconte l’histoire de Mathieu en tressant tous les fils disponibles : souvenirs directs de sa fille encore enfant, mais aussi indirectement ce qu’elle entendait dire par les proches à l’époque. Et puis son immense quête en Algérie ou en France auprès des témoins de l’époque, proches de Mathieu. Y compris ce que livrent des témoins essentiels, comme Mohamed Harbi, à la fois militant, acteur et historien du FLN et Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante. Dans la discussion qui a suivi le film, beaucoup de place a été donné à la guerre d’Algérie et au « collectif » d’avocats qui ont défendu les militants emprisonnés, en Algérie comme en France. La description des années 1962-66 en Algérie que donne le film est plus précieuse encore, car c’est un thème particulièrement mal connu « de l’intérieur », en particulier en province, loin d’Alger. Mathieu s’est occupé en juriste des « biens vacants ». Pour les terres et les entreprises, c’est l’histoire cruciale de la tentative d’autogestion, vite remplacée par une gestion bureaucratique centralisée : dans un pays manquant dramatiquement de cadres, aucune des deux solutions de gestion n’avait de chances de réussir facilement. On voit Mathieu et quelques autres « pieds-rouges », avec quelques Algériens « de gauche », essayer de mettre juridiquement et pratiquement en route cette autogestion où les ex-employés assureraient à la fois le travail et la gestion des entreprises abandonnées par le départ des pieds-noirs. On montre l’abandon de fait de cette tentative, abandon accéléré par le coup d’état de Boumediene en 1965. Le parc immobilier de logement était l’autre face des « biens vacants », dont malheureusement le film ne parle guère. Mathieu se reconvertit en avocat qui défend les droits coutumiers des paysans dans l’est algérien. En 1966 tout laisse penser que l’accident de voiture où il meurt est un assassinat organisé par les « services » de la sécurité militaire algérienne. La valeur de ce film est dans l’imbrication des images et témoignages du présent avec les souvenirs récupérés appuyés sur les images d’archives, sans manichéisme.

Extraits de l’article du Monde :  … « Se dessinent non seulement le portrait d’un combattant à l’idéalisme inflexible mais aussi la fresque funèbre d’une révolution trahie (y en a-t-il d’autres ?). […] A l’indépendance, il avait été chargé par le régime d’Ahmed Ben Bella de donner un cadre juridique à l’expérience d’autogestion tentée dans les grands domaines agricoles et les installations industrielles abandonnées par les (ou prises aux) Français […] Le coup d’Etat de 1965, qui finit par porter au pouvoir Houari Boumédiène, s’est fait contre les amis politiques d’Yves Mathieu, qui a repris ses activités d’avocat et (c’est une hypothèse avancée par sa fille) d’opposant à un régime qu’il réprouve. Alors qu’il se rend dans la région de Constantine pour rencontrer des paysans spoliés dans une affaire de détournement d’eau, sa voiture est heurtée par un camion de l’armée algérienne […] La caméra enregistre la gamme des réactions que provoque l’évocation de ce souvenir embarrassant. Le chagrin vrai, la condescendance, l’hypocrisie, la honte, l’aveuglement (la réalisatrice a rencontré Ahmed Ben Bella avant sa mort en 2012) gravent à l’eau-forte le tableau clinique des séquelles d’une révolution.

Parallèlement, à l’aide d’images d’archives utilisées avec parcimonie, Algérie du possible tente de dire ce qu’aurait pu être une Algérie autogérée, qui aurait aidé les paysans dépossédés par la colonisation à retrouver une terre dont ils auraient été les maîtres, qui aurait accompli les promesses de l’indépendance. Cette évocation d’une utopie s’appuie entre autres sur les souvenirs de ce moment de l’histoire qui vit Alger devenir une Mecque révolutionnaire où se croisaient barbudos et Black Panthers, combattants de l’ANC et délégation pékinoise […] C’est parce que l’auteure ne peut surmonter l’éblouissement que lui a laissé l’épopée qu’a vécue son père qu’elle peut rendre compte aussi exactement du deuil qui a suivi. »

 

 

 

“méchoui” de Coup de soleil “au nord

“méchoui” de Coup de soleil “au nord cet automne: 3 octobre 2016 à Antony

Coup de soleil travaille à faire connaitre les cultures qui unissent les deux rives de la Méditerranée. Mais on s’y divertit aussi: les repas festifs remontent aux débuts de notre association. http://coupdesoleil.net/archivage/ On les organise plus facilement hors de Paris pour les picnics de la belle saison (les trois soleils qui tournent entre Montpellier, Perpignan et Toulouse, en région parisienne http://coupdesoleil.net/blog/parisiens-en-mechoui-septembre-2015/ comme en 2015 ou cette année. Ce moment convivial nous est conservé pour 2016 grâce aux photos envoyées par Cherif Touri, merci à lui.

Mais la nouvelle année est aussi une bonne occasion.http://coupdesoleil.net/blog/faouzia-charfi-galette-a-lageca/

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Maghreb des livres hors les murs: 4 manifestations janvier 2017

En  avant-première du Maghreb des livres des 18/ 19 février 2017 à l’Hotel de ville de Paris, quatre séances centrées sur les grandes bibliothèques publiques de Paris

 samedi 14 à 17h30, bibliothèque municipale Robert-Sabatier (29 rue Hermel, 75018 Paris / M° Jules Joffrin) pour une 1ère rencontre littéraire avec Magyd Charfi, dans le cadre de notre opération « Maghreb des livres hors les murs » et de l’événement national « Nuit de la lecture » [www.nuitdelalecture.fr] : il devrait y avoir du monde… et pas des moindres !… En effet la ministre de la culture a fait plus que passer (voir l’affichehttp://coupdesoleil.net/wp-content/uploads/2017/01/Rencontre_Magyd-Cherfi.pdf Oui! la grande salle de la bibliothèque était pleine et Magyd a su enthousiasmer son public, entre autre en dialoguant, mais aussi en lisant lui-même des passages de son livre.

 – mercredi 18 à 19h30, rencontre avec notre amie Faouzia Charfi, qui viendra de Tunis pour nous présenter son dernier livre : « Sacrées questions… pour un islam d’aujourd’hui » (Odile-Jacob, janvier 2017) à la Fondation de la Maison de la Tunisie, Cité internationale universitaire (45 A boulevard Jourdan, 75014 Paris / M° Cité-universitaire). Elle l’a présenté aussi à notre séance “galette des rois” du vendredi 20 à l’AGECA, en un dialogue chaleureux avec le public http://coupdesoleil.net/blog/faouzia-charfi-galette-a-lageca/

de gauche à droite, Tahar Bekri, Bouchera Azzouz, Anouar Benmalek, bibliothèque Couronne, Paris, janvier 2017

de gauche à droite, Tahar Bekri, Bouchera Azzouz, Anouar Benmalek, bibliothèque Couronne, Paris, janvier 2017

 – samedi 21 à 16h, bibliothèque municipale Naguib-Mahfouz (66 rue des Couronnes, 75020 Paris / M° Couronnes) pour notre 2ème rencontre littéraire, avec Kaouther Adimi, dans le cadre du « MDL hors les murs » Voir l’affiche http://coupdesoleil.net/wp-content/uploads/2017/01/Rencontre_Kaouther-Adimi-1.pdf Là encore la petite salle de la bibliothèque était pleine et le dialogue avec l’auteure de qualité.

Tahar Bekri, bibliothèque Couronne, janvier 2017

Tahar Bekri, bibliothèque Couronne, janvier 2017

 – samedi 28 à 16h, bibliothèque municipale Naguib-Mahfouz pour notre 3ème et dernière rencontre littéraire du « MDL hors les murs », avec Bouchera AzzouzTahar Bekri et Anouar Benmalek. Cette dernière rencontre du mois de janvier  a été aussi une réussite. Tahar , Tunisien de Gabès, nous a dit que, comme ses textes poétiques, sa prose reposait sur une volonté poétique. Il s’agit de récits tirés de ses carnets  de notes quotidiennes, prises en particulier au cours de ses nombreux voyages. Il nous lit sa description de l’arrivée en train à Gabès où il revient après une longue absence. Il enseignait jusqu’à hier à l’Université de Nanterre la langue et la littérature arabe.

Bouchera Azzouz, ancrée dans sa banlieue parisienne, écrit (deux livres dont le premier en collaboration avec Corine Lepage) mais aussi réalise des films, dont celui que chacun a pu voir à la télévision française. Elle décrit le courage de sa mère (des mères) arrivée du “bled” vers la France, sans parler ni, bien sûr, écrire la langue de celle-ci. La solide éducation de sa mère lui a permis de surmonter dans son enfance les discriminations qu’elle a connues, en particulier à l’école. Son action actuelle est dans le milieu associatif, après une formation scientifique.

Bouchera Azzouz, Paris, bibliothèque Couronne, janvier 2017

Bouchera Azzouz, Paris, bibliothèque Couronne, janvier 2017

Anouar Benmalek, scientifique lui aussi au départ, nous dit qu’il est citoyen du monde, avec ses attaches algériennes, marocaines et… suisses (une grand-mère… acrobate dans un cirque). L’humour de Anouar, nous dit-il, lui sert à contrebalancer la dureté des thèmes qu’il aborde dans ses récits. Ceux-ci, il les écrits de plus en plus sur des sujets qui lui sont exotiques: si la shoah le hante, cela l’a conduit à découvrir le génocide des Héréros de Namibie, au début du XXe siècle, quand ce territoire était une colonie allemande.

Anouar Benmalek, bibliothèque Couronne, janvier 2017

Anouar Benmalek, bibliothèque Couronne, janvier 2017

Le dialogue entre nos trois intervenants s’oriente vers une des plaies de la France actuelle: l’islam, pas plus que les autres religions, n’y est à peu près pas enseigné en tant que réalité historique dans l’enseignement public. L’enseignement public  moderne de la langue arabe ne concerne que 7000 élèves en France… alors que l’enseignement dispensé dans les années 1980  par des maîtres payés par l’Algérie, le Maroc ou la Turquie (pour aider les jeunes à un “retour au pays” qui ne s’est pas produit) est actuellement relayé par un enseignement de l’arabe mené à l’ombre de nombreuses mosquées, sans aucun contrôle de qualité ni de contenu, théoriquement pour des rudiments de langue et essentiellement pour du catéchisme religieux: il concerne quelque 350 000 jeunes.

Une courte séquence sur Youtube, prise de vue et de son de Bouchera Azzouz https://www.youtube.com/watch?v=d-fMKPELdSQ

Quel bilan depuis la révolte des banlieues de 2005 ?

Table ronde au Maghreb des livres 2016

Intégration : « Quel bilan depuis la révolte des banlieues de 2005 ? ».

Animée par Nora HAMADI, avec Thomas GUÉNOLÉ, Nordine NABILI et Bakary SAKHO

 

Thomas Guénolé nous parle de l’expérience du Bondy Blog, qu’il a présenté récemment à la chaine LCP. « Ce blog est né pendant les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises. Une quinzaine de journalistes de L’Hebdo se sont alors relayés pendant trois mois dans un petit local de la cité Blanqui de Bondy. Cette démarche de l’hebdomadaire suisse a été vue comme un pied de nez aux médias français, souvent accusés d’être déconnectés des réalités des banlieues. Grâce à cette expérience, les internautes qui vivent dans ces zones urbaines ou les fréquentent ont peut-être un peu mieux pu reconnaître leurs réalités quotidiennes au travers des contenus publiés, et pour les autres, découvrir de l’intérieur la vie dans les banlieues sous un aspect différent de celui décrit par d’autres médias » [wikipedia]. Noredine Nabili précise que Bondy blog a été hébergé par différentes institutions successives. Actuellement c’est le journal Libération, ce qui permet à ce blog d’avoir 300 000 lecteurs au lieu de 15 000, c’est à dire l’espoir d’avoir des ressources publicitaires.

A l’époque Guénolé parlait d’émeutes. Maintenant il dit plutôt révolte. 4/5e de ceux qui l’interrogent sur ce qui se passe dans les banlieues parlent d’islam et d’islamophobie. Il souligne que dans « les quartiers », l’abstention aux élections est une forme d’expression, pas un simple rejet. Les journalistes ignorent ce milieu. Et si les médias « couvrent » celui-ci depuis 10 ans, c’est seulement Bondy blog qui a su créer un loby de propositions au lieu d’un simple journalisme commémoratif. Maintenant tout le monde prend la parole, alors que voici 10 ans le blog était un phénomène nouveau.

« Les jeunes » sont certes « intégrés », mais par le bas. Aux filles on demande de parler du voile et de rien d’autre. Si ils ou elles créent leur propre blog, ils sont d’emblée taxés de « communautarisme ». Pour un journalisme, travailler sur les banlieues et l’islam est l’équivalent de faire autrefois les chiens écrasés, alors que les sujets nobles sont l’économie, la police ou la justice. Dans les écoles de journalisme, on ne trouve pas de formation au thème « banlieue », développement urbain, militantisme. Les jeunes journalistes, comme les jeunes fonctionnaires, veulent travailler sur des « grands » sujets. Pour qu’un jeune journaliste fasse un « bon » reportage, il faut appliquer la feuille de route, les questions posées par le rédacteur en chef, celles d’il y a 20 ans (c’est vrai aussi sur le cancer, le chômage…). Alors qu’on aurait besoin de journalistes capables de parler de services publics. Certes le sujet « banlieue » est devenu central, mais sous une forme diabolisée bien plus fortement que le sujet Front national. Le beur de banlieue est l’équivalent du jeune noir américain : capuche, 15/ 25 ans, violeur, armé, saccageur, pratiquant de l’islam radical, trafiquant de drogue. La filiation est longue, elle passe par le rappeur et remonte à Joséphine Baker. Ici, dans la salle, il y a certes des « vieux » de banlieue, pas de jeunes.

La vision sur ce monde des banlieues est fortement biaisé : la pratique d’un islam rigoriste y atteint 1/6e des gens, 8% des musulmanes y portent le voile, les « quartiers » sont un patchwork de gens : originaires d’Europe du sud et de l’est, du Maghreb, de l’Afrique sud-saharienne. 2% des jeunes y vivent en bandes de « racaille », ce que juges, flics et éducateurs savent bien. Mais 50% des jeunes hommes y sont au chômage, 30% en boulots précaires, seulement 20% réussissent… et quittent les lieux.

Bakary SAKHO : Aux USA, en 2006, on lui demandait « qu’est-ce que vous voulez ? Vous avez brulé les bus, la crèche, le gymnase ? Si 1983 avait été un mouvement social, 2005 a été une explosion. Les projets développés depuis en banlieue ont surtout été des scoops médiatiques. Deux jeunes admis dans de grandes écoles n’y changent rien. Alors que la question est : que faire dans le 19e arrondissement avec la petite minorité de dealers qui font la loi par leur posture : à 10 dans un immeuble ils ont une clientèle de 100 bobos. Ils se font 5000 euros par jour et payent ceux qu’ils recrutent à 500 à 1500 euros par mois.

Seule une politique locale, permettant des initiatives pour innover, peut donner un changement. A Mantes-la-ville, on n’a pas voté dans le milieu des « quartiers »… et la mairie est passée au Front National. Il faut apprendre à travailler « ensemble »… avant parfois de diverger : on se souvient que lors de la manif du 30 octobre 2015 ce sont des groupes très cloisonnés qui défilaient côte à côte. Les jeunes beurs ont de moins en moins à voir avec « le pays » : ce sont les vieux qui font rapatrier leur corps pour être enterrés chez eux. Les moins vieux maintenant se font enterrer en France : ils ont droit au « droit du sous-sol » après le droit du sol…

Nordine NABILI : il manque des politiques de quartiers, le PS depuis 1981 les a abandonnées, la dynamique de la marche de 1983 n’a pas été transmise. Le vote est une pratique qu’il faut créer aussi bien pour les étrangers que pour les gens des « quartiers ».

Nora Hamadi : Pourquoi les expériences des luttes se sont-elles mal transmises ? Entre autre parce que les parents des « beurs », encore en 1990, croyaient qu’ils allaient rentrer « chez eux ».

Nordine NABILI : faire de la politique est une culture de riches, alors que les jeunes ouvriers, surtout avec la montée du chômage, ont dû s’occuper de survivre. La société française, schizophrène, ne prend pas en charge les banlieues et refuse qu’elles se prennent en charge. Il est pessimiste sur ce fond, mais optimiste sur la possibilité d’actions quotidiennes.

Thomas GUÉNOLÉ : On ne peut catégoriser simplement les « bobos » : c’est un mélange de « déclassés » venus des classes moyennes, d’altermondialistes, de macronistes… L’action publique a réellement fait la rénovation urbaine des « quartiers », mais n’a pas touché les inégalités de revenus. Une politique de discriminations positives à l’américaine devrait mener des actions judiciaires. Les assistants sociaux sont des urgentistes indispensables, mais plus que le RSA, c’est une politique d’emplois subventionnés qui manque (… en référence aux « ateliers nationaux » de la 2e République de 1848). La Fondation Abbé Pierre a réellement pesé sur la politique du logement, grâce à son rapport annuel indépendant. Une Fondation banlieue autonome à créer pourrait jouer un rôle comparable d’évaluation et d’incitation. La laïcité est devenu un levier politique pour des intégristes aussi bien religieux que laïcards, alors que la nécessaire neutralité des agents publics et des élèves des écoles publiques ne doit en rien entraver la liberté religieuse des usagers.

 

ÉVOLUTION DU MONDE ARABE DEPUIS LA RÉVOLUTION TUNISIENNE DE DÉCEMBRE 2010

« L’ÉVOLUTION DU MONDE ARABE DEPUIS LA RÉVOLUTION

TUNISIENNE DE DÉCEMBRE 2010 »

Maison de l’Amérique latine,

217 bd St-Germain, Paris (7ème) le samedi 10 décembre 2016, de 14h à 18h, avec :

 

Yves AUBIN de la MESSUZIÈRE, ambassadeur de France, auteur de « Monde arabe, le grand chambardement » (Plon) ;

Rachid BENZINE, enseignant-chercheur, auteur de « La République, l’Eglise et l’islam », avec Christian Delorme (Bayard) ;

Isabelle MANDRAUD, journaliste (Le Monde) chargée du Maghreb de 2010 à 2014, auteur  de « Du djihad aux urnes » (Stock) ;

c, enseignant-chercheur, auteur de « Comprendre le monde arabe » (Armand-Colin) ;

Hubert VÉDRINE, ancien ministre des affaires étrangères, auteur de « La France au défi » (Fayard) = confirmation le 3 décembre ;

Débat co-animé par Marc SÉMO (Le Monde) et Georges MORIN (Coup de soleil

 

Inscription préalable obligatoire : association@coupdesoleil.net

Participation aux frais : 5 € encaissés à l’entrée

N’hésitez pas à DIFFUSER CETTE INFORMATION dans tous vos réseaux. Merci.

Flyer à diffuser: http://coupdesoleil.net/wp-content/uploads/2016/12/plaquette-10-décembre-2016.pdf

Benslama et Khosrokhavar 10 novembre 2016 IMA Face aux utopies meurtrières

Ces deux écrivains, psychanaliste le premier (Fethi Benslama) et sociologue le second (Farad Khosrokhavar), dialoguent sans pédanterie à l’Institut du Monde Arabe sur les sujets qui nous agitent tous : qu’est-ce que la radicalisation en Islam ? Que veut dire djihad de nos jours ? qu’est-ce que « déradicaliser » ?

 

Farad Khosrokhavar

Farad Khosrokhavar

Qui se radicalise et pourquoi ? Si le terme date de 2001 (attaques sur les tours de New York), au Moyen Orient les jeunes sont déstabilisés dès 1991 (première guerre du Golfe menée par la coalition contre l’Iraq qui vient de s’emparer du Koweit), donc depuis une génération. Et la déstabilisation a commencé avec 1979 (prise en main de l’Afghanistan par l’Union soviétique, arrivée au pouvoir de Khomeiny en Iran suivie de près par la guerre Iran/ Iraq (1980/ 1988, entre ½ et 1 million de morts, majoritairement iraniens). Plus largement, sur ce long terme, tous les pays « musulmans » sont un moment en guerre civile ouverte ou larvée, à peu près tous les jeunes n’ont pas de vision d’avenir possible et vivent dans des sociétés où c’est un enjeu fondamental de savoir ce que c’est d’être musulman. Si bien que la radicalisation est un fait social « total », qui atteint des profils très divers (convertis, femmes). Les mouvements entrainent les adeptes activement. Cela dépasse la formation de sectes, caractérisées par la passivité des adeptes qui obéissent au gourou, adeptes en nombre réduit. Si bien que c’est une illusion de croire que tuer les « chefs » radicaux met fin au radicalisme, qui s’apparente à une hérésie généralisée, face au malaise généralisé d’un occident en crise de ses propres valeurs.

UnknownLa querelle (Gilles Képel, Olivier Roy, François Burgat) pour savoir si le radicalisme atteint des musulmans salafistes (à la piété déjà exacerbée) ou au contraire des ignorants de la chose musulmane, est vaine, car on ne peut généraliser à partir de parcours individuels très divers, où la part du psychopathologique est parfois importante, l’engagement radical servant d’auto-thérapie. Certains entrent en guerre par prétexte, ou pour s’assurer un confort moral, pour se donner une loi à appliquer en l’intériorisant. Une même idéologie est servie à l’adolescent français qui veut ainsi devenir un homme et au bédouin du Sinaï égyptien, même si Daesh, qui publie ses prêches en 11 langues, module les contenus selon les publics ciblés. La guerre attire en France, pays sans guerre sur son territoire depuis 1945, où l’idéologie du progrès infini ne marche plus, ni dans sa version républicaine ni dans sa version communiste : seule la religion ouvre un avenir. La jeunesse du monde entier tend à s’homogénéiser, prise dans une adolescence qui commence de plus en plus tôt et se poursuit de plus en plus tard, alors que voici un siècle l’adolescence était le privilège restreint des couches aisées occidentales. C’est maintenant le monde entier qui ne sait que faire d’une part de ses jeunes de 15- 25 ans. Par exemple en Tunisie, sur une population totale de 11 millions d’habitants, 2 millions de jeunes sont sans scolarité, ni travail, ni perspective d’avenir.

Les mêmes formes de contestations peuvent ainsi être adoptées dans des populations très variées. Un exemple nous en est donné par l’anecdote contée par Benslama : en Syrie où il se trouve en 2013 en zone « rebelle », la confusion règne entre les jeunes chefs (émirs) de bandes (katibas) de jeunes armés d’une trentaine d’année. Il les voit en proie à la révolte des « ados » de 12/ 17 ans, qui eux n’ont pas d’armes et trouvent pour s’imposer l’argument du drapeau noir du jihad : une sorte de sous-prolétariat.

Le désir de mourir chez les radicalisés est certes une nouveauté. Il apparaît chez les jeunes iraniens servant de chair à canons dans la guerre Iran/ Iraq en 1980. Il se formalise en une inversion chez les humiliés : au lieu de me mépriser mon adversaire a peur de moi si il sait que je veux mourir. Prétendre que ce « goût de la mort » serait une spécificité du chiisme est absurde. En fait c’est un comportement diffus très large. C’est le dolorisme qui est particulièrement ritualisé (cérémonies, théâtre) dans le chiisme, mais on le trouve aussi dans l’auto-sacrifice de Bouazizi en Tunisie sunnite, dans le christianisme, tout comme dans la religion patriotique qui s’est développée avec la première guerre mondiale (soldat inconnu et monuments aux morts). La mort est une source de dignité partout.

La « déradicalisation » est une formule absurde parce qu’elle suppose que le radicalisé va accepter passivement de changer. Mieux vaut parler d’insertion, d’apprentissage de la citoyenneté, par une approche critique réelle de la société. Il faut des traitements à la fois pour punir et pour démobiliser. Outre la nécessité de prévention massive, s’occuper de ceux qui sont passés à l’acte nécessite un dialogue accepté volontairement. Il y a une petite quantité d’« endurcis » qu’il faut empêcher de nuire en attendant mieux, beaucoup d’incertains avec qui il faut dialoguer, des traumatisés qu’il faut traiter psychologiquement, des repentis qu’il faut faire parler car ce sont les plus crédibles auprès des radicalisés. En général, apprendre à parler, à dialoguer, est essentiel pour sortir du sentiment d’humiliation.

Une question de la salle porte sur le traitement de la religion en entreprise : la demande vient le plus souvent de salafistes pieux (demande de salles de prière, de nourriture hallal) avec qui l’important est un travail de dialogue pour cadrer ce qui relève du privé qu’il faut accepter et du public qui doit rester laïc.

Les perspectives développées par Benslama et Khosrokhavar sont à rapprocher de ce que raconte dans ses souvenirs “Fille de daronne et fière de l’être” Bouchera Azzouz. Voir aussi de Benslama http://coupdesoleil.net/blog/fehti-benslama-un-furieux-desir-de-sacrifice-le-surmusulman/

 

 

 

 

Germaine Tillion et l’éducation en guerre d’Algérie

Michel Cornaton, Nelly Forget, François Marquis La guerre d’Algérie, ethnologues de l’ombre et de la lumière, 2015, L’Harmattan- Histoires et perspectives méditerranéennes, 118 p.

photo de couverture: Germaine Tillion en travail de terrain, Aures 1934-1940

photo de couverture: Germaine Tillion en travail de terrain, Aures 1934-1940s,

Livre dédicacé par les auteurs au Maghreb des livres 2016, où il a été présenté au cours du Café littéraire « Histoires singulières en guerre d’Algérie » animé par Yves Chemla.

Pour l’essentiel, une étude sur les activités maghrébines de Germaine Tillion. On sait que de ses travaux d’ethnologie dans l’Aurès (1934-1940) elle n’a tiré que fort peu de publications : la résistance, puis la déportation l’en ont empêché. Les documents analysés par Nelly Forget concernent essentiellement la création, menée à partir de la fin de 1954, du Service des centres sociaux. Avec l’appui de cet autre ethnologue qu’est Jacques Soustelle, gouverneur général de l’Algérie, Germaine Tillion met en place ces cellules d’éducation populaire, principalement dans des bidonvilles, car son constat de 1954 est que l’Algérie souffre d’une dramatique « clochardisation ». Le but de chaque Centre est de porter assistance à une collectivité de 6000 personnes : scolarisation en urgence des enfants, mais aussi alphabétisation des adultes des deux sexes, assistance médicale et formation professionnelle. « 120 centres construits [donc un service rendu à quelque 720 000 personnes ? la taille et la longévité de chaque Centre a été bien sûr fort variable et les archives de cette administration atypique n’ont pas été retrouvées], un millier d’agents en activité »… Il est significatif que le FLN ait fort peu critiqué ce travail et surtout ne se soit pas attaqué physiquement à ces centres, dont Germaine Tillion avait réussi à ce qu’ils dépendent de l’Education nationale française, administration gérée essentiellement depuis Paris avec peu d’intervention des autorités locales. Dans l’immense effort de « modernisation » mené par la France au cours des 8 ans de guerre civile, c’est sans doute le plus efficace et le moins contesté, même si on est resté loin des 1000 centres prévus… En comparaison, l’effort d’encadrement des populations par l’armée a été la création de quelque 700 SAS (sections d’administration spécialisée) en zones rurales, contrôlant théoriquement plusieurs millions de ruraux http://alger-mexico-tunis.fr/?p=780 . A l’indépendance les personnels français des Centres sociaux quittent l’Algérie, les personnels algériens sont reconvertis dans des tâches de haute administration, bien peu restant au service d’une éducation populaire ou de foyers de jeunes qui ne sont pas une priorité du gouvernement algérien.