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Zeghidour: remémorer les camps de regroupement de la guerre 1954-1962

Slimane Zeghidour

Slimane Zeghidour

Slimane Zeghidour, Sors, la route t’attend (mon village en Kabylie, 1954-1962), Les Arènes, 2017, 294 p. avec une chronologie « une enfance bouleversée par la guerre » et un glossaire du « sabir » (saber en espagnol…), c’est à dire de la synthèse parlée par les Algériens (encore plus que les autres maghrébins) en réutilisant le vocabulaire français au sein de la darija comme de la tamazigh.

la classe de madame Cabanel, avec au premier rang Slimane Zeghidour

la classe de madame Cabanel, avec au premier rang Slimane Zeghidour».

Zéghidour, homme de radio et de télévision, connu aussi pour des livres « grand public » sur l’islam, nous dit qu’il a mis vingt ans à « boucler » son livre de souvenirs d’enfance au sein de la guerre d’Algérie, enfance d’un petit Kabyle « civilisé » par la guerre… dans les camps de regroupement où il a appris le monde moderne, entre autre grâce à son institutrice, madame Cabanel. Rappelons que ce camp était jointif avec un grand chantier de barrage, employant une masse de salariés locaux, donc un lieu qui a bénéficié au plus haut point de l’investissement en équipement dont le symbole fut le « Plan de Constantine ».

La qualité d’écriture de ces souvenirs où tout ce que perçoit l’enfant est un monde de nuances va avec une analyse en perspective de tout ce qu’il a appris sur sa propre enfance en questionnant son entourage et en recoupant les témoignages. Ce monde sensible est celui du village isolé, puis celui du camp (des camps successifs) où sa famille est contrainte de vivre. Zheguidour a aussi enquêté sur ce qu’ont été les camps de regroupement, les SAS, la destruction des zones rurales « interdites », la prise en main des populations par le FLN, à qui appartient la nuit alors que le jour appartient à l’armée française, la fin de la guerre qui met fin très vite au « système » des Français sans que l’Etat algérien ne puisse ou ne veuille assurer une reconstruction des immenses zones rurales détruites, dont sont issues les énormes masses de « néo-urbains » brutalement établies dans ce qui n’est plus campagne et tarde tant devenir ville.

Pour le témoignage, nous n’en avions lu qu’un de la même qualité, le livre La Temesguida, http://coupdesoleil.net/blog/la-temesguida-une-enfance-dans-la-guerre-dalgerie-aissa-touati-et-regis-guyotat/, œuvre non d’un intellectuel de la plume et de la parole comme Zéghidour, mais d’un autodidacte aidé par un journaliste. Pour l’analyse du monde des regroupements et des SAS qui en sont le complément, nous avons des témoignages du côté « français », comme celui de Michel Bibard, http://alger-mexico-tunis.fr/?p=784 , des analyses importantes d’historiens http://alger-mexico-tunis.fr/?p=780, mais pas encore d’analyse aussi lucide que ce livre écrit par un Algérien. S’il fallait retenir la piste la plus féconde de cet ouvrage, ce serait sa démonstration que, pour le meilleur et pour le pire, c’est au sein même de la guerre civile des années 1954-1962 que la modernité du peuple algérien s’est forgée, modernité de ce fait beaucoup plus traumatique que celle de ses voisins maghrébins, marocains ou tunisiens. Slimane est venu signer son livre en dédicace au Maghreb des livres de février 2017, merci à lui. Pour en savoir plus: “Slimane Zeghidour, retour en Kabylie”, par Elie Barnavi, L’histoire, p.28-29, N° 435, mai 2017.

Maghreb des livres 2017: coup de soleil présente ses auteurs

Quelques 130 écrivain(e)s ont été invités à venir signer leurs livres (presque tous ont pu venir…), mais aussi sont venus participer à des entretiens avec Catherine Dupons-Humbert ou à des cafés littéraires organisés par Yves Chemla. Et puis d’autres, venus participer à des tables rondes et autres cartes blanches, ou à montrer leurs talents de graphistes, calligraphes, caricaturistes. Et enfin ceux qui venaient présenter la revue qu’ils animent, ou exposer leurs tableaux. De nombreux amis sont venus nous voir, ou voir les écrivains et artistes.

Nos photographes ne pouvaient être partout à la fois ni “mitrailler” pendant les quinze heures d’ouverture de ce salon du livre “maghrébin”. Nous avons puisé dans les collections de Monique Chaïbi (cette collection est présente sur le Facebook de Coup de soleil Languedoc), Mauricette Mazzanti, et Philippe Sabatier. Et si d’autres spectateurs du Maghreb des livres 2017, d’autres militants de Coup de soleil nous envoient leurs images, fixes ou animées, comme leurs commentaires écrits à ce qu’ils ont vu et entendu, comptez sur nous pour publier ce que nous recevrons! Et voici déjà plus de cent images pour remémorer notre Maghreb des livres de 2017.

Alors ci-dessous, le “trombinoscope” de nos auteurs et amis, par ordre alphabétique… et nous donnerons un prix à tous ceux qui signaleront nos erreurs d’identification des personnages, bien sûr.

Ecrivains au Maghreb des livres 2017, liste alphabétique des images (certaines identifications et leur orthographe sont à vérifier…)

Mouloud Achour Kaouter Adimi N. AGSOUS Lounis AÏT MENGUELLET Allagui Karim Amellal Faïrouz Amouri Mohamed Amouri Rachid Arhab Cécile Atlan Bouchera Azzouz Hedia Baraket Mohammed BEDJAOUI Guy Bedos Yahia Belaskri Lotfi BELHASSINE Abdelkrim Benbelkacem Samira BENDRIS OULEBSIR Frédéric BENIADA Omar Benlaala Anouar Benmalek Maïssa Bey Mohamed A Bouaoune Boussad Boucenna Sébastien Boussois Michel Canesi Mehdi Charef Faouzia Charfi Magyd Cherfi Alice Cherki Ali CHIBANI Marie Chominot Daïffa Kamel Daoud Abdelkader Daoudi Christian Delorme Sylvie Deverhere Abdelkader Djamaï Karim DJEBIBA Christine DUMONT-LEGER Hayat El Yamani Fériel FATES Colette FELLOUS Jacques Ferrandez Jacques Fournier Jacques Frémeaux Mohamed Ghafir GYPS Hubert Haddad Nora Hamadi Zine Elabidine HAMDA CHERIF Assiya Hamza Christiane Hessel Arezki Idjérouidène Luc Jennepin M. KABBAL Yasmina Karima Kendib Lynda KOUDACHE Kris Philippe Langenieux-Villard Waciny Laredj Fouad Laroui Khalid LYAMLAHY Djamel Mati Fadila Mehal Fawsi Mellah Brahim Metiba Smaïl Metmati Mohamed Nedali Ourida Nekkache Nocq Hela OUARDI Cécile Ouhmani Mazarine Pingeot Henri POUILLOT Jamil Rahmani Abdelkader Railane Adel Riam Reda Sadiki Ysabel Saïah Baudis Salama Jean-Marc Salmon Leïla Sebbar Rachid Sguini Mohand SIDI-SAÏD Slim Salah STETIE Benjamin Stora Akli Tadjer Valensi, Armand VIAL Tounsi Youcef Amine Zaoui Soufiane Zitouni Fawzia Zouari

Maghreb des livres 2017: une cuvée de vedettes?

Organiser un salon du livre, c’est inviter de nombreux écrivains parfois inconnus… mais que nous aidons à faire connaître et qui dans un jour ou dans cinq ans seront des vedettes. Alors merci à nos vedettes de maintenant qui aident à faire connaître nos vedettes de bientôt. Et ne croyez pas que cette brochette de plus d’une vingtaine d’écrivain(e)s soit “tous” ceux que vous avez pu rencontrer:  juste des arbres qui cachent la forêt…

Voici le buisson: Adimi, Amellal, Azzouz,Bedos, Belaskri, Daoud, Canesi, Chibani, Ben Malek, Charfi, Cherki, Gyps, Houardi, Kacem, Mellah, Metiba, Pingeot, Rahmani, Sebbar, Zouari…

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Au Maghreb des livres 2017: organisateurs, bénévoles

Dix mois pour préparer notre salon de février… et le temps que nous pouvons pour assurer sa valorisation après… Quelques uns d’entre nous consacrent l’année entière à notre manifestation annuelle, d’autres quelques mois, quelques semaines ou sont “sur le pont” pour les deux jours d’ouverture au public.

Organisateurs, bénévoles, prestataires au Maghreb des livres 2017 : liste alphabétique des images

Sadia Barèche Claude Bataillon Françoise Bataillon Louise Bataillon Tewfik Benkriti Mourad Bouaziz Karim Brahim Yves Chemla Catherine Dupont-Humbert Jean-Baptiste Gaillard Hamza Amir Hassan Yasmina Houari Edouard Hureau Micheline Kouas Lyes Karim Mechaï Samia Messaoudi Marie-France de Mirbeck Milaja Jam Abdelillah Mniai Georges Morin Claudine Nissou Jacqueline Oumer Parienty Janaïna Pimentel Michèle Rodary Edith Toubiana Cherif Touri Michel Wilson Michel Yvon Nadia Zouala

 

Parmi cette équipe, des responsables, bien peu de “salariés”, beaucoup de bénévoles; les uns ont de nombreuses années d’expérience, d’autres ont découvert le Maghreb des livres en 2017.

Visite en images au Maghreb des livres 2017

Nos photographes vous invitent… Quand Coup de soleil éditait un bulletin “papier”, nous y avions souvent rendu compte du Maghreb des livres en visitant ce salon du livre pas à pas. Maintenant, est-ce la surabondance d’images disponibles qui nous a freiné? Comment identifier tant de gens? Comment choisir la bonne photo parmi plusieurs? Alors renouons avec la promenade guidée… et écrivez-nous si des erreurs se glissent dans notre conversation visuelle avec tant de personnages! Rappelons qu’un diaporama du Maghreb des livres 2015 nous avait été donné par Marc Bernard http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1221,

Nous avons puisé dans les collections de Monique Chaïbi (présente sur le Facebook de Coup de soleil Languedoc), Mauricette Mazzanti, et Philippe Sabatier.

16807053_1804334866259341_3769514395434490650_nL’Hotel de ville de Paris, tout le monde le voit depuis la rive gauche, en bordure de Seine.

 

 

 

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Le Maghreb des livres est une occasion exceptionnelle de visiter les décorations néo-classiques de ces salons aménagés voici quelque 130 ans

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auditorium: le public

auditorium: le public

Salle Lacoste, le public

Salle Lacoste, le public

L’accueil en haut de l’escalier d’honneur est un premier contact avec l’association Coup de soleil pour les auteurs comme pour le public.

En sous-sol, pour la première fois, nous sommes accueillis à l’auditorium (neuf manifestations) comme à la salle Lacoste (dix manifestations). C’est là que Yves Chemla a organisé cinq cafés littéraires.

Alignement des écrivains autour de Yves Chemla (Algérie en bulle)

Alignement des écrivains autour de Yves Chemla (Algérie en bulle)

C’est là aussi que les comédiens de la Compagnie du dernier étage (Louise Bataillon et Edouard Hureau) ont lu les textes qu’ils ont sélectionnés et montés, de quatre grands disparus, après avoir pu répéter leur présentation.

Louise Bataillon en répétition

Louise Bataillon en répétition

Edouard Hureau en répétition

Edouard Hureau en répétition

Donnant sur les jardins de l’Hôtel de ville et sur la Seine, le Salon Laurens nous est familier: il a accueilli en 2017  la présentation en entretien de vingt-sept livres par leurs auteurs, plus trois autres manifestations. C’est là que la journaliste Catherine Dupont-Humbert a reçu les auteurs

au salon J-P Laurens, le public

au salon J-P Laurens, le public

Fawsi Mellah en entretien avec Catherine Dupont-Humbert

Fawsi Mellah en entretien avec Catherine Dupont-Humbert

des murs de livres en librairie

des murs de livres en librairie

librairie: les milliers de livres...

librairie: les milliers de livres…

librairie, table

librairie, table

La librairie, logée dans un espace nouveau,  expose et met en vente des milliers de livres, exposés largement sur les tables où se presse le public: grâce à Philippe Touron, Roger Tavernier et tant d’autres, c’est le coeur du Maghreb des livres.

Hela OUARDI en signature

Hela OUARDI en signature

Hayat El Yamani en signature

Hayat El Yamani en signature

Lynda KOUDACHE en signature

Lynda KOUDACHE en signature

En bordure de la librairie, le pourtour de la salle est occupé par les tables des auteurs en dédicaces

GYPS à la table des graphistes

GYPS à la table des graphistes

Daïffa dessine

Daïffa dessine

table des calligraphes

table des calligraphes

Comme par les graphistes, bédéistes, caricaturistes et calligraphes

au stand des revues

au stand des revues

Samia Messaoudi, organisatrice du stand des revues

Samia Messaoudi, organisatrice du stand des revues

G Morin en conversation avec la revue « Le 1 »

G Morin en conversation avec la revue « Le 1 »

Un espace est consacré aux revues, lieu d’accueil et de discussions.

Enfin le public se presse au café maure, lieu de repos et de rencontres entre anciens et nouveaux amis.

au café maure, côté bar

au café maure, côté bar

Au grand buffet d'accueil au café maure

Au grand buffet d’accueil au café maure

heure du repas au café maure

heure du repas au café maure

 

 

 

Et puis les organisateurs, en coulisses ou dans l’espace de réception

Janaïna PIMENTEL à l'organisation

Janaïna PIMENTEL à l’organisation

J-B Gaillard et G. Morin: les organisateurs aux manettes

J-B Gaillard et G. Morin: les organisateurs aux manettes

avant l'ouverture du Maghreb des livres, les organisateurs réunis en ultime conférence

avant l’ouverture du Maghreb des livres, les organisateurs réunis en ultime conférence

« Littérature algérienne : passions et violences », au Maghreb des livres 2017

Djamel Mati

Djamel Mati… et sa famille

Café littéraire 5 « Littérature algérienne 2 : passions et violences »

Mehdi Charef, Salah Guermiche, Djamel Mati, Mohamed Sari, Ahmed Tiab

( Notre spectatrice est arrivée en cours d’un débat déjà amorcé… )

 Salah Guemriche Passions et violences autour de Camus. Je fais parler le fils du Camus de L’Etranger dans un Alger où les indigènes sont transparents.

« Aujourd’hui Meursault est mort…Ca se passe à Alger… » L’auteur lit de nombreux extraits de son livre.

Yves Chemla C’est la question de la place de l’écriture qui est centrale. Dans «  Yoli » » Djamel Mati vous mettez en place un huit clos et vous reculez le moment où le lecteur va apprendre ce qui se passe. Comment est venu ce projet ?

Djamel Mati Comment écrire la violence et les passions qu’on subit soi même ?

C’est l’histoire de trois familles qui n’auraient pas dû se rencontrer mais qui partagent le même tragique destin.  Alger-Bamako.  Comment faire ressortir les sentiments et les émotions de gens meurtris par une tragédie commune. L’effet de l’émigration clandestine sur les proches de la victime morte en mer. Le « Barzak » c’est comme un purgatoire où les gens se trouvent dans une ambiance oppressante, où tout le monde culpabilise sur une tragédie.

Un couple, Fatouma et Kamel a adopté une enfant Malienne. Un couple mixte, un Malien et une Algérienne, ont perdu un enfant. Une autre personne dont le fils était amoureux de Mariama qui est morte dans la traversée. Le livre traite aussi du racisme anti-noirs latent en Algérie.

Tout le monde souffre d’une même douleur mais chacun réagit à sa manière. Yoko, une chatte siamoise, est le point de convergence, à travers son regard, de ces histoires parallèles qui se rejoignent.

Yves Chemla

Les trois textes de ces trois romanciers interrogent la manière d’écrire des histoires indicibles. C’est la même chose pour le texte de Mehdi Charef.

Mehdi Charef « J’étais enfant dans la montagne pendant la guerre. Les harkis nous faisaient plus peur que les soldats français. J’ai un souvenir très violent des harkis. Je les déteste, et j’aurais pas envie de raconter cet épisode de mon enfance.

En 1962, après la guerre, je suis venu à Nanterre, dans une cité de transit d’Algériens où sur une porte de baraque il y avait un grand H comme harki. Là on a pas envie d’écrire un livre. Y’a des livres qu’on écrit pas… On a pas envie de les écrire Harki c’est encore une insulte aujourd’hui… »

Questions de la salle:  Un jeune trentenaire en France depuis un an “Il faut relativiser la violence. Le traumatisme de la guerre, puis du terrorisme n’a pas été soigné. L’intégrisme n’est pas ancré dans la tête des Algériens ( )

 Mohamed Sari

L’Afrique du Nord a toujours été un pays d’affrontements, de violences, depuis les Phéniciens. Ma responsabilité de romancier c’est d’essayer de comprendre. Il y a beaucoup de formes de violence.

Pourquoi tous les Algériens riches ou pauvres aiment venir en France ? Un roman c’est aussi le plaisir du texte qu’on peut lire plusieurs fois.

Une femme Elle parle de son expérience de la violence quand elle faisait partie d’une troupe en Algérie qui a du interrompre son spectacle. Pour elle il faut pouvoir faire face, continuer à vivre.

Yves Chemla Le livre est une aventure de l’imaginaire. La trame d’un récit ne résume pas un livre. La fonction de la littérature c’est de tout faire, sauf nous rassurer.

Remarque Dommage que Salah Guemriche et Kamel Daoud, qui ont chacun écrit un livre en écho à l’Etranger de Camus, n’aient pas été invités à débattre ensemble lors de ce café littéraire.

(Aldona Januszewski)

« Littérature algérienne : la fêlure », au Maghreb des livres 2017

Café littéraire 3 : « Littérature algérienne 1 :

la fêlure »

 Charles Bonn: Universitaire chercheur à l’IMAG, spécialiste de la littérature maghrébine. En 1969 se retrouve par hasard nommé à l’université de Constantine. Découvre l’Algérie, via la littérature. « Le premier texte que j’ai lu c’est « Le polygone étoilé » de Kateb Yacine. Je ne connaissais rien à la littérature algérienne. J’ouvre le texte et je sens que c’est un grand texte, même si je n’y comprends rien, ce qui est vexant pour un prof de français…

J’ai passé ma vie à essayer de montrer la « littérarité » des textes de la littérature algérienne de langue française, très mal connue en France. J’ai passé ma vie à essayer d’aborder l’aspect politique ou documentaire de ces textes, mais à travers leurs qualités littéraires. Mon approche interroge le fonctionnement littéraire de ces textes. »

Yves Chemla « Avec des pierres dans ma poche » de Kaouther Adimi qui raconte les appels récurrents d’une mère à sa fille qui vit à Paris, c’est l’histoire d’un écart, d’une « fêlure » sous jacente ?

Kaouter Adimi

Kaouter Adimi… en signature

 Kaouther Adimi « Il ne reste que toi à ne pas être mariée » lui dit sa mère. Le thème du mariage est un prétexte d’écriture. Le livre des souvenirs. Ce que c’est de grandir en Algérie pour une trentenaire. La narratrice a plein de fêlures. C’est un personnage brisé qui a du mal à se construire à cause des pierres qu’elle a dans sa poche ( sa mère, les souvenirs, et ses angoisses). Pourquoi se retrouve t’elle en France seule ?

Yves Chemla L’univers du livre est construit à partir de ces « pierres dans sa poche » et des personnages rencontrés par la narratrice. L’enfance de la narratrice s’est déroulé pendant les années de la guerre civile.

Maïssa Bey (Nouvelles d’Algérie) « Il s’agit d’un livre plus ancien réédité cette année. C’est un recueil de nouvelles qui mettent en scène des personnages des années 90, dont des femmes qui racontent le quotidien des Algériens à ce moment là. Il s’agissait de  mettre des mots sur quelque chose que plus personnes ne maîtrisait. Mettre des mots sur une sorte de folie, de déraison dans la tourmente de ces années là. Les éditeurs m’avaient reproché que ce soit un livre trop poétique. Ils voulaient des témoignages. Choisir le genre de la nouvelle était un pari risqué. Finalement ces textes ont été publiés et quelques uns restent d’actualité ».

 Yves Chemla « Le lecteur n’est pas mis en position de voyeur. C’est un objet esthétique fort, et qui tient le lecteur à distance. »

Maïssa Bey « Beaucoup de textes de cette époque là ont été qualifiés de « littérature de l’urgence ». Cette catégorisation déniait le droit à toute personne d’être écrivain. »

Yves Chemla Amine Zaoui dans « Incendie au paradis » vous exprimez votre colère ?

Amine Zaoui Universitaire essayiste. « Femme, religion et culture ». Chronique, journal. Incendie au paradis.  C’est une méditation sur la société algérienne. Essai, journal nocturne autour de trois axes :

  • Les femmes, moteur essentiel de la modernité, malgré le machisme ambiant.
  • La religion, devenue un fond de commerce politique et une main armée qui tue dans le monde arabo-musulman, elle est vidée de toute spiritualité et liberté. Seule la laïcité peut sauver la religion de la sauvagerie politique.
  • La complexité et la pluralité culturelle et linguistique ( arabe, tamagiz, dialectes, français ). Le pays ne peut pas être en bonne santé sans le respect de cette diversité. Les meilleurs poètes algériens écrivent en dialecte.

Ces concepts sont exposés à travers une touche romanesque.

 Yves Chemla Il y a un déficit de la lecture en Algérie. Bachir Mefti écrit en arabe et publie en Algérie

Bachir Mefti Publie en arabe et en français. A quoi sert la littérature dans un pays qui a un paysage culturel pauvre ? Que peut la littérature. Les écrivains écrivent et s’interrogent sur leur société ?

« En ce moment je reviens sur les années 60 pour essayer de comprendre comment les Algériens ont vécu cette période, se sont soumis à un pouvoir non démocratique. A travers un personnage qui revient chez son oncle. Le jeune héros idéaliste devient un lâche car il ne sait pas dire non à son oncle. Est-ce que le bonheur a un prix et ce prix est la lâcheté ?

Depuis la fin des années noires on est sorti de la violence dans une période un peu absurde, avec une incapacité de changer quoi que ce soit. Mais on continue d’écrire. »

Yves Chemla L’écriture est dans l’insoumission. Yves Chemla lit un extrait du livre de Kaouther Adami sur un prêcheur de la TV algérienne. Dérision et fiction ? Qu’elle est la place de la littérature ?

 Kaouther Adami « On nous demande toujours de témoigner, alors que moi avant tout je fais de la littérature. Mon questionnement est avant tout sur la langue. C’est parce qu’on vient de ces pays là qu’on ne doit pas travailler sur la structure de la langue quand on est écrivain ? »

Charles Bonn Le texte littéraire ne peut pas n’être que le reflet de la réalité d’un pays sans avoir de qualités littéraires. Ne demander que des témoignages et non des textes littéraires à un auteur Algérien ( ou Africain) est une attitude paternaliste. Le témoignage est nécessaire mais non suffisant pour un écrivain qui fait de la littérature.

Maïssa Bey La langue du texte écrit. « Toutes les assignations nous les vivons au quotidien : questionnements d’ordre sociologique qui n’ont rien à voir avec le littéraire, qu’on nous fait de ce côté ci de la méditerranée à nous auteurs algériens. L’auteur, contrairement aux sociologues, journalistes, essayistes, propose de rentrer dans l’intime. La fiction emprunte au réel mais donne à voir l ‘intime des personnages, raconte des histoires. »

Amine Zaoui Le travail de l’écrivain est d’abord un travail sur la langue qui permet de casser les tabous, élargir la liberté du lecteur, lui permettre de reculer les barrières, d’aller un peu plus loin.

« J’écris dans plusieurs langues, j ‘entend différentes langues dans ma tête, avec différentes sonorité linguistiques ». Comment écouter ces langues qui nous habitent ?

Bachir Mefti « Je ne me pose pas ce genre de question sur les procédés littéraires. Je ne crois pas que ça intéresse le public. J’écris en arabe. J’ai mon petit public (400 personnes attendent mes livres). Beaucoup d’écrivains algériens cherchent la célébrité ailleurs, à l’étranger, en France… Alors qu’il y a un public en Algérie. »

Questions du public Aujourd’hui en Algérie il y a des écrivains qui écrivent en arabe mais ont du ressentiment pour ceux qui écrivent en français. Il a eu du succès quand il a été traduit…

Amine Zaoui « La langue de l’écriture c’est une recherche. Les Algériens parlent le français poétiquement très fort mais avec une cassure dedans. L’écrivain enfante le texte qui devient un objet qui forme le lecteur. »

(Aldona Januszewski)

Malek Chebel, Anthropologue, psychanalyste, islamologue, politologue

IMG_0942Hommage à Malek Chebel,

Anthropologue, psychanalyste, islamologue, politologue

 

Le journaliste Akram Belkaid, modérateur passe tout de suite la parole à Michael le fils de Malek Chebel qui explique que dès la disparition de son père en novembre, nombre de ses amis ont proposé à son fils de créer une fondation Malek Chebel. Celle-ci est née officiellement fin décembre 2016.

Il explique ce que seront les deux objectifs de cette fondation pour le savoir et la culture qui se situe dans le prolongement de l’œuvre du penseur.

  • Continuer à faire vivre l’enseignement de l’œuvre et de la pensée
  • Partager une vision du monde dans la reconnaissance mutuelle

Pour cela trois outils

  • Mettre en place des cycles de recherche universitaires
  • Monter un Musée du coran et de la civilisation musulmane
  • Constituer un groupe de recherche pour mener à bien les travaux initiés et les publier

Michael Chebel nous parle aussi de la revue Nour dont le troisième numéro est en préparation.

Rachid Benzine prend ensuite la parole en nous disant comment au sortir d’une conférence où comme toujours il avait invité à faire du Coran des lectures capables de nous réconcilier avec l’histoire et l’humanisme, où il avait parlé à un public curieux des chemins tortueux du doute sans autres promesse que la déconstruction nécessaires de nos certitudes et sans autres horizon que de dépasser les blocages qui nous barricadent, donc en sortant de cette conférence où il s’était senti rassuré par l’échange qu’il avait eu avec ce public ouvert, il se sentit brusquement seul en apprenant le décès de Malek Chebel.

Fatima Mernissi, hommage au Maghreb des livres 2017

 

 

sur grand écran

sur grand écran

Rencontre : « Hommage à Fatima Mernissi » (dimanche 19 février, 11 h 15 – 12 h 15) au Maghreb des Livres 2017

 avec Maati KABBAL et Feriel LALAMI (Rencontre modérée par Nadia AGSOUS)

Sur l’écran devant nous, une photo de Fatima Mernissi, très belle et vêtue d’un drapé splendide.

Fatima  Mernissi (1940-2015) Sociologue, écrivaine, féministe marocaine.

Grâce à une relecture attentive du Coran, des hadiths et de l’histoire, elle montre que le rôle prépondérant du patriarcat dans le monde arabe n’est pas inscrit dans l’Islam ; que le message initial de l’Islam a été dévoyé par l’entourage du prophète et que son message égalitaire a été progressivement effacé dans la loi islamique qui s’est mise en place (voir en particulier Le Harem politique : le prophète et les femmes, Albin Michel, 1987). Ce faisant, elle fonde les mouvements de féministes islamiques contre lesquelles s’élèvent les islamistes conservateurs et les États qui se réclament aussi de la légitimité religieuse. Elle s’empare du domaine du savoir religieux, jusque là exclusivement masculin.

Elle joue ainsi un rôle déterminant dans le développement du féminisme en Algérie, au Maghreb et dans tout le monde arabe. Elle est à la fois moteur et historienne de ce développement. Elle est en butte aux attaques de certaines féministes révolutionnaires qui la considèrent comme une bourgeoise conservatrice.

En tant qu’enseignante de sociologie à l’Université Mohammed V de Rabat, elle se heurte à la fois aux marxistes et aux Égyptiens venus arabiser l’enseignement ; mais elle forme ses étudiants aux enquêtes de terrain (c’est sa marque spécifique). Elle fonde des « caravanes civiques » qui vont à la rencontre des femmes et des jeunes – de manière à donner voix à la réalité, à la rue. Dans un but analogue, elle lance des ateliers d’écriture avec les journalistes marocaines (voir Génération Dialogue, Marsam, 2012).

L’Algérie en bulles: les BD au Maghreb des livres 2017

 

Alignement des écrivains autour de Yves Chemla (Algérie en bulle)

Alignement des écrivains autour de Yves Chemla (Algérie en bulle)

Café littéraire : « L’Algérie en bulles » (samedi 18 février, 14 h 45 – 16 h) au Maghreb des Livres 2017

 avec Racim BENYAHIA, Jacques FERRANDEZ, KRIS, Gaëtan NOCQ, Benjamin STORA (Sébastien VASSANT, le bédéiste avec qui il a travaillé, n’a pas pu venir) : 5 auteurs de « BD documentaires » sur l’histoire de l’Algérie (Café animé par Yves CHEMLA). Ce café littéraire a attiré un large public et deux enthousiastes nous ont envoyé leurs notes et commentaires.

Quand on choisit la BD pour raconter l’histoire, quelle représentation/re-création du réel propose-t-on ? En quoi est-ce une façon différente de raconter l’histoire ?

Des périodes différentes de l’histoire de l’Algérie

  • la fin de la guerre d’indépendance (Terre fatale de Jacques Ferrandez, dixième et dernier tome de sa série, Carnets d’Orient, commencée en 1987) ;
  • les premières années de la colonisation et la résistance de Constantine (Constantine 1836 de Racim Benyahia, sa première publication) ;
  • l’ensemble de la guerre d’Algérie (Histoire dessinée de la guerre d’Algérie de Benjamin Stora et Sébastien Vassant) ;
  • le témoignage d’un appelé sur la guerre d’Algérie et sur sa démobilisation (Soleil brûlant en Algérie de Gaëtan Nocq, sa première BD) ;
  • la formation de l’équipe de football du FLN, en 1958, par des sportifs qui évoluaient en championnat de France (Un maillot pour l’Algérie de Kris).
ala table des caricaturistes

ala table des caricaturistes

Raconter en BD

  • il y a une différence radicale entre histoire dessinée et histoire illustrée
  • à partir de personnages de la réalité, on invente des personnages fictifs ; ensuite, il faut organiser le récit
  • le dessinateur choisit les situations qu’il va montrer ; il fait un travail de mise en scène
  • le dessin sublime le réel pour rejoindre l’image idéale qu’on a en tête
  • la BD a des techniques spécifiques de narration, fondées sur la pratique constante de l’ellipse : entre les cases, l’imaginaire du lecteur fonctionne à plein ; et souvent le dessin d’une scène n’a pas besoin de mots : on fait confiance au lecteur.