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Karim Moussaoui, En attendant les hirondelles, film 2017

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Algerian film director Karim Moussaoui poses as he attends the Resistances International Film festival in Foix, southern France, on July 15, 2017. / AFP PHOTO / Eric CABANIS

Algerian film director Karim Moussaoui poses as he attends the Resistances International Film festival in Foix, southern France, on July 15, 2017. / AFP PHOTO / Eric CABANIS

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Karim Moussaoui, de 1990 à 2017

En attendant les hirondelles, film 2017. Une Algérie où les risques vécus, connus, imaginés sont si présents que dans ce film qui serait sensé parler d’événements heureux le spectateur s’attend, comme les protagonistes, à une catastrophe à chaque instant… ce qui n’arrive pas.

Si les paysages ruraux ou urbains sont marqués par le manque de finition, d’entretien, de nettoyage au quotidien, c’est aussi partout la puissance et le modernisme des routes neuves, des immeubles qui poussent partout. Dans les intérieurs règne (pour ces couches sociales « bourgeoises » mises en scène) le confort de l’électro-ménager moderne et le conformisme du mobilier, ici orientalisant, là moderne-ikéa.
Evénements heureux certes : le mariage du médecin, les bonnes affaires du promoteur immobilier- architecte, mais dans un conformisme social où la liberté est bridée. Ceux qui « se lâchent » (dans la noce ou dans l’étrange ballet des danseurs et musiciens transgressifs en pleine campagne) semblent irréels.

Les trois histoires qui ne se recoupent que par hasard mettent en scène chacune une femme qui ne renonce pas : l’intellectuelle qui ne renonce pas comme mère, la promise qui ne renonce pas totalement à son amour, la victime qui ne renonce pas à défaire son malheur.

Si le moyen métrage de Karim Moussaoui (Les jours d’avant, 2013) http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1188 racontait les prémices de la guerre civile des années 1990, le cinéaste montre maintenant l’Algérie « apaisée » quinze ans après « la paix », mais où la violence banale actuelle, ou le souvenir de la « décennie noire » commandent l’inévitable du quotidien : renoncements, prudences, lâchetés.

16922hr_-e1510018575402-592x296-1510018614Un film désespérant ? Je ne crois pas, parce que les personnages sont au fond honnêtes et cultivés, ce que rappelle le leit motiv musical du film : une cantate de Jean Sébastien Bach.

Kamel Daoud et Leïla Slimani sur France 5: 7 septembre 2017, Grande librairie

leila Slimani

Leila Slimani

Kamel Daoud en signature (c)

Kamel Daoud en signature (c)

Dans l’émission La grande librairie, sur France 5, ne manquez pas à 20h 50 les échanges avec deux écrivain(e)s phares et amis de Coup de soleil, Kamel Daoud et Leïla Slimani: heureux de retrouver celui et celle que nous avons accueilli au Maghreb des livres récemment.

On a regardé l’émission: la présentation du livre sur Macron en début d’émission n’a pas éclipsé le duo Daoud- Slimani qui porte sur un problème essentiel: comment lutter pour être un individu au Maghreb? Problème abordé aussi en Amérique latine (http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1405 ). Leila Slimani , à propos du Maroc, nous parle de la lutte des femmes pour exister dans leur corps et être autre chose que la femme, la mère, la fille, de x ou y, se construire comme être autonome en dehors d’une famille, d’une communauté. Et Kamel Daoud montre que les hommes aussi ont besoin de se constuire comme individus, ce qui n’est possible que si les femmes aussi peuvent le faire.

Algérie du possible, film de Viviane Candas

affiche du film
affiche du film

affiche du film

Algérie du possible, une biographie : depuis le FLN au combat, vers le pied-rouge non conformiste

« C’est l’histoire d’une femme qui a perdu son père et qui cherche à savoir pourquoi. Yves Mathieu, avocat anticolonialiste et militant socialiste est-il mort dans un banal accident de voiture ? Difficile d’y croire lorsque l’on sait que le camion qui l’a percuté, un jour de 1966, appartenait à l’armée algérienne.

Ce documentaire pudique ne sombre jamais dans l’accusation facile, tout en évoquant beaucoup de sujets passionnants (peut-être trop pour une durée aussi courte) : l’indépendance, le pétrole algérien, l’alphabétisation, l’autogestion, le napalm, la restitution des terres… Le tout éclairé par le commentaire sobre de la cinéaste Viviane Candas » (présentation de Télérama)

routes dangereuses

routes dangereuses

Nous avons vu ce documentaire, en avant-première organisée par le Maghreb des films (il sort en salles le 7 décembre 2016, commenté dans Le Monde du même jour, voir ci-dessous). Il est réalisé par Viviane Candas. Trois séances successives au cinéma La clef à Paris. C’est donc la fille du héros, Yves, qui commente son film en compagnie de l’historienne Sylvie Thénault et d’un ancien militant du FLN emprisonné à Paris, auteur d’un ouvrage sur les Algériens alors condamnés à mort. A une projection suivante, grâce à Mohamed Harbi, on parlera surtout de la réforme agraire (tentative avortée d’auto-gestion) et de la gestion des biens laissés vacants par le départ des pieds-noirs.

école vers 1963?

école vers 1963?

Le film raconte l’histoire de Mathieu en tressant tous les fils disponibles : souvenirs directs de sa fille encore enfant, mais aussi indirectement ce qu’elle entendait dire par les proches à l’époque. Et puis son immense quête en Algérie ou en France auprès des témoins de l’époque, proches de Mathieu. Y compris ce que livrent des témoins essentiels, comme Mohamed Harbi, à la fois militant, acteur et historien du FLN et Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante. Dans la discussion qui a suivi le film, beaucoup de place a été donné à la guerre d’Algérie et au « collectif » d’avocats qui ont défendu les militants emprisonnés, en Algérie comme en France. La description des années 1962-66 en Algérie que donne le film est plus précieuse encore, car c’est un thème particulièrement mal connu « de l’intérieur », en particulier en province, loin d’Alger. Mathieu s’est occupé en juriste des « biens vacants ». Pour les terres et les entreprises, c’est l’histoire cruciale de la tentative d’autogestion, vite remplacée par une gestion bureaucratique centralisée : dans un pays manquant dramatiquement de cadres, aucune des deux solutions de gestion n’avait de chances de réussir facilement. On voit Mathieu et quelques autres « pieds-rouges », avec quelques Algériens « de gauche », essayer de mettre juridiquement et pratiquement en route cette autogestion où les ex-employés assureraient à la fois le travail et la gestion des entreprises abandonnées par le départ des pieds-noirs. On montre l’abandon de fait de cette tentative, abandon accéléré par le coup d’état de Boumediene en 1965. Le parc immobilier de logement était l’autre face des « biens vacants », dont malheureusement le film ne parle guère. Mathieu se reconvertit en avocat qui défend les droits coutumiers des paysans dans l’est algérien. En 1966 tout laisse penser que l’accident de voiture où il meurt est un assassinat organisé par les « services » de la sécurité militaire algérienne. La valeur de ce film est dans l’imbrication des images et témoignages du présent avec les souvenirs récupérés appuyés sur les images d’archives, sans manichéisme.

Extraits de l’article du Monde :  … « Se dessinent non seulement le portrait d’un combattant à l’idéalisme inflexible mais aussi la fresque funèbre d’une révolution trahie (y en a-t-il d’autres ?). […] A l’indépendance, il avait été chargé par le régime d’Ahmed Ben Bella de donner un cadre juridique à l’expérience d’autogestion tentée dans les grands domaines agricoles et les installations industrielles abandonnées par les (ou prises aux) Français […] Le coup d’Etat de 1965, qui finit par porter au pouvoir Houari Boumédiène, s’est fait contre les amis politiques d’Yves Mathieu, qui a repris ses activités d’avocat et (c’est une hypothèse avancée par sa fille) d’opposant à un régime qu’il réprouve. Alors qu’il se rend dans la région de Constantine pour rencontrer des paysans spoliés dans une affaire de détournement d’eau, sa voiture est heurtée par un camion de l’armée algérienne […] La caméra enregistre la gamme des réactions que provoque l’évocation de ce souvenir embarrassant. Le chagrin vrai, la condescendance, l’hypocrisie, la honte, l’aveuglement (la réalisatrice a rencontré Ahmed Ben Bella avant sa mort en 2012) gravent à l’eau-forte le tableau clinique des séquelles d’une révolution.

Parallèlement, à l’aide d’images d’archives utilisées avec parcimonie, Algérie du possible tente de dire ce qu’aurait pu être une Algérie autogérée, qui aurait aidé les paysans dépossédés par la colonisation à retrouver une terre dont ils auraient été les maîtres, qui aurait accompli les promesses de l’indépendance. Cette évocation d’une utopie s’appuie entre autres sur les souvenirs de ce moment de l’histoire qui vit Alger devenir une Mecque révolutionnaire où se croisaient barbudos et Black Panthers, combattants de l’ANC et délégation pékinoise […] C’est parce que l’auteure ne peut surmonter l’éblouissement que lui a laissé l’épopée qu’a vécue son père qu’elle peut rendre compte aussi exactement du deuil qui a suivi. »