« MES COMBATS DE FEMME » de Sarah Ourahmoune, (éditions Robert Laffont , 2019)

« MES COMBATS DE FEMME » de Sarah Ourahmoune, (éditions Robert Laffont , 2019)

Ce livre est présenté, sans doute par l’éditeur, comme « l‘incroyable destin de la boxeuse Sarah Ourahmoune, combattante du droit des femmes ». Plutôt qu’incroyables, on pourrait dire que les performances de cette encore jeune femme(née en 1982) sont rarissimes, pour un ensemble de raisons : parce que c’est une femme qui a choisi la boxe alors que ce sport est pratiqué très majoritairement par des hommes, parce que cette femme est d’origine maghrébine, née d’une mère algérienne et d’un père marocain (d’ailleurs vite séparés), et enfin parce que les succès qu’elle a remportés dans sa vie sont parmi les plus grands qui soient : championne du monde en 2008, vice-championne olympique en 2016, et encore, ce n’est là qu’une faible idée de ses très nombreuses victoires. Ce qui ne l’a pas empêchée, dans le même temps, d’être enceinte puis mère, et de pousser très loin, notamment jusqu’à Sciences-Po, de brillantes études dans le domaine de l’entreprise, management, communication.
L’explication qui vient évidemment à l’esprit, au vu de son histoire personnelle, est que dès l’enfance, elle a été poussée (ou tirée vers le haut) par un désir très fort d’échapper à la médiocrité de son milieu familial ; et pour commencer au destin de sa mère, qui lui a servi de repoussoir. Cette mère, femme remarquable, curieuse de tout, n’a pas eu assez de son immense énergie pour élever ses enfants, les nourrir certes mais surtout les pousser à faire des études, en dépit de tous les obstacles et principalement du manque d’argent. Il est certain que Sarah sa fille l’admire mais qu’elle a toujours voulu aller au-delà.
Cependant, ce qui frappe dans le récit de Sarah Ouahmoune n’est ni la plainte ni l’auto-satisfaction, ni même ce qui pourrait avoir été une sorte de volonté forcenée de se surpasser. Alors qu’on doit recourir pour parler de son histoire à des adjectifs aussi forts qu’incroyable ou exceptionnel , l’impression qui se dégage d’abord de son récit est que les choses se sont faites simplement et comme naturellement. Après quoi et dès qu’on entre dans le détail de ce qu’elle raconte, on se rend bien compte que cette impression est trompeuse et que pour reprendre un mot devenu presque banal (alors que la chose ne l’est pas), il lui a fallu une aptitude rare à la résilience (ou aptitude à se reconstruire) : il apparaît clairement que les difficultés et les échecs n’ont pas cessé de doubler le tissu de victoires bien attestées qui composent sa brillante carrière. En fait il est vrai qu’elle est parfois extrêmement affectée par des échecs, des empêchements, des contretemps ou tout simplement par la nécessité de faire des choix (entre les études et le sport, la maternité ou la compétition) ; mais en même temps, elle ne considère jamais un échec comme définitif et irrémédiable, en dépit de ses proches, de l’avis général et du simple bon sens. Elle n’est aucunement folle mais sans doute pas vraiment raisonnable non plus. Cette complexité est dite avec des mots très simples, ce qui fait qu’à défaut de savoir l’imiter, on la comprend et on s’attache à elle.

*En rapport avec le livre de Sarah Ourahmoune, nous vous rappelons l’existence d’un autre, un peu plus ancien, dont le titre Uppercut indique qu’ il a rapport à la boxe lui aussi ; on y voit le rôle positif joué par celle-ci dans la difficile conquête de soi par un jeune vivant dans un milieu social défavorisé, issu de l’immigration : « UPPERCUT » de Ahmed Kalouaz (éditions du Rouergue, 2017)

Denise Brahimi (repris de la Lettre culturelle franco-maghrébine N°38, novembre 2019)