Mohamed Charfi, un message au MODEL 2018

“Hommage à Mohamed Charfi”, animé par Georges Morin, avec Khedidja Cherif, Ahmed Mahiou, le 3 février 2018.

Mohamed Charfi est un juriste tunisien. Ce militant est co-fondateur de la Ligue des droits de l’homme en Tunisie. Il a été le réformateur de l’éducation en Tunisie en tant que ministre de Ben Ali en 1989.

Georges Morin, qui anime cette séance d’hommage, rappelle ce qu’a été en 1988 la sortie « en douceur » d’un président Bourguiba devenu sénile et l’immense espoir populaire qui porte alors Ben Ali, qui laisse les mains libres à Charfi, « Jules Ferry tunisien », pour révolutionner l’éducation du pays, la moderniser en pourchassant les traces d’islamismes dans les programmes et les manuels scolaires. Georges Morin a découvert Charfi lors d’un voyage à Alger et Tunis avec le premier ministre Jospin en 1987, puis lors de la mission d’élus locaux socialistes français au Maghreb en 1991, juste après la première guerre du Golfe.
Ahmed Mahiou, ex-doyen de la Faculté de droit d’Alger est en somme jumeau de Charfi et aurait dû présenter le livre posthume de celui-ci, Combats pour les lumières. Les deux hommes se sont rencontrés depuis 1970, dans le Comité permanent de coordination maghrébine qui esquisse ses bases d’une communauté des trois pays, bloquée par le problème du saharaoui dès 1975. En 1981 Charfi relance en vain cette coopération en reprenant ce que fut en 1958 la Charte de Tanger pour une association maghrébine : en 1982 une conférence réunit à Tunis quelque 100 participants (deux tabous : la participation de l’historien Mohamed Harbi et … le Sahara occidental), sans qu’une suite positive puisse advenir.

Khedija Cherif nous dit le rôle de Charfi, à partir de 1980, dans l’action de la Ligue des droits de l’homme. En 1985 on y admet des « islamistes », dans une association où les « indépendants non-politiques » sont majoritaires. On y débat de sujets brulants, dont le droit des femmes. Le comité directeur, élu sur proposition de Charfi valide la liberté de conscience, le choix du conjoint, les droits de l’enfant naturel… à une voix de majorité. Depuis la « révolution » de 2011, ces problèmes ne cessent de revenir sur le devant de la scène politique, mais sur ces bases établies depuis 1985.

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