Papicha, un film politique algérien

Papicha est un conte tragique sur une maladie sociale très répandue : priver les femmes de liberté. Maladie particulièrement insupportable dans un pays- l’Algérie des années 1990- où toute une part de l’idéologie nationale se veut égalitaire et où le niveau d’éducation des filles est élevé, parfois au dessus de celui des garçons. Bien entendu le dialogue du film est ce mélange intime  de l’arabe parlé (darija) et du français, réalité commune à tout le Maghreb, mais sans doute poussé au maximum pour une fille jeune et algéroise.

La beauté des images du film, la qualité des actrices font un choc basé sur une histoire simple qui se déroule essentiellement dans une « cité U » de filles à Alger. La passion d’un défilé de mode est le symbole de ce que les filles ont le droit de se faire belles, parce que c’est la forme absolue de l’affirmation de leur liberté. Elles se heurtent à la crise aigue de l’époque, l’action violente omniprésente des islamistes : ceux-ci attaquent la cité U, mais aussi y placardent des affiches menaçant les filles « impudiques » et rappellent que toute femme est sous l’autorité du père, du frère ou du mari. La cité U est verrouillée : pour surveiller les filles ou pour les protéger ?

La force du fil directeur de ce film tient à sa simplicité : ces filles créent une mode subversive à partir du vêtement  « traditionnel » de la femme algéroise, le haïk blanc, voile dont celle-ci devait apprendre à jouer pour se montrer autant que pour se cacher. La « vieille » femme apprend aux jeunettes à se servir du haïk et leur rappelle que pendant la « guerre d’indépendance » il pouvait servir à dissimuler à l’ « ennemi » les armes qu’il fallait transporter. Ce film est d’actualité dans une Algérie où la protestation affirme cette égalité femmes- hommes et où le travail de récupération de sa mémoire historique est un enjeu important.

Nous ne saurons jamais si cette histoire (vraie nous dit-on) s’est terminée dans l’horreur ou dans une solidarité renforcée entre des femmes extraordinairement vivantes. (Claude Bataillon)