Sonia le calvaire au féminin, Yasmina Gharbi-Mechakra

« SONIA LE CALVAIRE AU FEMININ », de Yasmina Gharbi-Mechakra (Média-Plus, Constantine, 2017)

Ce livre est un roman, en ce sens qu’il est présenté comme tel par son auteure et son éditeur, mais par ailleurs, la quatrième de couverture explique qu’il a été écrit à partir de témoignages vécus, recueillis dans un centre d’accueil pour femmes et filles battues (le centre d’écoute Nedjma à Constantine). En fait, en tant que lecteur ou lectrice, on ne cesse de se dire que face à une telle ou de telles situations, le document brut, exempt de toute mise en fiction, aurait un effet beaucoup plus fort, beaucoup plus bouleversant, que le produit de sa transposition sous le forme d’un roman. C’est une question de crédibilité : le document brut est incontestable, le roman est toujours suspect d’avoir un peu aménagé la vérité. Mais on comprend que le choix de l’auteure a sûrement ses raisons : elle n’a pas voulu qu’une femme bien réelle, éventuellement reconnaissable, prenne le risque de dénoncer publiquement les faits odieux dont elle a été victime de la part de son mari.
Évidemment c’est déjà beaucoup pour une femme d’aller raconter dans un centre d’écoute que son mari la frappe régulièrement, et souvent avec une violence telle qu’elle en garde sur le corps et sur le visage des marques indélébiles. Quel que soit cet homme, le dénoncer nominalement représente une étape supplémentaire et implique un esprit de vengeance qui n’est pas forcément le moteur de la démarche que la femme battue a eu le courage de faire.
Le sentiment dominant qu’on éprouve à lire ce livre est certainement l’indignation et aussi le désir de trouver un ou des moyens pour prévenir de tels faits. Ce deuxième point implique qu’on comprenne bien la violence de l’homme qui agit en bourreau et ce n’est pas facile, si l’on en croit le livre de Yasmina Gharbi-Mechakra. En effet, l’homme dont elle nous parle, Mourad, est loin d’être constamment une brute, la violence alterne chez lui avec le désir d’être compris et sans doute d’être aimé. Il est réellement excédé par la résistance inflexible de celle qui ne voulait pas être sa femme et qui ne lui pardonne pas ce qu’il lui a imposé. On finit par se dire qu’il tient réellement à elle mais il va de soi que ce n’est pas une excuse et que cela n’atténue en rien sa culpabilité voire sa monstruosité. Après l’avoir défigurée, il est certain qu’il s’efforce de la soigner et de se montrer attentionné avec elle, mais même à ce moment-là, qui est à la fin du livre, on se dit qu’il serait bien capable de recommencer.
Face à l’insoutenable violence du comportement masculin, Sonia, l’héroïne du livre, nous fournit à tous et à toutes le modèle de ce qu’il faut faire : ne pas baisser les bras, ne jamais accepter, ne pas se laisser prendre aux promesses d’amour et de jours heureux. Ce qui doit changer ne changera pas à force de soumission et de résignation de la part des femmes, on ne le sait que trop puisque elles n’en ont hélas jamais manqué. En tout cas, il est certain que le livre de Yasmina Gharbi Mechakra fait partie des actions utiles et même davantage, et qu’on doit chaleureusement l’en remercier.
Denise Brahimi

(cet article provient du site de Coup de soleil Rhône-Alpes http://www.coupdesoleil-rhonealpes.fr/category/lire-ecouter-voir