« UPPERCUT » de Ahmed Kalouaz (éditions du Rouergue, 2017)

Ahmed Kalouaz a écrit ce très court livre pour de jeunes adolescents, dès l’âge de douze ans. Il y est question d’Erwan, dont le père est sénégalais et la mère bretonne, et qui a tant de mal à s’accommoder de la vie dans un collège (ou dans des collèges successifs) qu’il a fallu le mettre dans un internat de montagne, parmi d’autres garçons en marge du système scolaire. Pour Erwan, la difficulté de supporter soi-même et les autres se traduit notamment par des manifestations fréquentes d’agressivité. Mais il est moins démuni que d’autres parce qu’il a découvert la possibilité de recourir à la boxe pour se calmer : « Moi j’avais la boxe pour m’occuper le corps et la tête, ça allait à peu près. »
Il s’est donné pour idole un boxeur noir américain Rubin Carter, surnommé L’ouragan, ce qui n’a pas que des effets apaisants car ce dernier, en 1966, a été condamné injustement et de manière révoltante à la prison à perpétuité.
Cependant Erwan, partagé entre révolte et volonté de se maîtriser, trouve dans la vie à la campagne, à l’occasion d’un stage équestre, l’occasion de confrontations qui l’aident à grandir (Uppercut entre dans la catégorie des romans ou récits de formation). Même ou justement parce qu’il lui faut constater que le racisme, omniprésent dans le langage de ses interlocuteurs, n’empêche pas certains d’entre eux d’être bons sous leur rude apparence, et vraiment désireux de l’aider.
Tous les cas ne sont pas semblables et certains des compagnons d’infortune d’Erwan sont dans des difficultés si grandes qu’elles les amènent à commettre des fautes graves. Il faut à Erwan le courage de rompre avec l’un d’entre eux malgré une sorte d’amitié qui aurait pu les unir si cet autre garçon n’avait voulu faire de lui le complice de ses mauvais coups. La boxe et les chevaux aideront sans doute Erwan à supporter cette rupture nécessaire. Le livre est bien fait parce qu’il n’est ni moralisateur ni prêchi-prêcha, mais tout simplement émouvant.
Denise Brahimi (repris de la Lettre culturelle franco-maghrébine N°38, novembre 2019)