“Villes plurielles d’Orient” Café littéraire au MODEL 2018

“Villes plurielles d’Orient” Café littéraire, 4 février 2018, animé par Akram Belkaid, avec  Nedim GÜRSEL, Bernard HOURCADE, Salam KAWAKIBI, Frank MERMIER

Les fractures et les destructions sont un refrain pour les villes évoquées, comme pour Beyrouth, dont le centre, reconstruit après sa destruction en 1975-90, n’est plus en rien le lieu de convergence des communautés. Pour ces villes dont les centres sont dégradés désormais, la croissance d’immenses périphéries est le plus souvent ignorée, voire niée par les autorités urbaines comme par les élites.

Les quatre intervenants nous parlent de Téhéran, Istamboul, Alep et du couple Sanaa/ Aden. Pour répondre à plusieurs questions ; caractères saillants de la ville, comment la « reconstruire » ou mettre fin à ses fractures, comment la comparer à une homologue hors de l’Orient ?

Téhéranest une ville jacobine où une moyenne bourgeoisie pieuse ne cesse de résister à un Etat, avant comme après la révolution de 1979. Sanaa(traditionnelle, devenue cosmopolite) et Aden(colonie britannique de 1839 à 1967) sont les capitales d’un territoire qui n’est qu’exceptionnellement un Etat. Istamboul(Byzance, Constantinople) a été capitale de deux empires fondamentaux et les stambouliotes plaisantent : quand aime-t-on Ankara (la capitale) ? quand on la quitte pour revenir à Istamboul… Alepn’existe plus. Elle a été capitale de la route de la soie, multi-religieuse et cultivée, marginalisée par l’ouverture du canal de Suez (1869) puis par la création d’une Syrie (1920-28).

Les comparaison fusent : Téhéran avec Paris, Alger avec Naples et Marseille, Istamboul avec Venise « deux villes narcissiques », Sanaa avec Damas, Alep avec Jérusalem.

Les fractures et les destructions sont un refrain pour les villes évoquées, comme pour Beyrouth dont le centre, reconstruit après sa destruction en 1975-90, n’est plus en rien le lieu de convergence des communautés. Au pire les trésors de patrimoine architectural sont détruits, au mieux ils sont préservés comme musées, pas comme lieux de vie. Pour ces villes dont les centres sont dégradés, la croissance d’immenses périphéries est le plus souvent ignorée, voire niée par les autorités urbaines comme par les élites. Même si depuis 1979 à Téhéran sont nés 800 centres commerciaux « modernes », la capitale commerciale de l’Iran est à Dubaï et les familles « d’en haut » ignorent que dans l’immense banlieue pauvre du sud la majorité des femmes travaillent, révolution fondamentale. A Istamboul on veut ignorer que la véritable conquête par l’Anatolie ne date pas du 15esiècle, mais de la construction des trois ponts sur le Bosphore. « Ceux de la haute » à Alep, récemment, ignoraient où était l’Université et ne comprenaient pas l’installation du centre scientifique français dans la vieille ville. Aden garde son image de mélange social et de cosmopolitisme face au tribalisme.

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