« Vivre dans l’Empire ottoman », table ronde au MODEL 2018

“Vivre dans l’Empire ottoman”, table ronde avec Isabelle GRANGAUD, Nora LAFI, Robert SOLÉ, Marie-Carmen SMYRNELIS, Isik TAMDOGAN (Modération : François GEORGEON)

L’Empire ottoman s’est étendu de l’Algérie aux Balkans et à l’Anatolie durant six siècles, en un système organisé surtout dans des villes. La vie intercommunautaire y est aussi complexe que les vies intracommunautaires de chaque groupe. La société ottomane est fondamentalement inégalitaire (clivages : nomades/ sédentaires, ruraux/ urbains, étrangers/ citadins, non-musulmans/musulmans). Elle est composée de communautés solidairement responsables (villages, quartiers urbains), vis-à-vis du pouvoir. L’invention au XIXe siècle de la citoyenneté individuelle a cassé ce système.

L’Empire ottoman s’est étendu de l’Algérie aux Balkans et à l’Anatolie sur six siècles, en un système organisé surtout dans des villes, par une vie intercommunautaire aussi complexe que les vies intracommunautaires de chaque groupe. Ce système se décompose au XIXe siècle, rongé par les nationalismes balkaniques et maghrébins. Là où l’Europe voit dans cet Empire un « homme malade », les souvenirs internes révèlent une nostalgie pour un « vivre ensemble » harmonieux.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, des occidentaux « se faisaient turcs », c’est-à-dire se convertissaient à l’islam, entre autre pour participer à un pouvoir politique très particulier, puisqu’il n’y avait pas de dynastie héréditaire, la caste des soldats descendant de femmes esclaves ; ces soldats ont une solde, essentielle à leur statut.

La société ottomane est fondamentalement inégalitaire (clivages : nomades/ sédentaires, ruraux/ urbains, étrangers/ citadins, non-musulmans/musulmans). Elle est composée de communautés solidairement responsables (villages, quartiers urbains), vis-à-vis du pouvoir. L’invention au XIXe siècle de la citoyenneté individuelle casse ce système. Avec des moyens d’accéder à la justice très inégaux, tous les sujets, femmes et esclaves inclus, ont droit de réclamer : aux archives d’Istamboul on trouve une infinité de pétitions écrites dans une multiplicité de langues. Les conflits étaient réglés par les chiouk dans des palabres (pour celles-ci, le terme de chikaia a été repris par les pouvoirs coloniaux français au Maghreb). A Smyrne, la co-existence concrète entre communautés concernait les fêtes, les affaires, mais aussi les mariages, surtout dans les couches sociales élevées.

La plus ancienne fracture de l’Empire est la destruction de l’Etat des Mamelouks en Egypte, par Bonaparte : au Caire il fait bruler les portes des quartiers, dont les notables perdent leur légitimité. Puis Mehemet Ali ouvre la nahda, modernisme de la technique et de la citoyenneté. A Alger aussi les quartiers sont cassés par les français en 1830 : les noms de quartiers cessent de donner leur identité aux maisons, pourvues d’un nom de rue avec un numéro.

L’Egypte se détache peu à peu de l’Empire, avec la décision symbolique, dès 1850, de construire le Canal de Suez (inauguré en 1869). L’introductions d’écoles étrangères, surtout catholiques, sert à former les nouvelles élites, le nouvel Etat s’endette : il se sépare officiellement de l’Empire en 1914.

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