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 Les romans de la sélection 2017-2018

Karim AMELLAL « Bleu Blanc Noir »

éditions de l’Aube

2002-Amellal-Bleu blanc noir

Le narrateur est un Français comme les autres, ou presque. La banlieue, ses origines, c’est derrière lui. La victimi­sation, ce n’est pas son genre. Il vit désormais au cœur de Paris, a fait une grande école, travaille dans la finance, vit avec la femme qu’il aime : il a réussi.
Soudain, la machine s’enraye. Dans une France pétrie de peurs, la victoire de l’extrême droite est logique, implacable. La nouvelle prési­dente applique méthodiquement son programme  : le « Redressement national » est lancé. D’un monde tout en nuances, nous basculons dans un manichéisme étouffant.
D’aucuns, et parfois bien inattendus, plient l’échine, font le dos rond. D’autres au contraire organisent la résistance. Le narrateur, lui, tergi­verse. Se débat avec lui-même, avec ce qu’il est, avec ce qu’on lui dit qu’il est. Enfin, il prend sa décision.
« ­Aujourd’hui je vis ; demain je serai peut-être mort mais je ne serai plus seul. Vive la République, vive la France ! »
Une politique-fiction étourdissante.

Yasmine CHAMI « Mourir est un enchantement »

éditions Acte Sud

 mourir

Sara, une femme marocaine de quarante ans fragilisée par un diagnostic médical inquiétant, s’installe sur un canapé, choisissant peut-être de prendre le temps de vivre. Là, tendrement entourée de ses deux fils, elle se livre au plaisir de redécouvrir le contenu d’un grand sac de toile dans lequel se trouvent pêle-mêle toutes ses photos de famille.
Dès lors s’imposent les visages de ses parents, de ses oncles et tantes, ces jeunes gens des années soixante-dix aussi beaux que déterminés au bonheur dans ce pays qui se trouvait pourtant à l’orée d’un basculement irréversible. Viendront ensuite ses cousins et son frère – ils ont huit ou dix ans – dans un jardin, posant avec elle sur un muret en plein soleil, ou au couchant en bord de mer.
Tant d’images, de lumières et d’impressions subtiles figées pour l’éternité. Tant de portraits riches de singularités conjuguées que Sara réanime en éclairant leur vulnérabilité et leur aveuglement face à ce pays tant aimé qui ne cessait pourtant de subir les violences des enjeux de pouvoir.
Un roman d’une rare élégance, sur une constellation familiale qui a rassemblé, au coeur des conflits de l’Histoire, des hommes et des femmes dont l’acceptation profonde de l’humanité des autres a contribué à la création d’un univers éminemment particulier. Un livre où le combat des femmes s’éploie de l’intime à l’universel.

Samir KACIMI « L’Amour au tournant »

traduit par Lofti Niah

éditions du Seuil

l'amour
Pour ses quatre-vingt-cinq ans, Nordine Boukhalfa, ancien chirurgien-dentiste veuf et solitaire persuadé que chaque jour nouveau est superflu, reçoit un cadeau assez inattendu de la vie… Il est dans un square d’Alger, en train de ruminer ses idées noires sur un banc, lorsqu’un inconnu vient s’asseoir à côté de lui et, sans lui laisser vraiment le choix, engage la conversation. La liberté de ton et l’optimisme étonnant de ce vieux sage excentrique ne tardent pas à piquer sa curiosité et c’est ainsi que les deux vénérables compères, tels deux philosophes péripatéticiens, décident de poursuivre leur discussion en marchant dans la ville. Ils feront la tournée des bars et des restaurants, et aussi le tour d’une grande question : un homme peut-il se passer de l’amour, fût-il plus près de l’hiver de sa vie que de son automne ?

Avec ce banquet platonicien à la mode algéroise, Samir Kacimi nous convie à un véritable festin littéraire, parvenant à tenir ses lecteurs en haleine par des moyens assez peu conventionnels et à pointer en filigrane, loin du folklore et des idéologies officielles, ce que peut être l’Algérie d’aujourd’hui.

Khalid LYAMLAHY  » Un roman étranger »

éditions Présence africaine

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Qu’est-ce qu’un titre de séjour ? Une pièce d’identité éphémère ou un prétexte pour écrire un roman ? Face à la procédure de renouvellement de son titre de séjour, comment raconter l’engrenage administratif, les allers-retours incessants, la tension insoutenable et l’attente prolongée? Le narrateur, un étranger exilé dans une capitale européenne, lutte pour renouveler son titre de séjour, écrire son premier roman et conquérir un amour impossible. Dans un environnement qui lui devient de plus en plus hostile, il se réfugie dans l’écriture et continue à croire en une possibilité de reconstruction.

Saber MANSOURI « une femme sans écriture »

éditions du Seuil

une femme

Un historien, né en Tunisie et parti vivre à Paris, rêve d’écrire la biographie de Mabrouka, sa mère, restée au pays avec les siens. Redoutant la trahison de sa mémoire, elle adresse une lettre à son fils. Cette missive au vitriol est le prélude au récit de l’épopée des femmes de la famille. Tout commence dans l’Algérie des années 1820 où Sihème, l’aïeule, une esclave affranchie, se distingue en fabriquant le chasse-mouches du dey d’Alger, avec lequel celui-ci gifle le consul de France. Ce coup de sang entraîne une fuite mouvementée de Sihème vers le nord-est algérien, l’exil et l’installation de ses descendantes en Tunisie, jusqu’à aujourd’hui. Lyrique et picaresque, voici le roman d’une lignée de quatre femmes libres traversant un immense pays et son histoire, chacune à sa manière, mais guidées par une même volonté : rompre le silence et s’emparer du verbe pour écrire leur destin.

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Le lauréat du prix « Coup de Coeur » 2017 :

 Kamil Hatimi : La Houlette

éditions Elyzad

couverture

Le livre se déroule aujourd’hui dans les milieux du journalisme à Casablanca. Dragan, le héros, est le fils d’un Marocain de Tanger et d’une Serbe, sauvée par son oncle Dragan, communiste convaincu ; au moment des bombardements de la 2° guerre mondiale, elle est élevée par lui.

Dragan est désormais incapable d’écrire (ni à la main ni sur son ordinateur). Revenu à Casablanca après avoir participé à un colloque à Paris, il demande l’aide de son collègue et ami Vigon pour écrire l’article compte-rendu du colloque. Son ami accepte à condition qu’il aille consulter un thérapeute le docteur Urdiz.

Un attentat dans un hôtel de Casablanca (nombreux morts étrangers touristes venus par une agence « le plein de sud ») va faire remonter à sa mémoire un drame de son enfance.

Ce livre a été présenté en lecture au Maghreb des livres 2016 http://coupdesoleil.net/?s=hatimi

 

La lauréate du 11ème prix :Souad Benkirane, Les quatre saisons du citronnier

Editions Karthala

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Au Maroc, au début du XXe siècle, des femmes venaient encore, sous la contrainte, grossir le cheptel des harems du pays. Enlevées dans les campagnes marocaines, elles étaient vendues au plus offrant partout dans le royaume. Esclaves, concubines ou épouses, obligées de vivre sous le même toit, elles se sont liées d’amitié ou haïes, mais elles sont restées unies par le drame de leur arrachement, souvent très jeunes, à leur famille.

Dans ce premier roman, Souad Benkirane nous livre avec pudeur et justesse la vie de sa grand-mère, qui a partagé l’histoire de ces femmes, et qui a su faire face, avec force et philosophie, aux différentes saisons de la vie, tantôt acides, tantôt lumineuses…

 

 Les lauréats précédents du prix »Coup de coeur » : Voir la rubrique Archives