Confréries et changement politique en Algérie: à l’Université Jean Jaurès, 27 juin

Foad KHATIR soutient une thèse d’histoire: « Le changement de politique algérienne à l’égard des confréries religieuses musulmanes : de la persécution à la réhabilitation, le cas particulier de la tariqâ ‘Alawiyya 1909-2009 »

Lundi 27 juin 2016 à 13h30, Université Toulouse Jean Jaurès salle de la faculté d’histoire (nouveau bâtiment), séance publique.

Résumé de la thèse: La place des zaouïas et plus particulièrement celle de la ‘Alawiyya dans l’Algérie contemporaine, pendant la montée du nationalisme et la lutte de libération, ne peut pas être considéré que du point de vue politique.  1) L’administration coloniale : la confrérie était étroitement surveillée par les services de la police des renseignements généraux. La stratégie de la confrérie consistait à rester neutre autant que possible mais elle n’hésitait pas à défendre la préservation de l’identité arabo-musulmane. 2) Le mouvement du réformisme : avec  l’Association des Oulémas Musulmans Algériens (AOMA) fondée le 5 mai 1931 avec à sa tête le Président Ibn Badis qui contribua à la montée du sentiment nationaliste algérien. Le cheikh al ‘Alawi exhorta et soutint cette initiative et tenta d’y participer jusqu’au moment où la position des Oulémas consista à marginaliser les zaouïas algériennes. 3) Les milieux nationalistes algériens :  la confrérie ‘Alawiyya entretenait des relations étroites avec le Parti du Peuple Algérien (PPA) fondée en 1937 par Messali Hadj. Les événements du 8 mai 1945 à Sétif précipitèrent la préparation de la Révolution algérienne pendant laquelle le cheikh Mehdi Bentounes joua son rôle. 4) Les gouvernements algériens successifs : La confrérie ‘Alawiyya entendait lutter contre la nationalisation des biens habous. Le gouvernement Boumediene mena une vaste campagne de persécution contre le cheikh Mehdi Bentounes et procéda à son arrestation en 1970. La confrérie agissait dorénavant sur le terrain Européen avec le cheikh Khaled Bentounes qui procéda à la création de nombreux projets culturels et de jeunesse, reconnus par les instances officielles. La méfiance de l’Etat à l’égard des confréries s’expliquaient par les accusations de collaboration avec l’administration coloniale de la part des milieux nationalistes. Les persécutions finirent progressivement par marginaliser un courant religieux- soufisme (taçawwûf) qui était présent en Algérie depuis le début du millénaire et qui composait un patrimoine immatériel important pour l’Algérie. Il a fallu l’avènement de la montée du fondamentalisme religieux qui aboutit à la guerre civile dite « les années noires » pour que le Gouvernement algérien procède à la réhabilitation des confréries religieuses en Algérie.

Soutenance publique: que dit le jury: Au milieu d’un public composé majoritairement de fidèles de la confrérie Alawiyya (c’est à Fronton que celle-ci a installé sa zaouia en région toulousaine), nous écoutons les commentaires du jury (Mme Saahidia, MM Pervillier, Geoffroy, Vermeren, Cantier). Pour apprendre à quel point à l’époque française les confréries étaient l’objet d’une surveillance étroite, par exemple de la part du corps des Officiers d’affaires militaires musulmanes (AMM). Avant 1914 en particulier, un sujet musulman d’Algérie ne pouvait quitter sa circonscription sans autorisation, a fortiori quitter l’Algérie pour se rendre en France ou au Maroc, où la confrérie a une forte implantation, particulièrement autour de Nador.

Les archives militaires françaises, libres d’accès, sont une source historique importante pour toutes les confréries. Si dans la presse les évaluations chiffrées sur le nombre de « khouans » sont rares, dans les archives publiques coloniales elles abondent. Pour l’après indépendance, les sources publiques sont difficiles d’accès, d’autant que certains dossiers sont passés du « public » au « privé », si bien que l’usage des sources internes à la confrérie a été essentielle pour le candidat. A l’époque du gouvernement de Vichy, les confréries ont fait l’objet d’une sollicitude particulières, car elles étaient vues comme les représentantes d’une Algérie rurale qu’il fallait favoriser face à un nationalisme urbain.

Tant au Maroc indépendant qu’en Algérie indépendante, les confréries ont  connu une double méfiance des autorités: parce qu’elles avaient pu être favorisées par le pouvoir colonial (qui par ailleurs les surveillait étroitement), parce qu’elles représentaient, face à un désir de modernité, une tradition méprisée, tout comme d’autres traditions du monde rural (berbérisme, tribus…) telles que les étudiait l’ethnologie, marginalisée au profit de l’économie ou des sciences sociales « modernes ». Du coup il nous faut redécouvrir plus tard ce que furent et cet islam « traditionnel » des confréries et ceux qui l’ont étudié comme Augustin Berque, longtemps en charge des « affaires indigènes » au Gouvernement général de l’Algérie. C’est depuis la présidence de Bouteflika pour l’Algérie qu’un espace social et politique est à nouveau accordé aux confréries, considérées comme médiatrices entre le pouvoir et toute une part de la société civile, alors que dans les premières années le pouvoir « FLN » n’a révéré que les oulémas « modernistes ».

Ne pas oublier que ce qu’on appelle « maraboutisme » en Afrique du Nord française est une forme de religiosité présente dans le monde entier, celle de familles de « chamans », c’est-à-dire d’intercesseurs entre les humains et le monde surnaturel qui se sont adaptés aux différents monothéismes, en particulier à l’Islam, aussi bien en Indonésie, en Asie Centrale, en Afrique noire, que dans les mondes arabophones. De même la spiritualité mystique que représente le soufisme est développée dans toutes les formes de l’islam à travers le monde.