Algérie du possible: avec Viviane Candas

Au cinéma ABC de Toulouse, le 3 avril 2017, nous avons pu voir (et revoir pour certains d’entre nous) le film Algérie du possible. Dans la salle, près de cent personnes pour ce documentaire. Viviane Candas, auteur de ce film sur son père, nous apprend que c’est la dernière présentation qu’elle anime, après quatre mois  où elle a accompagné son film qui est passé tant à Paris (en particulier au Cinéma de la Clé), que dans les villes de Rhône-Alpes comme à Toulon ou à Toulouse et environs.

Sans doute plus que dans des présentations antérieures, où elle avait fait appel à des spécialistes de l’histoire algérienne pour assurer le commentaire, ici où elle est seule, elle se confie pour la dernière séance de ce cycle qui s’achève. Si elle a « pisté » tous les acteurs de l’Algérie du début des années 1960 qui ont connu Yves, son père, tous n’ont pas répondu pareillement. L’ancien ministre des affaires étrangères qui dit n’avoir pas « vu passer » le dossier de demande de naturalisation d’Yves (cette naturalisation lui a été attribuée à titre posthume…). Beaucoup d’anciens amis algériens conviennent à demi-mot que la mort d’Yves n’a pas été un accident, dans cette ambiance que souligne Viviane: en Algérie « les services » (de sécurité de l’Armée…) sont considérés comme une puissance omniprésente et malfaisante, mais inévitable, consubstantielle à la société algérienne. Système qui renvoie au monde colonial dans lequel la violence était banale: un témoin nous dit que la torture a été apprise à la police algérienne par la police française, qui la tient à la fois des nazis allemands et des soviétiques…

Les questions posées par le public portent entre autre sur l’autogestion, solution essayée par Yves entre autres, au sein d’une petite équipe où l’on trouve l’historien Mohamed Harbi, pour assurer la gestion des « biens vacants » laissés par les pieds-noirs à leur départ: ces biens sont un capital immense, immeubles d’habitation individuelle ou collective, terres agricoles ou établissements d’industrie ou de commerce. Cette formule de socialisme libertaire récolte la double hostilité de ceux qui prônent une propriété de l’Etat sur ces biens et de ceux pour qui l’appropriation privée est la solution, au profit des mieux placés dans le jeu politique. L’auto-gestion souffre aussi d’un immense manque de cadres formés à la gestion tout court. Un moment soutenus par le président Ben Bella, les autogestionnaires perdent la partie avant même la destitution celui-ci, puis sont totalement marginalisés à partir de Boumedienne. Yves se reconvertit alors à son métier initial d’avocat, en défense de communautés paysannes dont les terres ou les eaux sont menacées. Cette activité, plus d’évidents contacts avec des opposants au régime de Boumedienne le rend indésirable.

Ce film montre une « Algérie du possible » qui est en même temps la passion gardée pour ce pays par la petite fille qui y est arrivée à 10 ans en 1963.