Quarante cinq chez Maryse et Jean Pierre : le pic-nic de Coup de soleil en Occitanie devient un concert de oud

 

nombreuse assemblée... pour nous reconnaitre

nombreuse assemblée… pour nous reconnaitre

Nous autres, de Coup de soleil en Occitanie, nous savons que chaque année un pic-nic nous réunit, organisé chez ceux d’une de nos trois capitales : en 2017 c’est le tour de Toulouse et c’est Jean-Pierre et Maryse qui nous accueillent dans leur vaste jardin des Pradettes. Comme d’habitude, grillades et boissons, mais aussi ce que chacun apporte en hors d’œuvres et desserts : tout ce qu’il faut et au-delà. Cette année une innovation : Lakhdar Hanoud, joueur de oud et conteur, est venu nous charmer. Est-ce lui qui a attiré un groupe aussi nombreux ? nous étions quarante-cinq… Occasion d’échanger avec de nouveaux venus, de retrouver nos liens anciens.

Marc, au nom des toulousains, a insisté sur nos buts fondamentaux : « Plutôt que de faire un récapitulatif de tout ce que notre association, Coup de Soleil, fait, à fait ou va faire, je préfère profiter de ces quelques instants d’attention que vous m’accordez pour lever la tête du guidon et essayer de retrouver le sens profond de notre action. Pourquoi diable militons-nous ? (Oui je sais le diable n’y est pour rien et je me demande bien ce qu’il fait là !) Dans mon cafouillis intérieur, je ne retrouve ni l’auteur ni les mots précis de la citation que je voulais mettre en avant.

Lakhdar lance sa musique

Lakhdar lance sa musique

Mais je sais qu’il s’agissait d’une manifestante marocaine qui protestait à propos de l’agression d’une jeune fille dans un bus au Maroc. Interrogée par la radio elle disait à peu près ceci : les deux principaux problèmes de notre pays c’est le manque d’éducation de nos jeunes qui sortent du système scolaire et traînent dans les rues et c’est l’abandon de la culture.

Culture et Éducation comme rempart contre la barbarie. Mais ne nous leurrons pas ! Il ne s’agit pas là que du Maroc mais d’un mouvement général qui mondialement privilégie l’économisme, la mondialisation des échanges, le culte du profit, la privatisation des biens de tout, l’individualisme, l’inégalité et tourne le dos aux valeurs de partage, de biens communs, d’émancipation, de solidarité. Dans ce mouvement un peu général l’éducation de tous n’est plus une priorité et les budgets pour la culture sont en diminution constante.

Nous sommes donc devant un monde qui change et qui tourne le dos à la Culture et à l’Éducation. Ce qui est devant nous ressemble beaucoup à de la barbarie. Qu’elle soit islamiste, raciste, nationaliste ou ultralibérale, tous ces replis sur soi et sur ses propres intérêts se construisent sur la peur et sur la haine de l’autre. Le combat de Coup de Soleil pour l’ouverture à l’autre, la compréhension, le partage par delà la Méditerranée peut sembler dérisoire face aux dangers qui nous menacent. Pourtant, nous continuerons à affirmer que, pour être libre, l’homme a besoin de la Culture et de l’Éducation. Alors nous pouvons tranquillement être fiers de nos actions, si minimes soient-elles. Défendre des livres ou des films, faire partager l’Histoire, soutenir des musiciens, affirmer notre espérance commune, c’est continuer coûte que coûte à défendre la Culture et l’Éducation. Merci à vous MARC ,président Coup de Soleil de Toulouse.

 Abdelilah nous a rappelé les actions autour du cinéma et les collaborations avec le lycée à Perpignan.

 

Sabah: lecture en musique

Sabah: lecture en musique

Michèle nous a fait le point sur le prix littéraire « coup de cœur » 2017 et sur le lancement de la nouvelle édition 2018 depuis Montpellier, mais aussi à Toulouse.

Lakhdar Hanoud, musicien hors pair et émérite d’origine algérienne, découvre le oud au fil des rencontres, notamment à travers les nombreux voyages qu’il entreprend au sud du bassin méditerranéen (Maghreb, Égypte, Syrie…) où il réalise un collectage de musiques. Dans l’idée de s’inspirer des grands maîtres luthistes et compositeurs du monde arabe — comme par exemple la rencontre avec Hâtif Abdelhamid (Maison de l’Opéra du Caire en Égypte), Khaled Jaranami (Conservatoire de Damas en Syrie), Mohammed Hervé Haris à Marseille, Samir Joubran — il affine ainsi la technique du oud et commence à centrer son propos. Il s’expérimente alors aux côtés de musiciens de divers horizons en intégrant différentes formations. Sans cesse inspiré par ce qu’il entend, avec Kafila, sa première création, il donne corps à un travail qu’il base avant tout sur l’expérience et la rencontre, sa véritable école. L’année 2015 est marquée par la sortie de l’album Ne Fût-ce qu’en Chine, de Lakhdar Hanou Ensemble. Le disque reçoit une belle reconnaissance en France et à l’étranger.

L’oud est un instrument de musique à cordes pincées très répandu dans les pays arabes, en Turquie, en Grèce, en Azerbaïdjan et en Arménie. Son nom vient de l’arabe al-oud (signifiant « le bois »). Luth à manche court, il a été l’objet d’ouvrages de référence des musicologues musulmans de l’époque médiévale. L’oud a comme points communs avec le luth le nombre de cordes et la forme de l’instrument, mais il n’a pas de barettes.

 Lakhdar nous a distribué plusieurs poèmes (traduits en français) pour que l’un(e) ou l’autre les lise au son de sa musique. D’autres récitants se sont joints à la fête, parfois en arabe : Abdelilah, Habib, notre conteuse libyenne venue de Carcassonne.

assemblée à l'écoute

assemblée à l’écoute

 Quand l’amour vous fait signe, suivez le.

Bien que ses voies soient dures et rudes.

Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui.

Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser.

Et quand il vous parle, croyez en lui.

Bien que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du nord dévaste vos jardins.

Car de même que l’amour vous couronne, il doit vous crucifier.

De même qu’il vous fait croître, il vous élague.

De même qu’il s’élève à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates qui frémissent au soleil,

Ainsi il descendra jusqu’à vos racines et secouera leur emprise à la terre.

Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en lui.

Il vous bat pour vous mettre à nu.

Il vous tamise pour vous libérer de votre écorce.

Il vous broie jusqu’à la blancheur.

Il vous pétrit jusqu’à vous rendre souple.

Et alors il vous expose à son feu sacré, afin que vous puissiez devenir le pain sacré du festin sacré de Dieu.

Toutes ces choses, l’amour l’accomplira sur vous afin que vous puissiez connaître les secrets de votre cœur, et par cette connaissance devenir une parcelle du cœur de la Vie.

Mais si, dans votre appréhension, vous ne cherchez que la paix de l’amour et le plaisir de l’amour.

Alors il vaut mieux couvrir votre nudité et quitter le champ où l’amour vous moissonne,

Pour le monde sans saisons où vous rirez, mais point de tous vos rires, et vous pleurerez, mais point de toutes vos larmes.

L’amour ne donne que de lui-même, et ne prend que de lui-même.

L’amour ne possède pas, ni ne veut être possédé.

Car l’amour suffit à l’amour.

Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire, « Dieu est dans mon cœur », mais plutôt, « Je suis dans le cœur de Dieu ».

Et ne pensez pas que vous pouvez infléchir le cours de l’amour car l’amour, s’il vous en trouve digne, dirige votre cours.

L’amour n’a d’autre désir que de s’accomplir.

Mais si vous aimez et que vos besoins doivent avoir des désirs, qu’ils soient ainsi :

Fondre et couler comme le ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.

Connaître la douleur de trop de tendresse.

Etre blessé par votre propre compréhension de l’amour ;

Et en saigner volontiers et dans la joie.

Se réveiller à l’aube avec un cœur prêt à s’envoler et rendre grâce pour une nouvelle journée d’amour ;

Se reposer au milieu du jour et méditer sur l’extase de l’amour ;

Retourner en sa demeure au crépuscule avec gratitude ;

Et alors s’endormir avec une prière pour le bien-aimé dans votre cœur et un chant de louanges sur vos lèvres.

 

au fond à droite, grillades

au fond à droite, grillades

traduction de la chanson de Khalil Gibran (dans cette chanson on sent clairement ces orientation fines souffies ; a3tini annay a’nnay en arabe c’est la flute …)
Donne- moi le nay et chante, car le chant est le secret de l’existence (de l’immortalité)
Et la mélodie du nay continuera à résonner même après la disparition de l’univers.
As- tu, comme moi, fait de la forêt ta maison, bien loin des palais,
Et suivi le cours des rivières et escaladé les rochers ?
T’es- tu baigné avec un parfum ?
As- tu respiré la lumière
Et bu, à l’aube, du vin dans des verres d’éther ?
Donne- moi le nay et chante car chanter est la meilleure des prières,
Et la mélodie du nay continuera à résonner même après la disparition de la vie.
T’est tu, comme moi, assis l’après – midi entre les cuvettes de raisin
Avec les grappes qui pendent comme des lustres d’or ?
T’es- tu endormi dans de l’herbe, et couvert de ciel
Indifférent à l’avenir, oublieux du passé ?
Donne moi le nay et chante, car le chant est la justice des cœur
Et la mélodie du nay continuera à résonner même après la disparition des péchés.
Donne- moi le nay et chante, et oublie et le maux et la cure,
Car les gens sont des lignes écrites,…. mais avec de l’eau…

 

Abdelilah récite

Abdelilah récite

DÉSEMPARE

 Qui plaidera pour moi auprès de celle

Dont les doigts sont teintés ?

Qui plaidera pour moi auprès de celle

Dont la langue est de miel ?

Elle est parmi les femmes bien formées,

Celle qui, de voiles, sont protégées

Des femmes pleines de grâce

Vierges préservées d’une grande beauté !

Pleines lunes parfaites

Au dessus des branches.

Elles se trouvent protégées

De toute imperfection.

Dans le jardin

De la demeure de mon corps,

Se trouve une colombe

Perchée sur une branche du bân,

Mourant de désir,

Se consumant d’amour,

Car ce qui l’a frappé

M’a également atteint.

Elle pleure un ami,

Elle blâme un temps

Qui lui a lancé sciemment

Les flèches qu’il m’a lancées.

Séparé d’un proche,

Étranger à sa demeure.

O mon temps

Contre mon temps !

Qui plaidera pour moi auprès de celui

Que mon tourment satisfait ?

D’aide, je ne trouve

Dans ce qu’il approuve.

 

banquet ou concert?

banquet ou concert?

Le poème de Babel/ Extraits (Adonis)

Babel est une blessure. De son sang jaillissent les pauvres. Babel est une misère – son sang engendre les poètes…

Parfois, Babel est l’avant, Babel est l’après, Babel est la face des vivants et des morts.

Babel nul ne la connait, nul ne l’ignore…

Babel nul ne s’en souvient, nul ne l’oublie.

Babel, te voici, voici tes pas

Babel nous sommes venu bâtir un autre royaume. Nous sommes venus déclaré

Que la poésie est certitude,

Que la transgression est l’ordre

 

Je ne dors pas pour rêver (mahmoud Darwich)

 Je ne dors pas pour rêver, m’écrit elle.

Je dors pour t’oublier. Qu’il est bon de dormir seule,

sans tumulte dans la soie.

éloigne toi que je te voie

solitaire, las bas, pensant à moi quand je t’oublie.

Rien ne me fait mal dans ton absence,

la nuit ne griffe pas ma poitrine, ni tes lèvres.

Je dors sur mon corps tout entier,

tout entier sans partage,

tes mains ne déchire pas ma robe et tes pas

ne martèle pas mon cœur comme une noisette

lorsque tu referme la porte.

rien ne me manque dans ton absence:

mes seins m’appartiennent. mon nombril.

mes taches de rousseur mes grains de beauté

et mes mains et mes jambes m’appartiennent.

tout en moi m’appartient

et pour toi, les images désirées,

prend-les donc pour meubler ton exil,

lève tes visions comme un dernier toast

et dis, si tu veut: Ton amour est trépas.

Quant à moi, j’écouterais mon corps

avec le calme d’un médecin: rien, rien

ne me fait mal dans l’absence

si ce n’est la solitude de l’univers!

 

Le plus beau des océans (Nazim Hikmet)

Le plus beau des océans est celui qu’on n’a pas encore traversé
Le plus beau des enfants
n’a pas encore grandi.
Les plus beaux de nos jours
sont ceux que nous n’avons pas encore vécus.
Et les plus beaux des poèmes que je veux te dire
sont ceux que je ne t’ai pas encore dits

Ils nous ont eus :
moi à l’intérieur des murs,
toi à l’extérieur.
Ce qui nous arrive n’est pas grave.
Le pire : c’est de porter en soi la prison
conscient ou inconscient.
La plupart des hommes en sont là,
des hommes honnêtes, laborieux et bons,
dignes d’être aimés comme je t’aime

 Comme le scorpion, mon frère,
Tu es comme le scorpion
Dans une nuit d’épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
Tu es comme le moineau
dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
tu es comme la moule
enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
comme la bouche d’un volcan éteint.
Et tu n’es pas un, hélas, tu n’es pas cinq,
tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
quand le bourreau habillé de ta peau
quand le bourreau lève son bâton
tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
Plus drôle que le poisson
qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s’il y a tant de misère sur terre
c’est grâce à toi, mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous sommes écorchés jusqu’au sang,
Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non,
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.