Votre fatwa… de Karima Bennoune

Nous avons participé à l’accueil de l’écrivaine algérienne Karima Bennoune autour de son livre :
« Votre fatwa ne s’applique pas ici – Histoires non dites de la lutte contre l’intégrisme »,
Samedi 26 mai de 18H00 à 19H30 : Librairie Ellipse, 
251 Route de Narbonne 31400 TOULOUSE
 
Dimanche 27 mai de 14H30 à 16H30 : La Chapelle – Atelier Idéal
36 rue Danielle Casanova
(Autour d’un thé à la menthe et de patisseries orientales)

à la librairie Ellipse, le 26 mai 2018

La chaleur de cette rencontre et la qualité des discussions nous ont marqués, merci à elle! Après tant de discours sur l’intégrisme religieux et son caractère inéluctable, un récit concret relatant les luttes quotidiennes et réussies des musulmans eux-mê

Le livre « Votre fatwa ne s’applique pas ici : Histoires non-dites de la lutte contre l’intégrisme »

de Karima Bennoune vient d’être traduit de l’anglais en français (Nov 2017, Editions du Temps Présent). Il est particulièrement d’actualité.

Ce livre est d’abord paru en anglais aux Etats Unis où il est un best seller et pour lequel elle a reçu un prix des droits humains en 2014 (le Dayton Literary Peace Prize), sous le titre Your Fatwa Does Not Apply Here: Untold Stories from the Fight Against Muslim Fundamentalism,

Pour l’écrire, elle a visité pendant 3 ans de nombreux pays majoritairement musulmans (ainsi que des exilés), sur tous les continents: Pakistan, Afghanistan, Algérie, Égypte, Tunisie, Iran, Mali, Tchétchénie…. et a donné la parole à ceux que l’on n’entend jamais dans les media occidentaux.

Karima Bennoune a grandi en Algérie, où son père, Mahfoud Bennoune, était un anthropologue réputé, menacé de mort à plusieurs reprises par les islamistes. Elle enseigne le droit international à l’Université de Californie – Davis. Karima Bennoune est également Rapporteur spécial auprès des Nations Unies pour les droits culturels depuis octobre 2015.

« J’ai voulu offrir une tribune à des gens qui n’en ont pas. »

Karima Bennoune y dresse le portrait de citoyennes et de citoyens qui, de l’intérieur même des pays ditsmusulmans, s’opposent aux fondamentalistes islamistes, et risquent leur vie pour dire haut et fort qu’ils n’acceptent pas la dictature d’extrême droite intégriste sur la liberté de pensée, les croyances, les moeurs, les comportements. Beaucoup sont des femmes, musulmanes ou athées, qui ont été surveillées, emprisonnées, agressées, réduites en esclavage, torturées, mutilées, assassinées.

Cet effort pour rendre compte d’une réalité complètement occultée par la grande presse internationale est, à ce jour, unique.

Hommage de Wole Soyinka, prix Nobel de littérature 1986 :

« Jamais, depuis l’apartheid, notre humanité n’a subi de telles pressions et n’a eu à relever des défis aussi intenses et persistants. L’histoire se répète. Encore une fois, une minorité d’assassins se prétend supérieure à tous les autres, s’arroge le pouvoir de dicter aux autres son mode de vie, décide qui pourra vivre et qui devra mourir, ou qui fera la loi et qui devra s’y soumettre. L’islam, la religion dans laquelle [les terroristes] se drapent, n’est qu’une couverture. Le vrai problème réside, comme toujours, dans le pouvoir et la soumission, avec ici comme instrument le terrorisme.

Regardons avec objectivité la vraie nature de la domination qu’ils cherchent à nous imposer, nous qui vivons prétendument dans des “lieux de vice et de débauche, d’impureté et de décadence”…. Leur modèle consiste donc à instaurer l’exclusion. Mais aussi l’irrationalité et les restrictions dans la vie quotidienne. Le mépris de la culture et du pluralisme. L’établissement d’un apartheid sexiste. La diabolisation de la différence. C’est le règne de la peur…. Réaffirmons notre refus, sur notre continent, que la religion soit établie comme une seconde nature humaine, indiquée sur nos documents d’identité, et de laquelle déprendrait notre nationalité, mais également le droit même d’exister sur la planète.(http://www.courrierdesafriques.net/2015/01/wole-soyinkavotrefatwa-ne-sappliquera-jamais-ici)

« On ne peut pas être théocratique et modéré à la fois »

[Karima Bennoune] s’insurge aussi contre le concept d’« islamisme modéré », appliqué aux groupes fondamentalistes qui ne professent pas la violence mais qui seraient des traditionalistes : « On ne peut pas être théocratique et modéré à la fois. C’est apparemment « modéré » de croire au gouvernement par la religion et de croire qu’il ne faut pas l’égalité pour les femmes. Et ces opposants s’appuient autant sur les traditions qu’ils sont en rupture totale

avec elles ». Ces « modérés » sont devenus des experts en double langage, extrémiste en arabe, plus policé en anglais ou en français. Alors lorsque les pays occidentaux les prennent pour alliés dans la lutte contre le terrorisme « c’est terrible pour tous ceux qui dans leurs pays s’efforcent de lutter contre les deux ».

« Mais, s’emporte-t-elle, comment n’ont-ils toujours pas compris que ces fondamentalistes sont l’extrême droite des pays musulmans ? »

(Extrait d’une interview dans La Croix)