Retour à Bollène, 11 juin 2018, cinéma American Cosmograph à Toulouse

 

 

Bollène… Une petite commune du Sud-Est de la France dont la mairie est, depuis 2008, dirigée par un parti d’extrême droite, la Ligue du Sud [une « dissidence » dure du Front National…]. Une ville sinistrée, quelques routes bordées de commerces, de zones pavillonnaires et de cités : une sorte de no man’s land de la cohésion sociale. C’est ici qu’a grandi Nassim, c’est le poids de cet endroit qu’il a fui pour se construire ailleurs et vers lequel il revient aujourd’hui, après des années d’absence. Nassim a quitté Bollène – et la France – et vit désormais à Abu Dhabi avec sa fiancée américaine. Professionnellement, il a réussi et c’est donc avec une certaine assurance qu’il s’apprête à retrouver sa famille. Son arrogance se heurte pourtant à l’incompréhension des siens qui n’ont jamais accepté ni son éloignement ni son silence et qui tolèrent encore moins qu’il ne veuille toujours pas revoir son père avec lequel Nassim est durablement brouillé. Ces quelques jours à Bollène vont l’obliger à se confronter de nouveau à ce passé honteux qu’il essaie depuis de masquer sous le vernis de sa réussite…

Pour sa première réalisation, Saïd Hamich choisit d’extrapoler un épisode de sa vie : « J’ai moi-même vécu à Bollène quelques années à l’époque du lycée, et je voulais peut-être garder une trace de cette ville, de ce que j’y ai ressenti, moi qui suis né à Fès et ai grandi au Maroc. »

« Surtout, je souhaitais proposer un autre regard sur la banlieue, qui est presque toujours présentée de manière surdramatisée comme un réceptacle à violence, à voitures brûlées. Pour moi, au contraire, on y souffre parce qu’il ne s’y passe rien, continue le cinéaste. Et l’on refuse, en France, de voir les blessures des minorités. Le véritable enjeu c’est celui de l’identité : beaucoup de jeunes que j’y ai croisés ne se sentent pas Français. D’un côté ils fantasment le pays de leurs parents, qu’ils ne connaissent pas, de l’autre ils ont le sentiment que le pays où ils vivent les rejette… » (extrait des paroles de l’auteur recueillies par Jeune Afrique)

De là viennent sans doute la justesse de son regard et la finesse de son écriture, ainsi que sa manière de filmer cette ville comme un personnage à part entière. Aussi riche en questionnements qu’il est sobre dans sa mise en scène, Retour à Bollène est un témoignage lucide et touchant, évoquant avec subtilité la décomposition d’une ville et l’incommunicabilité des êtres… [commentaire des deux salles qui projettent le film en région toulousaine…]

Comme spectateurs, nous avons discuté à la sortie : ce film court, pour les uns aurait dû se développer pour une fin qui manque, pour les autres la fin qui nous est donnée aurait au contraire dû être supprimée ! Et un consensus: justesse de ton de tous les personnages… Une remarque annexe : les banlieues des immigrés ne sont pas un monde unique, mais des mondes qui ont des histoires différentes : les harkis ou les travailleurs du bâtiment des années 1960 ne sont pas les ouvriers agricoles des années 1990. Un bon exemple, pas très loin de Bollène, dans Jean Pierre Le Goff http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1398