Asma N° 2

 

Notre travail sur la revue ASMA a permis de récupérer cinq numéros, qui forment un ensemble :

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/21/asma-n-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-3-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-4/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/?s=asma

Ce sont donc les cinq numéros disponibles (en trouverons-nous d’autres ? qui sait…) que nous vous livrons peu à peu. Le travail de récupération « en saisie de texte » a été réalisé par Marc. N’oubliez pas que tout texte récupéré contient des coquilles et signalez-les nous. Notre « édition » est partielle : récupérer tous les textes dans leur mise en page d’origine serait hors de notre portée. Comme en 2019, le combat pour la démocratie s’attaquait bien sûr aux politiques, mais aussi, clairement, au Code de la famille qui lamine l’égalité femmes/ hommes. Dans ce second numéro de Asma on trouve des titres prémonitoires : « marre de vos petites querelles » en parlant des groupes démocratiques ; impact mutuel de l’Algérie et du Maroc, etc… et n’oubliez pas de relire le n°1http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

DÉCEMBRE 1995 N°2

LEZZAYER ALGÉRIE

TUGDUT DÉMOCRATIE

TAMSETLA SOLIDARITÉ

SOMMAIRE

D’Algérie, une « Roumia » dans les Aurès : Cri d’espoir… ou de désespoir

Opinions

Les choses sérieuses commencent : Rupture ou continuité ?

Partout les Algériens se sont déterminés

ET MAINTENANT

UN DIMANCHE COMME LES AUTRES

Une « roumia » et ses chocolats ETRE JOURNALISTE FRANÇAISE EN ALGÉRIE
27 octobre 1995 à Ouled Moussa, un petit village agrippé à la pente caillouteuse à 1200 mètres d’altitude, en plein cœur des Aurès. Le 1-novembre 1954, la guerre d’indépendance a éclaté là, avec les hommes de Mostepha Ben Boulaid.

Autour et dans le village, en patrouille tranquille, les gardes communaux ou patriotes. Un vieil homme prend le soleil du matin, allongé devant sa maison. La porte s’ouvre sur une minuscule cour intérieure desservant trois pièces aux ouvertures étroites et basses. Enfants et jeunes femmes s’égayent. La vieille fait front. Salima traduit du chaoui au français et la discussion s’engage, timide de leur côté, gênée du mien. La vieille raconte la guerre. Mots simples, crus, rudes. Horreur, tortures, résistance. Les enfants écoutent. Un garçon d’une dizaine d’années, bloc de silence, ne me quitte pas des yeux. Dans ses yeux passe une petite fille tombée en 1956 dans cette région sous les balles d’un tireur d’élite français pour 500 Francs et une boîte de ration (2).

Mais le café est chaud. Les filles cassent les noix avec des pierres sur le sol en terre battue. Les pommes, acides, aiguillonnent les gencives… et on se surprend à rire ensemble et à se prendre par la main.

Et puis, une attitude qui depuis ce jour me taraude l’esprit. Moi, distribuant du chocolat aux enfants avant de reprendre la route, images tournées et carnets de notes noircis. Saurais-je jamais ce qu’ont perçu ces enfants ? Une roumia avec ses chocolats, une voleuse d’images et de paroles ou la possible courroie de transmission de leur réalité.

Il est peut-être encore plus difficile en Algérie qu’ailleurs de trouver l’honnête façon d’être journaliste. Dans ce pays deux problèmes se superposent : la déontologie journalistique et les relations, humaines et professionnelles, avec un pays du tiers-monde, ancienne colonie française. La presse n’a plus ni le temps ni la volonté de faire son travail de recherche et d’investigation. Nous sommes à l’heure des informations qui doivent précéder l’actualité, même s’il faut pour cela la fabriquer. En ce qui concerne l’Algérie, la majorité des intellectuels français et une grande partie de la presse ont depuis longtemps pris l’habitude de décider à sa place de son devenir. Et si les journaux français n’arrivent pas en Algérie, les chaînes françaises sont, elles, largement diffusées. La population algérienne a donc, elle aussi, pris l’habitude de voir ses voisins d’en face expliquer à sa place ce qui serait bon pour elle. Cette population vérifie donc chaque jour que la colonie ce n’est pas encore fini.

Voilà pourquoi mes chocolats pèsent lourd. Voilà pourquoi je me tais souvent et me contente de glaner des paroles et des images pour les restituer les plus brutes possible et avec le minimum d’intervention de ma part. Nous ne pouvons plus jouer à être les acteurs d’une pièce qui n’est plus la nôtre. Nous ne pouvons que travailler à renouer des relations humaines et intellectuelles adultes d’égal à égal avec la population algérienne qui n’est plus notre petite sœur. Nous n’avons aucun droit sur elle, nous n’avons rien à lui imposer, ni au travers de la presse, ni au travers des 0.N.G., ni au travers de partis politiques.

MARIE-ANGE POYET, décembre 1995

 

(1) Nom donné aux françaises (masculin : Roumi). Référence, dépourvue d’inimitié, faite aux romains, présents en Algérie pendant sept siècles.)
(2) Lire  » La mort d’une petite fille  » de Noël Pavrelière dans Les crimes de l’armée française, textes rassemblés par Pierre Vidal-Naquet, petite collection Maspero, Maspero, Paris, 1975.

Cri…d’espoir…ou de désespoir

Ce soir je ne sais ce qui se passe en moi. Mon esprit bouillonne. Il remet tout en cause, il tourne et tourne. C’est le vertige, le néant. Mais que faire ?

Mais qu’ai-je donc fait, moi, petit être humain, pour me retrouver dans cette situation sans choix aucun, oui, sans choix aucun, car un camp s’est imposé à moi, mais comment aurais-je pu choisir entre ta mort qu’on m’a prescrite et la soi-disant démocratie ? Je ne savais pas ce que c’était une pseudo-démocratie. Jusqu’à ces derniers jours.

Je n’arrive pas à me convaincre sur la démocratie. Mon camp étant choisi, je sais que je risque la mort à chaque instant, mais cela devient de plus en plus sans importance et secondaire par rapport aux déceptions que je subis de jour en jour, et ce soir, je n’en peux plus. Je ne peux plus me supporter ou plutôt je ne peux plus me supporter ce soir. C’est la première fois que je me demande si cela vaut la peine de donner sa vie en ce moment. Ce soir, je n’arrive pas à me convaincre et même pas à me mentir sur la démocratie…

Cependant, je suis sûre que le fascisme et l’intégrisme sont en agonie, et je ne suis pas sûre que la démocratie vaincra, parce que je commence à me poser des questions quand à ceux qui sont censés la représenter. Ce soir j’ai l’intime conviction que ni l’intégrisme religieux (fascisme), ni la démocratie ne vaincront. Mon pays adoré, mon pays pour lequel je suis prêt à donner le plus cher de moi-même, ma vie, Algérie, ce soir laisse-moi pleurer sur ton sort, mon amour, permet moi de te faire une confidence. Mais tu peux ne pas me croire. Ne pas faire confiance à ceux qui sont en train de tuer, d’égorger, de décapiter le meilleur de tes enfants, mais fais aussi attention à ceux qui veulent briser tes chaînes, ne leur fais pas une confiance aveugle comme je l’ai fait, s’il te plaît, fais-leur savoir qu’ils ne sont pas tes seuls enfants parce qu’ils ont su te déclarer leur amour. Dis-leur que l’amour de ceux qui ne te déclarent pas de la même manière qu’eux est aussi important pour toi.

Mon pays, demande aux démocrates… Demande-leur de rompre leur cercle autour de toi pour donner l’occasion aux autres de prendre part à la rupture des chaînes. Mais surtout, je t’en prie, impose-leur de ne pas refermer leurs cercles sur les mains qui se rejoindraient aux leurs et de ne pas exclure celles qui n’ont pas les mêmes caractéristiques que les leurs. Fais-leur comprendre aussi que plus le nombre de cercles autour de toi grandira et plus tes chaînes se briseront vite et qu’un seul cercle ou un nombre réduit n’arriveront pas à t’en sortir. Ils s’essouffleront bien avant.

Mes amis « démocrates » permettez-moi de vous dire mon désarroi et ma déception en votre contact. Bien sûr, après les discussions sur les tueries et les actes horribles, vous n’oubliez jamais de critiquer et de démolir les autres, ceux qui sont censé être du même bord que vous, ceux qui ont aussi peur que vous, ceux qui sont menacés comme vous, et tout cela par ce qu’ils ne sont pas du même parti ou de la même association que vous, je ne comprends vraiment pas, peut-être le pouvez vous ?
Salima D. Alger.

 

Démocrates, qu’attendez-vous pour vous unir?

Donner sa perception des élections présidentielles qui se sont déroulées en Algérie paraît facile, mais face au papier et au stylo, ce qui était assurance se transforme en questionnement.

Jamais la population n’a vu un tel déploiement des forces de sécurité que pendant la période de la campagne électorale et le jour des élections. Cela explique en partie le nombre des votants. L’autre explication est la transgression de la peur et le désir de voir changer la situation. 75% de votants est un chiffre énorme, qui n’est même plus atteint dans des pays où la paix règne. Si l’on écoutait certains spécialistes de la psychologie humaine, ces 75% auraient eu un comportement suicidaire, puisqu’ils ont choisi de ne pas suivre le mot d’ordre des intégristes terroristes et de leurs alliés tout en sachant de quoi ces derniers sont capables. Les spécialistes de la politique quant à eux soutiennent que cette sortie massive exprime le ras le bol de la population et la recherche d’une paix à n’importe quel prix.

Un non à l’intégrisme Nous disons que ce vote massif exprime surtout une abnégation de soi face au danger futur qui guette nos enfants et notre pays. Un boycott important, qui serait allé dans le sens des mots d’ordre lancés par les signataires de la plate-forme de Sant’ Egidio à Rome (F.I.S., F.L.N., F.F.S.***), aurait signifié la volonté de la recherche de la paix à tout prix. A l’inverse, cette sortie massive pour aller aux urnes est un cri du peuple disant non au terrorisme, à l’intégrisme et à leurs alliés. (Notons au passage que bon nombre de nos amis de la base du F.F.S. ont voté, contrairement à la position de leur propre parti). Que dire concrètement des résultats chiffrés ? Il est clair que les programmes des quatre candidats répondaient en fait à deux projets de société : l’un islamiste, avec deux tendances (celle « modérée » du Parti du Renouveau Algérien de Noureddine Boukrouh, et celle  » dure  » du Hamas dont le candidat était Mahfoud Nahnah), l’autre républicain avec deux tendances également (celle du démocrate Saïd Saadi du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, et celle du chef de l’état Liamine Zéroual). Le projet républicain s’en est sorti globalement avec 70% des suffrages et l’islamiste avec 30%.

En tant que républicaines, devons-nous être satisfaites ou non de ce résultat ? En temps normal probablement oui.

République et démocratie ne sont pas synonymes…  Mais dans la conjoncture actuelle en Algérie, nous avons beaucoup plus peur pour l’avenir. Dans notre pays les politiciens et ceux qui tiennent le pouvoir ont tellement vidé les termes les plus nobles de leur sens en les galvaudant en toutes circonstances qu’aujourd’hui on se demande quel sera le devenir du terme « République » (j’évite ici le mot « démocratie », par souci de le préserver, car pour nous ce terme est le résultat d’une démarche et d’une culture que nous n’avons pas encore acquises).

Deux étapes décisives nous indiqueront quel sera le chemin suivi :

– La réponse donnée à la population face à ses exigences de rupture, et la définition de cette rupture qu’en donneront le pouvoir et le président élu.
– Les résultats des futures législatives. Si, en effet, la population a voté aujourd’hui pour un programme dans sa globalité, il ne faut pas oublier qu’elle a aussi voté pour «l’homme ». Qu’en sera-t-il demain aux législatives ? Quels hommes vont incarner le projet du président élu, quand on sait que les opportunistes du F.L.N. ont soutenu ce parti jusqu’en 1988, puis sont passés au FIS jusqu’en 91-92, puis sont devenus Hamas jusqu’en 1995 et qu’aujourd’hui ils sont prêts à se transformer en parti de Zeroual ? Par ailleurs, les 30% qui ont voté pour les deux projets islamistes (celui du Hamas, dont le candidat était M. Nahnah, et celui du P.R.A., avec N. Boukrouh) demeurent un chiffre effrayant qui pourrait augmenter au moindre faux pas ou à la première erreur du président élu et des démocrates, ces démocrates dont on parle tant mais qui ignorent ou font semblant d’ignorer les aspirations de leur base à un pôle démocratique.

Marre de vos petites querelles  Mais qu’est-ce que vous attendez pour vous unir sur ce qui vous rassemble ? Ne croyez-vous pas que la base en a marre de vos mésententes, et de vos petites querelles partisanes ou individuelles ? Que faut-il faire aujourd’hui pour demain ? Telle est la seule question que l’on se pose. Le camp des démocrates étant divisé, l’utilitarisme prime sur d’autres considérations. D’où le vote utile pour Zéroual.

Mais jusqu’à quand ? Le pouvoir qui succède au pouvoir devient pour nous une phrase vide de sens face au spectre de l’islamisme.

Salima D.

Les choses sérieuses commencent

Nous publions ci-dessous des extraits d’un article du journaliste algérien Areski Metref, compagnon et co-fondateur avec Tahar Djaout de l’hebdomadaire Ruptures, paru dans Politis du 23 novembre 1995.

L’enjeu, les enjeux, de l’élection présidentielle, (…) résident , moins dans le nom du vainqueur, (…)que dans le taux de participation, en particulier celui des femmes qui, contrairement à 1991, ont voté pour elles-mêmes, effectuant leur propre choix, accompli d’autorité pour elles, lors des législatives, par leur époux, fils, frères ou pères. (…)Jamais, autant qu’aujourd’hui, l’acte de voter n’a été ressenti comme un devoir. (…)Ils ont désormais compris qu’aller à la pêche, c’est aussi, dans certaines conditions, aller au chaos. L’autre enjeu, indirect, c’est le Fis, sa place dans le jeu politique. Sa victoire aux législatives, puis l’interruption du processus électoral suivi de sa dissolution en a fait, pendant trois ans (avec l’aide ardente d’analystes prompts à transposer la réalité française – structurée – sur la complexe sociologie électorale algérienne – versatile et mouvante) une sorte de parti « sacré », dépositaire immanent de la volonté populaire, détenteur de clés (du paradis) de la démocratie.

(…)C’est autour de ce mythe coriace que s’est organisée « l’opposition représentative » qui a réuni, à Rome, autour du clou qu’est le FIS, des forces politiques qui croyaient s’attribuer une prime de popularité, de représentativité populaire, par une alliance avec « le parti de Dieu et du peuple ».

(…)L’échec de leur appel au boycott relativise, pour le moins, leur prégnance, surdimensionnée, sur la société algérienne. (…) Il ne fait néanmoins pas de doute que le taux impressionnant de participation des Algériens au scrutin s’explique davantage par le fait qu’ils ont été interpellés dans leur sentiment patriotique (sauver la patrie du chaos qui la guette) que dans leur sens de la citoyenneté (construire une démocratie.) Une démocratie ne se construit pas en un jour et pas en laissant sur le bas côté des forces politiques qui, sans avoir le poids qu’elles s’attribuent, pèsent tout de même dans une Algérie multiple et contradictoire. Si l’on veut enterrer cette haine qui est à l’origine de tant de malheurs, le succès de ce scrutin ne doit pas être le motif à exclure davantage les partis de la coalition romaine d’un jeu politique dans lequel personne ne peut leur contester leur place.

L’opposition, toute l’opposition, doit négocier avec le pouvoir la tenue d’élections législatives dans un délai raisonnable. Elle doit réintégrer la compétition politique seule à même de montrer jusqu’où le pouvoir de Zeroual est prêt à aller dans la mise des conditions d’un retour à la normale par l’isolement des groupes armés qui enlèvera sa raison d’être à la répression…

A.M.

DANS LA PRESSE ALGÉRIENNE
reprise de Alger International Info du 18-19/11/95)

« Rien ne sera comme avant »

Après l’élection de M. Liamine Zeroual à la présidence de la République, trois quotidiens algériens ont publié une édition spéciale le vendredi (lendemain du scrutin et jour férié en Algérie).
El Moujahid écrit : « Hier, les tenants de la violence, les magouilleurs, les assassins du GIA ont définitivement perdu. Les terroristes ne font plus peur. Le citoyen, où qu’il se trouve dans le pays (..) a montré par sa volonté farouche à travers la menace des groupes terroristes sanguinaires qu’ils disposent d’une arme plus forte que la «mahchoucha » (NDLR : fusil de chasse à canon scié) ou le « Klach ». Cette arme décisive s’appelle bulletin de vote. Cette arme sert la paix et la démocratie et participe au redressement du pays.

Liberté analyse : « Bien plus que cela, ce scrutin est à considérer comme un signe important, celui de l’éradication politique de l’intégrisme, mais aussi un désaveu cuisant des signataires du Contrat de Rome dont l’appel au boycott n’a pas été suivi. La forte participation a enlevé tout argument politique à l’opposition armée ainsi qu’aux principaux mouvements de l’opposition politique ligués sous la bannière de l’alliance forgée par la plate-forme de Rome de janvier dernier. En votant, l’Algérie a inévitablement la conviction que son geste est porteur de paix et de stabilité après quatre années de guerre injuste et atroce contre le citoyen. C’est peut-être le début d’une nouvelle ère. Un signe que rien ne sera comme avant. La couverture du terrorisme est désormais levée. Sous quelle bannière osera-t-on s’attaquer maintenant aux institutions de l’Etat, aux intellectuels, aux agents de l’ordre, bref aux simples citoyens. Les urnes ont tranché. Liamine Zeroual est président de la République après avoir lui-même dirigé deux années de transition.»
EL Chaab (quotidien arabophone) estime qu’à travers « la leçon, pleine de civisme, de démocratie et de nationalisme, administrée par le peuple aux observateurs de ces élections de par le monde, le peuple a donné une leçon à ces partis politiques qualifiés généralement de poids lourds et qui ont rejeté ces élections en appelant à leur boycottage. »

DANS LA PRESSE MAROCAINE

Voici le point de vue de trois journaux marocains d’opposition : Al Ittihad AL Ichtiraki (en arabe) et Libération (en français), tous deux quotidiens de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) et Anoual (en arabe), quotidien de l’Organisation de l’Action Démocratique et Populaire (OADP).

Le 17 novembre, le Maroc célèbre l’anniversaire du retour du roi Mohammed V de l’exil en 1955 et la proclamation de l’Indépendance. Malgré cette date, les journaux consacrent leur une à l’élection présidentielle en Algérie. Al Ittihadinsiste sur la « forte participation à l’occasion de l’élection présidentielle. » Le quotidien, tout en analysant les positions des différents partis et en rappelant « les quatre années de violence politique et les milliers de victimes », termine son article en disant que « le soleil de ce vendredi brillera sur une saison nouvelle du processus politique algérien. »

Libérationest plus volontaire. En première page : « Massivement et du fond du gouffre de la violence, les Algériens se sont accrochés aux urnes. » Et, à côté d’une photo montrant un électeur s’acquittant de son devoir de citoyen, commente: « Ils ont gagné…» Le quotidien insiste sur le fait que les Algériens « étaient appelés à choisir leur président, parmi quatre candidats, pour la première fois depuis l’indépendance en 1962 » ».

Pourquoi cette élection ? « C’est pour l’Algérie et pour tenter de fermer la trop longue parenthèse de violence que les Algériens se dirigent vers les urnes. »

Les numéros du 18 et 19 novembre 1995 d’Al Ittihad reprennent les déclarations des différents candidats ainsi que celles de leaders comme Hocine Ait Ahmed pour qui «l’élection s’est déroulée pendant un état de siège». Le journal reprend également l’inquiétude de « certains commentateurs [qui] craignent qu’il n’y ait pas de fin rapide à la crise politique et économique du pays. »

Al Ittihad, du 21 novembre 1995, à la une, rapporte les points de vue des trois fronts, FFS, FIS et FLN, qui avaient appelé à boycotter l’élection : « Le dialogue véritable est la revendication des forces de l’opposition pour sortir le pays du cycle de la violence. » Mais, dans un billet signé Abou Faris, l’accent est mis sur « le nouveau visage de l’Algérie qui contraste avec celui, triste, des nouvelles années de braise qui ont provoqué la mort de plus de quarante cinq mille Algériens. Il s’agit du visage de l’Algérie mûre, forte de ses espoirs, de ses rêves et de son peuple, qui garde encore profonde la capacité de résister et de réaliser les choix difficiles, même dans les moments les plus durs. » L’expérience algérienne est ensuite replacée dans le contexte arabe et par rapport au problème de la démocratie. « Les résultats de l’élection, écrit l’éditorialiste marocain, sont une bonne surprise pour le Monde arabe actuel, où les Arabes n’ont goûté qu’un seul plat électoral, celui des quatre vingt dix neuf pour cent »