Sondage sur la « coopération » : Jean Boudou, en Algérie 1968-1975)

Le livre de Francis Pornon, En Algérie sur les pas de Jean Boudou, carnet de voyage, Editions Vent Terral (81340, France), 2011 et Editions Lazhari Labter (Alger) 2010, mérite de se plonger dans ce que furent deux décennies d’une incessantes action culturelle menée par les « coopérants ». N’oublions pas que la coopération de ceux qu’on a appelé « pieds rouges » en 1962 a massivement amplifié une scolarisation coloniale longtemps très limitée, mais déjà fortement accélérée à partir de 1945 et surtout de 1954. N’oublions pas non plus que l’arabisation officielle de l’enseignement algérien n’a pas mis fin à l’enseignement du français à tous les niveaux, certes de plus en plus au profit des couches sociales favorisées et pour maintenir le fonctionnement d’administrations stratégiques (armée, économie) et des secteurs techniques et scientifiques prioritaires. Les milliers de coopérants qui ont œuvré au Maghreb sont les témoins irremplaçables d’une histoire partagée entre les deux rives de la Méditerranée. De cette histoire, on ne connaît encore guère que la petite pointe émergée de ceux qui ont été « aux affaires » dans les grandes villes. En particulier par un livre collectif Le temps de la coopération, sciences sociales et décolonisation au Maghreb, sous la direction de Jean-Robert Henry et Jean-Claude Vatin, en collaboration avec Sébastien Denis et Françoise Siino, Karthala/ IREMAM, 2012, 405 p. http://alger-mexico-tunis.fr/?p=565  , mais aussi par l’ouvrage pionnier antérieur de Catherine Simon Algérie, les années pieds-rouges, des rêves de l’indépendance au désenchantement (1962-1969), Paris, La Découverte, 2009,http://coupdesoleil.net/blog/catherine-simon-algerie-les-annees-pieds-rouges/

Francis Pornon, qui se sent proches des militants occitans auxquels Jean Boudou a appartenu, aurait pu connaître celui-ci quand lui-même enseignait la philosophie pendant  trois ans au lycée de Bejaia (Bougie) en 1968-71, jusqu’à ce que des manifestations étudiantes dans cette ville rendent les autorités méfiantes envers les coopérants, renvoyés. Son homoogue, dont il suit les pas, s’est installé en Algérie bien plus longtemps, jusqu’à sa mort, enseignant l’agriculture au collège d’une petite ville, en bordure de la Kabylie et tout près d’Alger : Larbatache est une commune de la wilaya de Boumerdès, peuplée de 19000 habitants. Denise Brahimi nous dit « Pour [Francis] Pornon, c’est l’occasion de rappeler le double signe sous lequel on peut situer l’Arbatache au moment où il écrit, car ce fut à la fois, dans les années post-indépendance, un des hauts lieux de la révolution agraire, beaucoup cité et visité à ce titre, et d’autre part, pendant la décennie noire, un endroit où les ravages exercés par le terrorisme se sont montrés particulièrement virulents (https://www.huffpostmaghreb.com/denise-brahimi/larbatache-senac-et-la-po_b_16225464.html)

De la révolution agraire, de l’enseignement agricole à Larbatache, rien n’est remémoré sur les sites web qui citent cette commune, clairement prise dans l’expansion de l’agglomération algéroise si l’on en croit les ventes de terrains proposées. Quand Pornon y est allé chercher les traces de Boudou voici une dizaine d’années, le souvenir des vignes, la réalité des oliviers laissaient déjà place aux friches dans le paysage. Ce fut en somme pour l’auteur autant l’occasion de retrouver ses anciens amis des années 1970 à Alger, que de découvrir  cette Kabylie presque banlieusarde de Larbatache. Rappelons que sur cette révolution agraire si mal connue, nous en savons un peu plus grâce au film de Viviane Candas http://coupdesoleil.net/blog/algerie-du-possible-film-de-viviane-candas/