Algérie aujourd’hui: avec les Amis d’Averroès 18 avril 2019

Table ronde à l’Espace diversité Rue d’Aubusson, à 19h le 18 avril 2019

« L’Algérie entre souveraineté populaire et légalité constitutionnelle »

Réunion à Toulouse le 18 avril 2019, organisée par Les amis d’Averroès et l’Association  des Pieds-noirs progressistes, avec :

 

Malika

Saïd

Malika Remaoun, fondatrice de  AFECEP http://afepec.org(venue d’Oran)

Saïd Kateb, sociologue (venu d’Oran)

Youcef Aït Tahar, journaliste.

Dans la salle faite pour 60 chaises, on a casé une centaine de personnes. Très large majorité d’ « Algériens », dont la plupart sont devenus des toulousains de vieille date, plus de vieux que de jeunes (dont une seule femme porte un strict foulard…). Chaleureuse ambiance bruyante : beaucoup se connaissent et je reconnais quelques visages, certains me saluent. Ambiance de vieux militants heureux de se retrouver.  Pour certains jeunes on sentait une rupture générationnelle par rapport au discours de certains intervenants.

Youcef, à partir de sa page facebook projetée sur l’écran, nous reproduit l’ambiance des manifs à Oran. Saïd, dont le discours est celui d’un politique intransigeant, nous restitue les slogans de ces manifs : il commence en citant les mots français, continue en arabe (dans la salle, des Algériens lui demandent de traduire…). Malika, en phrases précises, décrit comment son association travaille obstinément depuis mars 1989 à sensibiliser à l’exigence de l’égalité pour la citoyenneté. Elle et « ses copines » forment au sein des manifs un « carré féministe », qui incorpore sous ses banderoles de plus en plus… d’hommes jeunes. De temps en temps on essaie de dialoguer avec un étudiant oranais par Skype, mais la ligne coupe chaque fois qu’on l’a attrapée…

Nous qui suivons les événements algériens, jour après jour, dans la presse française, découvrons des « détails » au delà de ce que nous savons déjà. On nous confirme que le « peuple algérien » est très jeune et éduqué, même si les vieux manifestent aussi, que ce peuple a appris la contestation dans les stades de foot, que le « système » est un bloc qui se fissure depuis la candidature de Boutef à un cinquième mandat, que ce système maffieux dont la prospérité dépend des pétrodollars pénètre toute la société, partis, associations incluses. Mais les détails nous apprennent beaucoup ce soir.

Si l’on sait que le président du Conseil constitutionnel a démissionné en début de semaine, c’est ce soir que le secrétaire général du syndicat l’a fait à son tour.  Autres nouvelles : des maires (Cherchell, Bejaia) proclament leur refus d’organiser les présidentielles du 8 juillet prochain. On apprend que les jeunes d’Oran ne demandent qu’à discuter avec les groupes de militants, mais pas dans une salle : dans la rue, parce que la toute récente conquête de l’espace public est essentielle, où l’on manifeste en famille, femmes et hommes ensembles. Nos trois intervenants soulignent que le combat sera long, pour se débarrasser de la « culture FLN » qui règne dans les têtes, pour rendre naturelle l’idée d’autonomie, pour faire travailler ensemble des associations souvent très petites afin de constituer une plate-forme cohérente.

Deux dossiers fondamentaux font débat : si l’arméeest la seule institution qui « tient », elle est à la fois un haut commandement très fortement lié au « système », un symbole de l’union de la nation, un corps d’officiers compétents qui n’ont jamais combattu et dont on ignore quelles fractures le divise. Le principe d’une refondation de la Républiquealgérienne doit affirmer « la liberté », mais quelques uns pensent dans la salle qu’il ne faut pas briser l’unanimité, alors que nos trois intervenants, comme la grande majorité du public, considèrent que la liberté n’a de sens qu’avec la séparation du religieux et du politique, qui seule garantira l’égalité femmes/ hommes. La méfiance est grande envers les islamistes  modernistes qui revendiquent leur forme de liberté, pour tout le monde, donc ceux qui prônent la charia.

Sur « l’international », des interprétations variées : l’importance des solidarités et des « influences » mutuelles avec d’autres peuples, dont les français semblent en première ligne, mais aussi les craintes devant le poids des « grandes » puissances, USA bien sûr, mais aussi pétromonarchies orientales, Iran, on parle peu de Chine et de Russie… et un peu plus de France. (Coup de soleil Toulouse: Claude et Yasmina)

Rappelons que, à propos des événements du Mzab, voici quatre ans, nous avions eu droit à une plongée dans la vie politique algérienne dont il faut se souvenir… http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/10/13/3e-journees-franco-algeriennes-de-toulouse/