Colette Zytnicki, Mémoires algériennes, deux rencontres (Ombre blanche 18 mai, Pizzeria Belfort 7 juin 2019)

Deux livres présentés par leur auteure… Colette Zytnicki,

Un village à l’heure coloniale

Belin

À 16 h : Conférence de Colette Zytnicki autour de 1962. Fin de guerre et arrivée des Pieds-Noirs, son ouvrage paru aux éditions Midi-Pyrénéennes dans la collection « Cette année-là… à Toulouse ».
À 17 h : Rencontre avec Colette Zytnicki autour son ouvrage Un village à l’heure coloniale. Draria, 1830-1962, qui vient de paraître aux éditions Belin.

Colette Zytnicki est professeur émérite à l’université Toulouse Jean-Jaurès/Laboratoire FRAMESPA. Spécialiste du Maghreb colonial, elle a notamment publié L’histoire des Juifs au Maghreb (PUPS, 2011) et L’Algérie, terre de tourisme (Vendémairie, 2016).

https://www.ombres-blanches.fr/les-rencontres/rencontre/event/colette-zytnicki/un-village-a-lheure-coloniale/9782410003567/5/2019//livre///9782410003567.html

Nous avons reçu l’auteur le 7 juin pour reparler de ses livres, aperçus à Ombre Blanche… Notre commentaire s’est donc enrichi en trois semaines!

A la librairie Ombres blanches, le 18 mai 2019, Colette Zytnicki présente deux livres sur les « pieds noirs » algériens. Ils font suite à des ouvrages édités dans les cercles universitaires : Histoire des juifs du Maghreb(2011) et L’Algérie terre de tourisme(2016). En cette année 2019 coup sur coup : 1962, fin de guerre et arrivée des Pieds-noirs… à Toulouse, dans une collection de mini-livres « cette année là à Toulouse », Editions midi-pyrénées, 47 p. (on peut lire dans la même collection : 1871 La Commune, 1939 La retirada, 1942 Mgr Saliège). Nous rencontrons l’éditeur de cette collection, Didier Foucault, qui annonce comment cette collection va se fédérer avec d’autres régions. Le petit ouvrage « 1962 » est très vivant; son dernier chapitre (Loin, bien loin de l’Algérie) est un véritable guide de la vie « pied-noire » en région toulousaine… qui n’oublie pas nous autres des Pieds noirs progressistes et les gens de Coup de soleil ! Un « traçeur » de ces souvenirs actuellement : dans quelles boulangeries trouve-t-on à Pâques des mounas ?

Plus long à approfondir, bien sûr, Un village à l’heure coloniale, Draria, 1830- 1962, Belin, 320 p. est une monographie de centre de colonisation en Algérie, devenu  dans les années 1960 une banlieue d’Alger. Colette Zytnicki nous dit qu’elle ne pouvait choisir que ce « village » parce que ses grands parents « en étaient », sans qu’elle en dise plus sur leur identité. Dans le style de Alain Corbin (Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot. Sur les traces d’un inconnu (1798-1876), le récit vivant de la « cohabitation » des « colons » et des « indigènes », d’après de riches archives, dans lesquelles bien sûr le côté « français » est beaucoup plus fourni que le côté « indigène ». Si l’on en croit la bibliographie de l’ouvrage, on recense peu d’autres histoires locales de ce type en Algérie : La Calle et Fleurus, même si des livres d’historiens, géographes ou sociologues peuvent nous apporter beaucoup sur cette histoire locale. Chez les sociologues décrivant le « contemporain «  de leur époque, rien pour l’Algérie, compensé par deux classiques, en Tunisie (jean Duvignaud Chebika, 1968) et surtout au Maroc (Jacques Berque, « Structures sociales du haut atlas » PUF 1955).

extrait du Guide Michelin Maroc, Algérie, Tunisie, 2e édition (vers 1932)

Les débuts du village de Draria, c’est la volonté de l’administration coloniale naissante, avant 1850, en s’appuyant ici sur un « promoteur » privé, de créer des centres de peuplement pour occuper et sécuriser des espaces pour l’essentiel confisqués aux « indigènes ». Draria, tout près d’Alger, est un enfant chéri de l’administration. Il faut que les villages aient les qualités économiques et morales de villages français, même si dès le début des Espagnols, plus quelques Italiens, Maltais, Allemands ou Suisses participent à cette colonisation. Au fil des décennies les « indigènes » restés sur place, revenus après une période de dissidence, ou immigrés surtout depuis la Kabylie, pour profiter de lopins de terre, ou plus encore de travail salarié, habitent à proximité du village, puis au sein de celui-ci, si bien que dès le début du Xxe siècle siècle ils y sont majoritaires. La cohabitation ne cesse d’être distante ou conflictuelle, mais ces indigènes ne cessent de s’insérer dans cette société coloniale, pour y obtenir des droits, des statuts certes mineurs, si bien que sans cesser d’être des musulmans qui parlent arabe ou kabyle, ils deviennent aussi des « français », certes jamais égaux des non musulmans. La description de cette « francisation » à travers deux guerres mondiales, et surtout la guerre civile de 1954- 62, la montée de la violence au cours de celle-ci, le dénouement avec le très brusque départ des « pieds-noirs » sont particulièrement nuancés dans la description de Colette Zytnicki.

Pour comprendre la relation particulière des pieds-noirs à la France, le livre montre comment un village de colonisation, dont on veut faire un morceau de campagne française avec des gens venus de partout, est sans cesse tenu en main, voire à bout de bras, par une administration qui veut tout savoir, tout contrôler. Or ces pieds noirs ont été le bras armé de la France pour reconquérir son indépendance pendant la second guerre mondiale, depuis Alger devenue la capitale de la France Libre. Comment auraient-ils pu imaginer, encore à l’automne 1961, que la « mère patrie » cesserait d’exercer sa souveraineté sur « leur »  Algérie? Colette Zytnicki nous dit que ses parents, en partie descendants du « village », ont « émigré » au Maroc comme instituteurs dans le bled: elle y est née et n’a donc pas connu personnellement le drame de 1962. Dans la conversation, elle nous parlée son collègue Fabien Sacriste et de son étude sur les camps de regroupement de la Guerre d’Algérie https://catalogue-archipel.univ-toulouse.fr/primo-explore/fulldisplay?docid=33TOUL_ALMA51453293530004116&context=L&vid=33UT1_VU1&lang=fr_FR&search_scope=default_scope&adaptor=Local%20Search%20Engine&isFrbr=true&tab=default_tab&query=any,contains,Sacriste&sortby=date&facet=frbrgroupid,include,128243020&offset=0 et de sa collègue Katia Kemash Gérard et de son travail sur les harkis dans le sud-ouest (et particulièrement au camps de Bias) https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01214972 ,