Asma N° 3

Notre travail sur la revue ASMA a permis de récupérer cinq numéros, qui forment un ensemble :

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/21/asma-n-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-3-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-4/

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MARS 1996 N°3 Prix de soutien * 15

ASMA POUR LA DEMOCRATIE EN ALGÉRIE

LEZZAYER ALGÉRIE
TUGDUT DÉMOCRATIE
TAMSETLA SOLIDARITÉ

SOMMAIRE:

Les femmes au cœur de la revendication démocratique
Algérie : quelques repères sur le mouvement des femmes

L’écartèlement : l’égalité, un droit reconnu par la constitution
Au-delà du code de la famille
Lettre ouverte des associations au Président de la République
Quelques articles du code de la famille (extraits de la revue «Pour »)

Au cœur de la lutte pour la démocratie

 


LA LUTTE DES FEMMES

Aujourd’hui la question de « l’enjeu démocratique » est la  question cruciale. Nous sommes nombreux et toujours plus nombreux à lutter pour que la démocratie l’emporte dans ce déchaînement sanglant que vit l’Algérie. On ne peut se représenter à l’étranger et en France en particulier l’horreur ni l’ampleur de ce déchaînement sanglant compte tenu du caractère parcellaire et partial qui domine au niveau de la majorité des médias internationaux. Évoquer l’enjeu démocratique c’est se situer au centre des confrontations…

On sait aujourd’hui que l’Algérie a été choisie comme terrain d’action de l’internationale intégriste qui a décidé d’en faire « le modèle de l’Etat islamique », comprendre par là un Khalifat, Etat théocratique dans lequel la Chariaa (loi coranique) serait appliquée de manière systématique et exclusive. C’est un lieu commun de dire que l’application de la Chariaa islamique promise par les islamistes (c’est-à-dire sans aucune échappatoire que pourrait fournir le principe de l’iitihad) aurait les conséquences les plus néfastes sur l’ensemble de la société et sur les femmes en particulier. Régulièrement de lamentables faits divers attirent l’attention du monde entier sur les pays tels que l’Iran, l’Arabie Saoudite ou les Emirats Unis où elle n’est pourtant pas appliquée dans toute sa rigueur ! Les dirigeants islamistes algériens, dans leurs déclarations, ont toujours régulièrement annoncé le sort qu’ils entendaient réserver aux femmes, une fois au pouvoir, et particulièrement lors de la campagne électorale pour les élections législatives de 1991. Il ne saurait être question ici de reprendre l’histoire de l’Algérie.

COMMENT EN EST-ON ARRIVÉ LÀ?

Cependant, deux questions s’imposent:
• Comment en est-on arrivé là dans un pays officiellement déclaré « République algérienne démocratique et populaire », dont les dirigeants annonçaient au monde un programme révolutionnaire ? Quels sont les facteurs qui ont conduit à cette situation où le statut de la femme algérienne est aujourd’hui à ce point menacé ?
• Est-il possible de vaincre ? Pouvons-nous encore espérer, pour nous femmes algériennes, un autre avenir, autre chose que celui qu’ont concocté pour elles les officines islamistes qu’elles soient dites « extrémistes » ou « modérées » ? Que faire dans cette perspective ?
Et c’est là toute notre raison d’être à SAFA car il est clair pour nous que toutes les actions que nous pouvons, que nous devons mener ne peuvent s’inscrire que dans le cadre de ce vaste projet: la construction de la démocratie dans notre pays.
Comment en est-on arrivé là ?
Il y a d’abord le nationalisme; l’idéologie nationaliste a longtemps dominé et domine encore le paysage algérien. Etre nationaliste c’était d’abord se battre contre le colonialisme. Ainsi le F. L. N. de l’indépendance était-il tout auréolé de sa victoire. Cette idéologie a présidé à toute action et toute mesure et a été considérablement valorisée. Or, il y a un aspect à ne pas négliger qui réside dans l’essence même de cette idéologie, c’est que le nationalisme postule une homogénéité d’intérêts; il n’admet pas de reconnaître les intérêts conflictuels qui peuvent exister à l’intérieur de la nation, il les occulte quand il ne les réprime pas. Ceci accroît la difficulté de revendiquer pour les groupes sociaux opprimés en son sein (étudiants, ouvriers, minorités linguistiques, femmes…).

Pendant la guerre de libération nationale, l’objectif faisait l’unanimité, l’indépendance. A chaque fois que le combat des femmes sera évoqué, ce sera toujours au moyen de l’expression « aux côtés de son frère, l’homme », expression consacrée, figurant en bonne place dans le lexique de la « langue de bois » du F.L.N.

Après l’indépendance: l’objectif clairement identifié et ressassé à longueur de discours c’est l’édification nationale avec son fameux triptyque (révolution agraire, révolution industrielle, révolution culturelle). Revendiquer c’était se placer du côté des « contre révolutionnaires », des « réactionnaires », c’était être « manipulé » par l’étranger.

C’est ce qui peut expliquer, du moins partiellement le fait que l’UNFA (Union des Femmes Algériennes qui sera tant décriée par la suite) n’ait pas réussi à transgresser cet ordre.

J’ai eu l’occasion de mener un travail, pendant quelques années, sur le contenu de l’hebdomadaire de l’UNFA, El Djazairia ; il était frappant d’y constater combien les militantes de cette organisation et les collaboratrices de cette publication se refusaient à dire les réalités et occultaient tous les problèmes auxquels étaient pourtant confrontés les algériennes. La participation des femmes à la guerre de libération nationale a peu modifié l’ordre patriarcal traditionnel et ses hiérarchies surtout dans les campagnes. Même les femmes qui étaient sorties de l’anonymat durant cette période et qui jouissaient d’une grande considération de la part de l’ensemble de la population, ont été totalement évincées. Elles ont brusquement disparu et n’ont pas occupé la place à laquelle elles auraient dû prétendre sur la scène politique. De façon générale, l’écrasante majorité des femmes sont restées éloignées de toute position de commande ou de décision. Il faut insister sur cet aspect qu’a pu avoir l’idéologie nationaliste est dû au fait qu’il semble déterminant. Même si l’idéologie nationaliste préconise l’émancipation de la femme par l’instruction, c’est en fait avec une perspective précise, ouvertement déclarée: mieux servir la famille et la patrie. Elle ne signifie pas, par exemple, par « émancipation de la femme », une existence indépendante des femmes, une liberté de choix dans sa vie individuelle (la femme ne peut pas être imaginée comme célibataire par exemple !).

LES FEMMES NE SONT PAS RESTÉES AUX FOURNEAUX

  • il faut mentionner, à l’actif de la Constitution Algérienne (1976) qu’elle n’admet aucune discrimination qu’elle soit de race, de sexe, de religion.
    • il faut signaler également à l’actif des dirigeants algériens, une scolarisation massive des filles, scolarisation réelle et qui a porté ses fruits.
    • à signaler aussi la mise en place dans le système éducatif des « écoles mixtes » (et par la suite, il y a eu extension aux collèges, lycées, universités…) alors qu’on avait hérité en 1962 de l’Ecole laïque de Jules Ferry arborant sur leur fronton « Ecole communale des garçons » ou « Ecole communale des filles »!
    • l’encouragement adressé aux jeunes filles pour la pratique d’activités sportives; ces activités étaient valorisées. Ainsi à l’occasion des festivités du 5 Juillet, fête de l’indépendance, un des points forts du programme était « les Algériades », mouvements d’ensemble exécutés par des écoliers et des écolières, des collégiens et des collégiennes, des lycéens et des lycéennes. Si on compare cela à la fatwa qui condamne à mort la championne olympique algérienne Hassiba Bou el Merka pour s’être exhibée devant le monde entier en short réglementaire.

On mesurera le chemin parcouru et la nature de l’évolution opérée. Les femmes sont donc sorties des cuisines et des patios, elles sont descendues des terrasses, elles sont sorties de l’espace privé, elles ont quitté (du moins un certain nombre d’entre elles) cet espace pour rejoindre:

  • d’abord l’école, la structure éducative au sens large. Mais l’école ce n’est pas l’espace public. C’est une sorte de statut de « transition »; on parle souvent de « famille éducative », elle apparaît comme une sorte de milieu protégé. Ce n’est pas pour rien que dans les familles les plus traditionnelles, la seule profession que les filles, les femmes peuvent exercer c’est l’enseignement.
  • ensuite, le monde du travail: le pourcentage des femmes actives est faible, 11 % à peine (bien que ce chiffre soit à prendre avec précaution) mais il y a tout de même un aspect positif c’est que les femmes travailleuses occupent pour une très large part des postes très qualifiés (médecins, magistrats, avocats et surtout enseignantes y compris dans l’enseignement secondaire et supérieur où elles ont fait une percée spectaculaire dans les universités scientifiques et les organismes de recherche).

UTILISÉES MAIS MINORÉES

Toutefois même dans les secteurs où elles sont largement représentées, voire majoritaires, il est rare qu’on leur confie des postes de direction et de contrôle. Combien d’écoles primaires où le personnel est exclusivement féminin sont gérées par Monsieur le directeur, contrôlées par M. l’inspecteur et plus ou moins animées par M. le Président de l’association des parents d’élèves! Paradoxalement ni l’éducation, ni l’accès au monde du travail, donc à l’indépendance économique n’ont pour autant permis un véritable accès à l’espace public. Deux autres faits paraissent à cet égard significatifs :

  • à l’apparition de l’épouse du Président Chadli, à ses côtés, lors des manifestations et cérémonies officielles à l’instar de ses homologues des autres pays, correspond une montée des récriminations contre lui et contre la manipulation des instances de l’Etat par ce que l’on a appelé le « clan de Halima » ;
  • la seule haute personnalité, ancienne ministre des précédents gouvernements, à avoir vu sa maison saccagée pendant les émeutes d’Octobre 1988 fut Mme Z’hor Ounissi ! Même dans les syndicats, même lorsqu’elles sont élues dans des sections, on les cantonne dans des fonctions marginales (jamais l’organique mais des tâches à caractère social ou socio-éducatives). La journée du 8 Mars est massivement célébrée par les femmes. Reconnues par les pouvoirs publics qui accordent ce jour une demi-journée de congé payé, elle est considérée avec beaucoup de condescendance par les chefs surtout les « petits chefs » et les responsables; sourires mitigés, quolibets moqueurs, beaucoup de désapprobation de la part de la gent masculine (à l’exception des militants progressistes).

LE VER ETAIT DANS LE FRUIT

Comment en est-on arrivé là donc ? Parce qu’il y avait des germes dès le début. Où étaient-ils localisés ?

Dans les paradoxes ; par exemple

  • entre la Constitution et les débats « parlementaires », notamment lors des débats du Code de la Famille en 1984 (cf. la longue polémique sur la longueur de la baguette de flagellation…) ;
  • entre la Constitution (qui reconnaît la liberté de culte et de croyance) et le concept « d’Islam, religion d’Etat » qui sert d’argumentaire aux partisans de la mise en vigueur de la loi coranique ;
  • entre un discours révolutionnaire et l’absence de démocratie dans les faits ;
  • entre un système qui a recours à des processus électoraux mais qui interdit toute pratique démocratique (liste unique, les hommes pouvaient voter à la place des femmes jusqu’à la lutte menée par les associations féminines lors des élections législatives de 1991, bien noter que les femmes de l’électorat du F L. N. n’ont pas voté à l’opposé de l’électorat islamiste) ?
  • entre un Etat qui se veut moderniste et qui encourage des courants rétrogrades, obscurantistes et totalitaires dans une société qui ne rejette pas la modernité mais qui est aujourd’hui tiraillée, déchirée, meurtrie. Une société où tout est symptomatique. Pour reprendre l’exemple de l’école; celles-ci sont mixtes, certes, mais on a deux sociétés en une. La socialisation des enfants n’est pas mixte, les petits garçons ne jouent pas avec les petites filles, les petites filles n’adressent pas la parole aux petits garçons. Des adultes le leur ont interdit: leurs parents quand il ne s’agit pas de l’enseignant lui-même ou du directeur de l’école, pourtant partie-prenante de l’Ecole en tant qu’institution, représentant du ministre de l’Education Nationale (cours de récré séparée en deux, rangées pour les filles et rangées pour garçons en classe même, activités culturelles pour les filles, manuelles pour les garçons…).

Ainsi se constitue dès la petite enfance une identité du genre où chacun des deux sexes s’oppose à l’autre.

Paradoxe enfin et surtout entre l’égalité inscrite dans la Constitution algérienne ou d’autres textes comme le statut du travailleur qui confère par exemple l’égalité salariale ou l’égalité des droits pour la formation et le Code de la Famille souvent cité.

Ce code, adopté par l’assemblée du parti unique, institue la soumission de la femme à l’autorité masculine (père, époux, tuteur…). Il s’appuie sur un fondement religieux et institue la polygamie (non nécessaire suivant les préceptes religieux et du fait qu’elle est traditionnellement peu répandue en Algérie). Ce qui est grave c’est que la mise en application de ce statut induit de nouveaux comportements, une modification des rapports privés.

Les luttes menées par les femmes alors même que ce code n’était qu’au stade de projet (associations féminines particulièrement combatives, anciennes moudjahidates…) sont connues. Ce code n’a d’ailleurs l’assentiment de personne; même les islamistes souhaitent qu’il soit revu parce qu’il n’est pas suffisamment conforme à l’esprit de la Chariaa, insuffisamment coercitif pour les femmes peut-être ! En effet flagellation, coups de bâton et lapidation des femmes y sont absents; l’assemblée F.L.N. n’est pas arrivé là.

LES FEMMES ALIBI

Il faut ajouter que les problèmes des femmes sont souvent utilisés

  • par le pouvoir: femmes alibis (ministres par exemple), jeunes femmes policières pour témoigner de l’émancipation de la femme ; dans le dernier gouvernement une femme avait été nommée porte-parole officiel puis démissionnée au moindre écart ou désaccord ; la même avait été ministre sous Boudiaf, la presse donna les titres suivants : « la seule femme du gouvernement » et « une femme qui en a »… Pourquoi l’a-t-elle accepté?
  • par les islamistes : même les courants islamistes et les partis qui ne peuvent pourtant pas être suspectés de pratiques démocratiques (puisqu’ils déclarent la démocratie: Kofr, hérésie) utilisent l’élément féminin ; au cours de la dernière campagne électorale Nahnah a abondamment utilisé cet argument pour développer son programme en faisant participer une moutahadjiba jeune femme portant le hidjab, au débat télévisé ; il faut aussi rappeler que le FIS et la Daawa ont organisé une manifestation spectaculaire à Alger en 1991 où les femmes étaient amenées, comptées, alignées par des barbus mais elles étaient muettes ! Des femmes sans corps (Hidjab), sans voix (litham), femmes responsables sans nom (Oum X). Mais, même dans leurs rangs elles commencent à prendre leurs responsabilités et les dirigeants « barbus » et misogynes et rétrogrades cèdent pour admettre quelques « usages démocratiques ».

Se battre sur le plan juridique ne suffit pas.
L’existence des lois écrites sur l’égalité ne produit pas l’égalité
dans la réalité empirique mais la lutte pour l’égalité des droits se poursuit car
ce principe légal est générateur de luttes pour son application.

Leila M.

Ce texte devait faire l’objet d’un exposé lors d’une table-ronde organisée autour du thème de la lutte des femmes dans le cadre de la Quinzaine du Tiers monde organise à Montpellier en Novembre 1995.

 

ENCADRÉ:

Quelques repères du mouvement des femmes en Algérie avant 1989 et le vote de la Constitution

1977 – « Voix des femmes algériennes dans l’immigration en France. »
1980 –  Premier collectif des femmes de l’Université d’Alger.
1981 – Plusieurs manifestations contre le projet de Code de la famille.
1982 – Création du Comité d’Action, suite aux manifestations. Une pétition circule en faveur des droits des femmes (égalité devant le divorce et l’héritage, abolition de la polygamie…).

1984 – Promulgation du code de la famille.
1985 – Première association de femmes Association pour l’égalité devant la loi entre les hommes et les femmes.

1988 – 1989 – Après les événements d’octobre 1988, plusieurs associations féminines voient le jour. Citons-en quelques-unes :
– Association Indépendante pour le Triomphe des Droits des Femmes ;
– Association pour l’émancipation des femmes ;

– Association pour la promotion et la défense des droits des femmes;

– Association Voix des femmes de Boumerdès ;

– Association « Tig,hri N’Temetouh » (Tizi-Ouzou) ;

– I.S.R.A.R. (Constantine) ;

– R.A.F.D. (Relais des Associations des Femmes Démocrates)

– A.F.E.P.E.C (Oran).

 

« Asma, ce n’est pas de l’arabe »me dit un passant algérien l’air choqué. « C’est indigne et méprisant d’employer des mots vulgaires. C’est du dialecte ! Jamais je ne lirai un journal dont le titre est en langue parlée. » Et il s’éloigne. La langue appartient à celui qui la parle, étais-je tenté de lui répondre. Un mot est un mot, il suffit qu’on en comprenne le sens. Mais c’est inutile.  Les choix de langue, si théoriques et arbitraires fussent-lis, sont des choix politiques. Paris a trop violemment imposé sa norme au reste de la France pour qu’il soit besoin d’insister plus.

Asma est un mot arabe, et celui-là même qui me contredisait en comprenait fort bien le sens : «Écoute ! Écoute ! » Il suffit d’aller sur un marché ou dans un café pour l’entendre cent fois répété dans la journée. C’est un mot de la langue parlée, de la langue vivante dans laquelle se dit la vie quotidienne. C’est un mot familier et humain, un de ces petits mots indispensables sans lesquels nos conversations ne serait plus tout à fait les mêmes. Un de ces mots qui font la langue. Il retient l’attention et prépare au dialogue. C’est un mot accrocheur qui ce dit d’un souffle, une entrée en matière, un accent, une ouverture rythmée aux phrases qui vont suivre, un temps fort qu’il vient rompre le silence pour annoncer la parole et comme pour préparer celui qui écoute à la recevoir. C’est un mot attachant qui manque un peu de noblesse, usés jusqu’à la trame de servir si souvent en ces temps où l’on voudrait en faire taire tous ceux qui ont des choses à dire ou à crier. Non, nous ne nous sommes pas trompés de mot ni de titre. Non, nous ne nous sommes A trompé de langue. Car ce qui nous intéresse, c’est d’abord la parole des vivants. « ASMA ! ASMA ! » Nous sommes à l’écoute. Et qu’importe les mots choisis, qu’ils aient leur certificat de pureté qu’il soit des bâtards élevés dans les bas quartier, du moment que la parole est là et que nous la comprenons, qu’elles établissent le lien si nécessaire entre les êtres au-delà des souffrances et des joies, ce miracle incertain et fragile et tant pis pour ceux qui n’admettent que des certitudes.

« Asma » Nous en sommes fiers, car notre action vient aussi de notre écoute. Malheur à qui se bouche les oreilles. Il est des cris que l’on ne peut refuser d’entendre, des paroles qu’il faut savoir écouter c’est ce que nous essayons de faire, et c’est ce à quoi nous renoncerons en dernier.
Julien…

L’Algérie des citoyennes entre société patriarcale et intégrisme politique

ALGÉRIENNE OU FEMMES ALGÉRIENNES ?

La femme algérienne est sous le feu de l’actualité. Porteuse d’une lutte quotidienne et souvent sans merci contre toutes les tentatives d’asservissement, elle est citée depuis un demi-siècle comme un modèle de résistance à l’occupation coloniale, à la falsification historique, à l’amnésie culturelle, à la confiscation de la citoyenneté, à l’apartheid patriarcal, à l’autocratie et, depuis une vingtaine d’années, à la théocratie. Pendant un demi-siècle, elle-même sous l’autorité familiale, sociale et politique des hommes, la même lutte qu’eux pour une Algérie libre et un monde juste et fraternel.

Un instant, un bref instant, lors de la proclamation de l’indépendance algérienne, elle a cru qu’enfin les tabous allaient tomber. Comme tout le peuple algérien, mais plus que ses compagnons masculins, elle espérait plus de justice, plus de liberté. Les premières années de l’indépendance ont esquissé l’amorce d’une certaine autonomie, notamment dans les domaines de l’éducation et du travail. Très vite cependant, les pesanteurs sociales et surtout le jeu politique schizophrène auquel se livra le pouvoir algérien dès 1967 entre une indispensable modernisation économique soutenue par les progressistes et le contrôle de la société, donc notamment des femmes et des jeunes, par les groupes traditionalistes les plus rétrogrades, anéantirent tout espoir de changement profond du statut des femmes algériennes.

Quelle est donc la place réelle de la femme dans la société algérienne ? Femme asservie au patriarcat, femme cachée et muette, victime de la répudiation et de la polygamie, reproductrice et soumise ? Ou femme debout, combative, gardienne de l’histoire et de l’éducation créatrice et protectrice de la vie, en lutte pour la dignité d’un peuple à travers la défense de ses droits ? Les femmes algériennes sont sans nul doute tout cela à la fois. Il n’y a pas une seule femme algérienne, il y en a des millions. Mais toutes ont très certainement en commun une fierté naturelle, qui, en dehors de toute analyse et de tout engagement politiques, a fait d’elles les combattantes séculaires contre le mépris et l’injustice. Les femmes algériennes ne sont pas féministes au sens occidental du terme. Elles sont des « guerrières » de la vie et du respect d’autrui. C’est pourquoi, j’en suis convaincue, elles se battent avec tant d’acharnement ! C’est aussi pourquoi elles déchaînent la haine et la violence meurtrière des ennemis de la liberté, qui ne se contentent pas de les humilier, mais les égorgent, au même titre que les hommes. Il ne suffit pas qu’elles se taisent, il faut aussi que les différences physiques de leur corps de femme, chargé du mystère de la maternité, mais surtout des fantasmes du désir, soient gommées, qu’elles « disparaissent ». (Suite page suivante)

La société algérienne peut-elle admettre l’autonomie des femmes ?

La société algérienne est une société méditerranéenne, dans l’histoire millénaire recouvre celle de tous les pays de la région (tant au nord qu’au sud).

Les invasions et les occupations successives ont généré le repli sur les modes de vie coutumiers, érigé en méthode de résistance jusqu’aux explosions de violence, par lesquelles les populations réaffirmaient leurs exigences de justice et de liberté. Ces invasions ont installé, de part et d’autre de la Méditerranée, tous les monothéismes patriarcaux et misogynes, du Judaïsme à l’Islam, en passant par le christianisme de Saint-Augustin, dont la haine des femmes n’est plus à démontrer. Ainsi les femmes algériennes n’ont pas un sort plus terrible que celui vécu par les femmes corses, provençales, catalane ou sicilienne, etc. L’honneur familial ou tribal est là directement lié au comportement des femmes, placé sous la responsabilité des patriarches. L’Islam n’admet-il pas la « laïcité » (terme à définir) ? En fait il ne l’admet plus. Pourtant l’un des premiers mouvements philosophiques de réflexion et de remise en cause des liens entre le pouvoir temporel et la religion monothéiste naquit en terre d’islam au Xe siècle de l’ère chrétienne. Le prosélytisme conquérant (croisé et musulmans) en ont eu raison, non sans difficultés.

Le problème du statut des femmes algériennes, qui est aussi celui de leur citoyenneté, concert, en premier lieu mais pas uniquement, les rapports de la religion avec l’État. La séparation des pouvoirs est une des premières conditions de l’instauration d’une démocratie, ou les minorités sexuelles, mais aussi religieuses, politiques, culturels ou économique pourraient s’exprimer sous la protection de la loi. Quant aux pressions traditionnelles des sociétés patriarcales, les femmes algériennes ont toujours su en venir à bout, tant que la loi (ici le code de la famille), ne les minorisait pas. J’en veux pour preuve l’évolution rapide de la scolarisation et du travail féminin après l’indépendance, le recul de la polygamie et de la répudiation, l’égalité des salaires à compétence égale et bien d’autres acquis. Cependant, l’erreur la plus grave est la plus répandue est de croire que la société algérienne est contraignante et injuste envers les femmes parce qu’elle est à majorité musulmane. S’agit-il réellement d’une erreur ? N’est-ce pas plutôt une manipulation politique manichéenne, qui, à grand renfort d’écrits de personnalités médiatiques, documents de presse écrite ou télévisuelle, diabolise l’islam pour promouvoir« la pensée unique» qui se veut internationale. ?
Cette manipulation est d’abord à l’usage occidental, destiné aux« citoyens» (sic) des pays du G7. Elle les persuade du bonheur de vivre dans un pays ultralibéral, ou la misogynie patriarcale d’expression chrétienne à une forme plus commerciale. La nudité du corps des femmes réduite à l’état d’objet sexuel au service des publicitaires. Elle efface la discrimination homme-femme face à l’emploi (surtout dans les postes de responsabilité) et les inégalités de salaire. Elle justifie le racisme et l’extrême droite qui proclame que l’Islam (« l’Arabe ») n’est pas« intégrable » en terre chrétienne.

A titre d’illustration, il faut citer l’étrange histoire de Véronique à Kobe, jeune ivoirienne, clandestine dans le midi de la France, qui déclare avoir été violée et soumise à divers abus sexuels par son employeur(63 ans) et le fils(22 ans) de celui-ci (français). Sans recours, elle tue le fils et rate le père. Akobé purge, depuis huit ans, en France, une peine de 20 ans de prison. Et, vous allez rire, quel avocat avait été« commis » d’office pour la défendre ? Nul autre que Me Jacques Peyrat, ex membre du Front National, actuellement maire de Nice… ! Comment expliquer que les féministes« bon teint » (surtout les médiatico– historique), que les ténors du« peuple français» autoproclamée de« gauche» n’aient pas, autour de cet événement (ou incident ?), fait autant de bruit qu’autour de la triste aventure de Sarah Ballabaghan ? Il est des silences parfois trop explicites.

Cette manipulation a aussi comme conséquence de détourner l’attention d’une réalité autrement plus dramatique : la structuration d’un mouvement international prosélyte et intolérant, construit autour des préceptes les plus rétrogrades de l’Islam, dont l’objectif d’ailleurs clairement revendiqué, et la constitution d’une« grande Nation islamique», en tous points comparable au grand Reich. Les représentants et porte-parole de cet intégrisme politique, depuis Khomény jusqu’à Anouar Haddam ou Rabah Kebir, en passant par les moudjahidines afghans, trouve toujours refuge et oreille complaisante dans les pays industrialisés, les pays riches. Qui arme, accueille, soutient, entraîne les terroristes intégristes de tout poil ? Les marchands d’armes et une poignée de pays dont les champs pétrolifères éveillent la convoitise des partisans de l’organisation du commerce mondial. Cherchez l’erreur… les appels emphatique à « défense des droits de l’homme », à la sacro-sainte« démocratie» ne serait-il donc que le champs de sirènes, neuroleptiques des pauvres ?

Les femmes et l’intégrisme politique

L’intégrisme politique a conscience qu’il ne peut s’ancrer que dans un pays où toute réflexion autonome, toute rébellion, toute lecture critique des textes, toute différence et tout refus d’obéissance auront été laminés. Les moyens sont éternellement les mêmes : le conditionnement scolaire, la propagande de tous les instants, l’auto-octroi de titre «théologiques » au sein de population réduite à l’analphabétisme, l’interdit et la terreur. Les femmes algériennes quelques soient leurs convictions, voilées ou dévoilées, portent profondément en elles cette énergie vitale, qui fait qu’elles sont un risque majeur pour un tel programme. Elles n’ont pas le choix : elles seront réprimées, sanctionnées, bafoués et elles se battront encore et encore. Sous leurs voiles et leurs yeux baissés, derrière leurs silences ou leurs excès, brûle une telle haine de la violence et de l’iniquité, une telle horreur des potentats, que leur chemin est inéluctablement tracé.

Quelques-unes d’entre elles, peu nombreuses certes mais trop visible, courtisane des pouvoirs du moment, se rallient au mot d’ordre« Dieu, Famille, Patrie» de triste mémoire, ne sachant plus à quel maître se vouer. Mais c’est dans les zones les plus déshéritées de ce pays, dans les quartiers les plus défavorisés, que les femmes sont les plus conscientes de l’impact de la misère et du mépris des nantis sur une population à majorité adolescente, privée de tout espoir. Elles font la différence entre les enfants du peuple, qui tuent et meurent par désespoir, et les manigances de tous ceux qui, issus d’un parti unique corrompu et corrupteur, veulent garder ou accéder au pouvoir. Elles savent, celles-là, que c’est autour de la vie, de la dignité et des droits de ces enfants, filles et garçons confondus, que peut se structurer la défense des droits et de l’autonomie des femmes. Ce qui se passe en Algérie c’est la « révolte des gueux » contre l’ordre injuste et maffieux des hommes au pouvoir. Mais le monde d’égalité et de justice (le pompeux Dar el Islam), qui était promis n’a offert que mort, violence et barbarie. Le dieu de l’intégrisme politique est un dieu grimaçant, sulfureux, vomissant les flammes et bavant le sang.

Les femmes algériennes font un chemin douloureux. Elles comprennent bien que le déni de droit, qui concerne toute la société algérienne, les atteint toujours au premier chef et de plein fouet. Elles intègrent aujourd’hui qu’elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes pour défendre leurs droits et que ceux-ci sont les garants de la citoyenneté de tous.

L’intégrisme islamiste est un mouvement politique international, dont l’essor coïncide étrangement avec la défaite du stalinisme et les pressions économiques qui pèsent sur le Tiers-Monde, à travers les institutions de l’ordre et du commerce mondial. L’intégrisme économique ultra-libéral n’est-il en aucune façon impliqué dans la confusion qui règne dans les pays du sud ? La remise en cause des acquis sociaux partout dans le monde et le recul de certains des droits des femmes en Occident autorisent l’interrogation de manière plus globale, mais permettent aussi d’envisager des formes de lutte différentes, dépassant les frontières et les cultes. Peut-être… bientôt.
Baya B.

 

 

Retour de Tunisie

Arriver à l’aéroport de Tunis une fin d’année n’est pas une sinécure.
Près d’un quart des quatre millions de touristes que reçoit chaque année la Tunisie y débarque. Malgré une tradition qui commence à compter dans ce pays où le tourisme représente la première ressource économique, il règne, à Tunis Carthage, une pagaille que seule compense la convivialité de l’accueil.

Il nous aura fallu pas moins d’une bonne heure pour retrouver notre hôte parmi la foule des amis, des parents (souvent plusieurs pour le même arrivant), des chauffeurs, guides et autres préposés des agences touristiques qui encombrent le hall d’arrivée.
Sur le trajet vers Tunis, même si on y retourne depuis pas très longtemps, on est vite frappé par l’extension interminable de la ville. Ce ne sont pourtant pas des bidonvilles qui se sont érigés de ce côté-ci de la banlieue, mais des villas, des centres commerciaux, des parcs de loisirs. Une grande partie du Lac (étang salé qui jouxte Tunis) a été assainie. C’est plutôt au cœur de la ville, à Halfaouine, et un peu vers la banlieue Est que s’entassent les populations les plus modestes. Même ici pourtant le loyer d’un T2/T3 est aux environs de 70 Dinars tunisiens (1 FF = 0,18 Dinars tunisiens), soit la moitié du salaire minimum de 150 Dinars tunisiens.

VOUS AVEZ DIT CODE DE LA ROUTE

La conduite au centre ville est une gageure. Les tunisois font bel et bien un pied de nez au code de la route. Tant et si bien que les autorités innovent ici en « décrétant » le feu vert clignotant, lequel, après le feu vert que nous connaissons, annonce le passage à l’orange. Les piétons ne sont pas en reste. De véritables descentes de police sont menées; une façon comme une autre d’éduquer (?) les gens à emprunter les passages pour piétons. L’opération de cette matinée de décembre, sur l’avenue Bourguiba, a même fait la Une du JT de 20 heures.

En cette fin de décembre, les traces des festivités qui commémorent le Changement (7 novembre 1986, date à laquelle l’ancien président H. Bourguiba avait été déposé), comme on l’appelle ici, sont encore visibles. Des guirlandes lumineuses glorifient le président Z.E.A. Bénali: « Bénali, avec vous vers le 21 ème siècle ». Sur l’avenue H. Bourguiba (du nom de celui dont la statue qui y trônait jadis a été remisée à l’entrée de Lagoulette, l’ancienne banlieue juive de Tunis par laquelle il était rentrée de son exil en 1956), se trouve le ministère de l’information, l’instrument privilégié de la propagande officielle. Un écran géant diffuse à longueur de journée les images des déplacements du Président dans toute la Tunisie. Dans des hauts parleurs alternent chants patriotiques, extraits des discours du Président et slogans. « Le tunisien est une bénédiction pour le tunisien » illustre « La Semaine de la Solidarité » qui en est à son quinzième jour.

En Tunisie il est plus que recommandé de s’afficher comme Novembriste. L’opposition est réduite à la partie congrue. Par rapport à la gestion en dents de scie de l’islamisme politique par le pouvoir en Algérie, les autorités tunisiennes ont le mérite, sinon de la clarté, au moins de la constance sur la question. Aucun compromis pour une expression politique de l’islamisme n’est ici imaginé, malgré le discours de plus en plus clean de Ghannouchi (chef de file en exil de l’opposition islamiste). L’unanimité s’est faite à ce sujet dès le début des violences islamistes en Tunisie. Y compris les manifestations extérieures sont décrétées hors la loi.

LÀ OÙ LE HIDJAB EST INTERDIT

Le port du hidjab est interdit dans les institutions de formation et sur les lieux de travail de sorte que pratiquement plus aucune femme n’en porte dans la rue. Les mosquées, en dehors de la célèbre Zitouna qui représente une attraction touristique remarquable, ne sont ouvertes aux fidèles qu’aux horaires de prières (cinq fois par jour à l’appel du muezzin). Cette répression a remarquablement réduit l’influence des islamistes dans la société en même temps que l’expérience algérienne a renforcé la conviction qu’elle n’est pas injustifiée quelle que soit l’appréciation différente que l’on puisse avoir sur ses formes.

A gauche, les opposants ne sont guère mieux lotis, parfois réduits à la prison ou à l’exil. Le pouvoir est même venu à bout d’un syndicat pourtant bien ancré.

La presse est pacifiée. Le passeport d’un journaliste vient de lui être retire à la veille d’un déplacement professionnel à l’étranger. La télévision nationale diffuse tous les jours, à une heure de grande écoute, les « dialogues » (Hiwar en arabe et non pas Nikach qui signifierait débat) parlementaire. À l’Assemblée, l’opposition se compte sur les doigts de la main, les satisfécits font office de débat et le discours est langue de bois. Le Journal des Régions égrène les réalisations, certes nombreuses, du régime. S’il est aussi l’occasion pour les gouverneurs et les élus locaux de vanter les bienfaits du Changement, il faut néanmoins reconnaître au pouvoir le mérite d’une intervention économique et sociale dans les régions défavorisées qui avaient fait le lit de l’intégrisme islamiste.

LE GESTION MÉDIATIQUE DE LA RELIGION

D’un autre côté, la télévision participe a la gestion de la religion que s’impose le pouvoir. Les programmes sont régulièrement interrompus pour la diffusion des appels à la prière; la nouvelle année y est qualifiée de « nouvelle année administrative » pour bien marquer que la société vit à l’ère hégirienne. Il en va ainsi des régimes arabes qui n’ont jamais pu assumer la rupture avec une teinte théocratique du pouvoir. Il faut dire qu’ils ont souvent participé à maintenir le spectre islamiste pour contrebalancer toute velléité à gauche. Une deuxième chaîne émet par ailleurs des programmes pour les jeunes sur un canal qu’elle partage avec France 2. Une convention permet en effet aux Tunisiens de recevoir les programmes de la chaîne publique française. La parabole, d’un coût encore trop élevé, est loin d’être généralisée. La presse française, présente dans les kiosques, n’est pas beaucoup lue non plus, en raison également de son coût.

UNE VIE CULTURELLE TOUJOURS SOUS CONTRÔLE, MAIS ACTIVE

La vie culturelle, malgré le contrôle qui s’y exerce comme dans tous les autres domaines, est par contre moins timide. Le théâtre est actif; plusieurs représentations sont au programme du mois de décembre. Dans « Zineb », un dialogue féminin à trois, est rendu un hommage au combat de la femme algérienne et aussi fait une allusion au dramaturge Alloula assassiné en 1994 à Oran. L’édition locale, bien que marginale, se fait sa place dans les librairies une série sur les figures et les événements marquants de Tunisie, des essais divers, des comptes rendus de colloques (« L’information dans le Maghreb », « Gramsci dans le monde arabe », « Femmes en Méditerranée », etc). Une exposition vente du livre pour enfant est inaugurée le premier jour des vacances d’hiver. Quelques cinémas, aux moyens vieillis, tentent de tenir le coup. Les films à l’affiche datent un peu. À côté des films égyptiens, les plus nombreux, il y a  » Basic Instinct « , « Bad Boys  » et  » Le Roi Lion  » mais aussi des productions tunisiennes remarquables.  » Les silences du palais » est encore à l’affiche ainsi qu’une reprise de « Halfaouine, l’enfant des terrasses. »

Un point fort est sans conteste la relance de l’artisanat. Au mois de décembre se tenait le Salon National. Les produits sont d’une grande qualité et les artisans, dont beaucoup de jeunes artistes, font preuve de créativité. Le traditionnel est parfois mêlé avec bonheur au design. L’engouement pour le produit artisanal, fortement soutenu par le pouvoir, au-delà de son apport économique au regard des millions de touristes qui déferlent chaque année sur le pays, a le mérite de ré ancrer la société dans son patrimoine face la prétention des islamistes à l’orientaliser.

DES AVANCÉES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES…
MAIS UN POUVOIR D’ACHAT QUI S’AMENUISE

Sur le plan économique,  » La Presse « , quotidien de Tunis, consacre la Une de son numéro du 22 décembre 1995 à l’appréciation satisfaisante du FMI sur l’exécution du programme d’ajustement structurel. La réduction du déficit public serait remarquable et la croissance atteindrait les 4,5%. La communauté européenne débloque des millions d’écus pour ce qui est appelé la mise à niveau des entreprises, c’est à dire leur alignement sur les exigences de la compétitivité internationale. Tous les partenaires sociaux y planchent. Le sujet est en débat au Palais des Expositions du Kram en ce mois de décembre. Le pouvoir affiche son souci de limiter les retombées sociales défavorables en termes de pertes d’emploi, de détérioration des conditions de travail et de niveau de vie. Malgré les réserves du syndicat, qui ne peuvent être que timides eu égard au contexte politique, on veut bien croire ici que le pari sera tenu. Depuis une année un régime général de sécurité sociale est créé mais l’indemnisation du chômage n’est pas encore à l’ordre du jour.

Le peuple, sans organisations indépendantes du pouvoir, n’a guère voix au chapitre et ce n’est pas le récent plébiscite électoral du Président qui nous contredira. Si on est loin des émeutes de la faim, des voix commencent à ne plus supporter l’amenuisement du pouvoir d’achat. La friperie fait massivement son apparition sur le marché. A 7 Dinars tunisiens le kilogramme, la viande n’est plus à la portée de nombreuses bourses. Immanquablement, quand on vient d’Algérie, on est tenté de connaître le sentiment des tunisiens sur le grand voisin. Ils n’aborderont pas le sujet d’emblée. Si on insiste, on s’aperçoit alors qu’ils sont attentifs à ce qui s’y passe, même si ici la presse algérienne n’a pas droit de cité, que les quelques réfugiés algériens qui ont franchi les obstacles kafkaïens mis à leur séjour sont tout juste tolérés. Officieusement on affirme que c’est pour ne pas favoriser l’exode des cadres algériens et précipiter une victoire islamiste dans ce pays. C’est aussi officieusement pour ne pas être suspectée de partialité que la Tunisie n’a pas envoyé d’observateurs pour la consultation électorale qui vient de désigner le président algérien. La population ose à peine croire qu’il a été possible, dans un pays arabe, de mener un scrutin à son terme à ce niveau de responsabilité politique. « Nos pays ne sont peut être pas mûrs pour la démocratie comme le suggèrent nos dirigeants, mais ça doit être fantastique de pouvoir choisir parmi quatre candidats ! » réveil de rat le citoyen moyen quand il est mis en confiance. S’il est vrai que les amis des acteurs économiques enregistrés par la Tunisie ces dernières années prêtes à l’optimisme, qui dira dans quelle douleur cela se passe et qui en profite réellement ? Suffiront-ils à éloigner le spectre larvé de la régression islamiste ? Quelque soit la sincérité du président Ben Ali et son patriotisme, on peut se poser la question de savoir si une société peut se construire en faisant l’économie une émancipation civile la démocratie est ici ajournée.

LA FRANCE SE TAIT PUDIQUEMENT SUR L’ATTEINTE AUX DROITS DE L’HOMME

Le pouvoir tunisien est toujours caressé dans le sens du poil de ce côté-ci de la Méditerranée. Ni Jacques Chirac lors de son récent voyage en Tunisie, ni l’apologie consacrée sur Arte à la Tunisie par Frédéric Mitterand, n’ont eu un mot pour les atteintes aux droits de l’homme dans ce pays. Pourquoi donc se taisent ces voix d’intellectuels qui s’étaient levées pour exiger que l’assistance économique à l’Algérie soit conditionnée au respect des droits de l’homme, en l’occurrence des assassins d’autres intellectuels, alors même que cette stratégie du pire envers les peuples (nous nous devons de le rappeler parce que nous ne l’avons jamais partagée) n’est jamais, nulle part, venue à bout des dictateurs, même quand on dit d’eux qu’ils sont éclairés.

Le président Bénali, dans un récent message au parlement tunisien, estime qu’il va bien falloir une figuration moins indigente de l’opposition légale aux prochaines élections locales. C’est bien, mais pour combien de temps pense-t-on déterminer d’en haut et de façon exclusive le sens et le rythme de l’histoire et qui saura choisir pour la société et ‘a sa place son avenir ?

Ahmed

À Toulouse : On recherche des familles d’accueil

Pour des jeunes femmes algériennes agissant dans le mouvement associatif en Algérie dans le cadre d’un cycle de formation dans le secteur sanitaire et sociale.

Face à la situation actuelle en Algérie, la société civile s’est fortement organisée par l’intermédiaire de structures associatives majoritairement menées par des femmes. Parmi ces associations, certaines se sont coordonnées dans « le comité des associations s’occupant de la famille» et, depuis deux ans, ont mené des activités et des rencontres dans les plus grandes villes du pays.

Les exigences du développement local ont imposé aux mouvements associatifs la recherche de la complémentarité. Les actions menées par le comité des associations concernent particulièrement les populations les plus vulnérables à savoir les femmes, les enfants, les jeunes et les personnes âgées.

C’est dans cette perspective que se situe cette proposition de formation. C’est aussi, en tenant compte de la difficulté pour une équipe pédagogique de se déplacer en Algérie que nous proposons de réaliser une information en France et de faire venir le groupe de stagiaires à Toulouse.

Pour les accueillir, nous avons pensé que des familles marraines seraient une meilleure solution qu’un hébergement de groupe. Nous sommes à la recherche de famille d’accueil acceptant de remplir ce rôle, à la fois d’hébergement, d’ouverture et d’accompagnement.

Les quatre mois passés en France (de mi-avril à mi-août 96) serait ainsi une réelle expérience enrichissante tant au point de vue personnel que professionnel. Présentes à Toulouse pendant quatre mois, elles peuvent être accueillies par une seule famille ou par plusieurs, selon vos possibilités.

Nous pouvons réfléchir avec vous à tout le mode d’accompagnement. De retour dans leur pays, c’est jeune femme originaire de Tebessa, Tlemcen, Bejaïa, Ghardaïa, Oran, Alger, pourront conseiller, aider mais aussi transférer leurs capacités et savoir-faire à la population que les associations touchent dans tout le territoire.

Contactez-nous dès maintenant à la Fédération des œuvres laïques
31 rue des amidonniers,
31000 Toulouse cedex– France
téléphone 61 23 48 48