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Assia Djebar, un dossier

Assia Djebar, quelques textes

En liaison avec notre présentation de cette écrivaine http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/events/assia-djebar-historienne-et-ecrivain/en 0ctobre 2015, nous présentons ici le programme de la réunion du 23 octobre 2015:

Programme

 Première partie de l’interview d’Assa DJEBAR par Laure ADLER sur France Culture (avec projection du video de photos)

Les jeunes filles cloitrées. 1er extrait de l’Amour et la Fantasia.

Le début des Enfants du nouveau monde

La carte postale, extrait de l’Amour et la Fantasia

Delacroix dans Femmes d’Alger dans leur appartement 

L’attentat dans Oran Langue morte

Pause avec Thé à la menthe et petits gâteaux

Seconde partie de l’interview d’Assa DJEBAR par Laure ADLER sur France Culture (reprise du video)

Les jeunes filles 2ème extrait de l’Amour et la Fantasia.

Le dévoilement dans Femmes d’Alger dans leur appartement.

Deux pages de La femme sans sépulture.

Le video présenté en séance est lisible sur http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1308

Quelques texte lus lors de la représentation.

La carte postale

Mon père seul… Ma mère, la voix posée, le col incliné, prononçait « Tahar » – ce qui, je le sus très tôt, signifiait « le pur » — et même quand ses interlocutrices souriaient à demi, ou avaient l’air mi-gênées, mi-indulgentes, je pensais qu’une distinction nouvelle éclairait le visage maternel. Imperceptibles révolutions de ces conversations de harem : mes oreilles n’en percevaient que ce qui parait ma mère d’une souveraine originalité. Mon père, grâce à elle qui en assurait la présence dans le cours de ces murmures, mon père devenait plus pur encore que ne le présageait son prénom.Un jour, survint un prodrome de crise. Le fait, banal dans un autre monde, devenait chez nous pour le moins étrange : mon père, au cours d’un voyage exceptionnellement lointain (d’un département à l’autre, je crois), mon père donc écrivit à ma mère —oui, à ma mère!

Il envoya une carte postale avec, en diagonale, de sa longue écriture appliquée, une formule brève, du genre « meilleur souvenir de cette région lointaine », ou bien « je fais un beau voyage et je découvre une région pour moi inconnue », etc., et il ajouta, en signature, simple-ment son prénom. Je suis sûre qu’à l’époque, lui-même n’aurait pas osé terminer, avant de signer, par une formule un peu plus intime comme « je pense à vous », ou, à plus forte raison, « baisers ». Mais, sur la moitié de la carte réservée à l’adresse du destinataire, il avait écrit « Madame », suivi du nom d’état civil, avec en ajout —mais je n’en suis pas sûre —« et ses enfants », c’est-à-dire nous trois, dont moi l’aînée, âgée de dix ans environ…

La révolution était manifeste : mon père, de sa propre écriture, et sur une carte qui allait voyager de ville en ville, qui allait passer sous tant et tant de regards masculins, y compris pour finir celui du facteur de notre village, un facteur musulman de surcroît, mon père donc avait osé écrire le nom de sa femme qu’il avait désignée à la manière occidentale: «Madame untel… »; or, tout autochtone, pauvre ou riche, n’évoquait femme et enfants que par le biais de cette vague périphase : « la maison ».

Ainsi mon père avait « écrit » à ma mère. Celle-ci, revenue dans la tribu, parla de cette carte postale avec un ton et des mots très simples certes… … Mais les femmes s’étaient écriées devant la réalité nouvelle, le détail presque incroyable :

—Il t’a écrit à toi ?

—Il a mis le nom de sa femme et le facteur a dû ainsi le lire? Honte!…

—Il aurait pu adresser tout de même la carte à ton fils, pour le principe, même si ton fils n’a que sept ou huit ans !

Ma mère se tut. Sans doute satisfaite, flattée, mais ne disant rien. Peut

être soudain gênée, ou rosie de confusion ; oui, son mari lui avait écrit à elle en personne!… L’aînée des enfants, la seule qui aurait pu lire la carte, c’était sa fille : alors fille ou épouse, quant au nom du destinataire, où se trouve la différence ?

– Je vous rappelle que j’ai appris à lire le français maintenant !

C’était, de fait, la plus audacieuse des manifestations d’amour. Sa pudeur en souffrit à cet instant même. A peine si elle le disputait, toutefois, à sa vanité d’épouse, secrètement flattée.J’ai été effleurée, fillette aux yeux attentifs, par ces bruissements de femmes reléguées. Alors s’ébaucha, me semble-t-il, ma première intuition du bonheur possible, du mystère, qui lie un homme et une femme.

Mon père avait osé « écrire » à ma mère. L’un et l’autre, mon père par l’écrit, ma mère dans ses nouvelles conversations où elle citait désormais sans fausse honte son époux, se nommaient réciproquement, autant dire s’aimaient (ASSIA DJEBBAR, L’amour, la fantasia)

L’ATTENTAT

La nuit avant la mort de Mourad, j’ai été réveillée à deux heures du matin; la nuit juste avant…

Mourad entre dans la chambre, allume, me secoue par les épaules et d’une voix ardente, chaude et ardente, il me dit:

– Naima, je t’en prie, réveille-toi ! J’ai besoin de toi. . .

Il me caresse les cheveux, puis le front. Mes yeux qui s’ouvrent clignotent. Je distingue son visage maigre penché sur moi.

– Que me veux-tu ? demandé-je avec effort.

– Naïma, lis mon article, je t’en prie ! Je l’ai enfin fini ! Lis-le !. . . Je vais le déposer au journal demain, à la première heure !… Lis-le pour toi et pour moi !… Je ne pouvais pas attendre.

– Je t’écoute !… Vas-y.

Soudain, avec un geste vif du bras, je l’interpelle:

– Cette fois, j’espère, tu ne le signes pas de ton nom, n’est-ce pas !… Tu prends un pseudonyme !

– Ecoute-moi d’abord, Naïma… Bien sûr que je le signerai.

Mourad, depuis au moins trois mois, à raison d’un article (long, véhément, polémique) par semaine, tient désormais à signer ce qu’il analyse, ce qu’il dénonce, ce qu’il clame au pays tout entier:

– Contre, tout le monde sait bien que je suis contre: contre le pouvoir, contre les fanatiques, contre le silence et l’immobilisme ! Moi, j’aurais bien voulu n’écrire que sur l’école, sur ce que doit être notre école !

C’est son discours habituel, avec moi, en général dans des dialogues passionnés avant que nous retrouvions notre chambre. Du moins, ces quinze jours où il ne se cache plus. Car il a mené vie quasiment clandestine une année entière, après le flot des menaces: lettres ou avertissements téléphoniques s’étaient succédé pour lui signifier qu’il était « un homme mort ! »

Mourad a alors arrêté – enfin pas complètement, d’une façon irrégulière – son activité d’inspecteur de français… Auparavant, il écrivait ses articles hebdomadaires dans deux journaux indépendants… Il prenait toutefois des prête-noms.

Depuis qu’il a plongé dans la clandestinité – changer de domicile le plus souvent possible, ne demander de nos nouvelles, par téléphone, que par un tiers, et souvent différent – , Mourad a modifié son comportement… Puis, il y a eu ces deux semaines de tranquillité inattendue, peut-être illusoire – lorsque je suis revenue de cet hôpital français où mon garçon a pu être opéré de sa scoliose. Nous nous sommes sentis tellement heureux, soulagés jusqu’à en être presque éblouis, que le petit se remette doucement à marcher ! Cette chance nous est tombée dessus d’une façon abrupte: Mourad s’est alors réinstallé dans la maison, même si les voisins, bien sûr, s’en sont aperçus, mais quoi, même dans la ville, un calme éphémère semblait flotter !… Insensiblement, Mourad, qui, les premiers jours, sortait le plus rarement possible et ne faisait que discuter avec son fils, a repris un rythme presque normal. Et moi, la nuit, je dors, paisible !

Mais Mourad écrit: la nuit, le jour. Ecrit et signe de son nom. Et monologue devant tous !

– Pourquoi te remets-tu à écrire ainsi à visage découvert ?

– Je m’inquiète, au milieu de la nuit, dans ses bras.

– Laisse-moi donc ! rétorque-t-il.

– Et si tu partais ?Juste un moment ? Comme pour des vacances !. .. En écrivant à partir d’ailleurs, en voyant la situation d’une façon peut-être plus sereine ?… Si tu partais un mois ou deux: nous, ici, nous serions plus rassurés !

– Laisse donc ! N’as-tu pas compris: je vivrai, je mourrai ici, chez moi, dans ce pays !

-Tu n’es qu’un entêté et il n’y a pas de quoi être fier ! – je soupire chaque fois ainsi, il est vrai, sans amertume.

– Mais il faut bien que quelqu’un dise les choses bien haut, clairement, très fort !… Cette fois, c’est moi, Naima, ne m’en veux pas, ce sera ensuite un autre, et un autre !…

Désespéré je me sens. J’ai fini par m’assoupir sans éteindre.

Je suis enseignante d’arabe, au lycée voisin. Demain, je dois commencer tôt.

Mourad, au réveil, à l’aube, s’est préparé comme moi:

– J’ai recopié mon article ! Je vais le déposer au plus vite. Je reviendrai aussitôt après.

Il a dit cela dans la cuisine, en buvant son café debout, à la va-vite.

J’ai embrassé le petit. J’ai suivi Mourad.

Nous sommes sortis ensemble, dans une lumière éclatante, et je me suis assise à côté de lui, dans la voiture

Mourad arrête la voiture au premier carrefour.

—J’achète le journal, fait-il en sortant.

J’attends. Il va revenir le journal à la main. Je pense à l’article qu’il a écrit cette nuit, qu’il porte sans doute dans sa poche, dans une enveloppe.

Ma vitre est entrouverte. Un jeune homme – quinze, seize ans tout au plus – dressé devant moi, tout contre la vitre: il avance la tête. Que veut-il ?

Une seconde, je crois qu’il grimace, qu’il fait le pitre: pourquoi ? Alors seulement je vois sa main; elle pointe un revolver. . . Il tire, une fois, deux fois. L’arme est comme enrayée: le coup n’est pas parti.

Un jeu, c’est un jeu. Je n’ai pas le temps de comprendre. Mon esprit est gourd, comme ensommeillé…

Dehors, monte un fracas, une houle de sons, de cris, d’exclamations: plusieurs longues secondes, irréelles, le monde entier s’est figé tout autour. Le jeune inconnu, toujours la main devant lui (je n’aperçois plus l’arme), me regarde, masque pâle aux yeux élargis. Il disparaît. Je tourne la tête, à cause du tumulte étrange: cris et silence. Des gens accourent vers notre voiture. . .

« Mourad ! » Je cherche Mourad des yeux.

Mourad en train de tomber, lentement, le journal entre les mains ! Je sors, je ne sais plus comment, je passe de l’autre côté… (Ils diront plus tard que j’ai crié, que mon cri les a tous alertés: quelques voisines auraient reconnu ma voix, leurs têtes ont surgi aux fenêtres.)

Je suis statufiée, Mourad à mes pieds.

Tant de gens autour se pressent. « Ils m’ont ratée. Ils l’ont tué !… » Ces mots en moi: « Mourad, ils l’ont eu »

Quarante jours, je ne suis pas restée seule. Entourée, vraiment.

J’ai donc repris mes cours. J’ai fait travailler mes élèves davantage encore. . .

« Petit soldat » me dit en souriant, une fois, ma meilleure amie, une collègue du même lycée.

Puis il y eut ce jour, en début de semaine. Un cours presque ordinaire: je rendais les copies d’une interrogation proposée la semaine d’avant, un commentaire littéraire arabe suivi de quatre questions de grammaire.

En distribuant les copies, j’ai recommandé, à mon habitude:

– Vérifiez vos notes ! Refaites les additions de toutes les annotations partielles. J’ai pu me tromper dans un total !

Peu après, un adolescent, de sa place, s’exclama assez fort:

– Madame, vous m’avez mis dix-huit sur vingt. Or j’ai compté: je crois que j’ai dix-huit et demi !

Il y avait un brouhaha dans la classe.

Je lui ai rétorqué vivement et, je ne sais pourquoi, très naturellement, en français:

– Dix-huit ? Vous avez dix-huit et cela ne VOUS suffit pas ?

En fait, ce fut seulement le chiffre dix-huit que je prononçai en français, le reste de ma remarque qui se voulait pure taquinerie je le débitai en dialecte, en arabe dialectal.

Soudain, le garçon – quinze ans environ – se dressa et, d’une voix agressive rétorqua, la tête à demi tournée vers les autres:

– Est-ce que nous avons une maîtresse de français ou d’arabe ?

Sa remarque acerbe – en arabe, bien sûr-, je la reçus de plein fouet, comme une offense, ou plutôt comme un coup de feu. Le climat du pays – avec ses conflits d’idéologie, ses méfiances, ses dérives – s’engouffra dans cette seule remarque du jeune élève.

Je m’approchai du garçon. Il se dressait, le visage fermé et… ennemi: un jeune de quinze ans ne supportant pas que je prononce « dix-huit » en français !

Un adolescent avec comme cible d’attaque un simple mot en langue étrangère ! Un élève, « mon » élève, un môme âgé de quinze ans !…

Je réagis, je protestai, je fis front dans un élan. En vérité, ce ne fut pas seulement le jeune homme et son refus du mot français que je vis face à moi ! En une seconde, le tueur à l’arme enrayée surgit d’un coup, à la place… Il n’avait, lui non plus, guère plus de quinze ans…

Une voix en moi: « C’était un adolescent comme celui-ci ! Il avait dû être mon élève, lui aussi ! »

Et ce garçon, dans cette classe, avec sa remarque violente contre mon français, est-ce que son arme à lui se serait enrayée aussi ?…

– Oui, j’ai protesté, oui, j’ai ironisé, amère: « Vous ne supportez pas un mot étranger, un simple mot ?… Dans quel pays vivez-vous ? Quel avenir désirez-vous ? Je suis professeur d’arabe, certes, mais lui, Mourad, était le meilleur professeur de français dans le pays, beaucoup l’ont affirmé à sa mort ! »

J’ai continué, véhémente. Le garçon reçut ma révolte comme si tout cela le dépassait.. . Il bafouilla; il s’excusa. Soudain, j’ai compris: je devais me calmer, non, ce n’était pas le tueur que j’avais devant moi, non…

Quarante jours se passent. Si Mourad me voyait. . . (mais il me voit, bien sûr, il me suit dans mes allées et venues), il ne s’étonnerait pas. Je travaille, je me rends au lycée, exactement comme Mourad l’aurait prévu. Mon garçon adolescent, je lui parle, je l’entoure, je veux le sortir de son mutisme – j’y réussis parfois.

Les cours, je les assure comme à l’ordinaire, sauf les quatre jours qui ont suivi les funérailles – une jeune collègue m’a remplacée alors.

(dans Oran Langue morte)

Nous avons lu pour vous quelques livres de Assia Djebar:

couverture édition originale

couverture édition originale

Djebar Assia Les enfants du nouveau monde, Points Julliard 1962, 273 p.

Souvenirs tressés de plusieurs femmes à Cherchel, décrits vers 1956, avec le motif de l’enfermement/ conquête de liberté pour les femmes. Le père de Lila, Rachid, qui émigre pour être libre et apprend la liberté à sa fille est un point très fort (chapitre 6 fin). La guerre est le quotidien : dans la montagne au loin, dont on entend parler mais qu’on n’entrevoit qu’à la fin, presque chaque jour on voit le « spectacle » : celui des bombardements. En contre partie l’incendie de la ferme de Ferrand, qui se fera indemniser, ou de batiments urbains. Pour les ados, « monter » à la montagne est une facination, y compris pour la jeune femme, qui achète des pataugas et va réellement avec le groupe qui chemine de ruines fumantes en troupeaux de chèvres. A la ville, celle qui a fait la pute avec les

Réédition

Réédition

français est tuée par son frère ado, reproduisant un vieux schéma familial. Description des bistrots français et arabes face à face sur la place. Entrecroisement des deux sociétés où chacun connaît l’autre, mais où les arabes connaissent bien plus les français que l’inverse. La guerre en ville au quotidien, c’est les ratissages, c’est les réseaux de messages, localement ou avec Alger et la France, où les femmes sont en même temps prises entre enfermement et vie libérée par les études, le travail ou la prostitution. Mais aussi entre couple sans cesse menacé et solitude subie ou assumée.

Unknown-3Nulle part dans la maison de mon père, 2007, Babel / Fayard, 452 p.

« Roman », autobiographie d’enfance et d’adolescence, entre l’école primaire et la maison du père instituteur (appartement dans un village de colonisation à ½ heure de car de Blida), la maison de la grand-mère maternelle à Cherchel (Cesarea), l’internat du collège public de filles de Blida. Document d’une finesse exceptionnelle, autour de l’institution scolaire coloniale, sur l’entre deux des deux « communautés » inégales, où les arabes savent tout des européens et beaucoup moins l’inverse. La valorisation du monde (francophone) de liberté des européens, mais aussi du monde (en arabe urbain), secret pour ces derniers, de la bourgeoisie urbaine de Cherchel. L’intime en ces années 1942-53, entre le père et la fille, se dit en français, sauf en arabe quand éclate la colère du père parce que sa fille pour apprendre à monter à velo doit montrer ses jambes dans la cour de l’école, ce sur quoi il jette un interdit absolu. En français Unknown-4
aussi les quelques mots échangés du « flirt » entre les deux ados lors des répétitions de l’opérette Les Cloches de Corneville pour la fête commune au lycée de garçons et au collège de filles de Blida.

Encore le jeu entre les deux langues dans le surgissement du « fiancé » de 1953, dont le prestige de « medersien » est de tenir les secrets de la vraie poésie arabe. L’héroïne ne se permet avec lui que des bribes de jeu amoureux en français, en rèvant d’un futur où c’est en arabe qu’ils accéderont plus tard au plaisir. La ville d’Alger est le personnage central de cette fin du roman, où la mère aussi bien que la fille découvrent la liberté de vivre anonymement, c’est-à-dire tant qu’elles n’ouvrent pas la bouche, d’être les égales et les sosies des européennes, rabattues vers un statut de putes si ainsi vêtues elles osent parler en arabe.

Biographie

1 Tahar, Bahia, leurs 2 enfants et Maurice, le fils d'amis  françaisAssia Djebar naît en 1936 dans une famille de la bourgeoisie traditionnelle algérienne. Son père, Tahar Imalhayène est un instituteur (issu de l’École normale d’instituteurs de Bouzaréah à Alger) originaire de Gouraya. Sa mère, Bahia Sahraoui, appartient à la famille des Berkani (issue de la tribu des ait Menasser du Dahra), dont un aïeul a combattu aux côtés d’Abd El-Kader et l’a suivi en exil. Cette famille maternelle réside à Cherchell (que Assia appelle dans ses textes de son nom romain, Cesarea). Assia Djebar passe jusqu’en 1946 son enfance à Mouzaïaville (Mitidja), dans l’appartement attribué par l’école de garçons à son père. Elle étudie à l’école française de filles voisine en même temps que dans une école coranique privée, où seules deux filles se mêlent aux

classe de Tahar, 1942

classe de Tahar, 1942

garçons. À partir de 10 ans, elle est interne au collège de Blida, où elle apprend le grec, le latin et l’anglais et fort peu l’arabe classique. Elle est la seule agérienne de sa classe (une vingtaine d’autres filles algériennes du collège sont en section « moderne »). Elle obtient le baccalauréat en 1953 puis entre en hypokhâgne au lycée Bugeaud d’Alger (actuel lycée Emir Abdelkader), au moment où son père est nommé instituteur à Alger.

En 1954, son père accepte qu’elle entre en khâgne au lycée Fénelon (Paris), juste au moment où commence la guerre d’Algérie. L’année suivante, elle intègre l’École Normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, où elle choisit l’étude de l’histoire : aucun enseignement de littérature arabe n’était proposé. Elle est la première Algérienne et la première femme musulmane à intégrer l’École. À partir de 1956, elle décide de suivre le mot d’ordre de grève de l’UGEMA, l’Union générale des Étudiants musulmans algériens, et ne passe pas ses examens, à la suite de quoi elle est exclue de l’école de Sèvres. C’est à cette occasion qu’elle écrit son premier roman, La Soif (1957). Pour ne pas choquer sa famille, elle adopte un nom de plume, Assia Djebar; Assia, la consolation et Djebar, l’intransigeance. Elle épouse en 1958 l’écrivain Walid Carn, pseudonyme de l’homme de théâtre Ahmed Ould-Rouis puis quitte la France pour la Tunisie, où elle travaille comme journaliste avec Frantz Fanon. Elle mène des enquêtes dans les camps de réfugiés algériens. Elle rencontre Kateb Yacine. Elle prépare, sous la direction de Louis Massignon, une « maîtrise » d’histoire (Tunisie du XIIe siècle).

À partir de 1959, elle enseigne l’histoire moderne et contemporaine du Maghreb à la Faculté des lettres de Rabat, dont le doyen est alors Charles André Julien, qui était son professeur à la Sorbonne. Le 1er juillet 1962, elle retourne en Algérie, envoyée par Françoise Giroud, directrice de L’Express, pour faire un reportage sur les premiers jours de l’Indépendance.

Enseignant à l’université d’Alger, elle est la seule à dispenser des cours d’histoire moderne et contemporaine de l’Algérie. En 1965, la question de la langue de l’enseignement se pose : en histoire comme en philosophie, l’arabe littéraire est imposé, ce qu’elle refuse. Elle quitte alors l’Algérie pour la France. En 1965, elle adopte avec son premier mari Walid Garn (pseudonyme de Ahmed Ould-Rouis), un orphelin, Mohamed Garne. De 1966 à 1975, elle réside le plus souvent en France (en 1967-68 avec l’aide d’une bourse de l’UNESCO), et séjourne régulièrement en Algérie. Elle épouse en secondes noces Malek Alloula, dont elle se sépare par la suite.

En 1974 elle retourne à l’Université d’Alger pour y enseigner au Département de français (littérature, cinéma). Elle mène aussi des recherches sur les structures familiales des migrants algériens vers la France.

tournage du film

tournage du film

Pendant une dizaine d’années, elle délaisse l’écriture pour se tourner vers le cinéma. Elle réalise deux films, La Nouba des Femmes du Mont Chenoua en 1978, long-métrage reçu de façon conflictuelle en Algérie qui lui vaudra le Prix de la Critique internationale à la Biennale de Venise de 1979, puis le court-métrage La Zerda ou les chants de l’oubli en 1982. De 1983 à 1989 elle siège au conseil d’administration du Fonds d’action sociale [émigration vers la France]. De 1985 à 1994 elle travaille au Centre culturel algérien de Paris; elle y organise, entre autres, un colloque sur l’œuvre de Mohammed Dib.

1993 – 1994.  Les assassinats en Algérie frappent ses proches: Tahar Djaout ; Mahfoud Boucebci, M’Hamed Boukhobza, Abdelkader Alloula

Son père meurt en 1995, elle va à Alger. Puis, à son retour, elle accepte la direction du Centre francophone de l’université de Baton Rouge, en Louisiane. Elle se partage désormais entre la France et les Etats-Unis où elle assure des conférences et des lectures.

Elle enseigne à compter de 2001 au département d’études françaises de l’université de New York. En 1999 elle soutient, à l’université Paul-Valéry de Montpellier 3 une thèse sur son œuvre. La même année, elle est élue membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

48 Assia-Djebar-académicienne 22000.  Elle monte au Teatro di Roma  l’opéra écrit l’année précédente: Figlie di Ismaele nel Vento e nella Tempesta. 

En 2005, elle est élue à l’Académie française, succédant à Georges Vedel, juriste. Très vite la maladie réduit ses capacités d’écriture. Elle est docteur honoris causa des universités de Vienne (Autriche), de Concordia (Montréal), d’Osnabrück (Allemagne). Elle meurt le 6 février 2015 à Paris.

Les œuvres d’Assia Djebar ont été traduites en 21 langues.

  • Nulle part dans la maison de mon père, Éd. Fayard, Paris, 2007, 407 p. (roman)
  • La Disparition de la langue française, Éd. Albin Michel, Paris, 2003, 306 p. (roman)
  • La Femme sans sépulture, Éd. Albin Michel, Paris, 2002, 219 p. (roman)
  • Figlie di Ismaele nel Vento e nella Tempesta, opéra joué à Rome et Palerme
  • Ces voix qui m’assiègent: En marge de ma francophonie, Éd. Albin Michel, Paris, 1999, 272 p. (essai)
  • Les Nuits de Strasbourg, roman, Actes Sud, 1997
  • Oran, langue morte, Éd. Actes Sud, Paris, 1997, 380 p.  (nouvelles)
  • Le Blanc de l’Algérie, Éd. Albin Michel, Paris, 1996, 250 p. (récit)
  • Vaste est la prison, Éd. Albin Michel, Paris, 1995, 351 p. (roman)
  • Loin de Médine, Éd. Albin Michel, Paris, 1991, 314 p. (roman)
  • Ombre sultane, roman, J.-C. Lattès, 1987
  • L’Amour, la fantasia, J. C. Lattès/Enal, 1985 (avec les trois ouvrages suivants ce roman forme son « quatuor algérien »)
  • Femmes d’Alger dans leur appartement, nouvelles (1980)
  • Rouge l’aube, théâtre (1969)
  • Poèmes pour l’Algérie heureuse, poésie (1969)
  • Les Alouettes naïves, Éd. Julliard, Paris, 1967 (roman)
  • Les Enfants du Nouveau Monde, Éd. Julliard, Paris, 1962 (roman)
  • Les Impatients, Éd. Julliard, Paris, 1958 (roman)
  • La Soif, Éd. Julliard, Paris, 1957 (roman)

Sur Assia Djebar:

Algérie Littérature/ Action, revue trimestrielle, n° 187-190, Janv.-avril 2015, N° spécial Assia Djebar (entre autres « Territoire des langues », entretien avec Lise Gauvin, p. 35-48, publié en 1997)

Mireille Calle-Gruber, Assia Djebar, ADPF, Paris, 2015 (entre autres in fine dossier iconographique, chronologie, bibliographie).

Voir aussi le site http://cercledesamisassiadjebar.jimdo.com

Assia Djebar au Mirail, Toulouse

affiche du spectacle

affiche du spectacle

Assia Djebar au Mirail, Toulouse

Vendrddi 23 octobre, la librairie La renaissance, au métro Basso Cambo, a accueilli à Toulouse le spectacle reconstituant la vie et l’oeuvre de l’auteure , morte en février 2015.

C’était le premier des trois jours de la session internationale à Toulouse de l’Association ARP/Philo, sur le thème de l’Etranger (apprentissage citoyen de la parole et de l’écoute), accueillant des stagiaires des trois pays du Maghreb, qui ont participé au spectacle. C’était aussi la première présentation en librairie du livre de La blonde au bled, Une jeunesse kabyle.

images-2Assia Djebar, académicienne françaiseUn carousel de 50 images évoquant l’écrivaine illustrait deux extraits sonores de son récit de vie (recueilli par Laure Adler). Depuis des mois l’équipe de Coup de soleil a étudié les écrits de Assia Djebar, sélectionné des extraits. Avec l’aide d’un metteur en scène, Daniel, une dizaine d’entre nous a appris la diction, pour « préserver » chaque mot, chaque lettre. Au total huit textes ont été lus, dont deux en duo, un en trio. Le spectacle, dont l’entre-acte était agrémenté de thé et de makrouds, durait deux heures. Nous étions quelque 70 dans l’amphithéâtre de la librairie. Le dossier de ce spectacle est peu à peu disponible http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/lire-ecoutervoir/ Le video présenté en séance est lisible sur http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1308

amphithéâtre de la librairie La renaissance

amphithéâtre de la librairie La renaissance

littérature algérienne à la Librairie Biffures, 14 mai 2019 19h

Nous avons écouté des lectures de textes, discuté sur les écrivains… et notez l’adresse: Librairie Biffures, 22 Avenue Jean Rieux Toulouse

Ecrivains sélectionnés:

Yahia Belaskri (Les fils du jour): La conquête de l’Algérie et la saga d’une tribu des hautes plaines entre Tlemcen et la frontière marocaine http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/06/23/2083/

Anouar Benmalek (L’année de la putain): la société algérienne actuelle (voir le texte: http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/16/anouar-benmalek-lannee-de-la-putain-lecture-a-toulouse/

Assia Djebar: un hommage à une écrivaine disparue qui montre dans une Algérie coloniale la famille d’un instituteur prise entre modernité et traditions (voir notre dossier antérieur contenant le texte « La carte postale » http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/?s=assia+Djebar

Brigitte Giraud: La guerre d’Algérie, un point de vue original

Faïza Guène (millenium blues) : Le monde du XXIe siècle pour une jeune femme française « issue de l’immigration »

Zahia Rahmani : Les harkis et leurs enfants

Alice Zeniter (L’art de perdre) : Les harkis et leurs enfants (voir les textes: http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/16/alice-zeniter-lart-de-perdre-en-lecture-a-toulouse/

Décennie noire, quelle mémoire, quel journalisme ?

Le thème de cette 6eme édition des Journées culturelles franco-algériennes de Toulouse, organisées par les Amis d’Averroès est la « décennie noire », les années 1990 en Algérie.

Déjà la séance inaugurale du 1er octobre a remémoré cette période sombre…

Grâce aux notes prises sur son carnet par Anne-Lise Verdier (textes et croquis… voyez ce que cela donne sr son site web : https://anneliseverdier.jimdofree.com/illustrations/carnets/ 

) nous disposons des éléments essentiels de cette séance.

Extraits des carnets de Anne-Lise:

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[Georges Rivière était un des intervenants] : 93/94 ont été des années terribles. La mort frappe à toutes les portes. Combat des femmes, des berbères. A l’aube de la vraie libération, la revendication islamiste capte la société sur fond de chômage, d’injustice sociale… 22 mars 94, Grande manif des femmes.AYDA= AOUDA = « Le retour ». Création en 93. Combat contre l’islamisme, arrivée de copains algériens militants, qui ne sont pas là pour rester.

[On a retrouvé aussi les fondateurs de l’association AYDA, mouvement de solidarité et d’accueil en France des victimes algériennes

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du terrorisme, entre autres avec Irène Corandin, très active dans les milieux féminins].AYDA veut aller plus loin que  leComité international de soutien aux intellectuels algériens, fondé par Bourdieu, à Paris … (À côté de AYDA il y avait aussi une association féministe…). Notes sur Irène : Irène a retrouvé un document du collectif qui soutenait les femmes algériennes et qui rend compte des actions année par année. Ce collectif était soutenu par l’APIAF, par LA GAVINE et par le groupe SIMONE de l’Université du Mirail.
San Egido : Ils sont tous assis à la même table. Et au bout du compte ce sont les femmes qui vont en faire les frais.
(Dans ce) livre il y a les récits des enfants reçus en Ariège.

En 97 il y a la remise en question avec les photos de la madone de Bentallah : Non les femmes ne sont pas des « Mater Dolorosa » !

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(Lire) ASSIA DJEBAR le blanc de l’Algérie, le non-su, le non-écrit, le non-raconté… La fin des années 90 c’est le blanc qui revient pour l’histoire des femmes en Algérie (Elles disparaissent du champ de vision)

[Nazim Mekbel a présenté son site d’information https://ajouadmemoire.wordpress.com consacré à la récupération des informations sur les victimes d’assassinats de cette période]. « En 2010 je cesse de parler de mon père uniquement, j’attaque le travail de mémoire comme pour la Shoah ». On a pris comme date le 22 mars ; AJOUAD est le nom d’une piece d’Abdelkader Alloula, journée de la mémoire chaque 22 mars. Oran, journée musicale, à Alger ; conférence, à Montréal…on n’oublie pas. Notre travail est important car actuellement il y a falsification de l’histoire. On prétend que les services secrets sont à l’origine de tous les morts. Journée contre les victimes du terrorisme ( !)  Il montre un petit film sur l’amnésie où une jeune fille morte pendant la décennie noire parle à sa mère (en fait c’est un fantôme). L’amnésie n’est pas la solution. Nazim a collecté tous les articles de presse relatant les assassinats et les exactions islamistes dans les années 90. (Montre des diapositives) Groupes paramilitaires du FIS qui s’entraînent pour partir en IRAK, Polices islamistes paramilitaires des 1990.… Bagarre autour d’une mosquée pour voir quelles tendances va s’en emparer. Attaque terroriste contre une gendarmerie AVANT les législatives 90/91. Ils annoncent leur programme (Interdiction des partis laïques, suspension de la constitution…)

Le chiffre de 200 000 morts est sans doute excessif : Les disparus seraient entre 10 000 et 15 000,enlevés par les islamistes, femmes enlevées (5000) mais les familles n’en parlent pas. On rejette leur filles, épouses… (on regrette leur retour)

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Selon Farida Labrèche Nouar, médecin légiste : (un camembert) :En 91 meutres simples… 93 de + en + d’égorgements, 7 à 10 cadavres par jour… De plus en plus de mutilations, les corps servent de messages et choquent l’opinion publique. (voir tableaux statistiques…). En 97à 99 de plus en plus de victimes dans le milieu rural car les islamistes dans les camps, libérés, sont partis au maquis. Des mecs se retrouvent au maquis mais ne sont pas du coin donc ils se servent en bouffe, en bétail … et en femmes.

Attentat piège pour appater et piéger l’armée. Bentallah pourrait être ça. L’Armée qui ne veut pas intervenir pour ne pas se faire piéger, rêglements de comptes entre islamistes et familles de Bentallah. Le massacrec de Remka := 1000 personnes tuées. Or en dessous de 1000 tués l’ONU ne peut pas intervenir. Le massacre de Remka a été caché.

Il y aurait plutôt 1000 000 morts et pas 2000 000. Mais le chiffre de 2000 000 est une chiffre gardé pour montrer que l’Etat Algérien n’assume pas.

 

Ce 10 octobre, au même espace Diversité laïcité de Toulouse (38 Rue d’Aubuisson), un angle particulier de la décennie noire algérienne est repris : « La presse française et la décennie noire en Algérie (1990-2000), entre information et désinformation ».  Avec  Mohamed Kechidi  (économiste à l’Université Jean Jaurès de Toulouse) comme « modérateur », quatre intervenants ont une expérience de journalistes. Pierre Barbancey, né en 1962, est journaliste à l’Humanité où il a « couvert » l’information sur la Méditerranée. Pour ce même journal Francis Pornon https://www.francispornon.fr/biographie, ex-professeur de philo « coopérant militaire » en Algérie pendant deux ans vers 1970, a publié en 1998 un reportage sur l’Algérie, suite à un voyage de plusieurs semaines dans ce pays en guerre. Lors d’échanges postérieurs, il me rappelle que « la bataille des idées qui eut lieu en France à propos de l’image de l’Algérie d’alors, cachait l’enjeu du virage des objectifs socialistes vers un libéralisme, lequel fut facilité par l’attaque islamiste contre la démocratie. Le spectacle de la ruine du parc d’exposition des réalisations socialistes, alors que des mosquées flambant neuves s’élevaient et aussi qu’avaient lieu un grand salon commercial, en disaient long dans mon reportage.» Areski Metref https://fr.wikipedia.org/wiki/Arezki_Metref  est un journaliste algérien vivant en France depuis 1993, moment où il découvre le monde de la presse française. Georges Rivière, graphiste, entre en journalisme dans le tourbillon de l’association AYDA, où il crée l’éphémère périodique ASMA après avoir « couvert » pour Le monde libertairela manifestation des femmes d’Alger de mars 1994. Ce Français vit en Algérie depuis 2014.

Un consensus apparaît parmi les intervenants : en France la « décennie noire » opposait au sein de la gauche « conciliateurs » (globalement favorables à une ouverture politique du gouvernement algérien en direction du Front Islamique du Salut (FIS) vainqueur du premier tour « confisqué » des élections législatives de 1991) et « éradicateurs » (défenseurs d’une laïcité stricte interdisant au FIS toute action, ce dernier étant seul responsable du terrrorisme qui va ravager l’Algérie pour près de dix ans). Les intervenants considèrent que c’est sciemment que les grands médias de l’establishment de la  « gauche non communiste » (Le Monde, Libé, Nouvel Obs, France Inter) ont pesé sans impartialité en faveur des « conciliateurs ». N’est-ce pas dessiner là une vision d’un monde où les vaiqueurs de la guerre froide, Etats-Unis en tête, veulent écraser les « progressistes », anciens alliés d’une Union Saviétique qui vient de s’effondrer ?

Les échanges entre intervenants, puis avec la salle, permettent de dépasser ce panorama, qui rappelle les discussions violentes en France à l’époque, entre autres au sein de AYDA. Rappelons d’abord ce qu’on ne savait pas clairement à l’époque, ni en Algérie ni en France : le régime politique algérien, sur le long terme, est « une démocratie de façade [sous] un commandement militaire » (voir le vidéo publié par nos amis lyonnais https://www.youtube.com/watch?v=wQkxNEREb9I). Et soulignons à quel point l’intelligentzia algérienne, sur le long terme, est intimement liée à son homologue de la gauche française : à la coopération post-coloniale vers l’Algérie répond l’accueil en France des Algériens menacés chez eux pendant la décennie noire, mais il faudrait replacer cet accueil dans un temps plus long, en évaluant aussi ce que représente cette diaspora par rapport aux accueils dans d’autres pays que la France.

Les témoignages montrent comment en France il fallait lutter contre la vision d’une Algérie « sauvage », contre une vision purement policière du conflit qui empêchait de voir son contenu politique. Areski rappelle comment son travail pour la revue Politis était rendu difficile par la certitude de certains collègues français de mieux percevoir que lui la situation politique algérienne. Rivière rappelle que la revue Asma, qu’il a animée, a réussi à publier « sur les deux rives » ses numéros, qui forment une archive précieuse. Cette revue toulousaine a eu un « petit frère » parisien encore plus éphémère. En 1991-95 Algérie républicaine a aussi réussi à paraître « sur les deux rives ». G. Rivière insiste sur ce que fut la résistance au jour le jour en Algérie contre les interdits islamistes qui visaient plus que d’autres les femmes.

Lors de cette séance passionnante, je me trouve assis enre deux personnes qui ont le crayon à la main : Gyps, qui écoute attentivement et sourit souvent, dessine. Anne-Lise, elle, alterne dessin et prise de notes… C’est avec plaisir que nous rendons compte de ces débats : les Amis d’Averroès n’ont pas de site web auprès de qui vous adresser et nous leur servons un peu de mémoire au sein de notre communauté toulousaine… par exemple http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/10/13/3e-journees-franco-algeriennes-de-toulouse/

 

On peut écouter cette table ronde : http://www.canalsud.net/?La-presse-francaise-et-la-decennie

Vingt ans après, à Montpellier

Les vingt ans de notre grand frère montpelliérain  est un peu notre propre affaire. Nous sommes solidaires, dans des milieux différents. A Perpignan, contrer l’extrême droite est une affaire de tous les jours pour l’équipe de Coup de soleil appuyée sur le lycée. A Toulouse, notre visibilité ne se fait que peu à peu dans un milieu associatif très varié où les vieux militants « algériens » côtoient les nombreux « marocains » d’implantation plus récente. A Montpellier et autour, l’intelligentzia franco-maghrébine s’appuie plus qu’à Toulouse sur les milieux universitaires, mais aussi sur l’attrait de la Méditerranée. Dans toute l’  « Occitanie » qui nous réunit, on trouve les racines des « 4 ACG » (les anciens « appelés » qui versent leur pension d’anciens combattants pour des projets de développement, tant en Algérie qu’en Palestine), la mémoire des camps où les harkis furent logés là où avaient été internés républicains espagnols ou juifs allemands. C’est en notre nom à tous que Marc Bernard raconte notre pain associatif quotidien.

« Pour les 20 ans de votre association Montpelliéraine je veux saluer Coup de Soleil et nos petites  » sections » de province qui, avec une tranquille obstination, lancent des passerelles de fraternité et combattent résolument le racisme, la xénophobie, le mépris, le rejet, la haine. 

Il faudrait raconter le lent travail de bénévolat, de réunions parfois fastidieuses, de patiente insistance pour rentrer dans les bibliothèques publiques et les librairies, pour animer d’obscures soirées de cinéma aux publics parfois maigres. Il faudrait aussi dire les joies des coups réussis, des salles pleines, des livres partagés.

Il faudrait dire ce que tout cela demande de courage à nos adhérents et adhérentes, la plupart du temps sans argent et sans soutien pour maintenir ces barrages culturels contre la montée européenne et même mondiale des nationalismes d’exclusion. Mais cela vous le savez déjà.

Nos sections de province de Coup de soleil font partie de ces milliers d’associations de terrain qui ne renoncent pas. Loin des grands raouts institutionnalisés, nos sections, pour tracer leurs routes, assurent à leurs adhérents et adhérentes une démocratie directe, la transparence de leurs comptes, des comptes rendus de réunions, des décisions prises au consensus ou au moins avec de fortes majorités. Chacun et chacune y a voix au chapitre et peut s’appeler « ensoleillé(e)s », quelque soit son origine, ses moyens financiers ou son histoire. 

Mais pour cela Coup de Soleil s’appuie sur les compétences de tous ses membres, qu’elles soient littéraires, cinématographiques, artistiques, informatiques, linguistiques ou administratives. Nos sections ont besoin de tous leurs associé(e)s.C’est la seule condition pour que demain Coup de soleil se renforce et gagne petit à petit le combat culturel de l’ouverture à l’autre. 

Dans notre pays qui accepte aujourd’hui l’ouverture des archives avec la reconnaissance de l’affaire Audin mais qui refuse l’accueil des réfugiés de l’Aquarius dans le port de Marseille, nous avons besoin de Coup de Soleil et l’exemple de cet anniversaire des 25 ans à Montpellier nous en apporte la confirmation ».

Nous avons d’abord vu le DVD qui conserve la mémoire des fondateurs de Coup de Soleil à Montpellier [Aux origines de l’Association Coup de soleil en Languedoc Roussillon, 2018, 54 minutes, un film de Nancy et Philip Barwell, Association d’amitié franco-algérienne BRAKA]. C’est une grande première dans notre Association Coup de soleil que de tenter. Elle sait grâce à cela, qu’elle doit, à Paris comme « en région », seulement au prix de la bonne volonté des anciens, savoir ce qu’elle fut pour avancer dans notre présent difficile. Il importe de rappeler l’essentiel de ce que l’on apprend grâce à ce DVD: c’est au sein du milieu universitaire montpelliérain que l’initiative majeure fut de se donner les moyens d’accueillir des femmes et des hommes de l’intelligentzia algérienne qui ne pouvaient que fuir la « décennie noire » de leur pays. Ainsi ont été organisées les trois Universités d’été  en 1994-97, à l’origine de la section montpelliéraine, grâce à Georges Morin et avec Roland Perez « au charbon ». On y apprend aussi qu’une association est en péril quand manque l’accord d’une poignée de militant(e)s : c’est ce qu’a su rassembler Michèle Rodary pendant une quinzaine d’années, avant d’être relayée tout récemment.

Puis après un buffet convivial, c’est dans ce lieu magique qu’est la cour de l’Espace Martin Luther King de Montpellier, avec son immense platane, que nous avons écouté la conférence de Naget Khadda, professeure émérite de l’Université de Montpellier, qui vit de nouveau à Alger: « L’évolution de la littérature maghrébine de ces 20 dernières années ». Pour beaucoup d’entre nous, lecteurs de tant de livres, entre autre pour le prix littéraire « coup de cœur » que l’équipe montpelliéraine anime depuis 2005, cette littérature est une passion au jour le jour. Naget nous a permis de resituer nos lectures dans un cadre d’ensemble, principalement algérien. C’est à partir de l’explosion politique de 1988 à Alger que des écrivains ont questionné la forme romanesque, avec l’usage du fantastique, qu’ils ont questionné le religieux dans la société algérienne. Cette littérature prend visage à Alger avec deux personnages fondateurs : Mohamed Dib et Assia Djebar, dont les noms sont actuellement porteurs de deux prix littéraires trilingues (arabe, berbère, français). Cette littérature au départ est francophone et portée par des éditeurs français, qui ont accepté des mélanges de poésie et de contestation. Sa langue actuelle est de plus en plus métissée avec le mélange du français, de l’arabe savant et de la darija (arabe parlé populaire en principe non écrit). Dans les romans « arabes », les récits et descriptions sont plus « littéraires », les dialogues plus « populaires ». Les deux principales maisons d’édition algérienne sont chacune aux mains d’un couple, mais de nombreux petits éditeurs ne cessent d’apparaître et de disparaître. La coupure entre deux littératures, l’une arabophone et l’autre francophone, s’estompe avec des traductions croisées. Les thèmes sont liés à la critique familiale, sociale et politique née de l’expérience du terrorisme. Parmi les auteur(e)s, les femmes sont nombreuses, comme les personnes qui pratiquent l’écriture littéraire après des parcours professionnels de toute autre nature.

Enfin, sans nous déplacer, nous avons terminé la journée avec les musiques méditerranéennes, qu’Emmanuelle Bunel nous a chantées accompagnée par Vincent Crépin : de vieux textes en espagnol, en turc, en arabe, en hébreux, en italien. Merci aux amis de Montpellier

Claude Bataillon

Wassyla Tamzali, une histoire autobiographique

Wassyla Tamzali en lecture

Wassyla Tamzali en lecture

Education algérienne, de la révolution à la décennie noire, Wassyla Tamzali, Gallimard- Témoins, 2007, 260 p.

Souvenirs tressés dans la langue exceptionnelle de cette femme qui sort de l’adolescence avec l’indépendance algérienne, née d’une bonne famille qu’elle décrit avec nostalgie et saveur. Le titre rappelle ce livre très dur, Education européenne, de Romain Gary (les partisans dans la seconde guerre mondiale en Europe orientale).

La première partie, la plus longue, cible la politique des premières années de l’Algérie indépendante, vue par une fille de la « haute » prise à 20 ans dans ce nouveau pays qui pour elle est une communauté fraternelle dont elle découvre lentement qui sont les « grands frères », ceux qui occupent le pouvoir et en jouissent, eux les hommes francophones, en laissant leur part du butin aux petits cadres ruraux plus machos encore qu’eux, pieux, ignares, parlant darija, qui peu à peu vont devenir la machine intégriste dominante et tolérée par la caste militaire de ces grands frères.

Vient en seconde partie, La maison pourfendue, un récit qui tourne autour de la maison familiale dans l’arrière pays de Bejaia, avec des souvenirs échelonnés, depuis le départ familial au sein de la guerre d’Algérie jusqu’à la retrouvaille, après la longue période de confiscation révolutionnaire, de la ruine « rendue » aux Tamzali, mais occupée par les familles misérables qui y ont squatté.

La troisième partie est une réflexion sur la violence des « années noires », mise en miroir avec la violence originelle constitutive de l’Algérie née d’une guerre d’indépendance confisquée dès 1956 par ceux qui n’aiment pas les femmes, les jeunes, les intellectuels.

La dernière partie revient sur les origines familiales de Wassyla : Stambouliotes d’un côté, Valenciens (el fornero) de l’autre, entre puissants descendants de rais et paysans pauvres. Cette algérienne francophone souligne (p.247) : « étrange affaire que celle de ne parler ni sa langue maternelle ni sa langue paternelle, et d’avoir une langue étrangère, le français, comme langue première ».

Ce n’est donc ni un récit chronologique, ni une réflexion thématique simple. D’où mon choix de relever quelques points forts qui m’ont particulièrement frappé, en lisant tardivement ce livre dont mes amis me disaient depuis longtemps qu’il est fondamental.

Wassyla Tamzali

Wassyla Tamzali

Les langues : « Les uns et les autres s’appellent ya kho, « mon frère », un de ces petits mots arabes qui s’accrochaient au français, que tout le monde parlait, plus ou moins bien, mais spontanément, en roulant les r. Les r bien roulés affirmaient une identité que l’usage presque exclusif du français mettait en péril. Le parler guttural était un signe d’appartenance à l’idéologie dominante […] Au premier congrès de l’Union nationale des étudiants algériens (octobre 1962) la question de la langue est mise au vote : ce sera le français [… avec un seul opposant] « camarade, tu es démocrate, tu dois accepter le vote »… D’accord, mais alors en roulant les r- pourquoi ?- Ca fait plus viril » (p 42- 43). « Plus d’une fois un ami a changé de ton devant moi et s’est mis à rouler les r au téléphone avec un interlocuteur qui était sans doute un responsable politique qu’il fallait flatter ou un subordonné qu’il fallait circonvenir. […] Avec le temps, ceux qui roulaient vraiment les r nous ont mangés tout crus »…

(p. 58 ): Hamadi Essid à Sidi Bou Saïd « tu ne peux pas imaginer ce que tu perds en ne lisant ni ne comprenant l’arabe… la poésie si grande, le Coran est intraduisible ! » Lui seul me donnait la mesure de ce que je perdais et me laissait entrevoir la richesse de ce que serait une culture arabe vivante. Lui seul, car chaque fois que je rencontrais un des laudateurs de cette langue, je me réjouissais d’avoir échappé à la chape mortifère qui recouvrait leur pensée.

[ma] tribu…[les intellos de gauche] celle que j’ai rejointe à la fin des années 1960, déçue par ma tribu d’origine et par celle des révolutionnaires au pouvoir, les « grands frères ». Hommes et femmes ensemble, dans ce pays qui pratique la ségrégation sexuelle ; francophone, dans un pays qui avait déclaré la guerres aux séquelles du colonialisme […]

 Histoire et mémoire […] les guides de la nation nous conviaient, nous donnant le baptême du jour, comme les prêtres l’hostie. […] Ils avaient vite mis la main sur l’histoire algérienne. Elle était devenue une entreprise nationale, comme le pétrole, les terres [etc]. Plus grave encore, la guerre de libération, qui appartenait au peuple algérien, était mise sous haute surveillance […] Les survivants avaient pris la parole aux morts, et le pouvoir sur les vivants. […] p81 : les pages de notre journal envahies par des références aux héros d’un passé poussiéreux ; pas Ferhat Abbas, ni Aït Ahmed, Abanne Ramdane [ni] Aleg, Iveton, Timsit, Maillot […] De ces êtres de chair et de sang, on avait à la va-vite et sans flonsflons mis les noms sur les plaques de nos places et de nos rues […] On se tournait vers des héros moins encombrants […] Abd-el-Kader, Ben Badis, Averroès, Omar Khayyam […] leurs noms étaient utilisés comme des bonbons qu’on suce pour faire passer un mauvais goût, le goût de la culture française.

Se souvenir de la guerre d’indépendance : (p. 104- 105) : Vingt ans après, le Milk-Bar était devenu le rendez-vous de la drague de l’après-midi. Personne ne voulait se souvenir de ce temps, à part quelques reconstitutions en carton-pâte et des cérémonies officielles … Des Français venus en Algérie au moment de l’indépendance s’émerveillaient d’être bien reçus… Magnanimité du pardon ? Maturité ? N’était-ce pas plutôt que le peuple algérien zappait son histoire ? … Plus que les violences portées par l’ennemi [nos propres exactions] sont enfouies, refoulées, niées. Chaque maison a eu sa guerre d’Algérie, en filigrane de l’autre, estampillée. (p. 109) A regarder ces films de propagande [montrant les soldates de fiction au maquis], on est saisi du plaisir de voir l’arroseur arrosé : les propagandistes misogynes, piégés par les images fabriquées des soldates, ont dû batailler pendant vingt ans pour obtenir un code de la famille conforme aux traditions obscurantistes qui régentaient leurs vies et celle des maquis.

(p. 194) … L’Algérie restera française comme la Gaule est restée romaine. N’est-ce pas à peu près ce qu’a dit de Gaulle ? Pour une part infime d’elle-même, c’est sans doute vrai. C’est cette part infime qui sert d’interface entre le monde extérieur et l’Algérie. C’est cela qui vous a longtemps trompé, et nous aussi d’une certaine manière. Je fais partie de cette part infime. [conversation à l’UNESCO à propos de la décennie noire]. (p. 209) … Difficile ou pas, il nous faudra un jour apprendre à dire les bons et les mauvais jours pour construire notre histoire. Difficile ou pas, cela se fera. Déjà, la légitimité du pouvoir, principal artisan de notre silence, a sauté en éclat, de même que la fraternité qui cachait le mensonge de la politique. (p. 220) … La violence [islamiste] charriait avec elle les fantômes des jeunes adolescents de 1956. Quel qu’ait été le verbiage idéologique des assassins islamistes de la décennie noire, cette violence n’était autre que celle que nous tenions enfermée dans le secret de notre histoire naissante, au cœur de nos mémoires. Elle ressurgissait à peine masquée, retrouvant les mêmes cibles, les femmes, les jeunes, les intellectuels.

La cinémathèque : au fond de la salle, les loubards bruyants venus, pour pas cher, reluquer les actrices étrangères (en protestant en bons machos). La moitié de devant est « toute » l’intelligentzia algéro cosmopolite venue débattre sur la révolution algérienne, c’est-à-dire sur eux-mêmes. Le jour de 1972 où les femmes du Chenoua de Assia Djebar est présenté, elle se fait engueuler parce qu’elle se permet de faire « son » film au lieu de faire celui de la révolution algérienne, alors que cette privilégiée a la chance d’être la première femme algérienne à faire un film. Devant cette violence, les loubards du fond de la salle se taisent.

L’immobilier révolutionnaire : Les belles demeures pied-noires étaient la cible des vainqueurs. Elles jouaient un rôle important dans l’Algérie libéré et étaient parfois au cœur des tractations politiques et des compromissions. La révolution, c’était aussi ça : prendre possession du vide (p. 62). Sur le même thème voir la maison oranaise dans le film, l’Oranais   et dans le roman de Kamel Daoud Meursault, contre-enquête. Si chaque pied noir en visite mémorielle est bien reçu, c’est aussi parce que sa maison est restée un peu à lui, en raison de l’acquisition presque toujours trouble de la part du nouvel occupant.

Deux portraits :

Germaine Tillion : (p. 86- 87) … J’ai mis du temps à accepter le mouvement de libération des femmes … Je défendais l’indéfendable… l’humiliation que nous subissions… être des mineures à vie… Dans un numéro de Jeune Afrique de juillet 1976, une journaliste donna, à la sortie du livre de Germaine Tillion, Le Harem et les cousins, un bel exemple de ce masochisme collectif … L’anthropologue des Aurès, la grande dame, se jetait dans la bataille. On oubliait qu’elle avait été de notre côté pendant la guerre d’Algérie. La journaliste faisait la comparaison entre une dactylo occidentale dévergondée et une étudiante algérienne vivant harmonieusement sa tradition. Plume mercenaire. Nous l’étions toutes et tous d’une certaine manière. Mea culpa encore. … Comme les jeunes femmes à la Cinémathèque à la projection du film d’Assia Djebar, intellectuelles de gauche pour la plupart, nous n’avions pas échappé au mal profond qui plombait l’Algérie socialiste, un nationalisme exacerbé maintenu contre vents et marées, et contre soi-même…

Rigoberta Menchú : (p. 173) …[à l’UNESCO, lieu de travail de Wassyla] était ma bête noire. Prix Nobel de la paix en 1992, elle faisait le tour des enceintes internationales vêtues de ses habits indiens traditionnels guatémaltèques, un peu comme aujourd’hui Tarek Ramadan, avec ses yeux de velours et sa barbe bien taillée. Elle plaisait aux diplomates, des hommes pour la plupart, toutes cultures confondues, quand elle disait que « le féminisme était la dernière forme de colonialisme ». Jamais elle n’enlevait son costume bariolé, à croire qu’elle dormait avec… Les héros de Sartre et de Fanon, ou plutôt de ceux qui s’octroyaient le droit de parler en leur nom, élevaient la voix contre leurs anciens maîtres. Les leaders du tiers monde, dans des homélies fracassantes – mon pays et Cuba composaient les plus belles- rejetaient sur l’occident toutes les tares du présent. Sans prendre la mesure du temps, les gouvernants vieillis des jeunes pays répétaient leurs sempiternelles litanies, dix, vingt, trente, quarante ans après le départ des colonisateurs… Dans le même temps, des femmes et des hommes de tous les horizons montait le désir de liberté… Les femmes surtout.

Les femmes du Maghreb écrivent, avril 2017, Médiathèque de Roques-sur Garonne

Au Maghreb des livres 2017 à Paris, sur grand écran, Fatima Mernissi

Au Maghreb des livres 2017 à Paris, sur grand écran, Fatima Mernissi

 Souad Benkirane, couverture de son livre: Les quatre saisons du citronier

Souad Benkirane, couverture de son livre: Les quatre saisons du citronier

Kaouter Adimi en signature au Maghreb des livres 2017 à Paris

Kaouter Adimi en signature au Maghreb des livres 2017 à Paris

Samedi 29 avril à 10h30, une séance de lectures et de discussion à la Médiathèque du Moulin, à Roques-sur-garonne http://lemoulin-roques.com/agenda/mediatheque/item/petit-dejeuner-lecture.

On fera parler de Kaouter Adimi, Souad Benkirane, Assia Djebar, Fatima Mernissi et quelques autres écrivaines.

Assia Djebar: Tournage du film Nouba

Assia Djebar: Tournage du film Nouba

Les femmes du Maghreb écrivent, lecture à la médiathèque de Roques sur Garonne

Samedi 29 avril à 10h30, une séance de lectures et de discussion à la Médiathèque du Moulin, à Roques-sur-garonne http://lemoulin-roques.com/agenda/mediatheque/item/petit-dejeuner-lecture. On parlera de Assia Djebar

Maïssa Bey/ Camille Lacoste : mars 2017, Toulouse, Université Jean Jaurès

Maïssa Bey/ Camille Lacoste : Toulouse, Université Jean Jaurès, Journée mondiale des femmes 2017 

Au Centre culturel de l’université (CIAM) dans le théâtre de « La fabrique », en ce jour du 8 mars, le Maghreb est à l’honneur. D’abord l’Association Baraka nous présente son film de témoignage de Maïssa Bey, puis l’Association Coup de soleil nous donne en lecture « à six voix » une présentation de l’œuvre de Camille Lacoste.

pochette du DVD publié

pochette du DVD publié par l’association Baraka

Maïssa Bey, qui « joue » avec art son personnage, c’est d’abord une petite fille qui a douze ans lors de l’indépendance de l’Algérie, qui devient une militante dans son pays, une prof de français à Sidi bel Abbes, qui « tombe dans l’écriture » au moment de la décennie noire des années 1990 et multiplie les publications de témoignages (des autres ou d’elle-même) comme les fictions. Baraka (la_baraka@orange.fr) a donc entrepris de publier en dvd des témoignages croisés sur l’Algérie et la France (déjà en vente : Boualem Sansal).

Camille Lacoste

Camille Lacoste

Camille Lacoste-Dujardin, c’est une ethnologue qui n’a cessé d’être attentive à la vie des femmes maghrébines, avant tout des femmes kabyles en émigration. Coup de soleil-Midi Pyrénées, après avoir « monté » en 2015 une lecture avec l’œuvre de Assia Djebar http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/?s=assia+djebar , a composé pour 2016 une présentation de l’œuvre de Camille Lacoste http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2016/08/13/camille-lacoste-dujardin-lectures-contes-autour-des-femmes-kabyles-toulouse-maison-de-la-diversite-rue-daubuisson-lundi-26-septembre-a-18h-30/ Une première séance a été organisée en septembre 2016, avant celle qui vient d’avoir lieu un semestre plus tard.

 Djaffar: en septembre 2016, le conte "la femme et le lion"

Djaffar: en septembre 2016, le conte « la femme et le lion »

affiche du spectacle de 2015, pour Assia Djebar

affiche du spectacle de 2015, pour Assia Djebar

Camille Lacoste Dujardin,Toulouse, 26 septembre 2016

Camille Lacoste

Camille Lacoste

Camille Lacoste Dujardin, Lectures (contes, autour des femmes kabyles) : Toulouse,  26 septembre 2016. 

Comme nous avons travaillé en 2015 sur Assia Djebar Flyer Camille Lacoste-Dujardinhttp://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/11/24/assia-djebar-un-dossier/ , nous présentons en 2016 le travail d’une anthropologue récemment disparue. Pourquoi la Kabylie? de longue date, juste à côté de la capitale algéroise, les sociétés « traditionnelles » paysannes de langue berbère ont ici profondément évolué, portant à un haut niveau les chocs locaux entre fond « Tamazight », culture musulmane arabophone et culture française introduite plus fort et plus tôt qu’ailleurs. Pourquoi l’émigration à Nanterre? Parce que c’est là que sont venues ces femmes, plus tôt et plus nombreuses que d’autres migrantes. Pourquoi des contes? Parce que c’est la forme littéraire principale d’une culture orale, recueillie par écrit et traduite en français dès le XIXe siècle. Pourquoi Camille Lacoste?  Parce que cette militante a consacré sa vie au conte kabyle et aux femmes kabyles.  Souvenons-nous qu’en mars 2009, à Ombres blanches, Camille Lacoste a été invitée pour présenter son dernier livre: La vaillance des femmes,

Camille Lacoste-Dujardin, Par la lecture de ses écrits

Djaffar raconte: la vieille femme et le lion

Djaffar raconte: la vieille femme et le lion: voir en fin d’article Djaffar acteur de ses contes

 Nous étions une petite cinquantaine réunis Rue d’Aubuisson à Toulouse pour parler de Camille Lacoste Dujardin. La séance a été ouverte par le conteur Djaffar, avec l’histoire de la vieille femme, du fagot et du lion. Mélées au français, des phrases en kabyle que certains dans l’assistance apprécient, voix chaude, formules simples : le conte nous transporte dans les montagnes kabyles. Djaffar nous dira en fin de séance qu’au début des années 1950, quand il était petit enfant, dans son village pendant tout l’hiver était organisée chaque jeudi soir une séance de contes. C’était dans la maison assez vaste d’un de ceux (trois ou quatre) qui pouvaient accueillir tout le monde, avaient du bois pour chauffer la grande pièce et pouvaient faire circuler le panier de figues sèches où chacun puisait à volonté, comme parfois la jatte de lait caillé ou de petit lait. Lui-même petit enfant, comme des hommes adultes, récitaient parfois des contes, tout comme les femmes, et pas seulement les vieilles. Il nous dira aussi ce qu’était la pauvreté, quand sa mère devait surveiller le niveau des provisions : la grande jarre qui contenait le grain avait trois ouvertures superposées et quand on puisait par l’ouverture du bas, c’est que la famine était proche.

le sextuor; avec en fond sur l'écran les livres de Camille Lacoste

le sextuor; avec en fond sur l’écran les livres de Camille Lacoste

Puis le sextuor de ceux d’entre nous qui ont choisi les textes se lève et commence la lecture.

 En ouverture

Camille Lacoste, morte en janvier 2016 à 86 ans, est une ethnologue qui a écrit sur le monde kabyle algérien, sur la condition des femmes maghrébines en émigration comme au pays d’origine. Etudiante parisienne en géographie, elle va faire au Maroc son premier travail de terrain en compagnie de son futur mari Yves Lacoste. Elle comme lui ont, par leur famille, des attaches avec ce pays. Puis elle s’initie à l’ethnologie : débutante, elle a été frustrée d’une recherche à peine amorcée en Kabylie en 1953, lors de son arrivée à Alger. Quand commence la « guerre d’Algérie » fin 1954, toute recherche de terrain devient impossible. En 1955, Camille rentre à Paris et apprend le berbère. Son travail d’ethnologue se fait à partir des textes de contes kabyles écrits à partir des traditions orales recueillies depuis la fin du XIXe sicle. Pourquoi des contes? Parce que c’est la forme littéraire principale d’une culture orale, recueillie par écrit et traduite en français. Mais en 1969-74 elle « fait du terrain » auprès de femmes kabyles de Paris et de sa banlieue, et en rendant visite au village de sa principale informatrice dans les années 1972. Puis elle ne cesse d’approfondir l’étude de l’évolution vers la modernité de ce Maghreb, en particulier à travers les relations qui se tissent entre mères et filles et ne cessent de changer.

C’est en 1970 que sort aux Editions François Maspero le livre Le conte kabyle, qui est la thèse de doctorat de Camille Lacoste

Au sein d’une longue tradition orale bien maintenue, les contes kabyles étaient encore, jusqu’à une époque toute récente, en fonction.Racontés aux enfants, ils jouaient encore, au siècle dernier, un rôle véritable là où l’enseignement de type scolaire ne s’était pas encore en partie substitué à l’éducation maternelle.

Ce sont des contes presque vivants qu’il nous est donné de recueillir et d’étudier. Notre informatrice tient son répertoire de sa mère. Elle croit encore à la réalité des êtres surnaturels dont elle narre les méfaits. Il y a peu de temps, la récitation des contes kabyles offrait encore un caractère plus ou moins sacré. Elle évoque à bien des égards un rite magique : la récitation ne pouvait avoir lieu que la nuit ; il était interdit de conter le jour sous peine de se voir soi-même ou ses proches, affligés de la teigne. La veillée avait lieu auprès du foyer. La conteuse était une femme âgée, or toutes les vieilles sont très souvent settut =

la salle et l'auditoire, Rue d'Aubusson

la salle et l’auditoire, Rue d’Aubuisson

sorcière, ou tout au moins versées dans les pratiques magiques.

Le récit lui-même est précédé et suivi de formules consacrées, véritables rites d’entrée et de sortie. La plus fréquente en Kabylie, est celle-ci :

Le chacal, que Dieu le maudisse !

Nous, que Dieu nous fasse miséricorde !

Le chacal est parti dans le maquis.

Nous, nous sommes partis dans le chemin.

Lui, il nous a frappés avec un beignet, nous l’avons mangé.

Nous, nous l’avons frappé avec une souche, nous l’avons terrassé.

C’est assez évidemment une formule d’expulsion du mal opposant le maquis (c’est-à-dire la nature sauvage), domaine du chacal, au chemin établi pour et par les hommes.

A la fin du XIXe siècle, le conte était donc, en Kabylie, encore riche de son contexte, dans une société ou une grande partie des structures traditionnelles s’étaient encore maintenues.

Langue orale, affaire de femmes gardiennes des traditions, place privilégiée du conte dans la culture encore vivante il y a peu de temps, ces symptômes laissent supposer qu’il existe, en Kabylie, un véritable trésor en contes.

Malheureusement, ce trésor est méconnu ou incompris.

Qu’en disent les Kabyles eux-mêmes ? Les quelques enquêtes que j’ai pu moi-même effectuer font apparaitre une assez grande différence de comportement entre les hommes et les femmes que j’ai rencontrés. Je n’ai rencontré aucune difficulté pour recueillir des contes auprès de ces dernières. Elles entrent de plein pied dans la récitation, dans l’univers du conte. On sent que le conte est leur affaire, à elles qui ont la charge de l’éducation des enfants ; leur gros problème est celui de la fidélité de leur mémoire, la fille se souciant d’égaler la mère. Mon informatrice est incontestablement fière et heureuse de me réciter les contes qu’elle connait, et mon intérêt, après l’avoir fort étonnée, la ravit.

Du côté des hommes, l’enquête n’est pas si facile. C’est un refus pur et simple qui m’est opposé. Ce grand écart de comportement appelle plusieurs remarques. C’est tout d’abord un phénomène actuel et peut-être récent (des contes ont été recueillis autrefois auprès d’hommes) : les hommes kabyles, le plus souvent très évolués et modernes, affectent volontiers un certain mépris pour ce qu’ils jugent être des histoires de femmes. Résolument tournés vers le progrès, ils éprouvent quelque difficulté à reconnaitre la valeur de leur patrimoine culturel, souvent encore vivant, mais en voie de disparition.

Cela étant, les femmes kabyles ont assurément une connaissance plus consciente des contes que les hommes, et l’art de conter est aussi, chez elles, plus traditionnel.

C’est l’une d’elles qui m’initia aux contes. Et le premier qui me fut dit me confirma tout ce que je pressentais sur la qualité des contes kabyles.

Madame Belhamissi, mon informatrice, a été élevée en France dans une cite métallurgique de l’Est où se groupent des Algériens émigrés. Elle y a vécu dans sa famine kabyle venue d’Igufaf. A l’intérieur de la maison, la vie continuait comme en Kabylie. Les hommes se chargeaient des courses ; la mère ne quittait pas le foyer, entièrement occupée par les nombreux enfants et les travaux ménagers.

On n’y parlait que le kabyle. Venue, depuis son mariage avec un homme d’Igufaf lui aussi, habiter à Paris au domicile de ses beaux-parents, c’est dans une petite pièce au dessus d’un café kabyle et parisien qu’elle me transmit l’atmosphère particulière des soirées de contes.

La récitation était précédée d’une véritable « mise en condition ». Adultes et enfants, enfants surtout, nombreux, frères et sœurs, cousins, cousines, assis autour de la table, la conteuse, mère de famille, prépare son auditoire par un long silence. Chaque enfant, muet, attend avec émotion ces histoires merveilleuses qu’il connaît déjà et qu’il va revivre. Incontestablement, conteuse et auditoire vivent l’action. C’est avec l’accord de tous que les problèmes sont résolus.

L’auditoire participe par ses exclamations, ses opinions, rectifiant telle omission ou inexactitude. Madame Belhamissi demandait souvent l’avis de sa belle-mère (originaire du même village). L’existence d’un auditoire participant est le garant de l’authenticité du conte.

Le changement d’attitude récent des intellectuels et des écrivains vis-à-vis des contes est montré en présentant une série d’ouvrages.
Puis on s’intéresse au contenu des contes eux-mêmes. Texte tiré aussi du livre de 1970

Dans le cas du conte de la mère dénaturée, les récits kabyles introduisent toujours l’histoire par un motif qui leur est particulier : le père exige de ses fils le meurtre de leurs mères respectives et c’est parce que le héros refuse seul ce matricide qu’il s’enfuit avec sa mère et est précipité dans toutes sortes d’aventures. Tout l’ensemble de l’histoire se déroule ensuite au même niveau tragique autour des rapports compliqués entre le fils et sa mère. Ce sont des contes réalistes, d’un réalisme sans concession.

parole aux lecteurs

parole aux lecteurs

Les choses sont dites telles qu’elles sont, dans leur simple et dure vérité, à l’image de la vie rude et sévère dans la montagne kabyle où tout manquement peut entrainer une catastrophe et prend figure de crime : la paresse et la gourmandise du « fainéant » qui se livre a une orgie solitaire de ses fèves de semence, conduisent sa famille au désastre. Ses femmes sont dévorées par l’ogresse, tout le village est en péril, seule la valeur de l’un de ses fils rétablira la situation. Dans cette vie cruelle où la famine et la pauvreté reviennent comme une obsession, les hommes se doivent d’être impitoyables et de sanctionner sévèrement tout manquement : les châtiments sont terribles pour les marâtres coupables trainées à la queue d’un cheval, écartelées, ou enfermées vives a demi-mortes jusqu’a ce que mort s’ensuive. Ce haut degré de tragique est exempt de tout goût morbide : on ne trouve nulle part de complaisance à décrire des raffinements de cruauté ou tout autre détail malsain ou équivoque.

Cette sévérité n’exclut pas une certaine rêverie poétique qui peut naître à l’évocation des plaisirs de la vie un beau couscous abondant, au beurre et à la bonne viande de mouton, la beauté de la femme à conquérir : « aussi resplendissante que la lampe », « celui qui la voyait le jour en rêvait la nuit », ou de l’amant : « nul n’égalait sa beauté » qui « brille comme le clair de lune ». En ces occasions les images sont des plus heureuses et les accents du conteur rejoignent ceux du poète, ménageant une trêve souriante au cœur des actions les plus mouvementées. Ainsi tout est dans les contes à l’image des conditions d’existence des montagnards kabyles pour qui la rudesse et la sévérité excluent la faiblesse, mais non point la tendresse.

Aussi les sentiments qui animent les protagonistes, amour ou haine, jalousie, les dangers affrontés par le héros, les vengeances, les châtiments infligés sont le plus souvent d’une grande violence, parfois poussé au paroxysme. On est bien loin des versions édulcorées des Contes de Perrault et des contes arabes.

On présente alors quelques livres de contes et on en cite quelques extraits.
On aborde alors le statut des femmes thème introduit par un texte tiré du livre La vaillance des femmes, de 2008.

Si dans toute la littérature orale les femmes se trouvent représentées comme la clé du pouvoir, en revanche, la nature même de ce pouvoir, comme les moyens d’y accéder, diffèrent radicalement d’un contexte à l’autre (celui des hommes de culture kabyle traditionnelle et celui des contes hérités du patrimoine oriental et citadin). C’est que les représentations traditionnelles telles que les a transmises la littérature orale féminine se trouvaient, en Kabylie, au service d’une organisation sociale, familiale et villageoise que les hommes veillaient à maintenir. Parmi eux, les plus puissants étaient les chefs, patriarches de grandes familles, surtout nombreuses en hommes dans la force de l’âge : ceux-ci, à la fois producteurs dans le domaine de l’économie agricole locale et commerçante extérieure, participants à la gestion politique du village, étaient aussi guerriers défenseurs de la communauté villageoise. Ils contribuaient à renforcer le capital symbolique de leur famille en lui garantissant une place de choix dans l’organisation sociale villageoise.

La fécondité des femmes était ainsi directement profitable à la puissance et au prestige de l’ensemble de la famille, tant et si bien que les hommes, comme les femmes elles-mêmes, ne pouvaient point trouver de salut hors de ce schéma dont leur honneur commun dépendait. A l’opposé, la stérilité — imputée aux femmes —, par honteuse faillite à la maternité en garçons, justifiait le renvoi d’une épouse incapable d’être mère d’hommes. L’on peut supposer que les femmes en venaient à s’accommoder tant bien que mal de cet état de choses, conscientes d’être la source majeure et réelle du pouvoir, comme détentrices de cette précieuse clé de la puissance familiale et communautaire patriarcale. Le concours des femmes est aussi indispensable à l’accomplissement des actes productifs requérant la célébration de nombreux rituels destines à assurer fertilité et fécondité.

ouvrage fondateur de l'oeuvre de Camille Lacoste

ouvrage fondateur de l’oeuvre de Camille Lacoste

Par ailleurs, même si les hommes se réservaient l’exercice politique du pouvoir par la gestion des affaires de la communauté villageoise dans la «maison des hommes » ,les femmes n’en étaient pas totalement exclues, puisque certaines femmes âgées pouvaient, à l’occasion, s’y trouver. Elles prenaient aussi part, sous une forme en principe dépourvue de risque et à distance, à la guerre, attisant, par leurs youyous (ililiwen), la combativité des hommes. Elles étaient également des observatrices attentives et volontiers juges de la conduite des hommes.

Mais les femmes n’étaient pas dépourvues d’autres armes, car elles avaient développé au travers des rôles maternels qui leur revenaient de nombreux contre-pouvoirs propres, en commençant par les rapports préférentiels avec ces hommes auxquels elles avaient donné la vie : leurs fils. Elles pouvaient ainsi exercer leur influence jusque dans le domaine politique masculin.

 

Puis on résume oralement l’analyse par Camille Lacoste du partage des tâches entre hommes et femmes… très codifié, comme l’évolution de la condition féminine consécutive à l’appauvrissement des montagnes kabyles dès la fin du XIXe siècle, à la guerre d’indépendance, à la scolarisation généralisée des filles, à l’arrivée de la contraception dans les années 1980, au retour au village (pour des vacances) des femmes vivant en émigration. Ces problèmes seront repris largement dans la discussion avec le public.

Dans Dialogues de femmes en ethnologie (2002), Camille Lacoste-Dujardin nous livre une réflexion à la fois sur le monde féminin et sur la relation de la femme ethnologue avec son amie qui est en même temps son « objet d’étude ».

 Fatma n’Amar vit à Paris dans le XIXe arrondissement. Nous fîmes connaissance en janvier 1970. Au petit café du XIXe, lieu de rendez-vous, rien que des hommes, l’accueil est « presque délirant » ai-je alors noté sur mon carnet. Car on m’attendait, tout le monde leur avait déjà parlé « de la dame qui est allée cet été au pays », de la « dame qui va dans les villages et qui parle avec les gens ». Alors ici, en France, ces hommes me disent tout de suite combien ils sont contents que je ne sois pas « une de l’assistance ». Tous paraissent ravis et rassérénés lorsque je tente d’expliquer que je veux « écrire sur la vie aux villages ». Qu’une Française puisse s’intéresser à ce qu’eux-mêmes ont quitté ? « Un pays bon pour les chèvres, pays de jeunes bergers, de pauvres paysans « qui heureusement vivent maintenant en grande partie grâce aux pensions » – et à l’émigration ! L’un d’eux conclut « il n’y a pas de sot métier ».

Je me trouve entourée et sollicitée d’écouter chacun tour à tour. L’un, en ménage avec une Française, me parle de ses difficultés financières et se désole d’avoir dû laisser un de ses enfants en nourrice au village ; l’autre se plaint du racisme des Français et des Portugais à leur égard ; un autre déclare : au pays « la terre est trop pauvre, rien ne pousse, il faut venir ici ».

La vaillance des femmes, de Camille Lacoste

La vaillance des femmes, de Camille Lacoste

N’étant pas un élément des institutions qui les contrôle ici, je suis autre chose, plus proche d’eux. Car j’ai été chez eux ; En Algérie je m’efforce de me faire accepter ; ici ils trouvent une Française devant qui ils retrouvent une dignité trop souvent contestée. Ils peuvent espérer me faire comprendre les raisons de leur émigration, la justifier tant vis-à-vis des Français que vis-à-vis d’eux-mêmes. Ils ne parviennent pas à saisir mon projet d’ethnologue : je ne rencontrerai pas les mêmes difficultés avec Madame Laali : c’est au sein d’une famille que l’on va me conduire, auprès d’une femme. C’est un logement sous les toits, juste de quoi assurer au minimum le vivre et le couvert d’une simple famille ouvrière entassée ici avec ses huit enfants. Là aussi je suis attendue. Madame Laali était supposée ignorer le français et ne parler que berbère, mais elle me salue et s’empresse en français : femme remarquable, belle et digne, dont on perçoit d’emblée la finesse et la sensibilité. Mari et femme m’invitent à venir chez eux, au pays, pour les vacances. Lui est un ouvrier apprécié à l’imprimerie parisienne qui l’emploie depuis vingt ans : « il n’y a que les fainéants qui ne trouvent jamais rien à faire ». Cette phrase, je ne saisirai que plus tard sa portée : quelque chose de très important pour les déracinés. Elle permet de justifier leur exil, leur rupture avec la conception traditionnelle du travail paysan, en temps et en efforts non comptabilisés, et leur adhésion à cet autre système où le travail est salarié, où le temps est compté. Ce soir là je notai sur mon carnet « Madame Laali veut bien travailler avec moi. Rendez-vous mardi prochain à 14 heures ».

L’évolution se fait dans les structures de la famille, ce dont nous parle le texte tiré de l’ouvrage collectif Maghreb, peuples et civilisations, édité en poche- La Découverte 2004, article « Familles d’autrefois, familles de maintenant » :

Héritières de la grande famille des solidarités tribales les structures familiales sont, à travers tout le Maghreb d’aujourd’hui, en pleine transformation.

Selon les pays, cependant il apparait que le degré d’affranchissement de l’idéologie patrilignagère est inversement proportionnel au degré de la société civile.

Toutes les sociétés maghrébines sont en proie à deux mouvements opposés. Des aspirations au changement, induites par la désuétude des patrilignages, par la confiscation d’une grande partie de leur autorité par les Etats, viennent à l’encontre d’une tendance à la crispation sur l’idéologie de la grande famille, tendance qui se trouve confortée voire renforcée par des courant politiques prenant appui sur des interprétations intégristes de la religion. De sorte que deux mouvements opèrent en sens inverse, le premier destructeur des anciennes solidarités, l’autre conservateur, voire reconstructeur de nouvelles cohérences.

avant le spectacle, dernière répétition pour régler la voix

avant le spectacle, dernière répétition pour régler la voix, Françoise et Micheline

Ainsi, en Algérie, les bouleversements consécutifs à la guerre d’indépendance joints au déclin de l’agriculture, à l’émigration, aux déplacements de populations, ont amené à de très fortes perturbations dans les structures familiales qui offrent désormais une assez grande variété.

Même en secteur rural, les foyers complexes ne rassemblent plus désormais qu’un peu plus la moitié de la population des villages. Ces foyers complexes sont ceux qui regroupent sous un même toit plusieurs ménages appartenant soit à plusieurs générations, soit à une même génération ou encore avec les deux formes combinées.

peu à peu, la salle se remplit

peu à peu, la salle se remplit

Apparemment fidèle à la règle et au mode de groupement patrilignagé ces foyers complexes n’en maintiennent que la seule fidélité idéologique, sans les fondements économiques et politiques. Ces modes de groupement familial ne constituent plus en effet que des unités de consommation, la production et son organisation échappant désormais à la gestion des familles. Ces foyers nombreux permettent ainsi de supporter, au moins temporairement, la charge de vieilles personnes, de malades, d’exclus, de marginalisés, de sans-emploi.

En revanche, en pérennisant le modèle patrilignagé, en resserrant la solidarité des hommes, père, frères, cousins, une telle adaptation de la forme de la famille à des conditions nouvelles ne peut que conforter, sinon même revivifier, l’idéologie de la grande famille et du patriarcat. Rien d’étonnant à ce qu’en ville, comme à la campagne, la proportion de ménages complexes soit encore importante.

Enquête récente de Camille Lacoste

Enquête récente de Camille Lacoste

À côte de ces familles complexes, encore majoritaires, le mouvement vers la conjugalité amène le quart au moins des villageois et des citadins à vivre dans des foyers ou les parents habitent avec leurs enfants, souvent nombreux.

Mais l’idéologie de la grande famille exerce une certaine résistance à cette tendance à l’éclatement. Les tentatives de conjugalité d’un jeune couple sont condamnées. L’autonomisation conjugale, la séparation d’avec la parenté sont alors perçues comme trahison du groupe et sanctionnées par sa mise au ban des solidarités patrilignagères.

Dans bien d’autres foyers, un ménage conjugal cohabite souvent avec un ascendant, le plus souvent la mère du mari. C’est souvent le cas en ville. Et il n’existe guère de foyers de célibataires, le célibat étant proscrit tant par l’idéologie patrilignagère que par l’Islam.

Ensuite on résume les autres points qui entrainent cette modification de la structure familiale : croissance démographique, l’afflux considérables des ruraux vers les villes, l’allongement de la vie et la désagrégation fréquente de la famille du fait de l’instabilité conjugale.
En début du spectacle, Sabah présente notre association

En début du spectacle, Sabah présente notre association

Puis on aborde à propos e la situation des filles en émigration le texte tiré de Yasmina et les autres de Nanterre et d’ailleurs, filles de parents maghrébins en France, C Lacoste-Dujardin y publie en 1992 les résultats d’une enquête à Nanterre centrée sur 22 jeunes femmes maghrébines, la plupart kabyles.

« Ces jeunes filles entretiennent avec leurs mères des rapports qui peuvent aller d’une mésentente radicale accompagnée d’une impossible identification, jusqu’à la complicité la plus facile et la plus étroite. Lorsque la mère ne s’est pas totalement mise au service du pouvoir patriarcal, les rapports entre fille et mère sont beaucoup plus riches qu’avec le père. Ces rapports sont plus complexes aussi du fait même de cette solidarité féminine contre l’autorité masculine, paternelle et patriarcale. Ce front mère-fille peut les conduire jusqu’à la rupture d’avec le père par une révolte ou une « rébellion », comme chez Baya, Amina et Malika (trois des 22 jeunes filles ou femmes interrogées) ; mais le plus souvent, cette solidarité se limite à une attitude davantage défensive que vraiment combative, à une résistance plus qu’à une opposition active.

Georges, dans le public, intervient

Georges, dans le public, intervient

La plus grande mésentente entre fille et mère est exprimée par Yasmina, pas encore réconciliée avec ses parents qu’elle a fuis il y a deux ans. « Ma mère aimait à faire des enfants, elle aurait aimé continuer d’en avoir, jusque après la huitième naissance, mais les médecins l’ont arrêtée. Je le vivais très mal, chaque fois qu’elle faisait un enfant de plus, on avait moins de chances de s’en sortir. »

Yasmina exprime sa conscience d’une contradiction entre deux aspirations d’accomplissement féminin. L’une, celle de sa mère qui privilégie la vocation quasi exclusive à la fécondité selon le modèle patriarcal et maghrébin de la femme « mère-avant-tout », est par elle, disqualifiée au nom du manque d’ambition, d’une stagnation, voire d’une aggravation des conditions de vie, sociales et économiques. L’autre, la sienne, prétend, au nom d’exigences plus adaptées au monde moderne et à la société de résidence, à l’exercice d’une activité féminine extra-domestique susceptible de promouvoir une ascension sociale.

Au complet, le groupe des lecteurs

Au complet, le groupe des lecteurs

Toutes les 6 s’accordent à reconnaître que leur mère fut une « bonne mère » : « elle a bien su nous élever, elle a bien fait son travail »… dans l’accomplissement de sa fonction éducatrice dont elle comptable devant le père d’abord, ensuite devant toute la famille, la parenté, voire la communauté.

Cette responsabilité éducatrice maternelle devant l’autoritarisme paternel est, en fait, le plus sûr garant de la bonne conduite des filles retenues par la crainte que leurs mères ne paient pour leurs incartades. « Il lui dit « c’est ta faute, tu ne tiens pas ta fille, tu ne sais pas l’élever, tu lui laisses trop de liberté, tu lâches les cordes » C’est toujours ma mère qui prend tout, et ça, je n’aime pas. Il ne la frappe pas mais il l’engueule à cause de moi, pourquoi ?

Camille Lacoste a « attaqué » un thème qui n’a cessé de faire polémique dans son article sur le voile (conclusion du texte de 2004 dans Libération, commenté ci-dessous dans la discussion après les lectures)
La parole à Claudine

La parole à Claudine

la parole à Annelise

la parole à Annelise

À l’école, le moderne fichu va ainsi à l’encontre, tant de la Déclaration des droits de l’homme qui bannit toute distinction entre les hommes (et les femmes), que des principes de la laïcité. Car le fichu se définit comme une distinction d’allégeance à une communauté partisane, ce qui est le contraire de l’égalité. Il est aussi, avant tout, une expression militante et politique. Et ce n’est sans doute pas un hasard si ce voile significatif voudrait être imposé aux jeunes filles de l’immigration maghrébine, elles dont l’intégration est en meilleure voie, et alors même que la plupart de leurs mères et grands-mères n’ont même pas été voilées. Ce fichu islamiste semble bien une innovation récente faisant partie d’une stratégie anti-intégration à visée d’apartheid.

Puis vient une lecture, tirée du livre Des mères contre les femmes, 1985, réédité en 1996

Que de contradictions apparentes dans les relations entre les hommes et les femmes de la Méditerranée!

Contradictoire, l’attitude des hommes à l’égard des femmes, tantôt les méprisant, les bafouant, les opprimant, tantôt les encensant, les révérant, les adorant mais toujours les redoutant.

Contradictoires, le souci permanent de la sexualité et la ségrégation rigoureuse qui sépare les sexes.

Contradictoires, l’extrême importance accordé à l’exercice de la sexualité masculine et l’étouffement de la sexualité féminine.

Contradictoires aussi, l’extrême pudeur, le mutisme sur les rapports au sein des couples et l’écho public fait a la défloration lors du mariage.

Contradictoires encore, le silence des hommes entre eux au sujet des femmes qui leur sont proches et la libre parole des femmes entre elles, sans ménagement pour les travers masculins.

Contradictoires, l’affirmation de la violence comme une valeur virile, la mâle assurance d’une incontestable supériorité des hommes sur les femmes et le recours au giron maternel ; l’indépendance masculine proclamée, mais une dépendance à la mère toujours vivace.

La parole à Micheline

La parole à Micheline

la parole à Marc

la parole à Marc

Contradictoire enfin que les apôtre zélés de cette domination masculine, les artisans de son inculcation, de sa reproduction, se trouvent être femmes elle-même : des mères.

Comment se peut-il que des femmes soient aliénées à ce point ? …/…

Ces apparentes contradictions ne sont que les termes d’une même logique patriarcale faisant place à un pouvoir ou contre-pouvoir des mères de garçons, ces productrices d’hommes. Car dans toute cette même aire patriarcale, n’a-t-on pas le plus grand respect, voire le culte de la fécondité féminine ?

En vérité ces contradictions inhérentes aux sociétés patriarcales n’apparaissent incompréhensibles et difficilement supportables qu’en raison des profonds changements qui affectent ces sociétés. Hommes et femmes du Maghreb viennent à ressentir, et à prendre, conscience, des nouveaux inconvénients de rapports entre les sexes qui, autrefois intégrés dans un système cohérent de valeurs, sont aujourd’hui de plus en plus inadaptés, dans un nouveau contexte, à d’autres conditions de vie.

Ce sont les bases mêmes de la société, la distribution des rôles respectifs des hommes et des femmes, les modalités de leurs rapports, les termes de leur entente, les finalités de leur vie commune qui se trouvent remis en cause.

On termine avec les éléments de la polémique de Camille Lacoste avec Bourdieu, texte tiré du livre La vaillance des femmes, La découverte, 2008:

Considérant la société kabyle comme un « véritable conservatoire de l’inconscient méditerranéen le célèbre sociologue assure dans ce livre que son analyse de la «domination masculine » procède de l’observation et de l’interprétation de « l’ordre établi » par la « violence symbolique » qui serait celle d’une société de part en part organisée selon le principe androcentrique (la tradition kabyle) comme une archéologie objective de notre inconscient » En outre il prétend fonder son étude sur une « analyse ethnographique des structures objectives et des formes cognitives »

Or, Pierre Bourdieu me parait avoir abusivement limité sa méthode et son objet. En effet une analyse ethnographique exige le rassemblement de nombreuses données, observations et descriptions situées et historiquement datées, qui font défaut dans le texte au point que ses conclusions paraissent insuffisamment fondées. L’auteur de « La Domination masculine » a négligé deux sources que j’estime pourtant majeures et indispensables à une profonde compréhension des relations entre hommes et femmes de Kabylie : L’expression féminine elle même et les contes.

Sarmakandi, notre bibliographe

Sarmakandi, notre bibliographe

Puis c’est depuis la salle que d’autres paroles viennent renforcer les textes de Camille Lacoste. Mehenna Maafoufi, ethno-musicologue, nous dit ce que fut pour lui à Paris l’appui de Camille, sa « grande sœur », dans sa carrière de chercheur en doctorat (voir son témoignage: http://coupdesoleil.net/blog/hommage-inedit-a-camille-lacoste-mehenna-mahfoufi/)

Habib Sarmakandi, bibliophile impeccable, retrouve le compte-rendu critique du livre de Camille, publié dans Horizons Maghrébins, tout comme le document pédagogique publié en 1957 par Yves Lacoste dans la collection proche du Parti Communiste (Documents EDSCO, Chambéry) où il met en place ce que sont les berbères dans la vie du Maghreb.

Georges Rivière nous dit qu’actuellement, dans les montagnes kabyles, de villages en villages, pendant l’été, se succèdent des fêtes réunissant des milliers de participants, où se mélangent musique pop et musique traditionnelle, organisées principalement par des filles qu’on voit selon l’heure de jean ou en costume traditionnel.

Rue d'Aubusson, même sortie pour le public et pour les lecteurs et lectrices

Rue d’Aubuisson, même sortie pour le public et pour les lecteurs et lectrices

D’autres points sont soulevés : pour préciser que le « foulard islamique » « ou voile islamique » si fortement connoté actuellement comme affirmation religieuse, fut longtemps une distinction au sein des sociétés maghrébines complexes : Les femmes campagnardes (dont celles des montagnes berbères, kabyles entre autres) déambulaient avec un simple fichu retenant leurs cheveux sans cacher ni oreilles ni nuque, vêtement qui faisait partie intégrante du trousseau de mariage offert par l’époux. Si ces campagnardes allaient en ville, alors elles portaient le haïk, long voile (blanc à Alger, noir à Constantine), agrémenté du mouchoir cachant la bouche et le nez. Tenue que quelques « bourgeoises », au village même, portaient sur injonction de leur époux et/ ou de leur propre volonté, pour qu’elles se distinguent du vulgaire quand elles sortaient, ce qui était rare.

Djaffar conteur

Djaffar conteur

encore Djaffar

encore Djaffar

Autre mise au point pour rappeler que les langues berbères, toutes proches parentes entre elles, sont parlées au Sahara par les Touaregs (Hoggar algérien et nord du Mali), comme par une moitié des Marocains et un tiers des Algériens (principalement en montagne algérienne, Kabylie, Aurès). Sarmakandi nous rappelle que ce fut la langue de tout le Maghreb. D ‘abord seules quelques élites urbaines ont adopté la langue arabe dès la « conquête arabe » du 7eme siècle de l’ère chrétienne, puis peu à peu tous les gens des villes et tout le monde rural pour la Tunisie, seule une part de celui-ci en Algérie et au Maroc.

Encore Djaffar qui nous captive

Encore Djaffar qui nous captive

Djaffar parmi nous

Djaffar parmi nous

toujours Djaffar conteur

toujours Djaffar conteur

pour Djaffar, une écoute exceptionnelle

pour Djaffar, une écoute exceptionnelle