Actualités Midi pyrénées



Retour à Bollène, 11 juin 2018, cinéma American Cosmograph à Toulouse

 

 

Bollène… Une petite commune du Sud-Est de la France dont la mairie est, depuis 2008, dirigée par un parti d’extrême droite, la Ligue du Sud [une « dissidence » dure du Front National…]. Une ville sinistrée, quelques routes bordées de commerces, de zones pavillonnaires et de cités : une sorte de no man’s land de la cohésion sociale. C’est ici qu’a grandi Nassim, c’est le poids de cet endroit qu’il a fui pour se construire ailleurs et vers lequel il revient aujourd’hui, après des années d’absence. Nassim a quitté Bollène – et la France – et vit désormais à Abu Dhabi avec sa fiancée américaine. Professionnellement, il a réussi et c’est donc avec une certaine assurance qu’il s’apprête à retrouver sa famille. Son arrogance se heurte pourtant à l’incompréhension des siens qui n’ont jamais accepté ni son éloignement ni son silence et qui tolèrent encore moins qu’il ne veuille toujours pas revoir son père avec lequel Nassim est durablement brouillé. Ces quelques jours à Bollène vont l’obliger à se confronter de nouveau à ce passé honteux qu’il essaie depuis de masquer sous le vernis de sa réussite…

Pour sa première réalisation, Saïd Hamich choisit d’extrapoler un épisode de sa vie : « J’ai moi-même vécu à Bollène quelques années à l’époque du lycée, et je voulais peut-être garder une trace de cette ville, de ce que j’y ai ressenti, moi qui suis né à Fès et ai grandi au Maroc. »

« Surtout, je souhaitais proposer un autre regard sur la banlieue, qui est presque toujours présentée de manière surdramatisée comme un réceptacle à violence, à voitures brûlées. Pour moi, au contraire, on y souffre parce qu’il ne s’y passe rien, continue le cinéaste. Et l’on refuse, en France, de voir les blessures des minorités. Le véritable enjeu c’est celui de l’identité : beaucoup de jeunes que j’y ai croisés ne se sentent pas Français. D’un côté ils fantasment le pays de leurs parents, qu’ils ne connaissent pas, de l’autre ils ont le sentiment que le pays où ils vivent les rejette… » (extrait des paroles de l’auteur recueillies par Jeune Afrique)

De là viennent sans doute la justesse de son regard et la finesse de son écriture, ainsi que sa manière de filmer cette ville comme un personnage à part entière. Aussi riche en questionnements qu’il est sobre dans sa mise en scène, Retour à Bollène est un témoignage lucide et touchant, évoquant avec subtilité la décomposition d’une ville et l’incommunicabilité des êtres… [commentaire des deux salles qui projettent le film en région toulousaine…]

Comme spectateurs, nous avons discuté à la sortie : ce film court, pour les uns aurait dû se développer pour une fin qui manque, pour les autres la fin qui nous est donnée aurait au contraire dû être supprimée ! Et un consensus: justesse de ton de tous les personnages… Une remarque annexe : les banlieues des immigrés ne sont pas un monde unique, mais des mondes qui ont des histoires différentes : les harkis ou les travailleurs du bâtiment des années 1960 ne sont pas les ouvriers agricoles des années 1990. Un bon exemple, pas très loin de Bollène, dans Jean Pierre Le Goff http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1398

 

 

 

 

 

 

 

Votre fatwa… de Karima Bennoune

Nous avons participé à l’accueil de l’écrivaine algérienne Karima Bennoune autour de son livre :
« Votre fatwa ne s’applique pas ici – Histoires non dites de la lutte contre l’intégrisme »,
Samedi 26 mai de 18H00 à 19H30 : Librairie Ellipse, 
251 Route de Narbonne 31400 TOULOUSE
 
Dimanche 27 mai de 14H30 à 16H30 : La Chapelle – Atelier Idéal
36 rue Danielle Casanova
(Autour d’un thé à la menthe et de patisseries orientales)

à la librairie Ellipse, le 26 mai 2018

La chaleur de cette rencontre et la qualité des discussions nous ont marqués, merci à elle! Après tant de discours sur l’intégrisme religieux et son caractère inéluctable, un récit concret relatant les luttes quotidiennes et réussies des musulmans eux-mêmes.

Biffures accueille Coup de soleil, 18 mai 2018

Soirée du vendredi  18 mai 2018,  à 19 h : Coup de Coeur

à la librairie BIFFURES, 22 avenue Jean Rieux à Toulouse, dernière rencontre de lecteurs avant  l’élection du lauréat.

 Ce même soir et dans le même lieu à 18h :

Invitation au vernissage de photographies de Marc Bernard : « Un village en pleine mutation : PINS-JUSTARET »

Nous étions une dizaine à commenter les images de Marc: comme dans notre groupe, ceux de la « banlieue sud » sont nombreux, elles nous parlaient directement…

Et puis notre échange a permis de faire le point sur ce cycle 2018 du Coup de coeur de Coup de soleil et de voter chacun pour notre favori, bouclant ainsi le travail poursuivi en mars dernier http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2018/03/11/une-soiree-de-lectures-des-livres-du-coup-de-coeur-a-toulouse/ 

 Coup de coeur 2017-2018:
  •  Liste des romans que nous vous avons proposé pour 2017-2018:

Karim Amellal « Bleu, blanc, noir » éditions de l’Aube

Yasmine Chami « Mourir est un enchantement » éditions Actes Sud

Samir Kacimi « L’amour au tournant » éditions  du Seuil

Khalid Lyamlahy  « Un roman étranger » éditions Présence africaine

Saber Mansouri « Une femme sans écriture » éditions  du Seuil

la table des livres maghrébins à la librairie Biffures…

Etoile du sud: opération Algérie/ Toulouse

la présentation…

En 2017 l‘Association régionale Coup de Soleil Midi-Pyrénées de Toulouse et l’Association l’Etoile du Sud d’Alger ont construit un partenariat pour créer une Cellule Audiovisuelle pour les campagnes de sensibilisation associative, qui a donné tous ses résultats en 2018.  Le projet était financé par le Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France en Algérie. Nous voulions toucher au moins 6 associations travaillant sur différentes thématiques (patrimoine, santé, jeunesse…) et en particulier des associations issues du sud de l’Algérie. En somme, une association de jeunes qui veut aider les associations de jeunes à s’exprimer par la vidéo.

Rapport sur le déroulement de la formation Audiovisuelle

La formation a pu être menée dans deux  régions différente en Algérie : Laghouat et Alger .

Le Cycle de formation s’est  composé de deux modules :  Prise d’images (Script, Lumière, cadre…) à Laghouat en partenariat avec l’association L’Atlas Saharien . Post production (étalonnage, montage, animation) à Alger

La formation à Laghouat : du 5 au  10 janvier 2018 était organisée en partenariat  avec L’atlas saharien.  Ainsi que l’agence de photo CAPSA Vision comme formateurs pédagogiques.

Cours et travaux dirigés se sont alternés au cours de la formation en commençant par des notions basiques selon un plan bien cadré par les formateurs en utilisant des support pédagogiques, du matériel mis a la disposition des jeunes , des partage de  pratiques sur le terrain  (mutuelle et interaction ). Les participants étaient invités à mettre en pratique ces techniques pendant 3 jours sur terrain. Toutes les soirées du séjour ont été animées par des projections et documentaires pédagogiques pour une culture visuelle.

La formation à Alger : du 24 au  31 mars  2018 :

La formation s’est déroulée dans un espace de coworking VIP classeroom qui a mis a notre disposition une salle de cours et une salle d’informatique avec 10 pc puissants en hardware avec le logiciel AdopPremier et une bonne connexion wifi.

Pendant trois  jours il y a eu des cours sur le montage, l’étalonnage , l’animation avec des exemples visuels, et de la pratique. Les trois jours suivant les candidats ont  travaillé avec les formateurs sur la matière de la première formation  lors de leurs sorties sur terrain.

Pendant la formation nous avons eu la visite de PANASONIC Algérie  qui s’intéresse a ce concept de formation des associations. Pendant tous les séjours les soirées ont été animées par notre association avec de petits ateliers, de consolidation de groupes, une projection sur leurs travaux déjà réalisés avant la formation et  une réflexion sur la suite du projet  en préséance des formateurs.

Evènement de clôture : L’après midi du 31 mars nous avons   lancé  le documentaire ‘’Demain ‘’ en invitant quelques personnes actives dans la société civile  . Ce qui nous a permis de débattre, d’échanger des idées entre nous, des critiques techniques sur la conception d’un documentaire future.

Nous avons abordé aussi les points suivants :

  • Une réflexion sur la suite du projet et de sa durabilité par l’ensemble des associations, des suggestions d’activités à venir.
  • Une réflexion sur un thème commun qui touche toutes les régions de la cellule.
  • nous avons projeté le travail de chaque personne en les remerciant, ainsi que tous nos partenaires.
  • Nous avons aussi eu la visite du PCPA , l’assurance Macirvie et Médecins du Monde .

Sept associations de jeunes ont participé à cette formation sur l’utilisation de l’outil AV :

  1. « L’Etoile du Sud »
  2. « L’Atlas Saharien »
  3. « Association Banquet de Platon de Sidi Belabas »
  4. « Association SYD de Skikda»
  5. « Groupe Assirem d’Azzefoune de Tizi »
  6. « association batnienne contre les myopathies de Batna »
  7. « Tour’ Art  de L’aghouat »
  8. Et nous avons reçu aussi de nos amis algériens un court vidéo http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1696

Et toute une série de photos illustrant le travail, en particulier à Laghouat

 

 

« PAS DE QUARTIER CONTRE LES INEGALITES », TNT, 30 mars 2018

A l’invitation de Coup de soleil Midi-Pyrénées
Venez tous et toutes au Radio live assister à l’évènement annuel

« PAS DE QUARTIER CONTRE LES INEGALITES »,

Ce sera  au TNT (Théâtre National de Toulouse)

1 rue Pierre Baudis, 31000 Toulouse  (métro Jean Jaurès)

Le vendredi 30 mars de 20h à 22h et c’est gratuit !

« Radio Live c’est quoi ?

Radio Live est  à la fois un spectacle, une émission de radio sur scène, une performance graphique, une expérience humaine, des échanges vivants : une véritable mosaïque audiovisuelle qui captive et nous pousse à la rencontre des mondes et des cultures. Au cours de la soirée, nous aurons l’occasion de découvrir des récits de vie et d’engagement, portés par les jeunesses. Jeunesse qui sera représentée ce soir-là par trois jeunes citoyens du monde, aux parcours retentissants.

radio live, nouvelle génération au micro

le spectacle commence

ouverture: toitures du vieux Toulouse

Radio live est une fusion entre ces récits, la musique, les illustrations faites en direct, les témoignages et interviews, la poésie nouvelle génération, les photos et images d’archives, les échanges, et l’émotion.  Radio-Live est un spectacle d’utilité publique rempli d’espoir et de tolérance… »

Karam enfant à Damas , scout célébrant la patrie (laquelle?)

Karam arrive en « classe affaire » à Roissy… sans papiers

Nous sommes donc venus au TNT de Toulouse, notre petit groupe de têtes blanches de Coup de soleil a en moyenne quarante ans de plus que l’ensemble du public : ce soir quelque 250 personnes, salle comble. C’est  l’AFEV (http://toulouseafev.wixsite.com/afev/qui-sommes-nous-) qui a convoqué ce public, comme pour les collégiens tout aussi nombreux cet après-midi.

Les animatrices, A. Bennin et A. Charon sont expertes en film, mais surtout elles réunissent sur scène des gens d’ailleurs, avec qui elles dialoguent depuis des mois pour leur faire raconter leurs vies. A Paris, en janvier,  (http://coupdesoleil.net/blog/la-bande-des-francais-paris-gaite-lyrique-17-janvier-2017/ ) c’étaient Martin (paysan de la Somme), Heddy (boxeur et acteur, quartiers nord de Marseille), Sophia (journaliste fille d’instituteur kabyle), Amir (de Gaza, professeur d’arabe). En mars 2018 à Toulouse nous retrouvons Amir, avec Asmina (fille de Comorienne et chef de phratrie) et Karam (de Damas, acteur).

En fond de scène, un immense paysage rose des toits du vieux Toulouse, que Marc décrypte clocher par clocher. Les trois « acteurs » sont accompagnés par trois musiciens et par la graphiste qui avec une poésie poignante commente, caricature, habille en surimpression les images projetées. Ces vidéos ou ces photos montrent la vie des trois acteurs. Ils délimitent à la craie leur espace symbolique sur le sol de la scène. Ils dialoguent entre eux, avec les animatrices. Ils commentent leurs propres images et vidéos : le mélange est si subtile que souvent la voix enregistrée se superpose à celle de l’acteur qui est devant nous. L’improvisation est permanente, mais avec des outils (graphisme, son, image, vidéo) qui donnent corps au spectacle.

Que nous raconte-t-on ? Des vies faites de courage plongé dans l’humour. Asmina, de santé menacée dès son enfance, est une chef de phratrie qui a su un jour ramener à la raison à coup de chaise un jeune frère, qui doit négocier pour contourner le rêve de beau mariage comorien voulu par sa mère, qui vient de trouver un logis à elle et veut vivre avec son copain sénégalais. Karam, petit fils de réfugié palestinien en Syrie, n’a pas de nationalité, donc pas de passeport, seulement un « document d’identité » : il a pourtant pu fuir de son quartier de Damas sous les bombes vers Moscou, d’où après deux ans il est parti en « classe affaire » d’un avion vers Paris, avec comme seul bagage sauvé de Syrie sa clarinette. Amir s’est inscrit sur conseil de son père à l’Université de Gaza la moins chère : par hasard au Département de français, langue dont alors il ne connaissait pas un mot. Brillant étudiant, une bourse pour la France l’a fait débarquer à Roissy, où il a découvert un pays qui a des champs tout verts, des métros, des noirs, des juifs… et des arabes. Ce que les trois acteurs apprécient en France : la liberté, sexuelle en particulier.

quand Delacroix arbore le drapeau palestinien

dialogue avec le public

Jacques Chirac « jeune »… image d’une France d’accueil

 

 

Une soirée de Lectures des livres du coup de cœur à Toulouse

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– Le 9 Mars 2018, 19h à la Librairie Biffures : Soirée consacrée à la littérature du Maghreb des deux rives, avec présentation publique des 5 livres de Coup de Cœur année 2017-2018 avec lecture de passages choisis et présentation des écrivains.

Ana Hidalgo y el MODEL

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Señora Alcalde de París, Ana María Hidalgo Aleu

Usted nació en España, y a los dos años se ha venido con sus padres à Lyon. Estabamos en 1961, un año antes que termine la primera guerra civil argerina. Usted sabe mucho de guerras civiles, migraciones y refugiados. Igual como Francia, aunque de manera muy distinta, España sabe mucho de luchas y convivencias entre moros, cristianos y judíos. De ambos lados de los Pirineos, tenemos moriscos, cristianos nuevos y viejos, marranos, sefarditas, andaluces y que se yo, tanto como arabes, harkis, pieds-noirs, séfarades et azkhénases.

Bienvenida en su propia casa. Aqui la acogemos nosotros de Coup de soleil y del IREMMO, que gracias a usted celebramos este año de 2018 nuestra boda republicana. Vamos a criar año tras año nuestros hijos y hijas que se llaman libros, revistas, autores, bibliotecas, libreros, editores, periodistas, grabaciones y videos de conferencias, mesas redondas y otras tertulias. Gracias para todo.

Somos muchos que vienen a invadir vuestra ciudad y vuestra casa este fin de semana, desde el sur de Francia: los de Lyon, los de Marsella y los de Occitania, es decir de los Pirineos: desde Nîmes, Montpellier, Perpiñan, Tolosa y otras ciudades.

Madame la Maire de Paris, Anne Hidalgo

Vous êtres née en Espagne et à deux ans vous êtes venue avec vos parents à Lyon. On était en 1961, un an avant la fin de la première guerre civile algérienne. Vous en savez long sur les guerres civiles, les migrations, les réfugiés. Comme la France, mais d’une autre manière, l’Espagne en sait long sur les luttes et bonnes ententes entre maures, chrétiens et juifs. Des deux côtés des Pyrénées, nous avons des cristianos nuevos y viejos, maranes, sefarditas, andaluces et que sais-je, tout comme des arabes, harkis, pieds-noirs, séfarades et azkhénases.

Bienvenue dans votre propre maison. Ici nous vous accueillons, nous autres de Coup de soleil et de l’Iremmo, nous qui grâce à vous célébrons en cette année 2018 nos noces républicaines. Nous allons élever année après année nos enfants qui s’appellent livres, revues, auteurs, bibliothèques, libaires, éditeurs, journalistes, enregistrements et vidéos de conférences, tables rondes et autres conversations. Merci pour tout.

Nous sommes nombreux à venir envahir votre ville et votre maison cette fin de semaine, depuis le sud de la France: ceux de Lyon, ceux de Marseille et ceux d’Occitane, c’est à dire les voisins des Pyrénées: Nîmes, Montpellier, Perpignan, Toulouse

Se encuentra el programma del MODEL 2018 en las paginas  de /On trouve le programme du MODEL 2018 sur les sites de/  Coup de soleil et de l’IReMMO:

http://iremmo.org/wp-content/uploads/2017/12/Programme_MODEL.pdf

Maghreb-Orient des livres 2018

Vernissage: Yamou à Toulouse, Université Jean Jaurès

Vous êtes cordialement invité/e/s à l’ouverture de l’exposition de Yamou, qui célèbre l’anniversaire du CIAM à l’Université jean Jaurès de Toulouse: cliquez ici pour le carton d’invitation:

Carton_invitation_expo_YAMOU-Web

Bibliothèque Serveyrolles, livres « Coup de coeur » de Coup de soleil

« Coup de cœur » à la bibliothèque de Serveyrolles 
 
im-1.php         Samedi 25 novembre de 10h30 à 12h.
 
à l’invitation de Nelly, bibliothécaire à Serveyrolles :
 
« Petit déjeuner littéraire
Avec l’association Coup de Soleil, à la rencontre du Maghreb
 Autour d’un café et d’un croissant,
Venez découvrir les 5 romans sélectionnés pour le prix des lecteurs Coup de cœur de Coup de Soleil 2017-2018.
im.php Coup de cœur de Coup de Soleil a pour but de familiariser un public amateur avec la littérature récente du “Maghreb des deux rives”. L’auteur et/ou le sujet doit avoir un lien avec les pays du Maghreb. »
 Cette 13ème édition est lancée au mois de septembre et se termine fin mai par le dépouillement des bulletins de vote. 
Le lauréat est ensuite invité pour des rencontres avec Coup de Soleil et ses lecteurs ».
 

Kamil Hatimi à Toulouse, 13 septembre, espace diversité: lectures

 

Kamil à Toulouse, entre Claudine et Françoise

Kamil à Toulouse, entre Claudine et Françoise

KAMIL HATIMI

Le lauréat du prix littéraire Coup de Coeur est pour 2017 Kamil Hatimi. Le live  » La houlette » avait été présenté en lecture à Paris au Maghreb des livres 2016, http://coupdesoleil.net/?s=hatimi

Nous l’avons reçu le 13 septembre 2017 à Toulouse à l’espace Laïcité-diversité et d’emblée le courant est passé avec lui. Nous avons dialogué, il nous a expliqué que son rôle de « passeur » (il est germano-marocain éduqué en français) lui donne un métier de formateur au Centre d’entrainement aux méthodes actives (CEMEA). Son premier roman lui donne l’occasion de parler de son pays, le Maroc, où il ne vit plus depuis des décennies, mais où il retourne périodiquement.

« Il s’agit de votre premier roman. Né en 1960 à Rabat vous vivez maintenant en France. Vous avez fait des études de sociologie, exercé des métiers variés. Peut -être nous direz vous ce qui vous a poussé à écrire ? Vous situez votre roman au Maroc, l’occasion de revenir sur l’histoire récente de ce pays. »

***

La Houlette

Le livre se déroule aujourd’hui dans les milieux du journalisme à Casablanca. Dragan le héros est le fils d’un Marocain de Tanger et d’une Serbe, sauvée par son oncle Dragan, communiste convaincu, au moment des bombardements de la 2° guerre mondiale. Elle a été élevée par lui.

Dragan est désormais incapable d’écrire (ni à la main ni sur son ordinateur). Revenu à Casablanca après avoir participé à un colloque à Paris il demande l’aide de son collègue et ami Vigon pour écrire l’article compte-rendu du colloque. Son ami accepte à condition qu’il aille consulter un thérapeute le docteur Urdiz. Un attentat dans un hôtel de Casablanca (nombreux morts étrangers, touristes venus par une agence « le plein de sud ») va faire remonter à sa mémoire un drame de son enfance.

UnknownPour animer la discussion, nous sommes six (dont l’auteur…) à lire les passages qui nous ont marqué dans ce livre. Sans jamais vouloir « dominer » son public, Kamil rit avec nous et gentiment nous dit que nos lectures donnent du relief à son texte. Et comme il se doit la conversation se poursuit au restaurant, puis en le racompagnant à son hôtel. Une belle soirée.

***

Questions : A l’occasion de l’histoire personnelle de votre héros, vous revenez sur l’histoire du Maroc des années 60, la répression contre les partisans d’un changement pour un Maroc plus démocratique. Comment ce livre a-t-il été reçu au Maroc ?

Qui est la voix ? qui est le personnage de Tanger non photographiable ?

Retournez-vous au Maroc et comment ?

***

Lectures

Entrée en matière : Casablanca, de l’aéroport à l’hôtel El Mansour

Dagan se faisait doubler de part et d’autre par des voyageurs anxieux, menacés en leur fort intérieur à l’idée qu’ils pourraient être mal classés dans la file menant au poste de contrôle de la frontière. […]. Entre ses doigts moites, il tenait le passeport dans lequel il avait glissé la fiche d’immigration, à présenter au check-point. Malheureusement pour lui, et bien qu’il eût disposé de suffisamment de temps pour remplir ladite fiche, celle-ci demeurait vierge de toute trace d’écriture manuscrite.

Et pour cause, Dragan avait perdu l’usage de l’écrit. Il ne savait plus écrire. Il ne pouvait plus écrire. Plus du tout. Pas le moindre mot. La panne. Sèche. Dans ces conditions, la perspective de devoir faire face à un officier de police rendait notre homme bilieux comme rarement il l’avait été durant son existence. Pourtant, Dragan n’avait rien à craindre. Rien à se reprocher. Il travaillait à la très patriotique Houlette Casablancaise, y était un journaliste sans histoires, au singulier comme au pluriel, n’avait jamais débordé de la ligne éditoriale du journal et avait toujours su faire preuve d’une indéfectible loyauté envers la monarchie chérifienne. Pas la moindre vague à son actif, aucun excès, aucune irrévérence et, mis à part la bouteille de Chivas Regal achetée au duty-free de l’aéroport d’Orly, il était aussi blanc que neige. Aucune substance illicite, pas de devises étrangères au-dessus du montant autorisé, aucun ouvrage, aucune publication interdite, pas d’armes ni d’explosifs, rien de rien.

Dragan put enfin débarrasser le plancher. Il sortit de l’édifice et héla le premier taxi venu.

« – Où vas-tu, mon frère ? » demanda le chauffeur, un vieil homme au volant d’une Mercedes couleur crème datant des années soixante-dix.

« -A Casablanca, à l’hôtel Villa El Mansour, qu’Allah veille sur toi. -Monte, mon frère ! »

A peine installé, Dragan sortit en urgence son téléphone cellulaire, composa un numéro et attendit qu’à l’autre bout le correspondant désiré lui réponde. Le taxi démarra.

« -Allo Vigon ? C’est moi ! Rejoins-moi à la Villa El Mansour. »

Dragan pénétra dans l’enceinte du bar de la Villa El Mansour sur pied de guerre. Il fit un rapide tour d’horizon avant de fondre en direction du zinc où Vigon, son ami et collègue de La Houlette Casablancaise, était accoudé.

« Un double scotch, Si H’med, ordonna Dragan. Non ! Un triple plutôt. Et une bière bien fraiche. Une Stork, qu’Allah veille sur toi. »

Si H’med servit les deux compères. Dragan but son triple scotch d’une seule traite, sous l’œil scrutateur de Vigon.

« -Bon tu veux quoi au juste ? -J’ai besoin de ton aide ! -Tiens donc ! Et que puis-je faire pour toi ? -J’ai un article à écrire pour demain, 17 heures. -C’est un grand jour ! Et… tu voudrais que je l’écrive à ta place, c’est ça ? -Tu as tout compris. -Formidable ! Mais tu veux que je te dise. Je ne kiffe pas l’idée. -S’il te plait mon frère », supplia Dragan, en tentant de baisoter les joues d’un Vigon grimaçant de dégoût.

« -Bon maintenant tu restes à ta place ! » ordonna Vigon après s’être défait de l’emprise de son collègue. »

Les deux hommes demeurèrent un instant sans piper mot, chacun dans son coin, les regards se perdant dans le scintillement kaléidoscopique des bouteilles de spiritueux, en enfilade sur trois étagères de verres.

« -Bon, c’est d’accord, je vais te l’écrire, ton article, finit par accepter Vigon. Mais tu restes à ta place. Je te préviens ! Tu ne bouges plus ! -Ok ! Je ne bouge plus. -Ecoutes-moi bien ! Je t’écris ton article, mais à une seule condition ! -Tout ce que tu veux ! -Tu prends rendez-vous chez Urziz. Urziz ? -Le docteur Urziz, oui. Le prince de Galles des médecins ! -Ah ? -Ce type est aussi diplômé qu’un général nord-coréen a de médailles. Un mur ! Il a soigné un confrère qui souffrait du même syndrome que toi. »

 

Coucher de soleil

En attendant qu’Ilyas se manifeste, Ouacila alla donc faire un tour du côté du belvédère, la où le point de vue sur le détroit est impre­nable. Elle descendit la ruelle ombragée lon­geant les anciennes fortifications de la Kasbah. Plus bas, elle atteignit la petite voûte taillée dans la pierre qui s’ouvre sur un spectacle fabuleux ‘de puissance : le dévoilement du dé­troit de Gibraltar. La gifle. Impression d’être happée par les bourrasques imprévisibles du Levante, et de devoir s’assurer de son ancrage au sol afin de ne pas être aspirée au large. Le ciel, la mer, la lumière, tout était si limpide en cette belle matinée. Tarifa, en face, était à sa place, et l’on percevait très nettement le tour­noiement de ses eoliennes au-dessus de sa tête. Le rocher de Gibraltar, plus à l’est, émergeait lui aussi à la lisière de l’horizon. Ouacila fut d’abord intimidée par la splendeur de l’endroit, par la sensation d’être suspendue au-­dessus d’un abîme de vertige. Elle eut besoin de temps pour s’accommoder à cet univers taillé dans la démesure. Elle se trouva un rocher qui lui convint, à distance prudente du précipice, et s’y assit. Ses grands yeux noirs larmoyaient du fait de l’intensité lumineuse. Les rafales intermittentes du vent d’est balayaient ses abondantes boucles brunes. Elle se laissa peu à peu gagner par un sentiment d’humilité et d’abandon, aidée en cela par la majesté du lieu ou bien, peut-être, par l’indicible vacuité que la route, tel un sillon, avait creusé en elle. Elle demeura ainsi un bon moment, sans volonté, livrée aux éléments naturels, absorbant lentement, profondement, l’air salin du large. Puis, comme on s’éveille à soi-même, elle finit par sortir de sa torpeur. Le théâtre démiurgique du détroit, cette orée marine séparant deux continents (deux mondes pour être plus juste) avait, peu à peu, émoustille ses sens. ,Eveillé son instinct de chasseur d’images. Etait-ce dû à l’inclinaison des lueurs matinales, à la purete des contrastes, à la netteté des lignes, l’étirement des perspectives ou à la perception fugace de correspondances universelles ? La seule chose qui compta à cet instant fut de ca­drer la scène, d’appuyer sur le déclencheur de son appareil photo afin qu’il émette son bruit rassurant d’instrument de haute precision : un Leica M8, petite merveille d’orfèvrerie photo­graphique, que son père lui avait offert pour ses trente ans. Elle souleva le bijou, appliqua son oeil contre le viseur optique de la caméra mais, à l’instant même où elle voulut prendre sa photo, elle s’arrêta net, comme frappée par la conscience soudaine d’un charme rompu. Comme si les ruminations, toutes les pensées qui l’avaient obsédée durant cette interminable traversée, de Casablanca à Tanger, refaisaient surface avec la ferme intention de reprendre leur place, le contrôle de sa vie, de son âme. Elle baissa la camera qui échoua, inerte, sur ses genoux. Ouacila se sentait vaincue, sidéree par l’absurdite du moment. Abattue aussi à l’idee que même le détroit n’avait su lui apporter ne serait-ce qu’une seule seconde de répit.

 

Unknown-1Journaliste

Votre sens de l’angle d’attaque, vos analyses vous valent l’admiration de tous dans la profession. Vous êtes de loin notre meilleur élément, Dragan. Soyez-en assuré ! Malgré sa propension à la flagornerie, pour une fois, Larbi pensait ce qu’il disait. Car Dragan était bel et bien le meilleur élément de la rédaction. La crême de la crême. Pour Dragan, écrire était devenu une routine qu’il exécutait sans aucun effort mais aussi, et surtout, sans la moindre passion. II avait développé un système pour ça. Une technique modulaire extrêmement ingénieuse composée de blocs interchangeables qu’il adaptait au contexte et au genre de l’article. Sa méthode n’exigeait aucune implication émotionnelle, pas plus qu’elle ne lui réclamait de devoir analyser ou comprendre les événements de l’actualité. Une fois ingérés par son systême, ces derniers se muaient en bulles abstraites reliées entre elles par un codex aussi sophistiqué que vide de signification. Mais le fin du fin, le nec plus ultra, résidait dans le fait que, grâce à sa méthode, Dragan avait le pouvoir d’inoculer, chez le lecteur, l’illusion du mouvement dans un monde à l’arrêt, celui de la vitesse et du progrès dans une société avançant au rythme lancinant d’un ralenti cinématique. II pouvait écrire à propos de n’importe quoi, de l’inauguration, en grande pompe, d’un centre d’accueil pour enfants des rues, de l’ouverture du grand chantier du TGV Tanger-Casablanca, de la programmation étoilée d’un festival international de musique et de la perspective de pouvoir y accueillir l’illustrissime Shakira, du vernissage d’une artiste sponsorisée par son ministre de mari pour représenter l’art marocain dans une biennale internationale d’art contemporain, de l’indéfectible soutien du peuple marocain à la création d’un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967, de la félonie du peuple sahraoui, des phénoménales avancées démocratiques d’une constitution plébiscitée par quatre-vingt-dix-huit virgule cinq pour cent de la population, des grands enjeux géostratégiques de l’époque, de révolution du prix de l’huile, du sucre, du lait ou du mouton en vue de la fête dudit ovidé. Pour Dragan, écrire un article, un compte-rendu, un éditorial enflammé, une brêve ou une fable démagogique revenait à répéter strictement les mêmes opérations mentales. Savant équilibre entre invariants structurels et aléas conjoncturels. Dragan était le champion hors catégorie d’un tripatouillage sémantique permettant de déblatérer du présent sans jamais prendre le risque de se référer à des processus politiques, sociaux, économiques ou culturels susceptibles de provoquer ne serait-ce que le plus infime changement sociétal. Sous la plume de Dragan, parler d’actualité ne revenait pas à parler d’actualité, mais plutôt à dépeindre, avec une précision d’orfèvre atteint de myopie avancée, les méandres d’une cosmogonie parfaitement stabilisée. Un univers sans big bang. Le degré zéro de l’écriture journalistique. Pas bouger ! Jamais. Dragan maîtrisait son art comme personne à la rédaction et au-delà, comme personne au plus beau pays du monde. II était l’oiseau rare, la perle des perles, que tout le monde s’arrachait dans le microcosme extrêmement sélectif de la presse écrite et de l’édition journalistique pro-Makhzen. — Qu’attendez-vous de moi ? demanda Dragan, la voix blanche. — Comme si tu n’avais pas compris ! dit la voix. – J’ai dîné avec nos actionnaires hier soir. Ils s’inquiétaient à votre sujet. Ils voulaient savoir où vous en étiez, se demandaient quel est votre rôle au sein de la rédaction, ce que vous faites, quoi ! — Et que leur avez-vous dit ? — Ce que tout le monde sait, Dragan. Que vous écrivez à la rubrique « Nouvelles et Divertissements », et que vous signez vos articles sous le pseudo de Mohamed El Haked. — C’est vous qui m’avez encouragé à utiliser un pseudo, se surprit à répondre Dragan. — Je ne vous en fais pas le reproche. Croyez-le bien. Le nom de Dragan Chenah au bas de vos articles, ça ne faisait pas très couleur locale. Vous en convenez ? — Tout à fait, admit Dragan.