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Asma: mémoire toulousaine de l’Algérie

Asma, journal toulousain franco-algérien ? Premier numéro, novembre 1995

Coup de soleil est né à Toulouse en 2005, vingt ans après Paris.

Celles et ceux qui sont à l’origine de notre association toulousaine avaient participé avant cela  à bien des actions politiques liées au Maghreb. En particulier à des groupes à la fois féministes et démocratiques, dont l’association AYDA : déformation du mot arabe « Al Aouda », « Le Retour » car les Algérien.ne.s participant au journal ne s’inscrivaient pas dans l’émigration mais dans la lutte politique pour leur retour en Algérie. Ayda a porté la création du journal Asma. Celui-ci a publié sans doute au moins huit numéros, dont seulement cinq peuvent être consultés au dépôt légal de la Bibliothèque nationale : le numéro 1 est de novembre 1995 et le numéro 5 septembre 1996.

L’originalité au groupe Ayda était aussi d’être très majoritairement composé d’Algérien.n.es. La composante féministe était forte, ce qui explique pourquoi le journal Asma relie aussi étroitement le combat démocratique avec la défense de l’égalité femmes/ hommes. C’est ce qui donne une forte actualité en 2019 à beaucoup de textes que nous avons retrouvés.  C’est grâce à la table ronde organisée automne 2018 par les Amis d’Avérroes que nous avons recherché les textes de Asma (voir : http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2018/10/17/decennie-noire-quelle-memoire-quel-journalisme/.)

Aider nos ami(e)s d’Algérie, contraints de se replier en France pendant cette décennie 1990, face à la menace des groupes islamistes radicaux, montrer le visage d’une Algérie plurielle et démocratique contre l’image déformée qu’en donnaient les groupes terroristes était une priorité. Parfois le pouvoir militaire algérien en place s’en prenait aussi à ces mêmes amis au lieu de les protéger. Quant au gouvernement français de l’époque il était dans le déni du terrorisme islamiste, n’accordant jamais le statut de réfugiés politiques aux démocrates (« menacés par l’opposition » sic).

Faire connaître le quotidien de la vie en Tunisie ou au Maroc comme en Algérie permettait de sensibiliser tout un public en France, mais aussi de favoriser les échanges entre démocrates des trois pays du Maghreb.

indépendance

Avant Internet, quand l’édition informatisée balbutiait à peine, faire un journal était tout autant qu’un travail intellectuel un ouvrage d’atelier (ici Nuance du Sud) ou photo, ciseaux et colle avaient leur part. Georges Rivière a créé la maquette et fait le suivi rédactionnel et les copains de l’imprimerie libertaire toulousaine Sacco offraient leur prestation.

 

NOVEMBRE 1995 N°1
 LEZZAYER ALGÉRIE
 TUGDUT DÉMOCRATIE                 
 TAMSETLA SOLIDARITÉ

ASMA POUR LA DEMOCRATIE EN ALGÉRIE

Directrice de publication : Liliane Bourgeois
Comité de rédaction : Miloud, Abdelmadjid, « Charlie », Anne, Geneviève, Julien et Georges avec la participation de Aida, Mustapha, André, Annie, Saïd, A. Ghouirgate, Momo … et Gyps.

Maquette et réalisation : Georges Rivière
Flashage Nuances du Sud.
Impression: Sacco

Ces travailleurs des arts graphiques offrent une prestation à prix coûtant, en forme de solidarité avec le combat des démocrates algériens.
La revue, bimestrielle, est éditée par Ayda Toulouse. Sa rédaction est toutefois indépendante de l’association. Les articles, sauf indication, sont sous la responsabilité de leurs auteurs et ne sauraient engager politiquement l’association. La collaboration à la rédaction est ouverte à toutes celles et tous ceux qui ont fait leur le combat pour une Algérie démocratique, sans exclusive.
La revue est vendue 15 F.
Les commandes et abonnements sont à envoyer, en précisant «journal », accompagnés du chèque de règlement à : AYDA TOULOUSE 111P 363.31006 TOULOUSE cedex

C’est encore avec du retard qu’Asma paraît. Mais nous avons voulu l’améliorer. Avoir plus de textes d’Algérie. Plus d’informations. Les analyser plus « froidement »… Alors que rien ne s’y prête. Ni la facilité des contacts. Ni la presse algérienne qui, tout simplement, n’arrive plus. Ni le moral, parfois. « Stress multiforme » comme le dit, ci-contre, Serhane, à propos— il est vrai —d’une vie quotidienne tellement plus dure que celle de l’exil. Et puis tout un débat a été mené sur les élections. Piège pour certains, manipulation ou ouverture pour d’autres. Autour des candidats que nous présentons (pp. 1, 7 et 8) les interrogations vont bon train !

rêve à l’oiseau

Mais en attendant, la société algérienne vit et se bat. Comme le montrent les associations réunies à Alger qui nous avaient invités en Juillet (pp. 2 et 3) et celles qui sont parties à la conférence de Pékin faire entendre une autre voix, malgré la faiblesse de leurs moyens (p.4). Et ce courrier qui nous est parvenu, de Ghardaïa précisément, dénonçant l’incurie des pouvoirs publics et nous contant la lutte exemplaire de l’association Ibn-Bina contre le Sida (p.4). Puis, nous sommes revenus en France. Pays bien cher à nos cœurs, celui des droits de l’homme, de l’homme, du droit d’asile… mais l’est-il encore pour nous ? (p.9). Sans doute pas pour tous ceux qui meurent là-bas, souvent à cause d’un visa refusé. Suffisamment toutefois pour que la renaissance berbère puisse s’y exprimer (p.9), et que des démocrates algériens puissent, pour la première fois, à l’initiative du Fais, se rencontrer, briser leur isolement, confronter leurs points de vue (p. 10). Ceci malgré les attentats qui ne font que « poursuivre en France ce qui est perdu en Algérie » (pp.10 et 11). C’est une raison de plus, diront ceux qui voient dans l’essor d’un mouvement démocratique algérien un facteur d’entente et de paix, ceux qui nous aident merveilleusement, d’Avignon à Vaour (p.12). Ceux qui, comme Jacques Berque (p.13), Rachid Boudjedra ou le regretté Rabah Belamri (p.14) pensent la vie au-delà des frontières.

Voici donc quelques mois de notre vie. Ils nous ont fait tour à tour chaud et froid au cœur. Aidez-nous à vous parler, à nous parler. Aidez ce mince filet de voix qui nous est un facteur d’espérance, et qui s’appelle Asma. Sans vos abonnements, vos dons ou vos ventes il pourrait se taire dans le brouhaha des temps.

 

Election présidentielle quelques données

LES PRINCIPAUX CANDIDATS

Liamine Zeroual: actuel chef de l’état. Général à la retraite, il a été désigné en janvier 1994 pour mener une période de transition de trois années maximum avant la reprise du processus

Mahfoud Nahnah: chef du parti islamiste Hamas. Issu de la mouvance des Frères musulmans fondée en Egypte par Hassan el Banna, il prône l’instauration en Algérie d’un état liera

***

nous les Iraniens…

D’ici, de France, tout a l’air d’être à feu et à sang. Pas une semaine sans que l’écho d’assassinat monstrueux et d’attentats ne nous parvient. Dans le même temps, ce qui se déroule là-bas, dans les sommets de ce que l’on appelle « le pouvoir », est perçu comme un éternel complot de l’opacité. Tout apparaît donc bien sombre, d’autant plus que la floraison de candidats au poste de la présidence ne traduit pas de programme de société bien clair, mobilisateur et crédible. Quant à l’opposition démocratique, ce n’est blesser personne que de constater que son incapacité à créer un front commun traduit une faiblesse politique réelle.

Voilà ce qu’on l’on peut lire partout dans la presse. Mais c’est évidente noircir du trait, parce qu’elle prétend intégrer tout le réel, fait impasse sur les aspects lumineux, positif de ce qui se passe– aussi– en Algérie. Les rencontres que nous avons faite très récemment nous ont montré d’autres aspects d’une réalité qui ne se traduit pas seulement par l’horreur et le pourrissement : elle se nomme résistance.

Résistance

Ce qui étonne d’abord, puisqu’on nous dit que l’Algérie est prête à tomber dans les bras des islamistes, c’est l’inexplicable persévérance à la désobéissance. Rien n’y fait. Qu’un tel arsenal de terreur soit déployé pour si peu de résultats doit en effet donner à plus d’un islamiste l’envie de « changer de peuple ». Qu’ils décrètent la grève, l’abandon des moissons, le boycott de l’école, le port du hidjab, l’interdiction du sport pour les filles, l’effet est immédiat : les gens travaillent, la moisson se fait, les collectes de cartables s’organisent, les cheveux continuent de voler au vent et, comble de l’horreur, Hassiba Boulmerka devient championne du monde du 1500m. Du côté de la culture populaire, ça ne va pas mieux : les groupes de Raï fleurissent, Matoub Lounes est devenu aussi célèbre que Johnny Halliday et, à Akbou, on fait un festival  en hommage à Zarrouki Allaoua. Quant à la langue sacrée identifiée à la culture arabo-musulmane, dont on se rappelle comment elle a été « matraquée » par les imams orientaux embauchés par le FLN, elle voit ressurgir avec une vigueur inégalée la revendication des Imazighen.

divorce à l’algérienne

code de la famille

Que, pour l’instant, cette résistance n’ait pas de traduction politique – illustrant une fois de plus cette vieille évidence que, souvent, les avant-gardes ne font que suivre le mouvement – qu’elle soit jeune et fragile et doive surmonter le lourd handicap des accords occultes qui se feront sur son dos pour le maintien des privilèges (avec la bénédiction conjointe des princes de Ryad, du Vatican et du FMI), ne doit pas constituer un facteur de découragement. La puissance extraordinaire qui se dresse face à elle la contraint à régler leur sort aux démons ataviques de la méfiance, du dogmatisme, de la personnalisation et de la division qu’elle nourrit encore. Les signes précurseurs de ce dépassement sont déjà «lisibles» à l’intérieur de l’Algérie comme chez les démocrates exilés. Cette dynamique, encore précaire, trouve un écho de plus en plus clair au-delà de la Méditerranée chez toutes celles et tous ceux qui ont clairement perçu la dimension internationale du conflit algérien […] L’enjeu, en terme d’épanouissement ou d’effondrement des valeurs de respect de l’individu, de justice sociale, de droits de l’homme, d’épanouissement de la pensée critique et de paix civile est tel qu’il ne s’agit plus de solidarité abstraite mais de communauté d’échanges et de partenariat

 

Pour que la Méditerranée ne soit pas un nouveau mur de Berlin

Il serait pour nous inconséquent de voir la situation par le gros bout de la lorgnette, en termes algéro- algériens, avec une vague de solidarité humaniste, alors que l’on assiste à une collusion titanesque d’intérêts communs de toutes les ligues morales. Avec l’appui de l’État, de lobbies, de puissances financières, elles attaquent de façon convergente l’école, l’art, les droits de la femme, la morale sexuelle et ont en commun la destructuration  des rapports sociaux par l’application– à l’économie– de théories ultra libérales.

S’il y a bien une internationale islamiste, comme on l’a vu à Pékin, il y a aussi une internationale chrétienne intégriste (voir l’article sur l’Opus Dei dans Le Monde diplomatique de septembre 95), c’est-à-dire une internationale intégriste/conservatrice, multiforme mais complice, qui se rencontrent, définit des stratégies de pression, se côtoient dans les colloques internationaux, rameute ses troupes

barbu terrassé

Défendra d’énormes privilèges est insoupçonnable fortune, active tous les sentiments de registration née de la paupérisation et de l’exclusion pour achever d’engloutir les consciences dans le communautarisme est le nationalisme le plus étroit on en arrive, grâce à, à la définition presque parfaite de cette guerre qui « fait se battre entre eux des gens qui ne se connaissent pas au bénéfice de gens qui ne se battent pas mais qui se connaissent…»

Les enjeux ont largement débordé les frontières de la Méditerranée ; ils sont culturellement géopolitiques politiquement et économiquement et socialement internationaux

C’est à l’intérieur de cette perspective que – non pas la solidarité– mais le travail commun, que le partenariat doit se développer avec celles et ceux qui construisent, aujourd’hui même, une Algérie démocratique et sociale.

 

PARLONS DONC DE LA VIE

Parce qu’il faut bien le dire, c’est aussi cela : malgré la terreur, la douleur et en dépit de l’opacité de la situation politique, des femmes et des hommes s’organisent dans le mouvement associatif, élaborent des projets, investissent avec force et détermination un terrain social trop longtemps tenu pour quantité négligeable.

Cette réappropriation du terrain, à travers une pratique de soutien aux plus démunis, que ce soit dans le domaine de l’enfance, de la maladie, du chômage, même si elle ne se pose apparemment qu’en termes professionnels, induit des comportements nouveaux : on ne se cache plus les problèmes, on en parle ; on ne s’interroge plus sur les pratiques démocratiques et la transparence de la gestion, on la pratique ; on attaque des tabous. Ce n’est donc pas une pratique neutre et elle n’est pas prise pour telle : souvenons-nous de l’assassinat du professeur Djilali Belkhenchir.

Ces associations, qui veillent de façon tatillonne à leur indépendance, qui sont parfois en désaccord entre elles, sont en train de fédérer des pratiques, de se donner des moyens communs. Elles sont décidées à faire entendre leur voix pour «s’inscrire dans un projet de société fondée sur les valeurs républicaines». La Maison des Associations, qui est en voie d’achèvement à Alger, sera l’un de leurs outils : cogérés par un collectif d’associations, les quatre ou cinq bâtiments qui la constituent, au milieu d’un vaste terrain, sont sur le point d’être terminés. Nous reviendrons sur cet ambitieux projet dans notre prochain numéro, d’autant plus qu’il est possible que des compétences ou des moyens fassent défaut et que s’élabore à cette occasion un partenariat dont nous vous parlerons. C’est dans ce cadre que nous avons été invités à Alger, en Juillet de cette année.

 

D’Alger à Ghardaïa
La création de cette structure collective qui rayonnera sur toute l’Algérie et « poussera sa corne » vers les autres pays du Maghreb a besoin de gens formés. Les 10 journée de travail, organisée par le comité des associations s’occupant de la famille et par femmes algériennes unis pour l’égalité des droits (FAUED) avait pour but de collecter les besoins exprimés par presque quatre vingt dix militant(e)s associatif invité(e)s individuellement dans la majorité est-elle des jeunes femmes sans grande expérience.

90 personnes ne font pas toute l’Algérie, mais leur provenance géographique (Alger, Bedjaïa, Dellys, Tipaza, Sidi-Aïch, Ghardaïa, Blida, Oran, Boumerdes, Tissemsilt, Beni Saf, Aïn Temouchent, Ténes, Tizi-ouzou, Sidi-Belabbes, Bouïra) et leur diversité sociale nous ont permis– en une semaine de quasi huis-clos – de percevoir clairement la volonté la détermination sans réserve de ces jeunes à entrer dans l’arène sociale. Pour beaucoup d’entre elles (53 femmes et 36 hommes), C’était le début de l’engagement, dans un contexte particulièrement difficile. En cela aussi, cette rencontre était porteuse de sens : c’est précisément parce que la mort rôde et que la décision politique forte, qu’ils mettent le droit de leur jeunesse dans le plateau. Le programme de formation va se poursuivre, toujours en Algérie, avec un élargissement à d’autres associations s’absente lors de la première rencontre. C’est donc un effet boule de neige que l’on assiste à une amplification de la dynamique.

Que des Françaises et des Français aient animé cette première rencontre n’est pas sans importance. Il est évident qu’il était possible à ces associations de trouver sur place les compétences nécessaires. Il s’agissait donc bien d’une volonté politique de ne pas laisser l’Algérie se fermée sur elle-même, d’exprimer la dimension internationale du combat algérien. Quant à notre présence, dépourvu d’hésitation, elle voulait signifier clairement que notre fraternité ne s’arrêtait pas aux frontières de l’Europe.

 

Algérienne en chiffres
(Extraits du rapport présenté par le réseau Fehla (Femmes pour l’Égalité, les droits Humains, la Liberté des Algériennes) à l’occasion de la préparation de la quatrième conférence mondiale sur les femmes-Pékin 1995

14 000 000 d’Algériens sont des Algériennes. Les femmes représentent 51 % de la population occupée et 8 % des salariés.
Dans les faits, seuls 4,4 % des femmes travaillent.
Malgré l’insuffisance criante des statistiques concernant les femmes, en 1989, 85 000 d’entre elles se déclarent au chômage, chômage subit souvent à l’issue de leur formation. À niveau de formation égale, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à ne pas trouver d’emploi après leur formation.

Bien que le nombre de femmes scolarisées ait très fortement augmenté depuis l’indépendance, près de 20% des fillettes de six ans en âge d’être scolarisés sont exclus des établissements scolaires. Elles sont cependant plus nombreuses que les garçons à réussir à l’école. C’est ainsi que dans un certain nombre de willayas, elle représente près de 60 % des élèves inscrits dans le secondaire et prêt de ceux inscrits à l’université.

Elles subissent cependant le code de la famille qui, alors que la constitution stipule l’égalité des hommes et des femmes devant la loi, ne lui reconnaît pas le droit de contracter mariage en l’absence de son père ou à défaut d’un tuteur matrimonial ; lui enjoint, pour tous les actes de la vie« d’obéir à son époux» (art. 39), faute de quoi celui-ci peut entamer une procédure de divorce.

Au plan politique, les femmes constituaient 2 % des élus aux assemblées communales et 6 % des élus aux assemblées willayales. La dernière assemblée nationale a vu la participation à ces travaux de 7 femmes sur 295 élus.

 

Ghardaia contre le sida.
Un message d’optimisme

Des médecins et des professionnels de la santé ont, depuis Ghardaia, capitale du M’Zab, lancé une campagne une campagne contre le SIDA.

On connaît la difficulté du genre. En parlant du SIDA, on parle de sexualité, de toxicomanie, on lève des non-dits, on touche à des tabous, et l’on prend le risque de réveiller la vindicte de ceux qui confondent morale avec politique de l’autruche.

L’association IBM-SINA (Avicenne) n’a pourtant pas hésité dans une région très soucieuse de la préservation de croyances et de ses traditions, à mettre le doigt sur« la menace réelle de ce fléau dans notre région de Ghardaia ».
Dans leur correspondance adressée à Asma, les membres de l’association soulignent les risques encourus dès lors qu’une« prostitution incontrôlée se trouve dépourvue de moyens de protection et qu’il n’y a pas de diffusion de préservatif…»

 

« Je risque d’être coincé !»

« Cher ami. Suite aux décisions prises par les autorités françaises, les consulats de France en Algérie sont quasiment fermés et l’octroi de visas suspendu. La procédure qui prévalait auparavant de délivrance, avec célérité, d’un visa aux universitaires est également suspendue (…). Je ne peux miser sur l’éventualité d’un assouplissement ultérieur, surtout que mon billet d’avion est pour le 18 septembre (…). Je risque donc d’être coincé ! » L’auteur de cette lettre, Abderrahmane Fardeheb, professeur à l’institut des sciences économiques d’Oran, n’imaginait pas à quel point ces lignes, rédigées le 29 août 1994, étaient prémonitoires !

Invité par la faculté des sciences économiques de Grenoble à venir enseigner à partir du 1er octobre 1994, l’universitaire algérien avait fait une première demande de visa, auprès du consulat de France à Oran, à la fin du mois d’août. N’obtenant pas de réponse, il réitérait sa demande au début du mois de septembre. Sans plus de succès, les consulats étant « quasiment fermés » et le système nantais pas encore mis sur pied. Il était devenu impossible, à moins d’un fort « piston », d’obtenir un visa. Cette situation allait durer près de deux mois. Abderrahamane Fardeheb n’aura pas eu le temps d’attendre. Le 26 septembre au matin, alors qu’il sortait de chez lui, il a été abattu d’une balle dans la tête.

 

Murmures d’exil
Au commencement en vérité, l’exil est une abstraction.
Le mot même n’est jamais perçu, pensé.
Il s’agit tout juste de prendre du recul, de souffler, de se mettre à l’abri dans l’attente d’un rapide retour au calme au pays.
Tant que l’on était dans la mêlée, on faisait d’accord avec la réalité, les événements, les compagnons. C’est après coup que l’on mesure le poids de la pression, de la peur dans lesquelles on était immergé. Au départ, c’est comme un nageur qui remonte à la surface de l’eau. L’air est tellement fort qu’il étourdi. Les menus gestes de la vie quotidienne, interdite par l’insécurité, le danger sourd qui plane surgissant d’on ne sait où, prennent des dimensions fantastiques : marcher paisiblement dans la rue, franchir le seuil de la maison sans précaution, s’attabler à un café pour feuilleter un journal. Autant de gestes banals qui sont devenus, au pays, des actes d’héroïsme pour certains.

Les premiers jours la moindre détonation donne encore des sueurs froides. La peur est toujours là qui colle à la peau et qui provoque d’absurdes associations d’idées.

Au commencement, on n’entre pas en exil. C’est juste un détour dans un autre monde. Un homme connu, déjà visité, arpenté quelque peu. Les premiers jours ne sont pas si différents des séjours, dit d’agrément, antérieur. Avec le temps, les apparences s’effacent pour laisser place aux questions. Est-ce vraiment un monde connu ?

Si par la culture on retrouve tant d’affinités, le quotidien reste un mystère. C’est peut-être de la que nait le sentiment d’exil. Et à l’angoisse du départ s’ajoute une autre : plus insidieuse qui prend, jour après jour, plus de consistance. Combien de temps encore ? Un mois, trois mois… une année. Est ce possible que tant de temps se soit écoulé ? C’est qu’au fil des jours, à l’affût de la moindre nouvelle du pays, le décompte macabre a continué : des visages familiers ont été emportés par la mort. Mais d’ici, par delà la peine, leur disparition semble irréelle. L’exil commence quand on se résigne à donner du temps au temps. Et à coups d’illusion, on maquille la mauvaise conscience qui nous renvoie à la peur et le sentiment d’impuissance.

On ne s’installe pas dans l’exil. Mais le provisoire impose ses arrangements. Insensiblement le visiteur de passage change de statut. Improbable Statut que la réglementation du pays d’accueil n’a pas envisagé. Même le provisoire doit être consacrée par des documents temporaires.

C’est fait, on est rentré dans l’exil et en précarité. Le plus difficile dans cette situation, c’est de trouver une activité. À la fois pour faire face aux besoins et préserver son équilibre. Car la vacuité guette. Les jours s’écoulent alors avec une insupportable monotonie. Longtemps, on ira à la rencontre de la ville d’accueil, à la découverte de ses multiples facettes. S’impose alors un itinéraire quotidien qui va du Pont Neuf à une librairie regorgeant de livres. Un coin privilégié : celui consacré un Algérie ou se succèdent les titres qui proposent leur lecture du« drame algérien». Et pour seul ancrage le club de la presse. Ici on renoue quelque peu avec le métier d’origine : bruissement du fax, conférence de presse…
Entre l’exclusion et la vacuité la frontière est mince. Chaque jour qui passe emporte avec lui des promesses de travail sans lendemain. Contre le découragement total un seul rempart : les marques de solidarité multiples.

Et surtout l’espoir du retour. On reste aux aguets, au moindre indice en provenance du pays. Si le mal poursuit son œuvre, il semble que l’espoir reprend ses droits.
En dépit de tous les monstruosités le chaos annoncé n’a pas eu lieu : faut-il pour autant céder au mirage ? N’est-ce pas encore un mauvais tour de l’exil ?

Le soleil se couche sur le Pont-Neuf. Pareil et différent du soleil qui éclaire les blessures béantes de mon pays, l’Algérie.

A.R.

[Un congrès berbère ?]

Du 1erau 3 Septembre, une centaine de délégués d’associations culturelles berbères venant de Lybie, d’Algérie, du Maroc, de Mauritanie, du Niger, du Mali et de la diaspora, se sont rassemblés en Lozère.
Cette rencontre où beaucoup d’Algériens ne purent se rendre, faute de visas est inédite et importante : les berbères y affirment la dimension transnationale et plurielle d’une culture qu’ils veulent facteur d’ouverture et de tolérance.
Une structure permanente, le Congrès Mondial Amazigh, a été constituée afin de préparer, dans un an, un congrès dont le lieu (lies Canaries, Grenade, Bruxelles, Paris ou Rabat) n’est pas encore fixé.

 

UNE CHANCE SUPPLÉMENTAIRE POUR LA DEMOCRATIE

A l’heure où une offensive sans précédent des intégrismes et des nationalismes se développe, la volonté d’internationaliser le fait berbère, y compris à travers les instances internationales (ONU, UNESCO, ONG…), est un facteur d’optimisme. À travers cette défense et promotion de la langue berbère, les organisateurs de ce pré-congrès développent clairement les valeurs dont ils se réclament : « droits de l’homme, démocratie, liberté, tolérance et paix ».

Posé ainsi, le fait berbère prend toute sa dimension. Il s’affirme comme un pôle d’identité du Maghreb et de la frange saharienne face à la définition réductrice d’un arabo-islamisme qui a pris la relève immédiate de l’acculturation colonialiste. Il ouvre des perspectives à une revendication dont le plus grand risque serait de se replier sur un régionalisme étriqué, imprégné-lui aussi-de valeurs rétrogrades.

 

Ayda et le F.A.I.S

Les 23 et 24 septembre 1995, s’est tenu au théâtre de Pantin le Forum des artistes, intellectuels et scientifiques algériens (FAIS).
Cette réunion a regroupé environ cent participants. Il y avait des délégations du Canada, d’Allemagne, de Belgique et bien sûr d’Algérie. Il faut aussi noter la présence de quelques membres du comité de soutien français au Forum. Ainsi que des militants de plusieurs partis démocratiques algériens, des associations françaises et algériennes. Le Forum a compté également une délégation iranienne et une délégation mauritanienne. Ce projet a été soutenu bec et ongles par un groupe résidant à Paris. Belle opiniâtreté.

 

« L’été de Vaour »

La dixième édition du festival du rire qui s’est tenue du 2 au 12 août à Vaour se voulait celle de l’ouverture. Une décennie, dixième anniversaire… L’âge adulte ?
AYDA Toulouse, une association qui accueille des démocrates algériens menacés, voire victimes du terrorisme intégriste a été conviée à participer à cette dixième édition. Au début, la grande question était : « Que peut faire ou produire AYDA dans une manifestation de la sorte ? »
Les amis algériens n’ont pas hésité un instant. Décision fut donc prise d’y participer sous le double objectif : expliquer ce qu’est AYDA et ses activités, permettre aux Algériennes et aux Algériens exilés de parler de leur combat et de leur situation présente.
Enfin, le festival devait permettre à l’association de gagner quelque argent destiné à porter aide à tous les exilés.

UN PETIT VILLAGE POUR UN GRAND CŒUR

Vaour, un petit village, comme il y en a tant dans le Tarn, planté dans un décor vert, indéfinissable, chahuté.
D’autant plus attractif, lorsqu’on sait que plusieurs résidents y ont aménagé dans l’immédiat post-1968, en communautés. Faisant renaître les lieux en y pratiquant de l’élevage, de l’agriculture, la prise en charge de certains services, poste, école, etc., ils ont maintenu la vie quoi !

Beaucoup ont échoué, ceux-là ont réussi. Sur place, les stands et marabouts ont été plantés au milieu de deux restaurants et il fallait « assurer », comme on dit, toutes les boissons chaudes.

L’accueil du Comité d’organisation et ensuite du public fut simple et magnanime. Cependant, à voir comment le libraire, le chercheur en économie, l’agent paramédical… ont assuré…, on pouvait croire qu’ils baladaient une certaine expérience, au vu de la nonchalance « sûre » accompagnant les gestes. La grande compréhension des habitants du village et des visiteurs a enveloppé ces lieux et le cachet fut donné.

« Pour une boisson chaude, de l’ambiance et de la décontraction, il fallait se rendre chez AYDA! »

De la musique, il y en a eu ! Des amis marocains ont tenu à être à nos côtés, fraternellement, en musique devrais-je dire. De sorte que les musiciens qui se produisaient aux apéro-concerts précédant et fermant les spectacles se rendaient tous, presque immanquablement, à la grande tente, qui voyait des orchestres se reconstituer et des soirées s’allonger jusque très tard, le matin. Un mariage toujours heureux entre le guembri marocain, la flûte traversière, les bongos, la guitare, la derbouka, etc. Des musiques du Moyen-Atlas marocain accompagnées d’une flûte traversière et de jumbés, il fallait le faire. Ce fut fait ! Les comédiens venaient sous le marabout parler et s’entretenir avec le public de leurs spectacles passés ou à venir. Vaour… le spectacle n’y est pas marchandise. On est loin des règles habituelles du show-biz. Dix jours pleins, chargés, que n’ont altéré ni le vent, ni la pluie.

Et puis… tout a une fin, le repas traditionnel des organisateurs et des bénévoles. Parmi ces derniers, il y avait des Anglais, des Belges… Echanges de discours, d’adresses, de rendez-vous… C’est ce moment-là qu’ont choisi les bénévoles pour remettre la totalité de leurs pourboires à AYDA, en signe de solidarité avec les démocrates algériens. Une somme d’habitude réservée à faire un repas entre eux. C’est qu’au delà des grandes occasions offertes pour parler des combats de notre peuple, des femmes en particulier, des sommes d’argent bien venues, ce geste nous donne encore chaud au cœur.
MUSTAPHA.

Lettres algériennes,  Rachid Boudjedra, Grasset, coll. L’Autre regard.

Le titre de la collection est tout un programme : donner à « l’autre » l’occasion de porter son propre regard sur la France. Cet « autre », ici, est l’écrivain algérien Rachid Boudjedra qui, à travers 29 lettres, voit Paris et la France.

Paris s’offre à lui dans sa complexité. Paris est une «ville grandiose, fabuleuse et en même temps effrayante et désagréable…» Paris est «à la fois raciste et antiraciste, capable de laisser croupir dans un bois des centaines de familles délogées pour le plus grand bonheur des promoteurs immobiliers, prête déjà à accueillir l’Europe riche des affaires, de la création et des cerveaux. Mais, aussi, capable de faire cohabiter Juifs et Arabes à Belleville…» «Paris c’est un métissage, non seulement de races et de langues mais un métissage architectural…»

Ce regard peut être quelques fois étonné. Comment en France, patrie de la Raison, la superstition et les sectes prennent-elles de l’ampleur? «C’est la rançon de la modernité confrontée à une société en crise qui a perdu ses marques et ses repères…» Ce regard oscille souvent entre l’admiration et le dégoût. L’intelligentsia française l’a toujours fasciné. Mais seulement dans la mesure où elle avait toujours su avoir une «attitude critique vis-à-vis du pouvoir.»

Les pouvoirs et les institutions françaises passent au crible. Ainsi de «la république présidentielle» qui tend à devenir «une monarchie présidentielle.» Ou de la «Raison d’Etat» et du «Secret Défense» qui sont «une astuce du pouvoir qui a des démangeaisons autoritaires dans n’importe quelle démocratie.» Ou encore du journal «Le Monde H qui croit détenir la vérité totale et absolue…»

Mais ces considérations sont toujours mises en relation avec les leçons qui peuvent être tirées par «Nous, anciens colonisés et aspirants à la démocratie.»

Les rapports entre ce «nous» et l’ex-Métropole ne sont pas clairs. «La manière dont une certaine France nous perçoit est entachée d’ambiguïté et ne peut échapper au soupçon colonial…» Le vieux couple «colonisé /colonisateur» est donc remplacé par un nouveau : «ancien colonisé / néo-colonisateur.» Ce «je» qui est devenu «nous» se met à fustiger «l’hégémonie néocoloniale», son «autoritarisme» voire son «cynisme.» Le dégoût est vis-à-vis des «journalistes croque-morts» qui pleurent les écrivains algériens victimes du terrorisme «après les avoir confinés toute leur vie dans un silence pervers, cynique et débrouillard.» C’est que Rachid Boudjedra n’oublie pas Tahar Djaout, Alloula Boucebsi et d’autres. Il n’oublie pas non plus Jean Sénac qu’il considère comme «la première victime de l’intégrisme islamiste algérien.» Mort en 1973 «parce qu’il était pied-noir, […] un gaouri…» qui aimait un peu trop l’Algérie… et parce qu’il était le «symbole d’une Algérie multiraciale et multireligieuse.»

A.GHOUIRGATE

 

Rabah Belamri n’est plus

Quelques jours avant l’irréparable, il téléphone pour donner de ses nouvelles, informer au passage qu’il allait être hospitalisé pour subir une opération. Rien, dans sa voix ne trahissait une inquiétude excessive. Comme à son habitude, Rabah était serein, poursuivait ses projets en y intégrant généreusement les autres. Il parlait d’un voyage qu’il ne fera jamais. La nouvelle est tombée en cette fin de Septembre : Rabah Belamri est décédé des suites d’une opération chirurgicale. Il n’avait pas cinquante ans. Il disparaît dans la plénitude de ses moyens créatifs. Titre après titre, il avait construit une œuvre quelque peu à part dans la littérature algérienne.
Belamri qui avait perdu la vue très tôt, nous laisse une œuvre d’une incontestable clairvoyance. Ses romans et récits, depuis son premier livre  » Le soleil sous un tamis  » reviennent sur les traces de l’enfance, ses émois et ses durs apprentissages, dévoilant avec profondeur les travers et les carences de sa société. Une lumière toute méditerranéenne traverse ses écrits, mêlant sensibilité et sensualité. Romancier, il était également poète. Et, en chercheur et en poète, il a consacré d’importants travaux à Jean Sénac. Son dernier recueil de poésie,  » Pierres d’équilibre  » reflétait la blessure ouverte de son pays. L’enfant du Guesgour au « Regard blessé  » « ) a rejoint le cortège des figures de la culture algérienne pré maturément disparues (2). En Mars dernier, Rabah Belamri, à l’invitation de l’ARIOC, était au Salon du Livre Ancien de Blagnac pour animer le stand d’Ayda. C’était pour nous la dernière image.

(1) Titre d’un roman de R. Belamri, aux Editions Gallimard.
(2) On peut retrouver R. Belamri dans  » L’Algérie dévoilée « , un film d’Ali Akika, où il donne son interprétation de la crise algérienne.
Quelques titres à consulter :
Regard blessé, Gallimard NRF, 1987 (Prix France Culture).
Mémoires en archipels, Gallimard, 1994.
L’olivier boit son ombre, poésie, Publisud, 1989.
L’oiseau du grenadier, Castor Poche, 1975.

 

 

 

 

 

 

Lettre d’Algérie, mars 2019

Cette rue est à nous. Cette rue est nous.

 Au lendemain du gigantesque raz-de-marée humain qui a envahi Alger, nous nous laissons toutes et tous aller à un sentiment d’allégresse et de légèreté, teinté d’une certaine inquiétude quant à la suite. L’immense qualité de ces mobilisations qui nettoient le pays de la honte du troisième et du quatrième mandat n’est pas tant que ce séisme populaire a son épicentre et sa zone de fracture au cœur même du système, mais surtout peut-être ce que dit le mouvement par son existence même, sa manière d’être, la mutation des comportements ; pas seulement ce qu’il formule mais la façon dont il le formule.

C’est d’abordsa spontanéité et son autonomie. Il a surgi de toute part, comme d’une terre fissurée, embrasant toutes les willayas, du nord au sud, d’est en ouest, sans préparation occulte ni mot d’ordre concocté, à l’insu de toutes les organisations politiques et des collectifs de la société civile, qui avaient cependant diagnostiqué le mal-être du pays. Le couvercle qui étouffait tant de désirs de justice et de liberté, de frustrations, qui masquait tant d’humiliations, de mensonges historiques, de batailles réprimées, de victimes, et de pillage du patrimoine national, sautait avec toute la marmite. Le mépris, la hogra, était devenu insupportable et les jeunes étaient prêts à mourir en mer, sur des embarcations de fortune. Un slogan disait : « A force de nous mépriser, vous nous avez sous-estimé ». Il disait tout.

La « vieille taupe » avait creusé ses galeries sous le pied des dirigeants.

C’est aussison auto-organisation, son ordre de marche, tous les rouages se mettant spontanément en marche par une forme d’intelligence collective sous-jacente. La foule, massive, compacte, où il est difficile de se frayer un chemin, où tout peut arriver, fait preuve d’un calme stupéfiant, d’une sorte de douceur, d’une vigilance de tout moment, d’un souci particulier de son image. Elle en sait, cette génération facebook, l’importance. L’Algérien dément ici sa réputation de nervosité et d’impatience, il casse cette représentation : « silmiya, silmiya » devient un leitmotiv « pacifique, pacifique » (racine « slm », la paix comme dans salam ou islam). Même les jeunes qui grimpent sur les arbres ou les pylônes électriques sont sommés de descendre. Des comités de vigilance se constituent. Et lorsqu’un homme, adossé à un mur, dit doucement « Tous à El Mouradia » (le quartier où il y a le palais présidentiel) chacun sait qu’il s’agit d’un provocateur. Tout le monde a en tête la tentative d’incendie du Musée du Bardo, du Musée des Antiquités où l’attaque l’école des Beaux-Arts (la plaque commémorant l’assassinat du directeur des Beaux-Arts Ahmed Asselah et de son fils Rabah en 1994 a même été arrachée), en marge de la manifestation du 8 mars. Les chiens, lachés, y avaient tendu un piège aux policiers, poignardant plusieurs d’entr’eux. Il ne s’agissait pas, bien sur, des manifestants. De même des sacs remplis de pierres avaient été pré-disposés le long de la marche par des mains « mystérieuses », et ont été heureusement découverts. Vigilance. On connait, ici, les armes du pouvoir.

La marche devient un lieu de rendez-vous vigilant mais festif : les groupes d’ami.e.s se sont souvent regroupés par quartiers (des pancartes portent des noms de quartier, Birkhadem, Bouzareah, Draria), bricolant les panneaux improvisés sur des morceaux de carton, de contreplaqué, ou alors au contraire les ayant imprimé sur des supports sophistiqués, contrecollés. Ils ont concocté des déguisements aux couleurs nationales, crètes, casques, se sont habillés de drapeaux. Ils convergent, en ordre, vers le centre-ville. Tout est décentralisé et part des tréfonds de la ville : c’est la créativité joyeuse des quartiers populaires…

C’est encore la stupéfiante mue des comportements quotidiens qui en découle, le revirement à 180° des attitudes courantes. A une rue difficile, souvent morose, où domine le machisme et où les femmes sont trop souvent harcelées (il y a eu un long et pénible affrontement autour de la loi criminalisant la violence faite aux femmes et de l’introduction de la notion de harcèlement dans les lieux publics, jugées contraires « au loi de l’islam » par les islamistes : « on ne peut pas criminaliser un homme qui a été excité par une femme » a même dit un député de l’Alliance Algérie Verte ») répond une rue où femmes voilées ou pas, en abaya ou en jeans, ensemble, se réapproprient la rue sans crainte. L’abrogation du code de la famille, qui fait des femmes des mineures à vie, a été amendé, mais nullement abrogé. La lutte continue. Mais à cette situation inédite les « jeunes » répondent avec déférence, courtoisie, à tel point qu’une jeune femme se demande : « est-ce que ce sont les mêmes ? ». Pas de remarques déplacées ou de drague intrusive, mais une attention respectueuse de rigueur. Il y a une grande colère. Une détestation viscérale portée par l’immense énergie de la foule très jeune. Et il y a en même temps une grande douceur, une extrême gentillesse des gens. Etrange et émouvante coexistence.

C’est le rapport à l’espace public qui est transfiguré : qui vit en Algérie sait à quel point la déficience du service public affecte la propreté des villes, crée un environnement délaissé où les ordures s’accumulent et que chacun entretient à sa façon peu ou prou : comme si à la dépossession de l’espace politique devait répondre un désintérêt pour l‘état de la ville, territoire étranger et potentiellement hostile, séparé de l’intime, a contrario parfaitement entretenu. Soudain, alors que plus d’un million de personnes se trouve entassé dans les avenues, plus rien ne traine : les jeunes sont avec de grands sacs à ramasser méticuleusement papiers, canettes, emballages divers qui jonchent les caniveaux. Une manière de dire : « cette rue est à nous, cette rue est nous ».

C’est enfin l’humour, la dérision, l’ironie mordante des pancartes et banderoles qui n’est plus cette « politesse du désespoir » de la décennie noire, mais l’esprit de la reconquête. Chacun.e est sorti de son repli, s’est extrait de son facebook obsédant, des affrontements de la toile où beaucoup est amitié factice et facile ou bien détestation et haine instrumentalisées. Ici drapeaux national et berbère sont côte à côte, couleurs multiples d’un même pays qui prouve que diversité et unité sont complémentaires. « Tahia Djazaïr » (Vive l’Algérie) et « Enoua weguy th’Imazhighen » (Nous sommes des berbères) sont scandés simultanément,  sans doute au grand dam des incendiaires de tout poil. Les slogans fusent, les langages se mélangent avec un total respect ; les invectives de « séparatisme » ou d’ « islamo-baâthisme » sont exclues. Tout autant l’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiques, tant redouté, est totalement exclu des marches.

Tout fait preuve d’une intelligence politique, d’une capacité à subvertir les comportements et les mentalités à ce point massive et partagée qu’il semble impossible de revenir en arrière. Les chants de stade des supporters de l’équipe algéroise de foot-ball, le Mouloudia, illustrent clairement la contestation sociale du peuple. Le pouvoir s’y fait insulter.

Le peuple est dans la rue. Le pouvoir vascille… Tous les scénarios sont posés sur la table. Les pires et les meilleurs.

Bien fort est celui ou celle qui peut prédire ce que sera demain.

 

Georges Riviere,

Alger, 16 mars 2019

 

 

 

 

 

Décennie noire, quelle mémoire, quel journalisme ?

Le thème de cette 6eme édition des Journées culturelles franco-algériennes de Toulouse, organisées par les Amis d’Averroès est la « décennie noire », les années 1990 en Algérie.

Déjà la séance inaugurale du 1er octobre a remémoré cette période sombre…

Grâce aux notes prises sur son carnet par Anne-Lise Verdier (textes et croquis… voyez ce que cela donne sr son site web : https://anneliseverdier.jimdofree.com/illustrations/carnets/ 

) nous disposons des éléments essentiels de cette séance.

Extraits des carnets de Anne-Lise:

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[Georges Rivière était un des intervenants] : 93/94 ont été des années terribles. La mort frappe à toutes les portes. Combat des femmes, des berbères. A l’aube de la vraie libération, la revendication islamiste capte la société sur fond de chômage, d’injustice sociale… 22 mars 94, Grande manif des femmes.AYDA= AOUDA = « Le retour ». Création en 93. Combat contre l’islamisme, arrivée de copains algériens militants, qui ne sont pas là pour rester.

[On a retrouvé aussi les fondateurs de l’association AYDA, mouvement de solidarité et d’accueil en France des victimes algériennes

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du terrorisme, entre autres avec Irène Corandin, très active dans les milieux féminins].AYDA veut aller plus loin que  leComité international de soutien aux intellectuels algériens, fondé par Bourdieu, à Paris … (À côté de AYDA il y avait aussi une association féministe…). Notes sur Irène : Irène a retrouvé un document du collectif qui soutenait les femmes algériennes et qui rend compte des actions année par année. Ce collectif était soutenu par l’APIAF, par LA GAVINE et par le groupe SIMONE de l’Université du Mirail.
San Egido : Ils sont tous assis à la même table. Et au bout du compte ce sont les femmes qui vont en faire les frais.
(Dans ce) livre il y a les récits des enfants reçus en Ariège.

En 97 il y a la remise en question avec les photos de la madone de Bentallah : Non les femmes ne sont pas des « Mater Dolorosa » !

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(Lire) ASSIA DJEBAR le blanc de l’Algérie, le non-su, le non-écrit, le non-raconté… La fin des années 90 c’est le blanc qui revient pour l’histoire des femmes en Algérie (Elles disparaissent du champ de vision)

[Nazim Mekbel a présenté son site d’information https://ajouadmemoire.wordpress.com consacré à la récupération des informations sur les victimes d’assassinats de cette période]. « En 2010 je cesse de parler de mon père uniquement, j’attaque le travail de mémoire comme pour la Shoah ». On a pris comme date le 22 mars ; AJOUAD est le nom d’une piece d’Abdelkader Alloula, journée de la mémoire chaque 22 mars. Oran, journée musicale, à Alger ; conférence, à Montréal…on n’oublie pas. Notre travail est important car actuellement il y a falsification de l’histoire. On prétend que les services secrets sont à l’origine de tous les morts. Journée contre les victimes du terrorisme ( !)  Il montre un petit film sur l’amnésie où une jeune fille morte pendant la décennie noire parle à sa mère (en fait c’est un fantôme). L’amnésie n’est pas la solution. Nazim a collecté tous les articles de presse relatant les assassinats et les exactions islamistes dans les années 90. (Montre des diapositives) Groupes paramilitaires du FIS qui s’entraînent pour partir en IRAK, Polices islamistes paramilitaires des 1990.… Bagarre autour d’une mosquée pour voir quelles tendances va s’en emparer. Attaque terroriste contre une gendarmerie AVANT les législatives 90/91. Ils annoncent leur programme (Interdiction des partis laïques, suspension de la constitution…)

Le chiffre de 200 000 morts est sans doute excessif : Les disparus seraient entre 10 000 et 15 000,enlevés par les islamistes, femmes enlevées (5000) mais les familles n’en parlent pas. On rejette leur filles, épouses… (on regrette leur retour)

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Selon Farida Labrèche Nouar, médecin légiste : (un camembert) :En 91 meutres simples… 93 de + en + d’égorgements, 7 à 10 cadavres par jour… De plus en plus de mutilations, les corps servent de messages et choquent l’opinion publique. (voir tableaux statistiques…). En 97à 99 de plus en plus de victimes dans le milieu rural car les islamistes dans les camps, libérés, sont partis au maquis. Des mecs se retrouvent au maquis mais ne sont pas du coin donc ils se servent en bouffe, en bétail … et en femmes.

Attentat piège pour appater et piéger l’armée. Bentallah pourrait être ça. L’Armée qui ne veut pas intervenir pour ne pas se faire piéger, rêglements de comptes entre islamistes et familles de Bentallah. Le massacrec de Remka := 1000 personnes tuées. Or en dessous de 1000 tués l’ONU ne peut pas intervenir. Le massacre de Remka a été caché.

Il y aurait plutôt 1000 000 morts et pas 2000 000. Mais le chiffre de 2000 000 est une chiffre gardé pour montrer que l’Etat Algérien n’assume pas.

 

Ce 10 octobre, au même espace Diversité laïcité de Toulouse (38 Rue d’Aubuisson), un angle particulier de la décennie noire algérienne est repris : « La presse française et la décennie noire en Algérie (1990-2000), entre information et désinformation ».  Avec  Mohamed Kechidi  (économiste à l’Université Jean Jaurès de Toulouse) comme « modérateur », quatre intervenants ont une expérience de journalistes. Pierre Barbancey, né en 1962, est journaliste à l’Humanité où il a « couvert » l’information sur la Méditerranée. Pour ce même journal Francis Pornon https://www.francispornon.fr/biographie, ex-professeur de philo « coopérant militaire » en Algérie pendant deux ans vers 1970, a publié en 1998 un reportage sur l’Algérie, suite à un voyage de plusieurs semaines dans ce pays en guerre. Lors d’échanges postérieurs, il me rappelle que « la bataille des idées qui eut lieu en France à propos de l’image de l’Algérie d’alors, cachait l’enjeu du virage des objectifs socialistes vers un libéralisme, lequel fut facilité par l’attaque islamiste contre la démocratie. Le spectacle de la ruine du parc d’exposition des réalisations socialistes, alors que des mosquées flambant neuves s’élevaient et aussi qu’avaient lieu un grand salon commercial, en disaient long dans mon reportage.» Areski Metref https://fr.wikipedia.org/wiki/Arezki_Metref  est un journaliste algérien vivant en France depuis 1993, moment où il découvre le monde de la presse française. Georges Rivière, graphiste, entre en journalisme dans le tourbillon de l’association AYDA, où il crée l’éphémère périodique ASMA après avoir « couvert » pour Le monde libertairela manifestation des femmes d’Alger de mars 1994. Ce Français vit en Algérie depuis 2014.

Un consensus apparaît parmi les intervenants : en France la « décennie noire » opposait au sein de la gauche « conciliateurs » (globalement favorables à une ouverture politique du gouvernement algérien en direction du Front Islamique du Salut (FIS) vainqueur du premier tour « confisqué » des élections législatives de 1991) et « éradicateurs » (défenseurs d’une laïcité stricte interdisant au FIS toute action, ce dernier étant seul responsable du terrrorisme qui va ravager l’Algérie pour près de dix ans). Les intervenants considèrent que c’est sciemment que les grands médias de l’establishment de la  « gauche non communiste » (Le Monde, Libé, Nouvel Obs, France Inter) ont pesé sans impartialité en faveur des « conciliateurs ». N’est-ce pas dessiner là une vision d’un monde où les vaiqueurs de la guerre froide, Etats-Unis en tête, veulent écraser les « progressistes », anciens alliés d’une Union Saviétique qui vient de s’effondrer ?

Les échanges entre intervenants, puis avec la salle, permettent de dépasser ce panorama, qui rappelle les discussions violentes en France à l’époque, entre autres au sein de AYDA. Rappelons d’abord ce qu’on ne savait pas clairement à l’époque, ni en Algérie ni en France : le régime politique algérien, sur le long terme, est « une démocratie de façade [sous] un commandement militaire » (voir le vidéo publié par nos amis lyonnais https://www.youtube.com/watch?v=wQkxNEREb9I). Et soulignons à quel point l’intelligentzia algérienne, sur le long terme, est intimement liée à son homologue de la gauche française : à la coopération post-coloniale vers l’Algérie répond l’accueil en France des Algériens menacés chez eux pendant la décennie noire, mais il faudrait replacer cet accueil dans un temps plus long, en évaluant aussi ce que représente cette diaspora par rapport aux accueils dans d’autres pays que la France.

Les témoignages montrent comment en France il fallait lutter contre la vision d’une Algérie « sauvage », contre une vision purement policière du conflit qui empêchait de voir son contenu politique. Areski rappelle comment son travail pour la revue Politis était rendu difficile par la certitude de certains collègues français de mieux percevoir que lui la situation politique algérienne. Rivière rappelle que la revue Asma, qu’il a animée, a réussi à publier « sur les deux rives » ses numéros, qui forment une archive précieuse. Cette revue toulousaine a eu un « petit frère » parisien encore plus éphémère. En 1991-95 Algérie républicaine a aussi réussi à paraître « sur les deux rives ». G. Rivière insiste sur ce que fut la résistance au jour le jour en Algérie contre les interdits islamistes qui visaient plus que d’autres les femmes.

Lors de cette séance passionnante, je me trouve assis enre deux personnes qui ont le crayon à la main : Gyps, qui écoute attentivement et sourit souvent, dessine. Anne-Lise, elle, alterne dessin et prise de notes… C’est avec plaisir que nous rendons compte de ces débats : les Amis d’Averroès n’ont pas de site web auprès de qui vous adresser et nous leur servons un peu de mémoire au sein de notre communauté toulousaine… par exemple http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/10/13/3e-journees-franco-algeriennes-de-toulouse/

 

On peut écouter cette table ronde : http://www.canalsud.net/?La-presse-francaise-et-la-decennie

Vingt ans après, à Montpellier

Les vingt ans de notre grand frère montpelliérain  est un peu notre propre affaire. Nous sommes solidaires, dans des milieux différents. A Perpignan, contrer l’extrême droite est une affaire de tous les jours pour l’équipe de Coup de soleil appuyée sur le lycée. A Toulouse, notre visibilité ne se fait que peu à peu dans un milieu associatif très varié où les vieux militants « algériens » côtoient les nombreux « marocains » d’implantation plus récente. A Montpellier et autour, l’intelligentzia franco-maghrébine s’appuie plus qu’à Toulouse sur les milieux universitaires, mais aussi sur l’attrait de la Méditerranée. Dans toute l’  « Occitanie » qui nous réunit, on trouve les racines des « 4 ACG » (les anciens « appelés » qui versent leur pension d’anciens combattants pour des projets de développement, tant en Algérie qu’en Palestine), la mémoire des camps où les harkis furent logés là où avaient été internés républicains espagnols ou juifs allemands. C’est en notre nom à tous que Marc Bernard raconte notre pain associatif quotidien.

« Pour les 20 ans de votre association Montpelliéraine je veux saluer Coup de Soleil et nos petites  » sections » de province qui, avec une tranquille obstination, lancent des passerelles de fraternité et combattent résolument le racisme, la xénophobie, le mépris, le rejet, la haine. 

Il faudrait raconter le lent travail de bénévolat, de réunions parfois fastidieuses, de patiente insistance pour rentrer dans les bibliothèques publiques et les librairies, pour animer d’obscures soirées de cinéma aux publics parfois maigres. Il faudrait aussi dire les joies des coups réussis, des salles pleines, des livres partagés.

Il faudrait dire ce que tout cela demande de courage à nos adhérents et adhérentes, la plupart du temps sans argent et sans soutien pour maintenir ces barrages culturels contre la montée européenne et même mondiale des nationalismes d’exclusion. Mais cela vous le savez déjà.

Nos sections de province de Coup de soleil font partie de ces milliers d’associations de terrain qui ne renoncent pas. Loin des grands raouts institutionnalisés, nos sections, pour tracer leurs routes, assurent à leurs adhérents et adhérentes une démocratie directe, la transparence de leurs comptes, des comptes rendus de réunions, des décisions prises au consensus ou au moins avec de fortes majorités. Chacun et chacune y a voix au chapitre et peut s’appeler « ensoleillé(e)s », quelque soit son origine, ses moyens financiers ou son histoire. 

Mais pour cela Coup de Soleil s’appuie sur les compétences de tous ses membres, qu’elles soient littéraires, cinématographiques, artistiques, informatiques, linguistiques ou administratives. Nos sections ont besoin de tous leurs associé(e)s.C’est la seule condition pour que demain Coup de soleil se renforce et gagne petit à petit le combat culturel de l’ouverture à l’autre. 

Dans notre pays qui accepte aujourd’hui l’ouverture des archives avec la reconnaissance de l’affaire Audin mais qui refuse l’accueil des réfugiés de l’Aquarius dans le port de Marseille, nous avons besoin de Coup de Soleil et l’exemple de cet anniversaire des 25 ans à Montpellier nous en apporte la confirmation ».

Nous avons d’abord vu le DVD qui conserve la mémoire des fondateurs de Coup de Soleil à Montpellier [Aux origines de l’Association Coup de soleil en Languedoc Roussillon, 2018, 54 minutes, un film de Nancy et Philip Barwell, Association d’amitié franco-algérienne BRAKA]. C’est une grande première dans notre Association Coup de soleil que de tenter. Elle sait grâce à cela, qu’elle doit, à Paris comme « en région », seulement au prix de la bonne volonté des anciens, savoir ce qu’elle fut pour avancer dans notre présent difficile. Il importe de rappeler l’essentiel de ce que l’on apprend grâce à ce DVD: c’est au sein du milieu universitaire montpelliérain que l’initiative majeure fut de se donner les moyens d’accueillir des femmes et des hommes de l’intelligentzia algérienne qui ne pouvaient que fuir la « décennie noire » de leur pays. Ainsi ont été organisées les trois Universités d’été  en 1994-97, à l’origine de la section montpelliéraine, grâce à Georges Morin et avec Roland Perez « au charbon ». On y apprend aussi qu’une association est en péril quand manque l’accord d’une poignée de militant(e)s : c’est ce qu’a su rassembler Michèle Rodary pendant une quinzaine d’années, avant d’être relayée tout récemment.

Puis après un buffet convivial, c’est dans ce lieu magique qu’est la cour de l’Espace Martin Luther King de Montpellier, avec son immense platane, que nous avons écouté la conférence de Naget Khadda, professeure émérite de l’Université de Montpellier, qui vit de nouveau à Alger: « L’évolution de la littérature maghrébine de ces 20 dernières années ». Pour beaucoup d’entre nous, lecteurs de tant de livres, entre autre pour le prix littéraire « coup de cœur » que l’équipe montpelliéraine anime depuis 2005, cette littérature est une passion au jour le jour. Naget nous a permis de resituer nos lectures dans un cadre d’ensemble, principalement algérien. C’est à partir de l’explosion politique de 1988 à Alger que des écrivains ont questionné la forme romanesque, avec l’usage du fantastique, qu’ils ont questionné le religieux dans la société algérienne. Cette littérature prend visage à Alger avec deux personnages fondateurs : Mohamed Dib et Assia Djebar, dont les noms sont actuellement porteurs de deux prix littéraires trilingues (arabe, berbère, français). Cette littérature au départ est francophone et portée par des éditeurs français, qui ont accepté des mélanges de poésie et de contestation. Sa langue actuelle est de plus en plus métissée avec le mélange du français, de l’arabe savant et de la darija (arabe parlé populaire en principe non écrit). Dans les romans « arabes », les récits et descriptions sont plus « littéraires », les dialogues plus « populaires ». Les deux principales maisons d’édition algérienne sont chacune aux mains d’un couple, mais de nombreux petits éditeurs ne cessent d’apparaître et de disparaître. La coupure entre deux littératures, l’une arabophone et l’autre francophone, s’estompe avec des traductions croisées. Les thèmes sont liés à la critique familiale, sociale et politique née de l’expérience du terrorisme. Parmi les auteur(e)s, les femmes sont nombreuses, comme les personnes qui pratiquent l’écriture littéraire après des parcours professionnels de toute autre nature.

Enfin, sans nous déplacer, nous avons terminé la journée avec les musiques méditerranéennes, qu’Emmanuelle Bunel nous a chantées accompagnée par Vincent Crépin : de vieux textes en espagnol, en turc, en arabe, en hébreux, en italien. Merci aux amis de Montpellier

Claude Bataillon

Tazzeka, film: le Maroc et les migrations

 

 

Le film franco-marocain « Tazzeka », du réalisateur Jean-Philippe Gaud, aborde des problématiques liées à l’immigration, à la clandestinité, à la culture marocaine, au travers notamment de sa gastronomie.

Ce film s’inscrit dans la semaine d’animation de la culture  marocaine

  • Centre Culturel Alban Minville, 1 place Martin Luther King, 31100 Toulouse (Bellefontaine) : Mardi 25 septembre à 15h30
  • l’ABC, 13 rue Saint Bernard 31000 Toulouse : Mardi 25 septembre à 20h30

Film suivi d’un débat organisé par Coup de Soleil Midi-Pyrénées

 

 

 

Google ne dit encore rien sur le film, qui porte le nom d’un parc national marocain proche de la ville de Taza, c’est à peu près tout. Mais nous avons donc pu le voir en avant première à Toulouse : beaucoup de monde et de discussions au Centre culturel Alban Minville, puis le soir nous y étions au cinéma ABC, avec le comédien Mahdi Belemlih pour nous raconter son travail : il est en vedette pour la première fois, lui marocain devenu un acteur français, qui joue le rôle d’un marocain. Hommage au symbole que représente la cuisine dans la transmission entre générations, entre lieux de vie : souvenons-nous que l’écrivain Edmond Amrane El Maleh (1917-2010), juif de Essaouira, était devenu un cuisinier amateur passionné dans son « exil » parisien.

Claude, Micheline, Yasmina commentent le film : Tazekka n’est pas un film à l’eau de rose, même dans sa première partie marocaine, moins encore dans sa seconde partie parisienne, où on vit le quotidien des sans-papiers. Mais c’est un conte optimiste, où l’amitié est au cœur de l’intrigue. Beaucoup de douceur et d’amour dans ce film qui dit aussi la violence de l’immigration par la mort du frère qui a tenté de s’exiler. Amitié au village entre son patron et le jeune héros, puis à Paris entre celui-ci et le chef de famille noir qui l’accueille. On nous montre le versant positif d’une immigration réussis par Ilias. Non sans difficulté, avec la peur de la clandestinité à l’étrangerDans la discussion avec la salle, à propos du personnage intriguant de la jeune « beurette » Salma, on ne sait si elle est dure et égoïste, ou surtout révoltée (contre quoi ?). Elle semble « paumée », ne rien comprendre de la société et de la culture  marocaine. Elle n’est pas Marocaine, précise Mahdi lors du débat et pourtant elle a été élevée par des Marocains.

On peut imaginer que son père ne lui a pas présenté favorablement le Maroc, puisqu’elle est envoyée « au pays » de ses parents  pour lui « apprendre à vivre », comme une punition. Mahdi nous dit, en marocain qu’il est resté, que les Maghrébins nés et élevés en France ne peuvent comprendre ceux qui ont eu leur enfance « là-bas », surtout les péquenots du bled : de quoi nous donner à penser.

Notre amie lyonnaise (Denise Brahimi) a vu aussi le film en avant première, présenté là par le réalisateur : « Ce film, très soutenu par l’association Coup de Soleil en Auvergne Rhône Alpes, est passé en avant-première dans cette région avant de faire sa sortie officielle en France un mois plus tard. Il porte pour titre le nom d’une région montagneuse située dans le nord du Maroc, belle campagne verdoyante et riche en cultures, ce qui n’est pas sans rapport avec le sujet du film, largement consacré à la cuisine marocaine, et notamment à un excellent couscous où abondent les savoureux légumes !

Ces quelques propos définissent d’emblée deux des principaux centres d’intérêt autour desquels le réalisateur a centré son film, la cuisine et le Maroc, mieux vaudrait dire le village marocain traditionnel, puisque c’est l’aspect de ce pays qu’il a choisi de montrer, pour mieux l’opposer au troisième sujet de son film, la vie urbaine en France et à Paris, là où se retrouvent nombre d’immigrants, clandestins ou non. On voit par là à quel point ce film est original : la cuisine marocaine a certes nombre d’amateurs qu’elle mérite bien, le problème des immigrants, venus notamment d’Afrique et du Maghreb, est au cœur des préoccupations contemporaines des Français, mais le rapport entre les deux n’appartient qu’à Jean-Philippe Gaud et l’on peut supposer que son film séduira le public par cette approche inhabituelle. Pour le dire autrement : alors que tant de films, si l’on s’en tient au cinéma, abordent le problème de l’immigration comme une tragédie à la fois angoissante et abstraite, en tant que problème de société exprimé par des chiffres à l’effet terrifiant, ce réalisateur a choisi de nous en parler tout autrement , en évitant le catastrophisme—ce qui ne veut pas dire que son film soit une bluette destinée à faire oublier les souffrances qui de toute manière et sous différentes formes sont partout présentes.

Le film est partagé en deux parties bien distinctes, qui se passent l’une au Maroc l’autre en France, justifiant par là que la maison de production se nomme « Films des deux rives ». C’est d’ailleurs par cette double appartenance que se définit le réalisateur lui-même, algérien et français par ses origines familiales, marocain de cœur pourrait-on dire mais de cœur aussi très proche de l’Afrique sahélienne, comme on peut le voir dans la deuxième partie du film où une place important est faite à Souleymane l’ami sénégalais d’Elias, le jeune Marocain qui est le héros du film. Cette diversité prouve bien que le réalisateur ne veut pas enfermer son film dans des problèmes d’appartenance, ou de racines ethniques (encore moins religieuses). Elias lorsqu’il est à Paris ne cherche aucunement à rejoindre le groupe des Marocains de sa famille ou de sa région, et le film fait comprendre au contraire qu’il y aurait là le risque d’une sorte de rabattement néfaste parce que contraire à l’ouverture au monde qui est la compensation de l’exil et même son but.

Tazzeka n’est pas un film nostalgique décrivant le lieu de l’origine comme le seul où l’on puisse vivre heureux. Dès la première partie du film, on en voit les limites, impossibilité de vivre au village pour une jeune Marocaine élevée en France, impossibilité de développer ses compétences et sa vocation de chef cuisinier pour Elias qui le moment venu sait qu’il doit partir. L’attachement à la grand-mère qui lui a transmis son savoir est sans aucun doute ce qui lui donne sa force et sa raison d’être. Mais la grand-mère va bientôt disparaître, elle meurt pendant qu’Elias est à Paris, elle est devenue le très cher souvenir qui accompagnera Elias où qu’il soit.

L’histoire qui nous est contée dans Tazzeka rejoint par là ce qu’on appelle en littérature le roman de formation, une histoire qui commence avec l’enfance du héros (au 19e siècle, cela ne pouvait que rarement être une fille), qui le suit pendant son adolescence et qui l’amène jusqu’à son entrée dans l’âge d’homme. Ce parcours ne va évidemment pas sans épreuves, c’est le mot qu’on emploie dans les contes traditionnels, qui sont une version beaucoup plus ancienne voire séculaire de ce genre de roman. Les épreuves sont des obstacles difficiles à franchir, dans Tazzeka on voit bien ce qu’il en est lorsqu’ Elias arrive à Paris et subit le sort des migrants sans papiers, sans travail, sans argent, de plus pourchassés par la police, évidemment. Le film, comme beaucoup de contes, montre que la meilleure chance de s’en sortir pour le héros est de prendre appui sur un ami fidèle, rôle joué ici par le Sénégalais Souleymane qui le rattrape à chaque fois qu’il est sur le point de sombrer. La seconde partie du film est fondée sur le rythme que lui impulse ce double mouvement de chute et de remontée, et comme cette dernière porte Elias chaque fois plus haut, le spectateur sort du film avec cette sorte de joie que les enfants éprouvent si fort à l’écoute des contes, expliquant le désir qu’ils en ont.

Ce serait sûrement une erreur de voir dans le retour final d’Elias à Tazzeka une volonté de se réinstaller dans le village de son enfance. On peut certainement parler de retour aux sources, mais celui-ci ne signifie pas une volonté de se réimplanter ; il s’agit bien davantage de mesurer le chemin parcouru, mais aussi, pour Elias, de montrer la reconnaissance qu’il doit aux siens et qu’il n’oubliera pas. Le réalisateur dit que cette sorte de souvenir de la grand-mère, sous des formes variables selon les cas, lui a paru une constante dans les récits de vie des chefs cuisiniers dont il s’est imprégné, entre autres travaux documentaires préalables dont il a nourri la préparation de son film pendant plusieurs années. La grand-mère est une sorte de présence-absence qui ne risque pas comme les parents d’exercer un poids et une inhibition. Elle est à la fois réelle par le savoir qu’elle a transmis et symbolique comme peut l’être le talisman qui aide le héros dans les contes. C’est ainsi que nous pouvons comprendre une sorte de naïveté assumée du film « Tazzeka ». Puissances protectrices contre puissances dangereuses : les premières se nourrissent, au sens propre, de l’excellente cuisine que concocte Elias.

 

Le film sort en salles le 10 octobre, entre autre à L’ABC toulousain, profitez-en. Il est aussi présenté à Paris ce même jour à 20h30 au Cinéma St André des Arts, avec une célébration de la cuisine marocaine et un débat mené avec Georges Morin

 

Votre fatwa… de Karima Bennoune

Nous avons participé à l’accueil de l’écrivaine algérienne Karima Bennoune autour de son livre :
« Votre fatwa ne s’applique pas ici – Histoires non dites de la lutte contre l’intégrisme »,
Samedi 26 mai de 18H00 à 19H30 : Librairie Ellipse, 
251 Route de Narbonne 31400 TOULOUSE
 
Dimanche 27 mai de 14H30 à 16H30 : La Chapelle – Atelier Idéal
36 rue Danielle Casanova
(Autour d’un thé à la menthe et de patisseries orientales)

à la librairie Ellipse, le 26 mai 2018

La chaleur de cette rencontre et la qualité des discussions nous ont marqués, merci à elle! Après tant de discours sur l’intégrisme religieux et son caractère inéluctable, un récit concret relatant les luttes quotidiennes et réussies des musulmans eux-mê

Le livre « Votre fatwa ne s’applique pas ici : Histoires non-dites de la lutte contre l’intégrisme »

de Karima Bennoune vient d’être traduit de l’anglais en français (Nov 2017, Editions du Temps Présent). Il est particulièrement d’actualité.

Ce livre est d’abord paru en anglais aux Etats Unis où il est un best seller et pour lequel elle a reçu un prix des droits humains en 2014 (le Dayton Literary Peace Prize), sous le titre Your Fatwa Does Not Apply Here: Untold Stories from the Fight Against Muslim Fundamentalism,

Pour l’écrire, elle a visité pendant 3 ans de nombreux pays majoritairement musulmans (ainsi que des exilés), sur tous les continents: Pakistan, Afghanistan, Algérie, Égypte, Tunisie, Iran, Mali, Tchétchénie…. et a donné la parole à ceux que l’on n’entend jamais dans les media occidentaux.

Karima Bennoune a grandi en Algérie, où son père, Mahfoud Bennoune, était un anthropologue réputé, menacé de mort à plusieurs reprises par les islamistes. Elle enseigne le droit international à l’Université de Californie – Davis. Karima Bennoune est également Rapporteur spécial auprès des Nations Unies pour les droits culturels depuis octobre 2015.

« J’ai voulu offrir une tribune à des gens qui n’en ont pas. »

Karima Bennoune y dresse le portrait de citoyennes et de citoyens qui, de l’intérieur même des pays ditsmusulmans, s’opposent aux fondamentalistes islamistes, et risquent leur vie pour dire haut et fort qu’ils n’acceptent pas la dictature d’extrême droite intégriste sur la liberté de pensée, les croyances, les moeurs, les comportements. Beaucoup sont des femmes, musulmanes ou athées, qui ont été surveillées, emprisonnées, agressées, réduites en esclavage, torturées, mutilées, assassinées.

Cet effort pour rendre compte d’une réalité complètement occultée par la grande presse internationale est, à ce jour, unique.

Hommage de Wole Soyinka, prix Nobel de littérature 1986 :

« Jamais, depuis l’apartheid, notre humanité n’a subi de telles pressions et n’a eu à relever des défis aussi intenses et persistants. L’histoire se répète. Encore une fois, une minorité d’assassins se prétend supérieure à tous les autres, s’arroge le pouvoir de dicter aux autres son mode de vie, décide qui pourra vivre et qui devra mourir, ou qui fera la loi et qui devra s’y soumettre. L’islam, la religion dans laquelle [les terroristes] se drapent, n’est qu’une couverture. Le vrai problème réside, comme toujours, dans le pouvoir et la soumission, avec ici comme instrument le terrorisme.

Regardons avec objectivité la vraie nature de la domination qu’ils cherchent à nous imposer, nous qui vivons prétendument dans des “lieux de vice et de débauche, d’impureté et de décadence”…. Leur modèle consiste donc à instaurer l’exclusion. Mais aussi l’irrationalité et les restrictions dans la vie quotidienne. Le mépris de la culture et du pluralisme. L’établissement d’un apartheid sexiste. La diabolisation de la différence. C’est le règne de la peur…. Réaffirmons notre refus, sur notre continent, que la religion soit établie comme une seconde nature humaine, indiquée sur nos documents d’identité, et de laquelle déprendrait notre nationalité, mais également le droit même d’exister sur la planète.(http://www.courrierdesafriques.net/2015/01/wole-soyinkavotrefatwa-ne-sappliquera-jamais-ici)

« On ne peut pas être théocratique et modéré à la fois »

[Karima Bennoune] s’insurge aussi contre le concept d’« islamisme modéré », appliqué aux groupes fondamentalistes qui ne professent pas la violence mais qui seraient des traditionalistes : « On ne peut pas être théocratique et modéré à la fois. C’est apparemment « modéré » de croire au gouvernement par la religion et de croire qu’il ne faut pas l’égalité pour les femmes. Et ces opposants s’appuient autant sur les traditions qu’ils sont en rupture totale

avec elles ». Ces « modérés » sont devenus des experts en double langage, extrémiste en arabe, plus policé en anglais ou en français. Alors lorsque les pays occidentaux les prennent pour alliés dans la lutte contre le terrorisme « c’est terrible pour tous ceux qui dans leurs pays s’efforcent de lutter contre les deux ».

« Mais, s’emporte-t-elle, comment n’ont-ils toujours pas compris que ces fondamentalistes sont l’extrême droite des pays musulmans ? »

(Extrait d’une interview dans La Croix)

Kamel Daoud nous parle

Non, je ne suis pas « solidaire » de la Palestine. Le mot solidaire est entre guillemets. Car il a deux sens. D’abord non à la « solidarité » sélective. Celle qui s’émeut du drame palestinien parce que se sont des Israéliens qui bombardent. Et qui, donc, réagit à cause de l’ethnie, de la race, de la religion et pas à cause de la douleur.

Ce texte a été publié le 12 juillet 2014, comme nous le rappelle Alain Lopez. Le contexte de l’époque est la guerre qui dure deux mois: « Israël lance l’opération Bordure protectrice contre la bande de Gaza » (wikipedia). Le contenu du texte (qui a circulé dans notre groupe) est approuvé par Marc Bernard, Gérard Kihn, Claude et Françoise Bataillon, Micheline Kouas comme par Claudine Nissou qui commente: « Ça me rappelle le temps qu’il a fallu pour que les gens comprennent que le conflit en Irlande du Nord n’était pas un conflit religieux entre Catholiques et Protestants mais une longue affaire de colonisation. Sans vouloir faire d’amalgame, of course! »

Le commentaire de Alain Lopez: 

Comment interpréter cet écrit de Kamel ?

Il regrette et dénonce le fait que le problème israëlo-palestinien soit devenu religieux, d’où une solidarité faussée du fait que la diplomatie mondiale et les médias les plus influents  ont « arabisé et islamisé » le drame palestinien. Le peule palestinien n’est pas vu comme une entité nationale unifiée mais comme une communauté religieuse. De fait notre « solidarité » et notre indignation se révèlent lors des affrontements meurtriers commis, la plupart du temps, par Israël pays colonisateur mais les « solidarités mécanique » et/ou « organique » (Durkheim, sociologue) ne sont pas continues jusqu’au point d’en arriver à un règlement du conflit juste et durable. D’où la différenciation de Kamel imagée en parodiant les « amateurs de lapidations » (Arabie Saoudite et autres: « le poids mort de l’humanité ») tout en laissant les Palestiniens résister avec « des jets de pierres ».

Ce qui n’est pas faux: les manifestations de « solidarité » sont nombreuses dans ces pays arabes mais sans conséquence heureuse pour la résolution du conflit. En termes de géopolitique on aura compris pourquoi « tout le monde » joue le statu-quo!!!

Kamel critique en phrases sibyllines le Hamas et l’Autorité palestinienne (divisions palestiniennes: incapacités et faiblesses) qui appellent à une « solidarité » que l’auteur traite de « jérémiade »…Enfin, il prône une « solidarité mécanique », je cite « celle qui fait assumer, par votre dignité, au reste du monde, sa responsabilité envers une question de COLONISATION pas de CROYANCES (souligné par moi!).

Notre ami Martin Lascoux,qui vit en Suède et a passé toute son enfance au Maroc nous dit: « … un texte ambigu. Et qu’est-ce que cela apporte?  Il me semble que c’est un texte qui s’adresse plus à un certain lectorat français qu’à des Algériens, un lectorat qui aime bien que l’on casse du sucre sur “les arabes” ou “les musulmans » …

Celle qui ne s’émeut pas du M’zab, du Tibet ou de la Kabylie il y a des ans, du Soudan, des Syriens et des autres douleurs du monde, mais seulement de la « Palestine ». Non donc à la « solidarité » par conditionnement religieux et « nationaliste ». Cette « solidarité » qui nuit à la victime et au solidaire parce qu’elle piège la Palestine comme « cause arabe et musulmane », dédouanant le reste de l’humanité par appropriation abusive. La « solidarité » qui se juche sur l’histoire d’un peuple malmené et presque sans terre au nom de la haine de l’autre. Cette « solidarité » concomitante que le chroniqueur a vomi dans les écoles, les manuels scolaires, les chants et l’arabisme et l’unanimisme religieux.

Le drame palestinien a été « arabisé » et islamisé à outrance au point où maintenant le reste de l’humanité peut se sentir débarrassé du poids de cette peine. C’est une affaire « arabe » et de musulmans. Cette solidarité qui a transformé un drame de colonisation entre clashs de religions, de haines et d’antiques mythologies exclusives. Cette solidarité VIP que le chroniqueur ne veut pas endosser, ni faire sienne. Cette « solidarité » qui préfère s’indigner de la Palestine, mais de chez soi, et ne rien voir chez soi de la « palestinisation » du M’zab ou du Sud ou des autres territoires du monde. Cette solidarité au nom de l’Islam et de la haine du juif ou de l’autre. Cette solidarité facile et de « droit public » dans nos aires. Qui au lieu de penser à construire des pays forts, des nations puissantes pour être à même d’aider les autres, de peser dans le monde et dans ses décisions. Cette « solidarité » pleurnicharde et émotive qui vous accuse de regarder le mondial du Brésil au lieu de regarder Al Jazeera. Cette « solidarité » facile qui ferme les yeux sur le Hamas et sa nature pour crier à l’indignation, sur les divisons palestiniennes, sur leurs incapacités et leurs faiblesses au nom du respect aux « combattants ». Au nom de l’orthodoxie pro-palestinienne que l’on ne doit jamais penser ni interroger.

Non donc, je ne suis pas solidaire de cette « solidarité » qui vous vend la fin du monde et pas le début d’un monde, qui voit la solution dans l’extermination et pas dans l’humanité, qui vous parle de religion pas de dignité et de royaume céleste pas de terre vivante ensemencée.

Si je suis solidaire, c’est par une autre solidarité. Celle qui ne distingue pas le malheur et la douleur par l’étiquette de la race et de la confession. Aucune douleur n’est digne, plus qu’une autre, de la solidarité. Et solidarité n’est pas choix, mais élan total envers toutes et tous. Solidarité avec l’homme, partout, contre l’homme qui veut le tuer, le voler ou le spolier, partout. Solidarité avec la victime contre le bourreau parce qu’il est bourreau, pas parce qu’il est Israélien, Chinois ou Américain ou catholique ou musulman. Solidarité lucide aussi : que l’on cesse la jérémiade : le monde dit « arabe » est le poids mort du reste de l’humanité. Comment alors prétendre aider la Palestine avec des pays faibles, corrompus, ignorants, sans capitaux de savoir et de puissance, sans effet sur le monde, sans créateurs ni libertés ?

Comment peut-on se permettre la vanité de la « solidarité » alors qu’on n’est pas capable de joueur le jeu des démocraties : avoir des élus juifs « chez nous », comme il y a des élus arabes « chez eux », présenter des condoléances pour leurs morts alors que des Israéliens présentent des condoléances pour le jeune Palestiniens brûlé vif, se dire sensible aux enfants morts alors qu’on n’est même pas sensible à l’humanité. Je suis pour l’autre solidarité : celle totale et entière et indivise. Celle qui fait assumer, par votre dignité, au reste du monde, sa responsabilité envers une question de colonisation, pas de croyances. Celle qui vous rehausse comme interlocuteur, négociateur et vis-à-vis. Celle qui vous impose la lucidité quant à vos moyens et votre poids, à distinguer votre émotion de vos élans. Celle qui commence par soi, les siens pour justement mieux aider l’autre, partout, dans sa différence comme dans sa communauté. La solidarité avec le chrétien pourchassé en Irak et en Syrie, des musulmans de Birmanie, des habitants de l’Amazonie ou du jeune encore emprisonné à Oum El Bouaghi pour un casse-croute durant un ramadan.

Les images qui viennent de Gaza sont terribles. Mais elles le sont depuis un demi-siècle. Et nos indignations sont encore aussi futiles et aussi myopes et aussi mauvaises. Et nos lucidités et nos humanités sont aussi rares et mal vues. Il y a donc quelque chose à changer et à assumer et à s’avouer. La « solidarité » n’est pas la solidarité.

Ce que fait Israël contre Gaza est un crime abject. Mais nos « solidarités » sont un autre qui tue le Palestinien dans le dos.

Que les amateurs des lapidations se lèvent donc : c’est la preuve que mis à part les jets de cailloux, ils ne savent rien faire d’autre.

Kamel Daoud

source : Chronique parue dans Le Quotidien d’Oran, avec l’aimable autorisation de l’auteur

ARP/PHILO: du nouveau en Algérie, printemps 2018

Session ARP Philo  Expérience Collective du 20 au 30 Mars 2018.

Voyage Atelier itinérant en ALGERIE.

Les groupes, Français, Algériens et Tunisiens se sont retrouvés pour une mise en commun d’une richesse culturel, d’échanges philosophiques sur une réflexion partagée « La Pensée Créative », l’approche Artistique, Esthétique.

Les groupes ont mené un travail interculturel, intergénérationnel et inter statutaire tout confondu ( Inspecteur, Enseignants, Elève, Parent/Enfant), en présence d’Enseignants et cadres de l’Education et aussi d’Enfants volontaires sur le thème  » la Créativité à l’Ecole ». Nous avons eu la possibilité de voir et d’animer des Ateliers Enfants et  d’entendre philosopher des enfants.

L’objectif Général de ce voyage atelier itinérant a été de pratiquer la réflexion partagée à visée philosophique sur la pensée créative, et, pour nous  participants, se former à l’animation de « Moments Philo »  par la pratique et la théorie.

La pratique de  l’éducation Civique en Algérie ouvre une porte possible pour les ateliers Philo.

Déroulement du voyage atelier :

GHARDAIA : Atelier enfants à partir d’un film documentaire sur la Planète et le respect de l’environnement. Atelier adultes itinérant à SebSeb (Palmeraie et la Culture du sable).

LAGHOUAT : Atelier documenté  et lectures partagées de poèmes choisis, dans le cadre du Festival de la Poésie Féminin en présence de la poétesse Fouzia LARADI.

BOUSAADA (Cité Du Bonheur):Atelier enfants « logico-mathématique » puis avec des adolescents à l’école ELMOUNIR à partir du film d’animation de Djilali BESKRI sur le thème du « cadeau ». Ensuite, Atelier adultes « approche d’une œuvre » au musée Nessredine DINET en présence d’artiste peintre.

TIPASA : Atelier documenté avec des étudiants en philo mené par le  projet  de Malika BENDOUDA et Nacer BOUHOUIA. Suivi d’un atelier documenté enfants à partir du texte «  Vincent l’éléphant ou Méssaoud en arabe et la bande des grands ».

En résumé, nous avons rencontré chez les Algériens une volonté d’instaurer une dynamique autour des ateliers Philo documenté. Certains existent déjà  dans des écoles privées et  fonctionnent grâce à l’investissement personnel d’enseignants qui se sont saisi de ce projet Philo pour qu’il perdure. (Yasmina Houari)

Des coupures de presse pour la session de Tipaza http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/wp-content/uploads/sites/12/2018/04/DUPIN-Danielle-Algérie-avril-2018.pdf

Rappelons que notre chronique antérieure concernait les travaux 2015 à 2017 (http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/07/02/ateliers-philomaroc-en-mai-2015-toulouse-en-octobre-2015/

ALGÉRIE MARS 2018 Journal de voyage de Danielle Dupin (merci à Danielle de nous avoir permis d’utiliser de larges extraits de son texte)

Dimanche 18 mars

Mes origines se rappellent à moi en ce presque jour anniversaire  du 19 ; période de retrouvailles avec mon pays de naissance, l’Algérie ! Origine : le Chlef, ce fleuve qui passait à Orléansville rebaptisée El Asnam puis depuis, Chlef… ville des tremblements de terre où je suis née il y a 78 ans.

D’abord les visas et démêles avec le consulat de Toulouse ; alors que partout ailleurs tout se faisait en 48 h nous sommes restés dans l’attente… depuis novembre ! Il nous a fallu déployer des trésors de patience, de diplomatie et de sollicitations d’intervention à tout niveau pour faire avancer notre dossier : Ministère ENA, COOP Algérie-France, Magistrat de liaison des ambassades, Affaires Étrangères…pour ENFIN voir la situation se débloquer le dernier jour et sans savoir pourquoi! J’ai eu les passeports tamponnés le vendredi 17 à midi, pour un départ le 18 ! Arrivés à l’aéroport d’Alger, nous trouvons plus commode d’accepter un taxi qui se présente et nous propose de nous conduire toutes  les 5 à Alger centre avec bagages pour … 7,50 euros, c’est bon !

Etoile du sud: opération Algérie/ Toulouse

la présentation…

En 2017 l‘Association régionale Coup de Soleil Midi-Pyrénées de Toulouse et l’Association l’Etoile du Sud d’Alger ont construit un partenariat pour créer une Cellule Audiovisuelle pour les campagnes de sensibilisation associative, qui a donné tous ses résultats en 2018.  Le projet était financé par le Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France en Algérie. Nous voulions toucher au moins 6 associations travaillant sur différentes thématiques (patrimoine, santé, jeunesse…) et en particulier des associations issues du sud de l’Algérie. En somme, une association de jeunes qui veut aider les associations de jeunes à s’exprimer par la vidéo.

Rapport sur le déroulement de la formation Audiovisuelle

La formation a pu être menée dans deux  régions différente en Algérie : Laghouat et Alger .

Le Cycle de formation s’est  composé de deux modules :  Prise d’images (Script, Lumière, cadre…) à Laghouat en partenariat avec l’association L’Atlas Saharien . Post production (étalonnage, montage, animation) à Alger

La formation à Laghouat : du 5 au  10 janvier 2018 était organisée en partenariat  avec L’atlas saharien.  Ainsi que l’agence de photo CAPSA Vision comme formateurs pédagogiques.

Cours et travaux dirigés se sont alternés au cours de la formation en commençant par des notions basiques selon un plan bien cadré par les formateurs en utilisant des support pédagogiques, du matériel mis a la disposition des jeunes , des partage de  pratiques sur le terrain  (mutuelle et interaction ). Les participants étaient invités à mettre en pratique ces techniques pendant 3 jours sur terrain. Toutes les soirées du séjour ont été animées par des projections et documentaires pédagogiques pour une culture visuelle.

La formation à Alger : du 24 au  31 mars  2018 :

La formation s’est déroulée dans un espace de coworking VIP classeroom qui a mis a notre disposition une salle de cours et une salle d’informatique avec 10 pc puissants en hardware avec le logiciel AdopPremier et une bonne connexion wifi.

Pendant trois  jours il y a eu des cours sur le montage, l’étalonnage , l’animation avec des exemples visuels, et de la pratique. Les trois jours suivant les candidats ont  travaillé avec les formateurs sur la matière de la première formation  lors de leurs sorties sur terrain.

Pendant la formation nous avons eu la visite de PANASONIC Algérie  qui s’intéresse a ce concept de formation des associations. Pendant tous les séjours les soirées ont été animées par notre association avec de petits ateliers, de consolidation de groupes, une projection sur leurs travaux déjà réalisés avant la formation et  une réflexion sur la suite du projet  en préséance des formateurs.

Evènement de clôture : L’après midi du 31 mars nous avons   lancé  le documentaire ‘’Demain ‘’ en invitant quelques personnes actives dans la société civile  . Ce qui nous a permis de débattre, d’échanger des idées entre nous, des critiques techniques sur la conception d’un documentaire future.

Nous avons abordé aussi les points suivants :

  • Une réflexion sur la suite du projet et de sa durabilité par l’ensemble des associations, des suggestions d’activités à venir.
  • Une réflexion sur un thème commun qui touche toutes les régions de la cellule.
  • nous avons projeté le travail de chaque personne en les remerciant, ainsi que tous nos partenaires.
  • Nous avons aussi eu la visite du PCPA , l’assurance Macirvie et Médecins du Monde .

Sept associations de jeunes ont participé à cette formation sur l’utilisation de l’outil AV :

  1. « L’Etoile du Sud »
  2. « L’Atlas Saharien »
  3. « Association Banquet de Platon de Sidi Belabas »
  4. « Association SYD de Skikda»
  5. « Groupe Assirem d’Azzefoune de Tizi »
  6. « association batnienne contre les myopathies de Batna »
  7. « Tour’ Art  de L’aghouat »
  8. Et nous avons reçu aussi de nos amis algériens un court vidéo http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1696

Et toute une série de photos illustrant le travail, en particulier à Laghouat

 

 

« PAS DE QUARTIER CONTRE LES INEGALITES », TNT, 30 mars 2018

A l’invitation de Coup de soleil Midi-Pyrénées
Venez tous et toutes au Radio live assister à l’évènement annuel

« PAS DE QUARTIER CONTRE LES INEGALITES »,

Ce sera  au TNT (Théâtre National de Toulouse)

1 rue Pierre Baudis, 31000 Toulouse  (métro Jean Jaurès)

Le vendredi 30 mars de 20h à 22h et c’est gratuit !

« Radio Live c’est quoi ?

Radio Live est  à la fois un spectacle, une émission de radio sur scène, une performance graphique, une expérience humaine, des échanges vivants : une véritable mosaïque audiovisuelle qui captive et nous pousse à la rencontre des mondes et des cultures. Au cours de la soirée, nous aurons l’occasion de découvrir des récits de vie et d’engagement, portés par les jeunesses. Jeunesse qui sera représentée ce soir-là par trois jeunes citoyens du monde, aux parcours retentissants.

radio live, nouvelle génération au micro

le spectacle commence

ouverture: toitures du vieux Toulouse

Radio live est une fusion entre ces récits, la musique, les illustrations faites en direct, les témoignages et interviews, la poésie nouvelle génération, les photos et images d’archives, les échanges, et l’émotion.  Radio-Live est un spectacle d’utilité publique rempli d’espoir et de tolérance… »

Karam enfant à Damas , scout célébrant la patrie (laquelle?)

Karam arrive en « classe affaire » à Roissy… sans papiers

Nous sommes donc venus au TNT de Toulouse, notre petit groupe de têtes blanches de Coup de soleil a en moyenne quarante ans de plus que l’ensemble du public : ce soir quelque 250 personnes, salle comble. C’est  l’AFEV (http://toulouseafev.wixsite.com/afev/qui-sommes-nous-) qui a convoqué ce public, comme pour les collégiens tout aussi nombreux cet après-midi.

Les animatrices, A. Bennin et A. Charon sont expertes en film, mais surtout elles réunissent sur scène des gens d’ailleurs, avec qui elles dialoguent depuis des mois pour leur faire raconter leurs vies. A Paris, en janvier,  (http://coupdesoleil.net/blog/la-bande-des-francais-paris-gaite-lyrique-17-janvier-2017/ ) c’étaient Martin (paysan de la Somme), Heddy (boxeur et acteur, quartiers nord de Marseille), Sophia (journaliste fille d’instituteur kabyle), Amir (de Gaza, professeur d’arabe). En mars 2018 à Toulouse nous retrouvons Amir, avec Asmina (fille de Comorienne et chef de phratrie) et Karam (de Damas, acteur).

En fond de scène, un immense paysage rose des toits du vieux Toulouse, que Marc décrypte clocher par clocher. Les trois « acteurs » sont accompagnés par trois musiciens et par la graphiste qui avec une poésie poignante commente, caricature, habille en surimpression les images projetées. Ces vidéos ou ces photos montrent la vie des trois acteurs. Ils délimitent à la craie leur espace symbolique sur le sol de la scène. Ils dialoguent entre eux, avec les animatrices. Ils commentent leurs propres images et vidéos : le mélange est si subtile que souvent la voix enregistrée se superpose à celle de l’acteur qui est devant nous. L’improvisation est permanente, mais avec des outils (graphisme, son, image, vidéo) qui donnent corps au spectacle.

Que nous raconte-t-on ? Des vies faites de courage plongé dans l’humour. Asmina, de santé menacée dès son enfance, est une chef de phratrie qui a su un jour ramener à la raison à coup de chaise un jeune frère, qui doit négocier pour contourner le rêve de beau mariage comorien voulu par sa mère, qui vient de trouver un logis à elle et veut vivre avec son copain sénégalais. Karam, petit fils de réfugié palestinien en Syrie, n’a pas de nationalité, donc pas de passeport, seulement un « document d’identité » : il a pourtant pu fuir de son quartier de Damas sous les bombes vers Moscou, d’où après deux ans il est parti en « classe affaire » d’un avion vers Paris, avec comme seul bagage sauvé de Syrie sa clarinette. Amir s’est inscrit sur conseil de son père à l’Université de Gaza la moins chère : par hasard au Département de français, langue dont alors il ne connaissait pas un mot. Brillant étudiant, une bourse pour la France l’a fait débarquer à Roissy, où il a découvert un pays qui a des champs tout verts, des métros, des noirs, des juifs… et des arabes. Ce que les trois acteurs apprécient en France : la liberté, sexuelle en particulier.

quand Delacroix arbore le drapeau palestinien

dialogue avec le public

Jacques Chirac « jeune »… image d’une France d’accueil