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Khadidja Mohsen-Finan et Pierre Vermeren, Dissidents du Maghreb, 2018

Khadidja Mohsen-Finan et Pierre Vermeren, Dissidents du Maghreb depuis l’indépendance,Belin, 2018, 393 p.

Pierre Vermeren, au départ historien du Maroc, se risque vite dans des études qui comparent les trois pays du Maghreb ou repèrent les phénomènes communs à ces trois pays. Ceci aboutit à plusieurs ouvrages. Nous avons commenté ailleurs le petit livre de la collection « idées reçues (2010) http://coupdesoleil.net/blog/maghreb-chasse-aux-idees-recues/. Nous avons aussi utilisé le livre de Pierre Vermeren, La formation des élites marocaines et tunisiennes, des nationalistes aux islamistes, 1920- 2000, 2002, La découverte, 513 p. [thèse 2000, autre édition Alizés, Rabat, 2002]. C’était alors le seul travail synthétique d’historien, sur le long terme (remonte au XIXe siècle pour la Tunisie), comparant les deux pays mais aussi parfois aussi l’Algérie http://alger-mexico-tunis.fr/?p=978

Mais si nous suivons la piste ainsi ouverte, nous voyons que Vermeren traite  des thèmes « non conformistes » particulièrement précieux. Misère de l’historiographie du Maghreb post-colonial 1962-2012(2012) est une analyse « professionnelle » de ce qu’est la progressive limitation du nombre des historiens travaillant sur le Maghreb, tant dans les trois pays concernés que en France : peu de main d’œuvre, peu de textes produits sur la période post-coloniale qui maintenant a largement dépassé le demi siècle, alors que l’histoire coloniale s’éloigne et que le moment des luttes pour l’indépendance se transforme en mythe. Mais ce livre est aussi l’occasion de mettre en scène l’énorme effort produit pour comprendre des sociétés qui naissent sans que les colonisateurs pas plus que les colonisés n’aient d’outils pour comprendre cette naissance. En résumé, à Tunis comme à Rabat une certaine continuité fonctionne entre histoire « coloniale »  et histoire « post-coloniale », alors que la coupure est beaucoup plus brutale à Alger, où plus facilement que l’histoire surveillée de près peuvent vivre des sciences sociales ou politiques « contemporaines », à condition de s’en tenir à des niveaux « théoriques » assez loin du « terrain ». Les historiens « maghrébologues » sont pour une large part une fraternité de « pieds noirs »  (juifs ou chrétiens) qui ont le Maghreb (et surtout l’Algérie) « dans la peau » et ont un père commun, Charles-André Julien. Maghrébins comme pied-noirs, par la force des sources disponibles, se rabattent sur le matériel le plus accessible : les archives coloniales plus ouvertes que les sources « locales ». Le livre comporte un répertoire très précieux des historiens « maghrébologues »… depuis le XIXe siècle, avec leurs liens et filiations http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1876. Vermeren, lui, d’une génération « jeune », est entré dans le Maghreb comme « coopérant » enseignant en lycée à Rabat…

Le nouveau livre à deux voix de 2018 qui nous passionne maintenant est un autre défi : focaliser l’histoire post-coloniale non pas sur ceux qui ont pris le pouvoir au tournant des années 1960, mais sur ceux qui contestent ce pouvoir. C’est se rapprocher du vécu des populations, mais c’est aussi  profiter de l’historiographie d’autres pays autoritaires, les ex-« pays communistes », pour introduire l’histoire maghrébine dans l’histoire mondiale, en se dégageant d’une vision centrée exclusivement sur le système colonial français et son joyau privilégié maghrébin, que seule l’Indochine pouvait concurrencer. En effet la dissidence est une forme de lutte politique qui suppose à la fois un Etat autoritaire qui se veut tout-puissant et un espace de lutte revendiqué par des acteurs qui partagent avec ces Etats  au moins certaines valeurs : nationales, linguistiques, religieuses.

Les formes de dissidence au Maghreb, sur un long demi-siècle, permettent de décrire de l’intérieur trois Etats maghrébins qui se cristallisent très vite en des formes autoritaires durables, en s’appuyant sur des classes moyennes urbaines qui se développent.  Le pouvoir personnel de deux « dictateurs » modernistes successifs s’établit en Tunisie, appuyés sur un parti unique, dans une société assez homogène. Le pouvoir d’un clan monarchique au Maroc s’appuie sur une légitimité religieuse pour faire tenir ensemble des sociétés rurales ou urbaines très hétérogènes dont la modernisation ne cesse d’être fragile. Le pouvoir d’une armée algérienne constituée principalement au Maroc en attendant d’entrer sur scène fait fonctionner le double héritage colonial français : l’héritage essentiellement saharien du territoire le plus vaste d’Afrique (en concurrence avec un « Congo » ex-belge…)  et en corollaire l’héritage d’un capital énergétique de gaz et de pétrole.

Ces trois Etats, faibles à bien des égards, doivent dès leur naissance négocier avec de toutes petites élites militantes, partiellement communes aux trois pays comme à la France, quatre territoires d’action ou de refuge interconnectés.

Le récit, parfois touffu, des formes de dissidence, fait apparaître très tôt partout une pratique « politique » commune aux différents service de sécurité : la torture contre des cohortes d’opposants. Celle-ci n’est pas destinée en fait à déjouer des complots réels ou imaginés, mais à obliger les « dissidents » à accepter une allégeance au moins minimale au pouvoir en place : si bien que d’anciens dissidents persécutés peuvent du jour au lendemain, s’ils ont renoncé à une part de leur rébellion, accéder aux hautes fonctions qui vont avec leur capacité et leur poids politique.

L’analyse des dissidences, souvent comparées à celles des « pays de l’est » européens, montre que les espaces politiques sont plus souples au Maghreb, mais celui-ci est incorporé en fait à l’espace géopolitique « occidental », y compris pour l’Algérie. Si bien que les opposants peuvent certes se réfugier en Europe occidentale, mais pas y militer, au moins ouvertement. Sous des formes très différentes entre Maroc et Algérie, les réalités berbères sont le support de formes de dissidence récurrentes : ces réalités cessent d’être sulfureuses dès les années 1990 au Maroc, dix ans plus tard en Algérie.

Etudier les dissidences au Maghreb aboutit à montrer la naissance et le développement de mouvements démocratiques, protestations de fond et non simple revendication d’un pouvoir à prendre, à travers des organisations de plus en plus présentes : ligues des droits de l’homme, développements de presses indépendantes (mais rodées aux exigences de l’auto-censure), naissance des réseaux sociaux et de leurs pratiques maintenant généralisées, rôle des diasporas (peut-être 500 000 exilés algériens en France vers 1993 ?), mouvements pour revendiquer localement des droits dans les régions défavorisées. Si le « printemps » tunisien  de 2011 est regardé de très près, on voit mieux en quoi il n’est en rien un mouvement exceptionnel et isolé et comment le mouvement algérien de 2019 n’est pas lui non plus un miracle incompréhensible, mais l’affleurement, la coagulation, de tout un ensemble de dissidences remontant loin.

 Le livre nous donne aussi des clés pour comprendre ce qu’est la citoyenneté au Maghreb. Partout la composante de l’islam en fait partie, appuyé sur l’arabe écrit et sur les parlers arabes ; divers degrés de laïcité peuvent s’affirmer, mais sans proclamation d’athéisme. Le monde nomade, essentiel pour comprendre ce qui se passe dans des oasis (Mzab) ou dans diverses zones frontalières sahariennes, n’est nulle part valorisé par des sociétés au fondement citadin. Des racines coloniales de « pré-citoyenneté » forment un socle qui s’appuie sur la langue française. (Claude Bataillon)

Dans le numéro Juin 2019 de la revue Rsprit, un dossier « Le soulèvement algérien », contient en pages 71-85 un résumé très utile de cet ouvrage, à côté d’u article « L’Algérie passée des manifestations » de Jean-Pierre Peyroulou.

 

 

 

Bachir Dhaka à Toulouse: point sur l’Algérie 4 octobre 2019

Il nous présentera une situation qui évolue sans cesse et qui nous concerne au plus haut point. A l’Espace Laïcité- Diversité, à 19h30… Diffusez notre affiche auprès des amis. Et rappelons que notre intérêt pour ce mouvement n’a jamais cessé: en mars et avril derniers: http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/lettre-dalgerie-mars-2019/ http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/04/16/algerie-aujourdhui-avec-les-amis-daverroes-18-avril-2019/

Et aussi à travers le livre Dissidents du Maghreb http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/09/04/khadidja-mohsen-finan-et-pierre-vermeren-dissidents-du-maghreb-2018/



Yaya Belaskri, les fils du jour, en lecture à Toulouse



« Les fils du jour « paru en 2014 diffère du roman précédent de Yahia Bélaskri, « Si tu cherches la pluie elle vient d’en haut. » Il ne s’agit plus de l’Algérie des années 90 minée par l’intégrisme musulman mais de l’Algérie de la conquête décrite à travers la saga d’une tribu des hautes plaines entre Tlemcen et la frontière marocaine. L’histoire du vieux chef et de son fils montre une conception de la religion profondément différente. La pérégrination du fils depuis l’Algérie jusqu’à Damas en passant par la Mecque est l’occasion de montrer le rôle des confréries soufies dans le développement d’un islam ouvert aux autres religions du livre. Dans son périple  Hadj ould Mousa  est accompagnée de sa femme, une jeune espagnole convertie par amour à l’islam. En filigrane l’histoire d’Abd El Kader auquel la tribu a apporté son soutien et que El Hadj rejoint à Damas montre la même conception de la religion
. (Françoise Bataillon)

 Cheikh Moussa a réuni le conseil des sages de la tribu. Sous une tente, alors que le jour décline, ils sont nombreux autour de la théière fumante, conversant, échangeant les dernières nouvelles. La situation se dégrade de jour en jour, la famine s’installe et risque de s’aggraver du fait de l’invasion des criquets et sauterelles. La pression des militaires français est de plus en plus forte et contraignante, la guerre rôde, les tribus se soumettre une à une, l’Emir est en difficulté et la tribu des Fils du Jour doit penser à sa survie. La discussion s’installe et s’anime.

Cheikh Moussa prend la parole pour demander de la patience en ces moments cruciaux pour la tribu. Il fait part de ses entretiens avec le Lieutenant Rimbaud, le présentant comme un homme sage et correct qui souhaite que la concorde règne. Certains des membres présents proposent la soumission pour, ainsi, gagner la paix. D’autres proposent de s’engager résolument dans le combat contre les Français.

– « Avec quoi ? Combattre les Français avec deux fusils et quelques bâtons ? Nos hommes ont renforcé les troupes de l’Emir dès le début. Nous avons perdu nombre de nos enfants. Aujourd’hui l’Emir est en difficulté et semble sur le point de rendre les armes.

-Ce n’est pas vrai, ce sont les Français qui disent cela, rétorque Boubakeur, son cousin. »

Assis, poings fermés, tendu vers l’avant, prêt à bondir, il est de ceux qui veulent affronter les militaires et ne leur laisser aucun répit. Pour lui, tout autre attitude serait une forfaiture contre Dieu et les hommes de cette terre.

– « Mon cher cousin, du Maroc me sont arrivées des informations sérieuses sur la situation des troupes de l’Emir. Croyez-moi, il arrive au bout, je ne sais pas ce que nous allons devenir. De grand danger nous guettent, il faudra être vigilants et ne pas provoquer les militaires.

Le mois de décembre est largement entamé quand se répand la nouvelle de la réédition de l’Emir Abdelkader. De bouche-à-oreille, de cris en chuchotements, de plaintes en malédictions, d’une ville à l’autre, d’un campement à l’autre, l’annonce ricoche sur les lèvres, trace des sillons sur les visages, creuse des gouffres dans les ventre, soulève les cœurs, accable les hommes. En ce jour funeste, les nuages qui obscurcissent le ciel déversent pluie et grêle, gonflent les oueds, transforment la terre en boue, les petites retenues d’eau en marécages. Le tonnerre gronde, la foudre fauche les arbres et détruit les toits des maisons, les chevaux s’emballent dans les écuries, le bétail s’affole, les sentiers se perdent, les animaux se terrent, les hommes se désespèrent.

Dans les maisons et sous les tentes, les larmes des femmes rivalisent avec les mines stupéfaites des hommes, sous le regard hébété des enfants. C’est un jour de deuil pour tous, la fin de l’illusion qui se voulait rêves et ambitions. Depuis plusieurs siècles, les revers se sont succédés, toujours suivi de victoires et de réjouissances. Les ancêtres, hommes libres et fiers, ont su subsister, malgré les vents contraires et les agressions endurées, et continuer peut-être non pas à bâtir mais certainement à vivre au jour le jour. De leur pas assuré, ils ont ouvert de nouveaux chemins, depuis le désert jusqu’aux montagnes les plus hostiles, déniché de nouvelles sources, creuser des puits.

Au fil des siècles ils ont légué un savoir, une vision du monde et tracé des perspectives. Leurs descendants ont rompu avec l’héritage, englués dans le fataliste et la soumission. Aux croyances les plus fallacieuses, aux charlatans avec toutes leurs balivernes, ils se sont ralliés. Pour eux, après 17 ans de combats acharnés pour la reconquête de la dignité piétinée, la fin de l’Emir signe le commencement d’une longue et éprouvante éclipse. Peu de gens imaginent alors ce que sera l’avenir et peu vont survivre. En ces heures sinistres, le ciel et la terre se sont ligués pour fouler le désespoir et enterrer les certitudes.

Cette nuit d’apocalypse est couverte par une clameur tout aussi bouleversante que pathétique, supplique adressée au Dieu, son prophète et tous les saints. Sous le déluge, prend corps une complainte lancinante, plus forte que le fracas de la tempête. […] De partout, elle est entendue, ahurissant cri d’agonie sorti du ventre d’un barde insoumis. Pourtant, tous affirment qu’elle provenait de leurs entrailles. De Sebdou à Al Aricha, de Sidi Djillai à la frontière marocaine, elle retentit et rebondit d’un chaume à l’autre, d’une colline à l’autre, des monts Terny à la mer d’alpha, cri de détresse d’un peuple livré à lui-même et à tous les dangers. Elle s’envole dans les airs et bouscule les nuages, remplit les grottes et encombre les sentes. Jamais nuit ne sera plus longue et plus pénible, ont juré les commentateurs qui en ont eu vent. Jamais elle n’aura été si près d’engloutir tant de femmes et d’hommes, fracassés par le malheur.

Sous une tente sous une des tentes du campement des Fils du Jour, terrassé par la nouvelle, El Hadj, visage blême et regard vide, assis sur une natte, bouche cousue, est entouré de ses frères et de ses cousins, tout aussi effondrés. Tous sont suspendus aux mots qu’il me dit pas, n’esquisse même pas. La fin de la résistance de l’Emir, et surtout sa reddition signifient que les conquérants sont les plus forts et disposent d’une armée puissante, ce qu’il ne pouvait concevoir jusque-là, affrontant presque son père. Et fort de son attaque contre les militaires à Sidi Medjahed, il se préparait à continuer le combat. Peut-être comptait-il sur la bravoure, peut-être pas avérée, légendaire sûrement, de la tribu. Cette nuit est cinglante pour le jeune homme qui ne sait comment appréhender l’avenir. Dehors la pluie gonfle, les fossés se creusent, les marécages débordent, la boue s’épaissit, le vent déferle et les chiens hurlent.

…..

A notre départ, les Ouled Sidi Cheikh ont renouvelé nos provisions, et c’est le coeur confiant que nous avons continué notre route jusqu’à Aïn Madi chez Tidjani qui nous ont offert le gîte et le couvert. Nous avons séjourné auprès d’eux jusqu’à la fin de l’hiver. Durant tout le temps passé auprès de la confrérie des Tidjani, nous avons suivi le cours de Sidi Mohamed Seghir Tidjani qui officiait pratiquement chaque jour. J’ai appris nombre de choses qui m’étaient éloignées et inconnues. J’ai appris le livre sacré et comment l’interpréter. J’ai formulé nombre de questions auquel le Cheikh a, chaque fois, répondu avec clarté et discernement. Un jour, j’ai demandé au cheikh de me recevoir avec H’jira, ce qu’il a fait simplement. Je lui ai expliqué que H’jira était chrétienne et s’était convertie à notre religion à ma demande. Avec indulgence, il nous a regardés tous deux, puis ses lèvres se sont ouvertes sur un sourire lumineux.

– « Entre Gens du livre, nous pouvons contracter mariage, il n’y a aucune contrainte là dessus, même si elle ne s’était pas convertie à l’islam. Les préceptes de Dieu ne sont pas mis en cause par une telle union. Ne vous tourmentez par, vous aimez le même Dieu car il n’y a qu’un seul. Maintenant qu’elle est convertie, je voudrais savoir si elle a été contraint, auquel cas cette conversion serait nul et elle reprend sa religion ».

H’jira, un voile fin sur les cheveux, assise à mes côtés, a doucement répondu :

« Non Sidi Cheikh. C’est par ma volonté que je suis devenue musulmane. Ni mon mari ni personne d’autres ne m’a obligé. Je voulais être sa femme et il m’est apparu que c’était là une marque amour.

-Bien vrai, ma fille, c’est une marque d’amour. Vous pouvez continuez votre chemin sous la protection de Dieu. Vous n’avez rien à craindre. Vivez votre vie en vous portant assistance et en vous aimant. »

…..

C’est par une journée tiède et lumineuse que je me suis présenté devant la demeure de l’Emir, une vaste maison entourée de jardins et de communs, surveillé par des hommes, l’épée à la ceinture. J’ai été introduit dans un salon immense, décoré avec faste, où j’ai patienté quelques heures. Puis un homme habillé d’un uniforme étincelant est venu me chercher. Lorsque je suis entré quand la pièce où il se trouvait, c’est l’éclat de ses yeux qui m’a impressionné, noirs, soulignés au khöl, ils laissaient échapper une lueur extraordinaire, doublée d’une mélancolie insondable. On aurait dit un prophète. Il portait un burnous bleu ouvert sur une chemise blanche. Sa barbe légendaire pendait toujours à son menton, parfaitement coupée, elle avait blanchi quelque peu. J’ai été subjugué par son port et sa prestance et me sentais intimidé. Il m’a fallu un moment pour reprendre mes esprits et lui conter mon histoire et celle de ma famille. Lorsqu’il a appris d’où je venais, il m’a dit

« Tu es le fils d’une noble tribu qui s’est tenue auprès de moi dès les premiers jours. J’ai connu ton père Cheikh Moussa lorsqu’il m’a offert une dhifa, un accueil digne de sa lignée. Il avait sacrifié veaux et moutons, les femmes avaient, deux jours durant, préparé la semoule. Moi et mes hommes avons mangé à volonté. J’ai aussi connu ton grand-père, Cheikh Slimane, un homme de grande valeur. Que comptes-tu faire ?

Il a écouté avec bienveillance le récit de mon voyage et mes explications.

– « La terre appartient à Dieu et tout homme a le droit de s’installer où il le souhaite, à condition de respecter ses hôtes. Damas est une vieille ville de culture et de civilisation. Vous y serez heureux avec votre famille. »

Il a tiré sur une corde. Un homme est apparu, l’épée la ceinture, le port droit. L’Emir a dit :

– « Cet homme vient de loin, d’El Djezaïr, notre patrie bien-aimée. Il est l’enfant de la tribu des Fils du Jour. Qu’il soit embauché avec ses hommes à notre service et donnez-lui une maison convenable pour lui et sa famille. Il est accompagné par son ami et frère de religion Réda. Qu’il soit fait de même pour lui ainsi que les hommes qui accompagnent.

Pour ! revue franco-algérienne, années 1990

Pour ! Action & solidarité avec les démocrates algériens

Pour savoir comment nous l’avons retrouvéehttp://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/31/toulouse-reims-paris-ayda-et-asma-pour-lire-marion-camarasa/

Éditorial du numéro un de Pour :

La fête est finie. Les youyous se sont tus. Les balles ne sont plus tirés en l’air mais pour tuer.

Le président Zeroual est devant un triple choix :

-Il continue sa politique d’immobilisme et attends les élections législatives qui risquent de reproduire la victoire des islamistes.

-Il choisit la négociation avec les islamistes en acceptant un certain nombre de leurs revendications et s’en est fini de tout espoir de démocratie.

-Il peut aussi s’engager dans la voix de la rupture réclamée par une grande partie de son électorat ; l’impulsion d’un renouveau politique sur la base de la lutte contre l’intégrisme et la corruption, de la remise en cause du code de la famille, d’une réforme de l’enseignement, et du principe de l’alternance politique, d’une Algérie plurielle. Alors seulement, une mobilisation de toutes les forces démocratiques et progressiste pourra peser sur ces nouvelles orientations et redonner espoir à tous ceux qui luttent contre le fascisme et l’intégrisme. (J. Porchez)

Manifeste de la revue 

Qui sommes nous ? Des citoyens français et des citoyens algériens qui vivons et travaillons en France, réunis autour d’un même projet et nous sentons tous concernés par la montée du racisme en France et de l’intégrisme islamique en Algérie. La France l’Algérie sont liées par leur histoire commune, l’importance des populations d’origine algérienne et des Français d’Algérie vivant en France, les rapports économiques et culturels privilégiés.

Devant la montée des périls tant en France qu’en Algérie, nous ne sommes pas neutre. En France le racisme et la xénophobie progressent, et l’intégrisme menace. En Algérie les forces de progrès sont prises en tenaille entre le pouvoir militaire et le camp intégriste. Une partie des forces qui se prétend démocrate pactise avec les organisations intégristes et fascisantes.

Que voulons-nous ? Rappeler avec force que l’intégrisme n’est pas une fatalité en Algérie. Combattre la pensée dominante en France qui, sous prétexte de « paix civile », prône des accords avec les intégristes au détriment de la démocratie. Soutenir les forces de progrès qui luttent pour l’instauration de la démocratie.

Comment ? En développant l’information sur la situation algérienne et ses répercussions en France. En contribuant à lutter contre la désinformation dominante. En ouvrant le bulletin au débat d’idées. (Le comité de rédaction).

Article : Surlendemains d’élections (Simon Blumenthal)

À la stupéfaction générale, le peuple algérien s’est rendu en masse dans les bureaux de vote pour l’élection présidentielle du 16 novembre. Ce seul fait constitue une réplique cinglante au clan de ceux qui, de Mehri à Ait Ahmed,ont tout tenté pour contrecarrer l’expression populaire.

Face aux menaces, « un bulletin égal une balle », ou « après l’urne le cercueil », abondamment diffusée dans toute l’Algérie, la participation massive au scrutin constitue un modèle de courage et de dignité, un véritable défi au terrorisme islamiste. Ces élections ont marqué, en quelque sorte, une irruption du peuple algérien sur la scène politique. Voilà la nouvelle donnée dont il faudra bien tirer toutes les leçons.

Il y a, au moins, deux leçons qui ressortent du scrutin. D’une part, les Algériens rejettent nettement l’intégrisme totalitaire, et d’autre pas, ils rejettent avec la même vigueur les solutions « pacifistes » de ceux qui, réunis à Rome, préconisent de fait la soumission, face aux crimes et à la terreur. Évidemment tout reste affaires.

Le danger de l’intégrisme est toujours présent, il comprit, mais pas seulement, à travers le mouvement de la société islamique, Hamas), de M. Nahnah. Il est indéniable que des coups sévères ont été portés aux groups islamistes armés par les forces de l’ordre et la résistance populaire. Mais seuls les naïfs pourraient penser que le bulletin de vote mettrait fin à leurs prétentions et leurs exactions. Les assassinats ont repris de plus belle.

Face à cette situation, force est de constater que le camp démocratique se présente encore en ordre dispersé. En aucun cas, le score réalisé par Saïd Sadi n’est représentatif de la totalité des forces républicaines de progrès. Loin de là ! Beaucoup de démocrates ont porté leurs voix sur la candidature de Zeroual, pour ramener la paix en réduisant les éléments du terrorisme, pour favoriser l’émergence de la liberté expression, du pluralisme politique et l’éclosion du débat démocratique. Le peuple ne pardonnerait pas… Ce n’est sans doute pas le même message que véhicule une partie de l’entourage présidentiel, et parmi les groupes de pression plus ou moins opportunistes qui s’agitent autour de la présidence, plus d’un rêve à une sinécure ou l’intérêt personnel prime sur celui de la nation. Ce n’est pas, à coup sûr, ce qu’a voulu exprimer le peuple algérien en se rendant dans les bureaux de vote. Et sa vigilance est en éveil. Alors que les conditions sociales sont d’une injustice criante, alors que se profilent des échéances proches, ce peuple ne pardonnerait pas aux « élite politiques » d’avoir méconnu son message et ses inspirations.

Une mère de famille algérienne à Paris : Langue arabe ou religion ?

J’ai quitté l’Algérie il y a quelques années, afin de ne pas livrer mes enfants aux griffes de l’intégrisme, à l’école algérienne, où l’on apprend à devenir terroriste. C’est avec un grand soulagement que je les ai inscrit à la communale. Mais, pensant bien faire, j’ai inscrit également l’aîné au cours d’arabe facultatif dispensée au sein de l’école le mercredi matin, jour de repos. Au bout que trois cours, surveillant le cahier d’arabe de mon fils, je me suis aperçu qu’au lieu de lui apprendre à lire et à écrire l’arabe, l’enseignante lui distillait plutôt des notion de théologie, ce qu’on ne lui demandait certainement pas. Depuis mon fils ne va plus au cours d’arabe. Il y a bien une autre enseignante, mais je ne connais pas le contenu de son cours.

Il faudrait je pense que l’éducation nationale exerce un contrôle sur les cours qui ont lieu à l’intérieur d’écoles républicaines et laïques. Farida C. Paris. PS les deux premiers numéro de pourson très bien. Continuez !

Benjamin Stora et Messali Hadj

[…] Dans le premier cas, celui des travaux sur Messali et le messalisme, on soupçonnait, peut- être à tort, quelques affinités et tropismes personnelles et politiques, à cause du long engagement de Stora chez les trotskistes, nuance Lambert, et du longue engagement de ces derniers en faveur de Messali et de son MNA pendant la guerre d’Algérie. Cette fois-ci, la recherche du tropisme doit aller plus loin, franchir l’espace et le temps. Car il est question à plusieurs reprises dans ces page d’un certains Elie Stora (père, oncle), notable israélite et SFIO, maire adjoint de Kenchela, amis de longue date de Ferhat Abbas.

J’avoue que cette discrète référence familiale ne me choque pas. La référence aurait pu être explicite, approfondi : Benjamin Stora n’est-t-il pas l’historien de la « mémoire de la guerre d’Algérie », et dans cette mémoire ne figure-t-il pas lui, sa famille, leur passé ?

L’implication, l’émotion sont présentes : la lisibilité du livre y gagne. A travers la biographie de l’auteur du manifeste du peuple algérien, 1943, du fondateur de l’UDMA, 1946, du premier président du GPRA, 1958- 1961, c’est toute l’histoire de l’Algérie du Xxe siècle qui se déroule […]

Une belle vie ardente et prudente, Plus audacieux qu’il n’y paraît et qui se termine après 1962, jusqu’à la mort, en 1965, dans l’opposition au gouvernement successif de l’Algérie. Une vie d’Algériens modernisateurs, t’es ma liste, modernise heures, Bourguiba liste, qui semble vers la fin suivre le courant majoritaire et se rapprocher de l’islamisme.

Editorial ou adieu ? Dernier n° de Pour…

C’est dur de faire un journal, sans moyens, sans subventions. Nous tenons le coup depuis six ans. Le journal a eu des hauts et des bas. Aujourd’hui nous sommes plutôt dans un creux, cela fait quatre mois que nous n’avons pas paru. Ce n’est pas le manque d’articles, d’informations, de temps : c’est le manque d’argent. Tant que nous n’avons pas l’argent pour sortir un numéro, nous attendons. Nous ne voulons pas laisser d’ardoise à notre imprimeur qui depuis le début, nous aide par ses prix et ses conditions. À titre d’information, nous avons plus de 1000 abonnés payants et notre tirage oscille rentre 3000 et 3500 exemplaires. Il est loin le temps où nous tirions à plus de 5000 exemplaires.

Malgré tout, nous avons continué, via Internet, à informer sur l’Algérie : nous avons sorti près de 400 lettres depuis octobre 1999. Chaque lettre touche près de 2000 personnes. Nous avons également commencé à construire un site Web, au milieu de l’année, et près de 10 000 personnes l’on déjà visité.

Nous voulons continuer. Nous nous sommes donné une date, juin 2002, pour faire le point sur le journal. Pourquoi juin 1002 ? Parce que lors d’une rencontre des collectif Algérie, en janvier, un certain nombre de personnes se sont engagées à verser mensuellement à Pourune certaine somme, par virement automatique. Nous avons évalué nos besoins à 5000 Fr. par mois. Nous avons reçu de plusieurs collectif Algérie des engagement pour un total de 3500 Fr. francs mensuels : Brest, Grenoble, Poitiers, Besançon, Orléans, Mont-Saint-Martin, des militant de l’ADFE, des cercles Frantz Fanon etc.. Nous pensons qu’il est maintenant facile d’atteindre notre objectif, après ces engagements, que nous remercions.

Soutenez financièrement Pour, soit par un don, soit par un engagement à nous verser mensuellement une somme, dès maintenant et jusqu’à juin 2002. Trouver de nouveaux abonnés est aussi une forme de soutien financier. L’équipe de Pours’engage, en contrepartie, à publier régulièrement le journal, huit à neuf numéros par an. À faire un compte rendu du prochain colloque, et en fonction de l’argent reçu, augmenter la pagination. La solidarité avec l’Algérie doit s’amplifier. La lutte contre l’islamisme politique, tant en Algérie qu’à travers le monde, doit se développer. Mais ce combat ne progressera que s’il est lié au combat pour la démocratie, les libertés et le développement de l’État de droit en Algérie. Sur ces bases, nous sommes malheureusement encore peu nombreux. Seul votre soutien financier peut nous permettre de continuer et de conserver notre totale indépendance.

 

Toulouse- Reims -Paris : Ayda et Asma, Pour : lire Marion Camarasa

Marion Camarasa

C’est en approfondissant l’information à partir de la revue Asma que je suis tombé sur Geneviève Azam et Michel et Marie Didier, sur Georges Rivière : mais aussi sur  Annie Rey Goldzeiger… Et tout cela grâce à Marion Camarasa (Claude Bataillon)

Le mémoire de maîtrise Ayda- Toulouse, une aventure de solidarité, de Marion Camarasa,  a été soutenu en  juin 2000 sous la direction de Djamila Amrane. http://marionca.chez-alice.fr/sommaire.htm  Remontons la filiation : Djamila Amrane (1939-2017) est en 1988 l’auteur d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université de Reims sous la direction de Annie Rey Goldzeiger (1925-2019). Djamila Amrane résume ainsi sa thèse : « L’objectif de cette thèse est de déterminer le rôle des femmes ayant participé à la guerre de libération nationale en Algérie (1954-1962). Les archives françaises et algériennes sur ces évènements n’étant pas encore accessibles aux chercheurs. Il a donc été nécessaire de faire appel a d’autres sources. Le travail a été principalement base sur l’utilisation de deux sources encore inexploitées : le fichier du ministère algérien des anciens combattants et les témoignages oraux des militantes. Par ailleurs des journaux de l’époque ont été systématiquement dépouilles. Les données fournies par 10 949 attestations de militantisme concernant des femmes tirées du fichier des anciens combattants ont permis d’établir grâce a un traitement informatique, des statistiques fiables et de tirer des conclusions sur l’importance numérique des militantes, leur âge, leur répartition géographique, la date de leur engagement, leurs types d’activités, leur détention éventuelle et la mortalité due à la guerre. 88 entretiens de militantes ont été réalisés, enregistrés, décryptés, puis vérifiés par recoupements et recherches. L’authenticité et le vécu de ces témoignages ont apporté la dimension humaine qui manquait aux statistiques. Pour situer dans le contexte historique le rôle joue par les femmes dans la lutte. La première partie de l’étude fait le constat de la situation de la femme algérienne en 1954. Puis, après l’analyse des résultats statistiques ont été étudiés le contexte socio-culturel et les différents terrains de lutte ».

Annie Rey Goldzeiger

Djamila Amare

Lire la thèsede Marion Camarasa sur Ayda  est passionnant pour qui s’intéresse au militantisme franco-maghrébin à Toulouse. Pour donner l’eau à la bouche au lecteur, j’ai glané un peu. La naissance de Ayda est facilitée en ces temps pré-informatiques par la diffusion de l’information par fax et pendant les quatre ans de vie de l’association (1995- 98) elle tourne entre 200 et 300 adhérents, dont l’essentiel à Toulouse et environs. Ayda a vécu essentiellement grâce aux 50 000 f annuels de subvention du Conseil départemental de Haute Garonne. Deux librairies soutiennent l’action : Ombre Blanche et La Renaissance. A l’Université de Toulouse le Mirail, sont impliqués principalement trois centres : Groupe Simone (études féministes), Analyse du Monde arabe, Groupe de recherche en histoire immédiate. Parmi les innombrables thèmes des manifestations (sous forme de conférences, expositions, concerts, etc.) deux sont centraux : l’émancipation des femmes, l’émigration algérienne.

Pour nous l’édition de la revue Asma est essentielle pour comprendre Ayda : même si seulement six numéros ont été produits, ils ont été tirés à 1500 exemplaires et la publication a eu 137 abonnés, dans cette Occitanie dont le centre est Toulouse.

Revenons à Marion Camarasa : nous retrouvons sa trace au Québec… où elle travaille sur l’émigration algérienne dans ce pays http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2007/10/27/6678596.html

La revue Pour, quel drôle de nom ! Oui, c’est par Georges Rivière que nous avons appris son existence. Avec un nom pareil, la retrouver grâce au moteur de recherche d’un catalogue de bibliothèque est un travail policier…que sait faire un bibliothécaire de la Bibliothèque nationale. C’est là que j’ai appris que la Bibliothèque Nationale avait quelques numéros de Pour, mais que pour une raison mystérieuse ils n’étaient pas consultables. Déception ! Mais ce même bibliothécaire m’a appris qu’une collection à peu près complète existait à la BDIC (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine) sur le campus universitaire de Nanterre. Là, accueil rapide et sympathique, et très vite je peux photographier les pages qui me permettent de vous faire connaître ce qui fut un outil  essentiel de la solidarité franco-algérienne de la décennie noire. Une revue parisienne qui, elle, a « tenu » quelque cinq ans (jusqu’en 1999), dont nous parle aussi Marion Camarasa.

Retrouvez la revue Pourhttp://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/31/pour-revue-franco-algerienne-annees-1990/

Retrouvez la revue Asma:http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

Asma N° 5

Notre travail sur la revue ASMA a permis de récupérer cinq numéros, qui forment un ensemble :

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/21/asma-n-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-3-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-4/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/?s=asma

Septembre 1996 N°5, Prix de soutien 15f

LEZZAYER ALGERIE

TUGDUT DÉMOCRATIE

TAMSETLA SOLIDARITÉ

SOMMAIRE

Dossier mémoire

Le 17 octobre 1961

Amnésie quand tu nous tiens…

… et le 17 octobre 1996, solidarités

La constitution algérienne

Synthèse et positions des principales forces politiques.
Un appel d’associations de femmes.
France, terre d‘asile ?
Algériens, un cas à part.

INTERVIEW; L’unité dans la différence

M.Z.K. : Comme d’habitude. Vous voilà présent aux «poésiades» ?  Youcef Sebti : Je crois qu’il y a là une tradition qu’il y a lieu de préserver. Le festival est à sa 4e édition, et c’est tout à fait intéressant de ne pas le laisser tomber. D’autant qu’il y a de la part de ses organisateurs (Association Culturel «Soumman») une volonté de faire que l’unité et la différence s’y manifestent de façon tolérante et décontractée.

M.Z.K. : Mais, enfin, ce festival a-t-il quelque chose de particulier ? S. : II s’est déroulé dans une situation un peu particulière (1 mois après l’assassinat du Président Boudiaf…), et c’est un peu là sa gageure. Comparativement à ce que j’ai vécu en 1989, il y a comme des politesses que l’on s’est faites cette fois-ci. En 1989, les frictions fraternellement poétiques étaient plus présentes. Peut-être que l’ambiance d’aujourd’hui à quelque chose à y voire.

Asma N° 4

Notre travail sur la revue ASMA a permis de récupérer cinq numéros, qui forment un ensemble :

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http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-4/

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ETE 1996 N°4 prix de soutien 15 Fr.

LEZZAYER      ALGERIE
TUGDUT        DEMOCRATIE

TAMSETLA    SOLIDARITE

 

SOMMAIRE

Ce dernier numéro avant l’été, nous l’avons en partie consacré à l’économie algérienne. Autour des éco-dernières et de quelques chiffres significatifs, le processus de paupérisationde l’Algérie (p.2) est analysé, en dépit (ou à cause) du satisfecit du FMI(p.3). Étranges collusions des forces intérieures et extérieures au pays, dans un contexte de réformes calquées sur les diktats libéraux, qui font passer d’un État entrepreneur à un Etat marchand(p.4). À qui profite la dette? Se demande Farida G. en pointant du doigt à quel point « le Tiers-Monde finance le Nord. (p.5). Après un bref point d’information sur ce que sont Patronat et forces syndicales algériennes(p.5) Asma donne la parole à un journaliste qui revient de Médéa, Au-dessous des brouillards de Tibhrineoù ont été assassinés les prêtres chrétiens (p.7). L’arrêt de l’utilisation du religieux à des fins politiques, Une insulte à l’Islam(p.7), est un des éléments du Mémorandumproposé par le Président Zéroual (p.8). Une synthèse reprise de Alger Info International permet de comprendre les Réactions des principales forces politiques en présence(p.7). En France, pendant ce temps, les réseaux de solidarité avec la démocratie algérienne semblent se diriger vers des projets fédérateurs, comme le montre la naissance d’une coordination grand sud« Pour une Algérie démocratique », la rencontre de Paris, (p.8) et l’Appel en solidarité avec les journalistes algériens(p.9). Asma s’achève avec quelques pages culturellesqui mettent en valeur une pensée et une création qui, en dépit de l’exil et le la mort, continuent à être fécondes. Un dernier mot avant que les coups de soleil ne vous accablent la légèreté et la fraîcheur des flots méditerranéens où les amoureux s’étreignent est pour une multitude d’entre nous le mirage qui cache une véritable mer de plomb. Merci à vous tou(te)s de nous accompagner encore pendant ces quelques mois.

Asma N° 3

Notre travail sur la revue ASMA a permis de récupérer cinq numéros, qui forment un ensemble :

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MARS 1996 N°3 Prix de soutien * 15

ASMA POUR LA DEMOCRATIE EN ALGÉRIE

LEZZAYER ALGÉRIE
TUGDUT DÉMOCRATIE
TAMSETLA SOLIDARITÉ

SOMMAIRE:

Les femmes au cœur de la revendication démocratique
Algérie : quelques repères sur le mouvement des femmes

L’écartèlement : l’égalité, un droit reconnu par la constitution
Au-delà du code de la famille
Lettre ouverte des associations au Président de la République
Quelques articles du code de la famille (extraits de la revue «Pour »)

Au cœur de la lutte pour la démocratie

 


LA LUTTE DES FEMMES

Aujourd’hui la question de « l’enjeu démocratique » est la  question cruciale. Nous sommes nombreux et toujours plus nombreux à lutter pour que la démocratie l’emporte dans ce déchaînement sanglant que vit l’Algérie. On ne peut se représenter à l’étranger et en France en particulier l’horreur ni l’ampleur de ce déchaînement sanglant compte tenu du caractère parcellaire et partial qui domine au niveau de la majorité des médias internationaux. Évoquer l’enjeu démocratique c’est se situer au centre des confrontations…

Kabyles un jour, parisiens toujours : les bistrots de Paris,

Kabyles un jour, parisiens toujours :
les bistrots de Paris, une histoire de familles
La Java, les Folies, les Ours, les Rigoles… De nombreux cafés parisiens très populaires sont tenus par des familles d’origine kabyle qui ont su conserver l’âme historique de ces établissements.

Cette enquête a été réalisée par Yassin Ciyow et Pierre Vouhé, diplômés de la promotion 2018-2019 de la Street School (désormais La School), un programme de formation en journalisme de l’association Media Maker. 

Bienvenue aux Folies, institution centenaire du quartier de Belleville, à Paris. Sous la lumière blafarde de ses immuables néons à la lueur rosée, Elias et Sami, la trentaine, sirotent tranquillement leurs pintes. L’un vit à Saint-Ouen, l’autre dans le XIIarrondissement, mais ils n’hésitent pas à traverser Paris «pour profiter de la mixité et de l’ambiance» qui règnent ici. Il y a aussi Lola et Clémence, qui se rencontrent pour la première fois après un premier contact noué sur un site de rencontres. A côté, José, ouvrier retraité d’origine portugaise, retrouve ses compatriotes au comptoir chaque mercredi. Ils se racontent, dans leur langue maternelle, les mêmes histoires depuis trente ans.

Le bistrot mythique brasse large : riverains, parisiens, étudiants, parents à poussettes ou touristes… Tout comme aux Mésanges, aux Ours (XXe), au Zorba, à la Java (Xe) ou au Bastringue (XIXe). Derrière ces success story qui font des quartiers République, Oberkampf et Belleville le nouveau triangle d’or des soirées parisiennes, se cache une poignée de familles.

Il y a ainsi la famille Selloum, ou plutôt les familles Selloum. Une fratrie se partage les Folies, les Rigoles (XXe) ou encore les Blouses blanches (XIIe) pendant que leur cousin Zico s’est constitué un bel ensemble d’établissements aux noms pas moins réputés : la Colonie (Xe), les Ours, c’est chez lui ! C’est aussi l’histoire des frères Messous, dont les affaires s’étendent de Montreuil (Bistrot du Marché, Chinois ou encore La Grosse mignonne) à Paris (l’Alimentation générale, Xe, L’Olympic, XVIIIe, etc.).

Ils ne se connaissent pas forcément, mais la plupart sont nés et ont grandi dans le quartier. Et tous ont un point commun en plus d’avoir la bosse du commerce : leur origine kabyle. Yassin Selloum, le patron des Folies : «J’ai grandi juste au-dessus du bar avec mes frères, et on y a travaillé avant de reprendre l’affaire», confie ce gaillard de 32 ans au visage poupin, assis décontracté devant une entrecôte-pommes grenailles aux Blouses blanches (XIIe), autre bistrot dont il est le taulier.

L’argument de ces patrons : avoir su conserver l’âme historique de ces établissements. «Chez nous, on n’encaisse pas tout de suite les clients, ils viennent au bar et ils nous disent combien de bières ils ont bues», précise Yassine. Une manière de se distinguer des bars-PMU impersonnels et des bistrots parisiens touristiques sans âme où la pinte de bière se facture 10 euros.

L’ancrage local de ces bistrots explique d’ailleurs en grande partie pourquoi leurs rideaux de fer sont restés levés pendant les manifestations des gilets jaunes, comme l’explique Farid, patron avec ses quatre frères de la Maison Bistrot (Xe), un autre troquet de ce triangle d’or : «Personne n’est venu casser parce que les gens nous connaissent et que le lieu représente quelque chose pour eux.»

Des bistrots de famille, legs de l’histoire coloniale Pour comprendre l’origine de cette réussite, il faut remonter à la fin des années 50. A l’époque, les bougnats – nom donné aux Auvergnats montés à Paris – sont cafetiers et règnent sur un empire constitué d’hôtels, de restaurants et de bars de la capitale. Peu à peu, ils cèdent certaines affaires de l’est parisien aux Kabyles, où, sur fond d’histoire coloniale, cette communauté de travailleurs venus d’Algérie s’est établie au début du siècle passé.

Tout aurait pu s’arrêter avec l’indépendance de l’Algérie. Avant 1962 et les accords d’Evian, seules les personnes de nationalité française pouvaient disposer de la licence IV, permettant de vendre de l’alcool à consommer sur place. Pour éviter la perte de leur licence aux cafetiers déjà installés à Paris, les négociations préalables aux accords prévoient que les ressortissants algériens soient exemptés de la condition de nationalité. Une aubaine pour les Kabyles, qui en profitent pour acheter de plus en plus de cafés aux Auvergnats.

Les troquets tenus par les Kabyles deviennent des lieux de vie pour une immigration de première génération d’hommes, venus travailler seuls à Paris. Quand ils ne sont pas à l’usine, les ouvriers se retrouvent dans ces bistrots où ils parlent la même langue et peuvent profiter du téléphone pour appeler la famille restée au pays. Les arrière-salles servent aussi à accueillir les djeema, ces assemblées de famille ou de village où se prennent en collégialité les décisions qui concernent les membres du groupe.

Experts en bonnes affaires Alors que les «papas» faisaient tourner de modestes affaires, la génération qui a repris la main dans les années 1990-2000 a su développer le business familial en reprenant de nombreuses affaires. «A une époque, ils ont eu le nez creux, en reprenant des affaires dans des coins de Paris qui n’étaient pas encore tendance mais qui le sont devenus», analyse le serveur qui officie dans l’un des bistrots hype. Les nouveaux tauliers de l’est parisien disent fonctionner à l’instinct, aidés par les bons tuyaux de leurs fournisseurs en café et fûts de bières, qui jouent parfois le rôle d’informateur. «Si tu as un coup de bol, ça marche, et si tu n’en as pas, tu te casses la gueule et tu fermes»,philosophe Farid, patron avec ses frères des Gouttières, du Toucan, du Ciré jaune et de la Java, tous situés dans le Xe.

A l’écouter, la génération actuelle est l’héritière d’une ambiance, mais pas rentière. Ce que confirme Frédéric Hocquard, adjoint à la maire de Paris chargé de la vie nocturne et de la diversité de l’économie culturelle : «Il ne suffisait pas de reprendre le bar de papa et de servir des demis pour se faire une place. La concurrence est rude dans la capitale, qui compte près de 9 000 licences IV.»

«Fait maison» Dans ces familles, la réussite repose aussi sur le «fait maison», véritable marque de fabrique. De la reprise d’affaires à leur fonctionnement en passant par le service, c’est la famille au sens large qui se retrouve en première ligne, comme l’explique un serveur : «Il n’y a pas d’organigramme clair des fonctions de chacun», raconte un serveur rencontré dans l’un de ces bars. «Tu peux avoir affaire à un frère ou un cousin, les responsabilités ne sont pas toujours clairement déterminées.»L’entraide familiale et la solidarité sont des marqueurs forts de cette communauté, qui a dû se serrer les coudes pendant l’époque coloniale et au sortir de celle-ci.

Aujourd’hui encore, alors même que les propriétaires actuels se revendiquent parisiens plus que kabyles, les serveurs sont, dans leur immense majorité, des hommes d’origine kabyle. Et les patrons continuent de s’investir pleinement dans la gestion de leurs établissements, tout florissants soient-ils. «La plupart du temps ils font les travaux eux-mêmes. Si une machine est en panne, ils peuvent venir en pleine nuit pour se charger de la réparation», explique un salarié. Une manière de rester entre soi, et de ne pas dénaturer les bistrots repris par la première génération tout en évitant de coûteux investissements. Le patron des Folies, Yassine Selloum, le confirme, léger sourire aux lèvres : «Nous, contrairement aux Auvergnats, on ne fait appel ni à un décorateur, ni à un designer, ni à un architecte. Ici le carrelage, c’est moi qui l’ai chiné !»

(un prix pour ceux qui nous envoient les photos de ces lieux mémoriels et conviviaux…)

Anouar Benmalek L’année de la putain, lecture à Toulouse

AnouarBenmalek L’année de la putain, petits romans et autres nouvelles, Fayard, 2006, 247 p.

Ces récits vont de la création du monde selon la bible, en passant par quatre histoires algériennes et une autre en Méditerranée, pour finir ailleurs dans le monde : Nicaragua, Liban, Indonésie. La formule « L’année de … » fait référence à une vieille pratique de la mémoire orale des tribus et des villages : des vieux savaient par cœur la liste des générations de chaque famille (un tel, fils de un tel, lui même fils de un tel, etc), mais aussi la liste des années (année du vent, année du gel, année de la faim, année du typhus, etc.). Et Rashed, le jeune berger, personnage central des deux nouvelles situées entre l’Aurès et Constantine, a nommé l’année 1940 selon ses propres aventures…

A Toulouse, le 14 mai 2019, lors d’une séance de lecture sur la littérature algérienne, le passage suivant a été présenté:

L’Andalousie (Rashed , deuxième partie) p. 46-49 : L’école des Français par temps de famine

Il se prit à penser qu’il aurait tout donné pour retourner à l’école et demander des éclaircissement à cet instituteur roumi qui paraissait tout savoir. Malgré son découragement, il sourit. Au début, c’est la mort dans l’âme qu’il avait fréquenté l’école française, après que son père l’ait menacé des pires sévices. L’école (en fait une classe unique composée d’un simple cube de parpaings dépourvu des commodités les plus élémentaires : même le maître devait se dissimuler derrière un rocher pour satisfaire ses besoins) avait été ouverte par l’administration militaire à une dizaine de kilomètres du douar de Rashed, au carrefour des pistes conduisant à plusieurs hameaux de montagne, là où se tenait justement le grand marché du vendredi. Le sceptique Rashed qui avaient constaté que ses trois ans d’école coranique ne lui avait pas pour autant rempli le ventre, avait néanmoins obéis. Deux rentrée scolaire de suite, il s’était retrouvé à suivre des cours avec une dizaine de gamins de tous âges. L’instituteur, un Français de France, avait tenté tant bien que mal d’inculquer quelques rudiments de calcul et de lecture aux petits montagnards déguenillés, grelottant en hiver, trop souvent affamée, et dont les yeux, surtout le matin, se fermaient d’épuisement, tant les distances étaient grandes, les chemins rudes et escarpés. Rashed gardait un bon souvenir de ce Breton bougonnant, débordant d’énergie, débarqué directement de son Finistère natal, et qui ne parvenait pas à dissimuler son effarement devant tant de dénuement.