événement



Islam pour mémoire, 4-7 novembre, région toulousaine

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im.phpFoix (09), L’Estive – Samedi 4 novembre en présence de la réalisatrice. /• Toulouse (31), L’American Cosmograph – Dimanche 5 novembre en présence de la réalisatrice. Séance organisée en partenariat avec la librairie Terra Nova./ • Toulouse (31), ESAV – Lundi 6 novembre en présence de la réalisatrice. Séance organisée dans le cadre du Mois du Film Documentaire./ • Albi (81), Cinéma de la Scène Nationale d’Albi – Lundi 6 novembre en présence de la réalisatrice. /• Toulouse (31), Utopia Tournefeuille – Mardi 7 novembre en présence de la réalisatrice. / Séance organisée avec le soutien de la Ligue des Droits de l’Homme – Section de Toulouse./

Nora Aceval, conteuse des femmes du Maghreb à Toulouse

Nora Aceval

images-3images-4Le vendredi 7 octobre 2017, nous étions plus d’une cinquantaine venus écouter Nora. Elle est présentée par Alain Lopez, de l’Association des Pieds-noirs progressistes dans le Gers. Comme elle il est né à Tousnina, dans ces hautes plaines sèches de l’ouest algérien qui débouchent sur le Sahara des caravanes. Nora a recueilli et mis en forme les contes de ce pays; elle nous les donne de sa propre voix. Le thème est l’astuce des femmes pour déjouer la jalousie des hommes, en un récit qui sur une heure et demi déroule le conte qui se cache au sein d’un autre conte, qui se dissimule dans un autre, parfois violent, souvent cocasse. L’amant est caché dans un coffre, la femme est recluse sur le dos du méhari …

C’est à l’Espace diversité de Toulouse, dans le cadre des  Cinquièmes  Journées culturelles franco-algériennes de Toulouse, d’Octobre 2017. Les Amis d’Averroès ont organisé cette séance. Et nous autres de Coup de soleil avons pu suivre l’oeuvre de Nora, entre autre pour l’avoir rencontrée à Paris au Maghreb des livres, où elle est venue signer ses livres en 2012 et 2014

Nora Aceval conte à Toulouse, 6 octobre 2017

Nora Aceval conte à Toulouse, 6 octobre 2017

Nora Aceval conte à Toulouse, 6 octobre 2017

Nora Aceval conte à Toulouse, 6 octobre 2017

Retour en Algérie, film, ABC Toulouse, 17 octobre 2017

UnknownL’association « Anciens et amis des appelés en Algérie » a produit un film à partir des récits de plusieurs de ses membres, revenus dans l’est algérien. Ce film de Emmanuel Audrain est présenté à l’ABC, Toulouse, le 17 octobre à 20h30, avec la présence de membres de l’association.

« Ils ont eu 20 ans, entre 1954 et 1962. Comme deux millions de jeunes Français, leur Service militaire ce fut la Guerre d’Algérie.
La torture, les « corvées de bois »… sont les blessures dont leur génération n’a pas pu parler.
50 ans plus tard – à l’heure de toucher leur retraite du combattant – certains, sortent de ce long silence. Ils se regroupent et refusent – pour eux-mêmes – cet argent de la guerre. Ils le collectent et le redistribuent à des associations algériennes. Puis, affrontant leur douleur et leur honte, ils parlent.
Aux jeunes Français, qu’ils vont rencontrer dans les établissements scolaires, ils disent : « Parfois, il faut désobéir… Oser dire Non ! »
Cette histoire a bouleversé leurs vies. Mais – aujourd’hui – ils veulent contribuer à en écrire une autre page…
Solidaire et fraternelle, celle-là. »
En début 2017, à Paris, le film a fait l’objet d’une dizaine de séances avec de riches discussions animées par des témoins, des journalistes, des historiens http://coupdesoleil.net/blog/film-retour-en-algerie-cinema-luminor-hotel-de-ville/
N’oubliez pas, le 17 octobre à 20h 30 au cinéma ABC de Toulouse

Kamil Hatimi à Toulouse, 13 septembre, espace diversité: lectures

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Kamil à Toulouse, entre Claudine et Françoise

Kamil à Toulouse, entre Claudine et Françoise

KAMIL HATIMI

Le lauréat du prix littéraire Coup de Coeur est pour 2017 Kamil Hatimi. Le live  » La houlette » avait été présenté en lecture à Paris au Maghreb des livres 2016, http://coupdesoleil.net/?s=hatimi

Nous l’avons reçu le 13 septembre 2017 à Toulouse à l’espace Laïcité-diversité et d’emblée le courant est passé avec lui. Nous avons dialogué, il nous a expliqué que son rôle de « passeur » (il est germano-marocain éduqué en français) lui donne un métier de formateur au Centre d’entrainement aux méthodes actives (CEMEA). Son premier roman lui donne l’occasion de parler de son pays, le Maroc, où il ne vit plus depuis des décennies, mais où il retourne périodiquement.

« Il s’agit de votre premier roman. Né en 1960 à Rabat vous vivez maintenant en France. Vous avez fait des études de sociologie, exercé des métiers variés. Peut -être nous direz vous ce qui vous a poussé à écrire ? Vous situez votre roman au Maroc, l’occasion de revenir sur l’histoire récente de ce pays. »

***

La Houlette

Le livre se déroule aujourd’hui dans les milieux du journalisme à Casablanca. Dragan le héros est le fils d’un Marocain de Tanger et d’une Serbe, sauvée par son oncle Dragan, communiste convaincu, au moment des bombardements de la 2° guerre mondiale. Elle a été élevée par lui.

Dragan est désormais incapable d’écrire (ni à la main ni sur son ordinateur). Revenu à Casablanca après avoir participé à un colloque à Paris il demande l’aide de son collègue et ami Vigon pour écrire l’article compte-rendu du colloque. Son ami accepte à condition qu’il aille consulter un thérapeute le docteur Urdiz. Un attentat dans un hôtel de Casablanca (nombreux morts étrangers, touristes venus par une agence « le plein de sud ») va faire remonter à sa mémoire un drame de son enfance.

UnknownPour animer la discussion, nous sommes six (dont l’auteur…) à lire les passages qui nous ont marqué dans ce livre. Sans jamais vouloir « dominer » son public, Kamil rit avec nous et gentiment nous dit que nos lectures donnent du relief à son texte. Et comme il se doit la conversation se poursuit au restaurant, puis en le racompagnant à son hôtel. Une belle soirée.

***

Questions : A l’occasion de l’histoire personnelle de votre héros, vous revenez sur l’histoire du Maroc des années 60, la répression contre les partisans d’un changement pour un Maroc plus démocratique. Comment ce livre a-t-il été reçu au Maroc ?

Qui est la voix ? qui est le personnage de Tanger non photographiable ?

Retournez-vous au Maroc et comment ?

***

Lectures

Entrée en matière : Casablanca, de l’aéroport à l’hôtel El Mansour

Dagan se faisait doubler de part et d’autre par des voyageurs anxieux, menacés en leur fort intérieur à l’idée qu’ils pourraient être mal classés dans la file menant au poste de contrôle de la frontière. […]. Entre ses doigts moites, il tenait le passeport dans lequel il avait glissé la fiche d’immigration, à présenter au check-point. Malheureusement pour lui, et bien qu’il eût disposé de suffisamment de temps pour remplir ladite fiche, celle-ci demeurait vierge de toute trace d’écriture manuscrite.

Et pour cause, Dragan avait perdu l’usage de l’écrit. Il ne savait plus écrire. Il ne pouvait plus écrire. Plus du tout. Pas le moindre mot. La panne. Sèche. Dans ces conditions, la perspective de devoir faire face à un officier de police rendait notre homme bilieux comme rarement il l’avait été durant son existence. Pourtant, Dragan n’avait rien à craindre. Rien à se reprocher. Il travaillait à la très patriotique Houlette Casablancaise, y était un journaliste sans histoires, au singulier comme au pluriel, n’avait jamais débordé de la ligne éditoriale du journal et avait toujours su faire preuve d’une indéfectible loyauté envers la monarchie chérifienne. Pas la moindre vague à son actif, aucun excès, aucune irrévérence et, mis à part la bouteille de Chivas Regal achetée au duty-free de l’aéroport d’Orly, il était aussi blanc que neige. Aucune substance illicite, pas de devises étrangères au-dessus du montant autorisé, aucun ouvrage, aucune publication interdite, pas d’armes ni d’explosifs, rien de rien.

Dragan put enfin débarrasser le plancher. Il sortit de l’édifice et héla le premier taxi venu.

« – Où vas-tu, mon frère ? » demanda le chauffeur, un vieil homme au volant d’une Mercedes couleur crème datant des années soixante-dix.

« -A Casablanca, à l’hôtel Villa El Mansour, qu’Allah veille sur toi. -Monte, mon frère ! »

A peine installé, Dragan sortit en urgence son téléphone cellulaire, composa un numéro et attendit qu’à l’autre bout le correspondant désiré lui réponde. Le taxi démarra.

« -Allo Vigon ? C’est moi ! Rejoins-moi à la Villa El Mansour. »

Dragan pénétra dans l’enceinte du bar de la Villa El Mansour sur pied de guerre. Il fit un rapide tour d’horizon avant de fondre en direction du zinc où Vigon, son ami et collègue de La Houlette Casablancaise, était accoudé.

« Un double scotch, Si H’med, ordonna Dragan. Non ! Un triple plutôt. Et une bière bien fraiche. Une Stork, qu’Allah veille sur toi. »

Si H’med servit les deux compères. Dragan but son triple scotch d’une seule traite, sous l’œil scrutateur de Vigon.

« -Bon tu veux quoi au juste ? -J’ai besoin de ton aide ! -Tiens donc ! Et que puis-je faire pour toi ? -J’ai un article à écrire pour demain, 17 heures. -C’est un grand jour ! Et… tu voudrais que je l’écrive à ta place, c’est ça ? -Tu as tout compris. -Formidable ! Mais tu veux que je te dise. Je ne kiffe pas l’idée. -S’il te plait mon frère », supplia Dragan, en tentant de baisoter les joues d’un Vigon grimaçant de dégoût.

« -Bon maintenant tu restes à ta place ! » ordonna Vigon après s’être défait de l’emprise de son collègue. »

Les deux hommes demeurèrent un instant sans piper mot, chacun dans son coin, les regards se perdant dans le scintillement kaléidoscopique des bouteilles de spiritueux, en enfilade sur trois étagères de verres.

« -Bon, c’est d’accord, je vais te l’écrire, ton article, finit par accepter Vigon. Mais tu restes à ta place. Je te préviens ! Tu ne bouges plus ! -Ok ! Je ne bouge plus. -Ecoutes-moi bien ! Je t’écris ton article, mais à une seule condition ! -Tout ce que tu veux ! -Tu prends rendez-vous chez Urziz. Urziz ? -Le docteur Urziz, oui. Le prince de Galles des médecins ! -Ah ? -Ce type est aussi diplômé qu’un général nord-coréen a de médailles. Un mur ! Il a soigné un confrère qui souffrait du même syndrome que toi. »

 

Coucher de soleil

En attendant qu’Ilyas se manifeste, Ouacila alla donc faire un tour du côté du belvédère, la où le point de vue sur le détroit est impre­nable. Elle descendit la ruelle ombragée lon­geant les anciennes fortifications de la Kasbah. Plus bas, elle atteignit la petite voûte taillée dans la pierre qui s’ouvre sur un spectacle fabuleux ‘de puissance : le dévoilement du dé­troit de Gibraltar. La gifle. Impression d’être happée par les bourrasques imprévisibles du Levante, et de devoir s’assurer de son ancrage au sol afin de ne pas être aspirée au large. Le ciel, la mer, la lumière, tout était si limpide en cette belle matinée. Tarifa, en face, était à sa place, et l’on percevait très nettement le tour­noiement de ses eoliennes au-dessus de sa tête. Le rocher de Gibraltar, plus à l’est, émergeait lui aussi à la lisière de l’horizon. Ouacila fut d’abord intimidée par la splendeur de l’endroit, par la sensation d’être suspendue au-­dessus d’un abîme de vertige. Elle eut besoin de temps pour s’accommoder à cet univers taillé dans la démesure. Elle se trouva un rocher qui lui convint, à distance prudente du précipice, et s’y assit. Ses grands yeux noirs larmoyaient du fait de l’intensité lumineuse. Les rafales intermittentes du vent d’est balayaient ses abondantes boucles brunes. Elle se laissa peu à peu gagner par un sentiment d’humilité et d’abandon, aidée en cela par la majesté du lieu ou bien, peut-être, par l’indicible vacuité que la route, tel un sillon, avait creusé en elle. Elle demeura ainsi un bon moment, sans volonté, livrée aux éléments naturels, absorbant lentement, profondement, l’air salin du large. Puis, comme on s’éveille à soi-même, elle finit par sortir de sa torpeur. Le théâtre démiurgique du détroit, cette orée marine séparant deux continents (deux mondes pour être plus juste) avait, peu à peu, émoustille ses sens. ,Eveillé son instinct de chasseur d’images. Etait-ce dû à l’inclinaison des lueurs matinales, à la purete des contrastes, à la netteté des lignes, l’étirement des perspectives ou à la perception fugace de correspondances universelles ? La seule chose qui compta à cet instant fut de ca­drer la scène, d’appuyer sur le déclencheur de son appareil photo afin qu’il émette son bruit rassurant d’instrument de haute precision : un Leica M8, petite merveille d’orfèvrerie photo­graphique, que son père lui avait offert pour ses trente ans. Elle souleva le bijou, appliqua son oeil contre le viseur optique de la caméra mais, à l’instant même où elle voulut prendre sa photo, elle s’arrêta net, comme frappée par la conscience soudaine d’un charme rompu. Comme si les ruminations, toutes les pensées qui l’avaient obsédée durant cette interminable traversée, de Casablanca à Tanger, refaisaient surface avec la ferme intention de reprendre leur place, le contrôle de sa vie, de son âme. Elle baissa la camera qui échoua, inerte, sur ses genoux. Ouacila se sentait vaincue, sidéree par l’absurdite du moment. Abattue aussi à l’idee que même le détroit n’avait su lui apporter ne serait-ce qu’une seule seconde de répit.

 

Unknown-1Journaliste

Votre sens de l’angle d’attaque, vos analyses vous valent l’admiration de tous dans la profession. Vous êtes de loin notre meilleur élément, Dragan. Soyez-en assuré ! Malgré sa propension à la flagornerie, pour une fois, Larbi pensait ce qu’il disait. Car Dragan était bel et bien le meilleur élément de la rédaction. La crême de la crême. Pour Dragan, écrire était devenu une routine qu’il exécutait sans aucun effort mais aussi, et surtout, sans la moindre passion. II avait développé un système pour ça. Une technique modulaire extrêmement ingénieuse composée de blocs interchangeables qu’il adaptait au contexte et au genre de l’article. Sa méthode n’exigeait aucune implication émotionnelle, pas plus qu’elle ne lui réclamait de devoir analyser ou comprendre les événements de l’actualité. Une fois ingérés par son systême, ces derniers se muaient en bulles abstraites reliées entre elles par un codex aussi sophistiqué que vide de signification. Mais le fin du fin, le nec plus ultra, résidait dans le fait que, grâce à sa méthode, Dragan avait le pouvoir d’inoculer, chez le lecteur, l’illusion du mouvement dans un monde à l’arrêt, celui de la vitesse et du progrès dans une société avançant au rythme lancinant d’un ralenti cinématique. II pouvait écrire à propos de n’importe quoi, de l’inauguration, en grande pompe, d’un centre d’accueil pour enfants des rues, de l’ouverture du grand chantier du TGV Tanger-Casablanca, de la programmation étoilée d’un festival international de musique et de la perspective de pouvoir y accueillir l’illustrissime Shakira, du vernissage d’une artiste sponsorisée par son ministre de mari pour représenter l’art marocain dans une biennale internationale d’art contemporain, de l’indéfectible soutien du peuple marocain à la création d’un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967, de la félonie du peuple sahraoui, des phénoménales avancées démocratiques d’une constitution plébiscitée par quatre-vingt-dix-huit virgule cinq pour cent de la population, des grands enjeux géostratégiques de l’époque, de révolution du prix de l’huile, du sucre, du lait ou du mouton en vue de la fête dudit ovidé. Pour Dragan, écrire un article, un compte-rendu, un éditorial enflammé, une brêve ou une fable démagogique revenait à répéter strictement les mêmes opérations mentales. Savant équilibre entre invariants structurels et aléas conjoncturels. Dragan était le champion hors catégorie d’un tripatouillage sémantique permettant de déblatérer du présent sans jamais prendre le risque de se référer à des processus politiques, sociaux, économiques ou culturels susceptibles de provoquer ne serait-ce que le plus infime changement sociétal. Sous la plume de Dragan, parler d’actualité ne revenait pas à parler d’actualité, mais plutôt à dépeindre, avec une précision d’orfèvre atteint de myopie avancée, les méandres d’une cosmogonie parfaitement stabilisée. Un univers sans big bang. Le degré zéro de l’écriture journalistique. Pas bouger ! Jamais. Dragan maîtrisait son art comme personne à la rédaction et au-delà, comme personne au plus beau pays du monde. II était l’oiseau rare, la perle des perles, que tout le monde s’arrachait dans le microcosme extrêmement sélectif de la presse écrite et de l’édition journalistique pro-Makhzen. — Qu’attendez-vous de moi ? demanda Dragan, la voix blanche. — Comme si tu n’avais pas compris ! dit la voix. – J’ai dîné avec nos actionnaires hier soir. Ils s’inquiétaient à votre sujet. Ils voulaient savoir où vous en étiez, se demandaient quel est votre rôle au sein de la rédaction, ce que vous faites, quoi ! — Et que leur avez-vous dit ? — Ce que tout le monde sait, Dragan. Que vous écrivez à la rubrique « Nouvelles et Divertissements », et que vous signez vos articles sous le pseudo de Mohamed El Haked. — C’est vous qui m’avez encouragé à utiliser un pseudo, se surprit à répondre Dragan. — Je ne vous en fais pas le reproche. Croyez-le bien. Le nom de Dragan Chenah au bas de vos articles, ça ne faisait pas très couleur locale. Vous en convenez ? — Tout à fait, admit Dragan.

Wassyla Tamzali, une histoire autobiographique

Wassyla Tamzali en lecture

Wassyla Tamzali en lecture

Education algérienne, de la révolution à la décennie noire, Wassyla Tamzali, Gallimard- Témoins, 2007, 260 p.

Souvenirs tressés dans la langue exceptionnelle de cette femme qui sort de l’adolescence avec l’indépendance algérienne, née d’une bonne famille qu’elle décrit avec nostalgie et saveur. Le titre rappelle ce livre très dur, Education européenne, de Romain Gary (les partisans dans la seconde guerre mondiale en Europe orientale).

La première partie, la plus longue, cible la politique des premières années de l’Algérie indépendante, vue par une fille de la « haute » prise à 20 ans dans ce nouveau pays qui pour elle est une communauté fraternelle dont elle découvre lentement qui sont les « grands frères », ceux qui occupent le pouvoir et en jouissent, eux les hommes francophones, en laissant leur part du butin aux petits cadres ruraux plus machos encore qu’eux, pieux, ignares, parlant darija, qui peu à peu vont devenir la machine intégriste dominante et tolérée par la caste militaire de ces grands frères.

Vient en seconde partie, La maison pourfendue, un récit qui tourne autour de la maison familiale dans l’arrière pays de Bejaia, avec des souvenirs échelonnés, depuis le départ familial au sein de la guerre d’Algérie jusqu’à la retrouvaille, après la longue période de confiscation révolutionnaire, de la ruine « rendue » aux Tamzali, mais occupée par les familles misérables qui y ont squatté.

La troisième partie est une réflexion sur la violence des « années noires », mise en miroir avec la violence originelle constitutive de l’Algérie née d’une guerre d’indépendance confisquée dès 1956 par ceux qui n’aiment pas les femmes, les jeunes, les intellectuels.

La dernière partie revient sur les origines familiales de Wassyla : Stambouliotes d’un côté, Valenciens (el fornero) de l’autre, entre puissants descendants de rais et paysans pauvres. Cette algérienne francophone souligne (p.247) : « étrange affaire que celle de ne parler ni sa langue maternelle ni sa langue paternelle, et d’avoir une langue étrangère, le français, comme langue première ».

Ce n’est donc ni un récit chronologique, ni une réflexion thématique simple. D’où mon choix de relever quelques points forts qui m’ont particulièrement frappé, en lisant tardivement ce livre dont mes amis me disaient depuis longtemps qu’il est fondamental.

Wassyla Tamzali

Wassyla Tamzali

Les langues : « Les uns et les autres s’appellent ya kho, « mon frère », un de ces petits mots arabes qui s’accrochaient au français, que tout le monde parlait, plus ou moins bien, mais spontanément, en roulant les r. Les r bien roulés affirmaient une identité que l’usage presque exclusif du français mettait en péril. Le parler guttural était un signe d’appartenance à l’idéologie dominante […] Au premier congrès de l’Union nationale des étudiants algériens (octobre 1962) la question de la langue est mise au vote : ce sera le français [… avec un seul opposant] « camarade, tu es démocrate, tu dois accepter le vote »… D’accord, mais alors en roulant les r- pourquoi ?- Ca fait plus viril » (p 42- 43). « Plus d’une fois un ami a changé de ton devant moi et s’est mis à rouler les r au téléphone avec un interlocuteur qui était sans doute un responsable politique qu’il fallait flatter ou un subordonné qu’il fallait circonvenir. […] Avec le temps, ceux qui roulaient vraiment les r nous ont mangés tout crus »…

(p. 58 ): Hamadi Essid à Sidi Bou Saïd « tu ne peux pas imaginer ce que tu perds en ne lisant ni ne comprenant l’arabe… la poésie si grande, le Coran est intraduisible ! » Lui seul me donnait la mesure de ce que je perdais et me laissait entrevoir la richesse de ce que serait une culture arabe vivante. Lui seul, car chaque fois que je rencontrais un des laudateurs de cette langue, je me réjouissais d’avoir échappé à la chape mortifère qui recouvrait leur pensée.

[ma] tribu…[les intellos de gauche] celle que j’ai rejointe à la fin des années 1960, déçue par ma tribu d’origine et par celle des révolutionnaires au pouvoir, les « grands frères ». Hommes et femmes ensemble, dans ce pays qui pratique la ségrégation sexuelle ; francophone, dans un pays qui avait déclaré la guerres aux séquelles du colonialisme […]

 Histoire et mémoire […] les guides de la nation nous conviaient, nous donnant le baptême du jour, comme les prêtres l’hostie. […] Ils avaient vite mis la main sur l’histoire algérienne. Elle était devenue une entreprise nationale, comme le pétrole, les terres [etc]. Plus grave encore, la guerre de libération, qui appartenait au peuple algérien, était mise sous haute surveillance […] Les survivants avaient pris la parole aux morts, et le pouvoir sur les vivants. […] p81 : les pages de notre journal envahies par des références aux héros d’un passé poussiéreux ; pas Ferhat Abbas, ni Aït Ahmed, Abanne Ramdane [ni] Aleg, Iveton, Timsit, Maillot […] De ces êtres de chair et de sang, on avait à la va-vite et sans flonsflons mis les noms sur les plaques de nos places et de nos rues […] On se tournait vers des héros moins encombrants […] Abd-el-Kader, Ben Badis, Averroès, Omar Khayyam […] leurs noms étaient utilisés comme des bonbons qu’on suce pour faire passer un mauvais goût, le goût de la culture française.

Se souvenir de la guerre d’indépendance : (p. 104- 105) : Vingt ans après, le Milk-Bar était devenu le rendez-vous de la drague de l’après-midi. Personne ne voulait se souvenir de ce temps, à part quelques reconstitutions en carton-pâte et des cérémonies officielles … Des Français venus en Algérie au moment de l’indépendance s’émerveillaient d’être bien reçus… Magnanimité du pardon ? Maturité ? N’était-ce pas plutôt que le peuple algérien zappait son histoire ? … Plus que les violences portées par l’ennemi [nos propres exactions] sont enfouies, refoulées, niées. Chaque maison a eu sa guerre d’Algérie, en filigrane de l’autre, estampillée. (p. 109) A regarder ces films de propagande [montrant les soldates de fiction au maquis], on est saisi du plaisir de voir l’arroseur arrosé : les propagandistes misogynes, piégés par les images fabriquées des soldates, ont dû batailler pendant vingt ans pour obtenir un code de la famille conforme aux traditions obscurantistes qui régentaient leurs vies et celle des maquis.

(p. 194) … L’Algérie restera française comme la Gaule est restée romaine. N’est-ce pas à peu près ce qu’a dit de Gaulle ? Pour une part infime d’elle-même, c’est sans doute vrai. C’est cette part infime qui sert d’interface entre le monde extérieur et l’Algérie. C’est cela qui vous a longtemps trompé, et nous aussi d’une certaine manière. Je fais partie de cette part infime. [conversation à l’UNESCO à propos de la décennie noire]. (p. 209) … Difficile ou pas, il nous faudra un jour apprendre à dire les bons et les mauvais jours pour construire notre histoire. Difficile ou pas, cela se fera. Déjà, la légitimité du pouvoir, principal artisan de notre silence, a sauté en éclat, de même que la fraternité qui cachait le mensonge de la politique. (p. 220) … La violence [islamiste] charriait avec elle les fantômes des jeunes adolescents de 1956. Quel qu’ait été le verbiage idéologique des assassins islamistes de la décennie noire, cette violence n’était autre que celle que nous tenions enfermée dans le secret de notre histoire naissante, au cœur de nos mémoires. Elle ressurgissait à peine masquée, retrouvant les mêmes cibles, les femmes, les jeunes, les intellectuels.

La cinémathèque : au fond de la salle, les loubards bruyants venus, pour pas cher, reluquer les actrices étrangères (en protestant en bons machos). La moitié de devant est « toute » l’intelligentzia algéro cosmopolite venue débattre sur la révolution algérienne, c’est-à-dire sur eux-mêmes. Le jour de 1972 où les femmes du Chenoua de Assia Djebar est présenté, elle se fait engueuler parce qu’elle se permet de faire « son » film au lieu de faire celui de la révolution algérienne, alors que cette privilégiée a la chance d’être la première femme algérienne à faire un film. Devant cette violence, les loubards du fond de la salle se taisent.

L’immobilier révolutionnaire : Les belles demeures pied-noires étaient la cible des vainqueurs. Elles jouaient un rôle important dans l’Algérie libéré et étaient parfois au cœur des tractations politiques et des compromissions. La révolution, c’était aussi ça : prendre possession du vide (p. 62). Sur le même thème voir la maison oranaise dans le film, l’Oranais   et dans le roman de Kamel Daoud Meursault, contre-enquête. Si chaque pied noir en visite mémorielle est bien reçu, c’est aussi parce que sa maison est restée un peu à lui, en raison de l’acquisition presque toujours trouble de la part du nouvel occupant.

Deux portraits :

Germaine Tillion : (p. 86- 87) … J’ai mis du temps à accepter le mouvement de libération des femmes … Je défendais l’indéfendable… l’humiliation que nous subissions… être des mineures à vie… Dans un numéro de Jeune Afrique de juillet 1976, une journaliste donna, à la sortie du livre de Germaine Tillion, Le Harem et les cousins, un bel exemple de ce masochisme collectif … L’anthropologue des Aurès, la grande dame, se jetait dans la bataille. On oubliait qu’elle avait été de notre côté pendant la guerre d’Algérie. La journaliste faisait la comparaison entre une dactylo occidentale dévergondée et une étudiante algérienne vivant harmonieusement sa tradition. Plume mercenaire. Nous l’étions toutes et tous d’une certaine manière. Mea culpa encore. … Comme les jeunes femmes à la Cinémathèque à la projection du film d’Assia Djebar, intellectuelles de gauche pour la plupart, nous n’avions pas échappé au mal profond qui plombait l’Algérie socialiste, un nationalisme exacerbé maintenu contre vents et marées, et contre soi-même…

Rigoberta Menchú : (p. 173) …[à l’UNESCO, lieu de travail de Wassyla] était ma bête noire. Prix Nobel de la paix en 1992, elle faisait le tour des enceintes internationales vêtues de ses habits indiens traditionnels guatémaltèques, un peu comme aujourd’hui Tarek Ramadan, avec ses yeux de velours et sa barbe bien taillée. Elle plaisait aux diplomates, des hommes pour la plupart, toutes cultures confondues, quand elle disait que « le féminisme était la dernière forme de colonialisme ». Jamais elle n’enlevait son costume bariolé, à croire qu’elle dormait avec… Les héros de Sartre et de Fanon, ou plutôt de ceux qui s’octroyaient le droit de parler en leur nom, élevaient la voix contre leurs anciens maîtres. Les leaders du tiers monde, dans des homélies fracassantes – mon pays et Cuba composaient les plus belles- rejetaient sur l’occident toutes les tares du présent. Sans prendre la mesure du temps, les gouvernants vieillis des jeunes pays répétaient leurs sempiternelles litanies, dix, vingt, trente, quarante ans après le départ des colonisateurs… Dans le même temps, des femmes et des hommes de tous les horizons montait le désir de liberté… Les femmes surtout.

wikipedia: quelles langues pour quelles encyclopédies?

bible de Luther en allemand, 16e siècle

bible de Luther en allemand, 16e siècle

Langue arabe : encore de la géopolitique du monde arabe

Wikipedia est depuis quinze ans l’outil encyclopédique incontournable de la connaissance, avec ses biais, ses failles, mais avec un auto-contrôle remarquable. Surtout en comparaison des innombrables sites qui à peine connaissent le contrôle minimal d’y interdire la pornographie violente et la violence « politique » extrême, contrôle exercé par google et ses concurrents comme par les Etats d’accueil des sites. Wikipedia, qui s’auto-contrôle, nous concerne, nous autres qui mettons tous nos efforts à promouvoir une culture commune au Maghreb et à la France. Nous avons besoin de cette encyclopédie internationale et multilangue.

On sait que wikipedia est d’abord né en anglais (autour de 5,5 millions d’articles). Les communautés linguistiques de partout s’y sont mises : actuellement plus de 250 langues possèdent des wikipedia. Un exemple : 140000 articles pour la version croate (différente de la version serbe, pour deux langues à peine séparées… sauf par des conflits politiques et par deux alphabets, l’un cyrillique, l’autre latin). Bien sûr, comme dans tout travail encyclopédique, chacun traduit dans sa langue l’existant en l’adaptant, en puisant dans le stock international, en fait essentiellement anglais, avant de se lancer dans des articles originaux (sur son propre pays, sa propre cultures…), à leur tour traduits ou adaptés dans d’autres langues. Le volume d’un wikipedia reflète l’importance de chaque communauté linguistique, mais aussi le degré de bilinguisme de celle-ci. Les rangs 2 et 3 des wikipedias, après l’anglais sont occupés au coude à coude par l’allemand et le français (près de 2 millions d’articles). Quand le rang d’une langue est bas par rapport à la masse de sa population (ou de sa communauté scientifique et culturelle), c’est en général parce que les cercles cultivés y sont particulièrement bilingues (anglophones le plus souvent) : ainsi explique-t-on que le rang de l’espagnol soit bas en comparaison du portugais et de l’italien.

Nul doute que les pays arabes ne soient dans cette situation de bilinguisme élevé, renforçant la production comme l’usage d’articles de wikipedia principalement en anglais mais aussi largement en français. Cependant le wikipedia en arabe existe bien et contient 400000 articles. La part respective des pays « producteurs » d’articles en arabe nous intéresse : en pourcentage, Saoudiens 23, Egyptiens 19, Marocains 8, Algériens 7, Irakiens 4, Jordaniens 4, Palestiniens 3, Tunisiens 3, Emiratis 2, Israéliens 2. De cette importance du bilinguisme et de la traduction en pays arabophone, une anecdote significative : un journaliste israélien dans son commentaire critique du wikipedia arabe signale des articles qui ne sont pas des traductions assez fidèles du wikipedia anglais ! De son côté le wikipedia en hébreu contient 200000 articles. Au travail, amis lisant l’arabe et/ou l’hébreu pour nous dire la part des articles originaux et des articles traduits de l’anglais dans ces deux wikipedias… Et à nous autres francophones le travail d’enrichir les matériaux encyclopédiques. Après tout, le site de Coup de Soleil est la base de donnée francophone la plus abondante sur les sociétés et les littératures franco-maghrébines, avec un répertoire alphabétique de 1500 livres accueillis pour signature au Maghreb des livres depuis 12 ans et 360 articles décrivant essentiellement des livres sur ces sociétés et ces littératures franco-maghrébines.

Quarante cinq chez Maryse et Jean Pierre : le pic-nic de Coup de soleil en Occitanie devient un concert de oud

 

nombreuse assemblée... pour nous reconnaitre

nombreuse assemblée… pour nous reconnaitre

Nous autres, de Coup de soleil en Occitanie, nous savons que chaque année un pic-nic nous réunit, organisé chez ceux d’une de nos trois capitales : en 2017 c’est le tour de Toulouse et c’est Jean-Pierre et Maryse qui nous accueillent dans leur vaste jardin des Pradettes. Comme d’habitude, grillades et boissons, mais aussi ce que chacun apporte en hors d’œuvres et desserts : tout ce qu’il faut et au-delà. Cette année une innovation : Lakhdar Hanoud, joueur de oud et conteur, est venu nous charmer. Est-ce lui qui a attiré un groupe aussi nombreux ? nous étions quarante-cinq… Occasion d’échanger avec de nouveaux venus, de retrouver nos liens anciens.

Marc, au nom des toulousains, a insisté sur nos buts fondamentaux : « Plutôt que de faire un récapitulatif de tout ce que notre association, Coup de Soleil, fait, à fait ou va faire, je préfère profiter de ces quelques instants d’attention que vous m’accordez pour lever la tête du guidon et essayer de retrouver le sens profond de notre action. Pourquoi diable militons-nous ? (Oui je sais le diable n’y est pour rien et je me demande bien ce qu’il fait là !) Dans mon cafouillis intérieur, je ne retrouve ni l’auteur ni les mots précis de la citation que je voulais mettre en avant.

Lakhdar lance sa musique

Lakhdar lance sa musique

Mais je sais qu’il s’agissait d’une manifestante marocaine qui protestait à propos de l’agression d’une jeune fille dans un bus au Maroc. Interrogée par la radio elle disait à peu près ceci : les deux principaux problèmes de notre pays c’est le manque d’éducation de nos jeunes qui sortent du système scolaire et traînent dans les rues et c’est l’abandon de la culture.

Culture et Éducation comme rempart contre la barbarie. Mais ne nous leurrons pas ! Il ne s’agit pas là que du Maroc mais d’un mouvement général qui mondialement privilégie l’économisme, la mondialisation des échanges, le culte du profit, la privatisation des biens de tout, l’individualisme, l’inégalité et tourne le dos aux valeurs de partage, de biens communs, d’émancipation, de solidarité. Dans ce mouvement un peu général l’éducation de tous n’est plus une priorité et les budgets pour la culture sont en diminution constante.

Nous sommes donc devant un monde qui change et qui tourne le dos à la Culture et à l’Éducation. Ce qui est devant nous ressemble beaucoup à de la barbarie. Qu’elle soit islamiste, raciste, nationaliste ou ultralibérale, tous ces replis sur soi et sur ses propres intérêts se construisent sur la peur et sur la haine de l’autre. Le combat de Coup de Soleil pour l’ouverture à l’autre, la compréhension, le partage par delà la Méditerranée peut sembler dérisoire face aux dangers qui nous menacent. Pourtant, nous continuerons à affirmer que, pour être libre, l’homme a besoin de la Culture et de l’Éducation. Alors nous pouvons tranquillement être fiers de nos actions, si minimes soient-elles. Défendre des livres ou des films, faire partager l’Histoire, soutenir des musiciens, affirmer notre espérance commune, c’est continuer coûte que coûte à défendre la Culture et l’Éducation. Merci à vous MARC ,président Coup de Soleil de Toulouse.

 Abdelilah nous a rappelé les actions autour du cinéma et les collaborations avec le lycée à Perpignan.

 

Sabah: lecture en musique

Sabah: lecture en musique

Michèle nous a fait le point sur le prix littéraire « coup de cœur » 2017 et sur le lancement de la nouvelle édition 2018 depuis Montpellier, mais aussi à Toulouse.

Lakhdar Hanoud, musicien hors pair et émérite d’origine algérienne, découvre le oud au fil des rencontres, notamment à travers les nombreux voyages qu’il entreprend au sud du bassin méditerranéen (Maghreb, Égypte, Syrie…) où il réalise un collectage de musiques. Dans l’idée de s’inspirer des grands maîtres luthistes et compositeurs du monde arabe — comme par exemple la rencontre avec Hâtif Abdelhamid (Maison de l’Opéra du Caire en Égypte), Khaled Jaranami (Conservatoire de Damas en Syrie), Mohammed Hervé Haris à Marseille, Samir Joubran — il affine ainsi la technique du oud et commence à centrer son propos. Il s’expérimente alors aux côtés de musiciens de divers horizons en intégrant différentes formations. Sans cesse inspiré par ce qu’il entend, avec Kafila, sa première création, il donne corps à un travail qu’il base avant tout sur l’expérience et la rencontre, sa véritable école. L’année 2015 est marquée par la sortie de l’album Ne Fût-ce qu’en Chine, de Lakhdar Hanou Ensemble. Le disque reçoit une belle reconnaissance en France et à l’étranger.

L’oud est un instrument de musique à cordes pincées très répandu dans les pays arabes, en Turquie, en Grèce, en Azerbaïdjan et en Arménie. Son nom vient de l’arabe al-oud (signifiant « le bois »). Luth à manche court, il a été l’objet d’ouvrages de référence des musicologues musulmans de l’époque médiévale. L’oud a comme points communs avec le luth le nombre de cordes et la forme de l’instrument, mais il n’a pas de barettes.

 Lakhdar nous a distribué plusieurs poèmes (traduits en français) pour que l’un(e) ou l’autre les lise au son de sa musique. D’autres récitants se sont joints à la fête, parfois en arabe : Abdelilah, Habib, notre conteuse libyenne venue de Carcassonne.

assemblée à l'écoute

assemblée à l’écoute

 Quand l’amour vous fait signe, suivez le.

Bien que ses voies soient dures et rudes.

Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui.

Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser.

Et quand il vous parle, croyez en lui.

Bien que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du nord dévaste vos jardins.

Car de même que l’amour vous couronne, il doit vous crucifier.

De même qu’il vous fait croître, il vous élague.

De même qu’il s’élève à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates qui frémissent au soleil,

Ainsi il descendra jusqu’à vos racines et secouera leur emprise à la terre.

Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en lui.

Il vous bat pour vous mettre à nu.

Il vous tamise pour vous libérer de votre écorce.

Il vous broie jusqu’à la blancheur.

Il vous pétrit jusqu’à vous rendre souple.

Et alors il vous expose à son feu sacré, afin que vous puissiez devenir le pain sacré du festin sacré de Dieu.

Toutes ces choses, l’amour l’accomplira sur vous afin que vous puissiez connaître les secrets de votre cœur, et par cette connaissance devenir une parcelle du cœur de la Vie.

Mais si, dans votre appréhension, vous ne cherchez que la paix de l’amour et le plaisir de l’amour.

Alors il vaut mieux couvrir votre nudité et quitter le champ où l’amour vous moissonne,

Pour le monde sans saisons où vous rirez, mais point de tous vos rires, et vous pleurerez, mais point de toutes vos larmes.

L’amour ne donne que de lui-même, et ne prend que de lui-même.

L’amour ne possède pas, ni ne veut être possédé.

Car l’amour suffit à l’amour.

Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire, « Dieu est dans mon cœur », mais plutôt, « Je suis dans le cœur de Dieu ».

Et ne pensez pas que vous pouvez infléchir le cours de l’amour car l’amour, s’il vous en trouve digne, dirige votre cours.

L’amour n’a d’autre désir que de s’accomplir.

Mais si vous aimez et que vos besoins doivent avoir des désirs, qu’ils soient ainsi :

Fondre et couler comme le ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.

Connaître la douleur de trop de tendresse.

Etre blessé par votre propre compréhension de l’amour ;

Et en saigner volontiers et dans la joie.

Se réveiller à l’aube avec un cœur prêt à s’envoler et rendre grâce pour une nouvelle journée d’amour ;

Se reposer au milieu du jour et méditer sur l’extase de l’amour ;

Retourner en sa demeure au crépuscule avec gratitude ;

Et alors s’endormir avec une prière pour le bien-aimé dans votre cœur et un chant de louanges sur vos lèvres.

 

au fond à droite, grillades

au fond à droite, grillades

traduction de la chanson de Khalil Gibran (dans cette chanson on sent clairement ces orientation fines souffies ; a3tini annay a’nnay en arabe c’est la flute …)
Donne- moi le nay et chante, car le chant est le secret de l’existence (de l’immortalité)
Et la mélodie du nay continuera à résonner même après la disparition de l’univers.
As- tu, comme moi, fait de la forêt ta maison, bien loin des palais,
Et suivi le cours des rivières et escaladé les rochers ?
T’es- tu baigné avec un parfum ?
As- tu respiré la lumière
Et bu, à l’aube, du vin dans des verres d’éther ?
Donne- moi le nay et chante car chanter est la meilleure des prières,
Et la mélodie du nay continuera à résonner même après la disparition de la vie.
T’est tu, comme moi, assis l’après – midi entre les cuvettes de raisin
Avec les grappes qui pendent comme des lustres d’or ?
T’es- tu endormi dans de l’herbe, et couvert de ciel
Indifférent à l’avenir, oublieux du passé ?
Donne moi le nay et chante, car le chant est la justice des cœur
Et la mélodie du nay continuera à résonner même après la disparition des péchés.
Donne- moi le nay et chante, et oublie et le maux et la cure,
Car les gens sont des lignes écrites,…. mais avec de l’eau…

 

Abdelilah récite

Abdelilah récite

DÉSEMPARE

 Qui plaidera pour moi auprès de celle

Dont les doigts sont teintés ?

Qui plaidera pour moi auprès de celle

Dont la langue est de miel ?

Elle est parmi les femmes bien formées,

Celle qui, de voiles, sont protégées

Des femmes pleines de grâce

Vierges préservées d’une grande beauté !

Pleines lunes parfaites

Au dessus des branches.

Elles se trouvent protégées

De toute imperfection.

Dans le jardin

De la demeure de mon corps,

Se trouve une colombe

Perchée sur une branche du bân,

Mourant de désir,

Se consumant d’amour,

Car ce qui l’a frappé

M’a également atteint.

Elle pleure un ami,

Elle blâme un temps

Qui lui a lancé sciemment

Les flèches qu’il m’a lancées.

Séparé d’un proche,

Étranger à sa demeure.

O mon temps

Contre mon temps !

Qui plaidera pour moi auprès de celui

Que mon tourment satisfait ?

D’aide, je ne trouve

Dans ce qu’il approuve.

 

banquet ou concert?

banquet ou concert?

Le poème de Babel/ Extraits (Adonis)

Babel est une blessure. De son sang jaillissent les pauvres. Babel est une misère – son sang engendre les poètes…

Parfois, Babel est l’avant, Babel est l’après, Babel est la face des vivants et des morts.

Babel nul ne la connait, nul ne l’ignore…

Babel nul ne s’en souvient, nul ne l’oublie.

Babel, te voici, voici tes pas

Babel nous sommes venu bâtir un autre royaume. Nous sommes venus déclaré

Que la poésie est certitude,

Que la transgression est l’ordre

 

Je ne dors pas pour rêver (mahmoud Darwich)

 Je ne dors pas pour rêver, m’écrit elle.

Je dors pour t’oublier. Qu’il est bon de dormir seule,

sans tumulte dans la soie.

éloigne toi que je te voie

solitaire, las bas, pensant à moi quand je t’oublie.

Rien ne me fait mal dans ton absence,

la nuit ne griffe pas ma poitrine, ni tes lèvres.

Je dors sur mon corps tout entier,

tout entier sans partage,

tes mains ne déchire pas ma robe et tes pas

ne martèle pas mon cœur comme une noisette

lorsque tu referme la porte.

rien ne me manque dans ton absence:

mes seins m’appartiennent. mon nombril.

mes taches de rousseur mes grains de beauté

et mes mains et mes jambes m’appartiennent.

tout en moi m’appartient

et pour toi, les images désirées,

prend-les donc pour meubler ton exil,

lève tes visions comme un dernier toast

et dis, si tu veut: Ton amour est trépas.

Quant à moi, j’écouterais mon corps

avec le calme d’un médecin: rien, rien

ne me fait mal dans l’absence

si ce n’est la solitude de l’univers!

 

Le plus beau des océans (Nazim Hikmet)

Le plus beau des océans est celui qu’on n’a pas encore traversé
Le plus beau des enfants
n’a pas encore grandi.
Les plus beaux de nos jours
sont ceux que nous n’avons pas encore vécus.
Et les plus beaux des poèmes que je veux te dire
sont ceux que je ne t’ai pas encore dits

Ils nous ont eus :
moi à l’intérieur des murs,
toi à l’extérieur.
Ce qui nous arrive n’est pas grave.
Le pire : c’est de porter en soi la prison
conscient ou inconscient.
La plupart des hommes en sont là,
des hommes honnêtes, laborieux et bons,
dignes d’être aimés comme je t’aime

 Comme le scorpion, mon frère,
Tu es comme le scorpion
Dans une nuit d’épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
Tu es comme le moineau
dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
tu es comme la moule
enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
comme la bouche d’un volcan éteint.
Et tu n’es pas un, hélas, tu n’es pas cinq,
tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
quand le bourreau habillé de ta peau
quand le bourreau lève son bâton
tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
Plus drôle que le poisson
qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s’il y a tant de misère sur terre
c’est grâce à toi, mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous sommes écorchés jusqu’au sang,
Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non,
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

 

 

 

 

 

 

Les femmes du Maghreb écrivent, avril 2017, Médiathèque de Roques-sur Garonne

Au Maghreb des livres 2017 à Paris, sur grand écran, Fatima Mernissi

Au Maghreb des livres 2017 à Paris, sur grand écran, Fatima Mernissi

 Souad Benkirane, couverture de son livre: Les quatre saisons du citronier

Souad Benkirane, couverture de son livre: Les quatre saisons du citronier

Kaouter Adimi en signature au Maghreb des livres 2017 à Paris

Kaouter Adimi en signature au Maghreb des livres 2017 à Paris

Samedi 29 avril à 10h30, une séance de lectures et de discussion à la Médiathèque du Moulin, à Roques-sur-garonne http://lemoulin-roques.com/agenda/mediatheque/item/petit-dejeuner-lecture.

On fera parler de Kaouter Adimi, Souad Benkirane, Assia Djebar, Fatima Mernissi et quelques autres écrivaines.

Assia Djebar: Tournage du film Nouba

Assia Djebar: Tournage du film Nouba

Maïssa Bey/ Camille Lacoste : mars 2017, Toulouse, Université Jean Jaurès

Maïssa Bey/ Camille Lacoste : Toulouse, Université Jean Jaurès, Journée mondiale des femmes 2017 

Au Centre culturel de l’université (CIAM) dans le théâtre de « La fabrique », en ce jour du 8 mars, le Maghreb est à l’honneur. D’abord l’Association Baraka nous présente son film de témoignage de Maïssa Bey, puis l’Association Coup de soleil nous donne en lecture « à six voix » une présentation de l’œuvre de Camille Lacoste.

pochette du DVD publié

pochette du DVD publié par l’association Baraka

Maïssa Bey, qui « joue » avec art son personnage, c’est d’abord une petite fille qui a douze ans lors de l’indépendance de l’Algérie, qui devient une militante dans son pays, une prof de français à Sidi bel Abbes, qui « tombe dans l’écriture » au moment de la décennie noire des années 1990 et multiplie les publications de témoignages (des autres ou d’elle-même) comme les fictions. Baraka (la_baraka@orange.fr) a donc entrepris de publier en dvd des témoignages croisés sur l’Algérie et la France (déjà en vente : Boualem Sansal).

Camille Lacoste

Camille Lacoste

Camille Lacoste-Dujardin, c’est une ethnologue qui n’a cessé d’être attentive à la vie des femmes maghrébines, avant tout des femmes kabyles en émigration. Coup de soleil-Midi Pyrénées, après avoir « monté » en 2015 une lecture avec l’œuvre de Assia Djebar http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/?s=assia+djebar , a composé pour 2016 une présentation de l’œuvre de Camille Lacoste http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2016/08/13/camille-lacoste-dujardin-lectures-contes-autour-des-femmes-kabyles-toulouse-maison-de-la-diversite-rue-daubuisson-lundi-26-septembre-a-18h-30/ Une première séance a été organisée en septembre 2016, avant celle qui vient d’avoir lieu un semestre plus tard.

 Djaffar: en septembre 2016, le conte "la femme et le lion"

Djaffar: en septembre 2016, le conte « la femme et le lion »

affiche du spectacle de 2015, pour Assia Djebar

affiche du spectacle de 2015, pour Assia Djebar

Conférence sur la BD africaine

Conférence sur la BD africaineMardi 17 janvier 19 heures, Centre culturel Bellegarde, Rue Bellegarde, Toulouse

Avec Annelise Verdier (Coup de soleil Toulouse), Christophe Cassiau HAurie,  directeur de la collection L’Harmattan BD, scénariste et auteur de recherches sur la BD africaine (maghrébine compris) et Al Mata, auteur congolais.