événement



Asma N° 2

 

Notre travail sur la revue ASMA a permis de récupérer cinq numéros, qui forment un ensemble :

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/21/asma-n-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-3-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-4/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/?s=asma

Ce sont donc les cinq numéros disponibles (en trouverons-nous d’autres ? qui sait…) que nous vous livrons peu à peu. Le travail de récupération « en saisie de texte » a été réalisé par Marc. N’oubliez pas que tout texte récupéré contient des coquilles et signalez-les nous. Notre « édition » est partielle : récupérer tous les textes dans leur mise en page d’origine serait hors de notre portée. Comme en 2019, le combat pour la démocratie s’attaquait bien sûr aux politiques, mais aussi, clairement, au Code de la famille qui lamine l’égalité femmes/ hommes. Dans ce second numéro de Asma on trouve des titres prémonitoires : « marre de vos petites querelles » en parlant des groupes démocratiques ; impact mutuel de l’Algérie et du Maroc, etc… et n’oubliez pas de relire le n°1http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

DÉCEMBRE 1995 N°2

LEZZAYER ALGÉRIE

TUGDUT DÉMOCRATIE

TAMSETLA SOLIDARITÉ

SOMMAIRE

D’Algérie, une « Roumia » dans les Aurès : Cri d’espoir… ou de désespoir

Opinions

Les choses sérieuses commencent : Rupture ou continuité ?

Partout les Algériens se sont déterminés

ET MAINTENANT

UN DIMANCHE COMME LES AUTRES

Une « roumia » et ses chocolats ETRE JOURNALISTE FRANÇAISE EN ALGÉRIE
27 octobre 1995 à Ouled Moussa, un petit village agrippé à la pente caillouteuse à 1200 mètres d’altitude, en plein cœur des Aurès. Le 1-novembre 1954, la guerre d’indépendance a éclaté là, avec les hommes de Mostepha Ben Boulaid.

Autour et dans le village, en patrouille tranquille, les gardes communaux ou patriotes. Un vieil homme prend le soleil du matin, allongé devant sa maison. La porte s’ouvre sur une minuscule cour intérieure desservant trois pièces aux ouvertures étroites et basses. Enfants et jeunes femmes s’égayent. La vieille fait front. Salima traduit du chaoui au français et la discussion s’engage, timide de leur côté, gênée du mien. La vieille raconte la guerre. Mots simples, crus, rudes. Horreur, tortures, résistance. Les enfants écoutent. Un garçon d’une dizaine d’années, bloc de silence, ne me quitte pas des yeux. Dans ses yeux passe une petite fille tombée en 1956 dans cette région sous les balles d’un tireur d’élite français pour 500 Francs et une boîte de ration (2).

Mais le café est chaud. Les filles cassent les noix avec des pierres sur le sol en terre battue. Les pommes, acides, aiguillonnent les gencives… et on se surprend à rire ensemble et à se prendre par la main.

Et puis, une attitude qui depuis ce jour me taraude l’esprit. Moi, distribuant du chocolat aux enfants avant de reprendre la route, images tournées et carnets de notes noircis. Saurais-je jamais ce qu’ont perçu ces enfants ? Une roumia avec ses chocolats, une voleuse d’images et de paroles ou la possible courroie de transmission de leur réalité.

Il est peut-être encore plus difficile en Algérie qu’ailleurs de trouver l’honnête façon d’être journaliste. Dans ce pays deux problèmes se superposent : la déontologie journalistique et les relations, humaines et professionnelles, avec un pays du tiers-monde, ancienne colonie française. La presse n’a plus ni le temps ni la volonté de faire son travail de recherche et d’investigation. Nous sommes à l’heure des informations qui doivent précéder l’actualité, même s’il faut pour cela la fabriquer. En ce qui concerne l’Algérie, la majorité des intellectuels français et une grande partie de la presse ont depuis longtemps pris l’habitude de décider à sa place de son devenir. Et si les journaux français n’arrivent pas en Algérie, les chaînes françaises sont, elles, largement diffusées. La population algérienne a donc, elle aussi, pris l’habitude de voir ses voisins d’en face expliquer à sa place ce qui serait bon pour elle. Cette population vérifie donc chaque jour que la colonie ce n’est pas encore fini.

Voilà pourquoi mes chocolats pèsent lourd. Voilà pourquoi je me tais souvent et me contente de glaner des paroles et des images pour les restituer les plus brutes possible et avec le minimum d’intervention de ma part. Nous ne pouvons plus jouer à être les acteurs d’une pièce qui n’est plus la nôtre. Nous ne pouvons que travailler à renouer des relations humaines et intellectuelles adultes d’égal à égal avec la population algérienne qui n’est plus notre petite sœur. Nous n’avons aucun droit sur elle, nous n’avons rien à lui imposer, ni au travers de la presse, ni au travers des 0.N.G., ni au travers de partis politiques.

MARIE-ANGE POYET, décembre 1995

 

(1) Nom donné aux françaises (masculin : Roumi). Référence, dépourvue d’inimitié, faite aux romains, présents en Algérie pendant sept siècles.)
(2) Lire  » La mort d’une petite fille  » de Noël Pavrelière dans Les crimes de l’armée française, textes rassemblés par Pierre Vidal-Naquet, petite collection Maspero, Maspero, Paris, 1975.

Cri…d’espoir…ou de désespoir

Ce soir je ne sais ce qui se passe en moi. Mon esprit bouillonne. Il remet tout en cause, il tourne et tourne. C’est le vertige, le néant. Mais que faire ?

Mais qu’ai-je donc fait, moi, petit être humain, pour me retrouver dans cette situation sans choix aucun, oui, sans choix aucun, car un camp s’est imposé à moi, mais comment aurais-je pu choisir entre ta mort qu’on m’a prescrite et la soi-disant démocratie ? Je ne savais pas ce que c’était une pseudo-démocratie. Jusqu’à ces derniers jours.

Je n’arrive pas à me convaincre sur la démocratie. Mon camp étant choisi, je sais que je risque la mort à chaque instant, mais cela devient de plus en plus sans importance et secondaire par rapport aux déceptions que je subis de jour en jour, et ce soir, je n’en peux plus. Je ne peux plus me supporter ou plutôt je ne peux plus me supporter ce soir. C’est la première fois que je me demande si cela vaut la peine de donner sa vie en ce moment. Ce soir, je n’arrive pas à me convaincre et même pas à me mentir sur la démocratie…

Cependant, je suis sûre que le fascisme et l’intégrisme sont en agonie, et je ne suis pas sûre que la démocratie vaincra, parce que je commence à me poser des questions quand à ceux qui sont censés la représenter. Ce soir j’ai l’intime conviction que ni l’intégrisme religieux (fascisme), ni la démocratie ne vaincront. Mon pays adoré, mon pays pour lequel je suis prêt à donner le plus cher de moi-même, ma vie, Algérie, ce soir laisse-moi pleurer sur ton sort, mon amour, permet moi de te faire une confidence. Mais tu peux ne pas me croire. Ne pas faire confiance à ceux qui sont en train de tuer, d’égorger, de décapiter le meilleur de tes enfants, mais fais aussi attention à ceux qui veulent briser tes chaînes, ne leur fais pas une confiance aveugle comme je l’ai fait, s’il te plaît, fais-leur savoir qu’ils ne sont pas tes seuls enfants parce qu’ils ont su te déclarer leur amour. Dis-leur que l’amour de ceux qui ne te déclarent pas de la même manière qu’eux est aussi important pour toi.

Mon pays, demande aux démocrates… Demande-leur de rompre leur cercle autour de toi pour donner l’occasion aux autres de prendre part à la rupture des chaînes. Mais surtout, je t’en prie, impose-leur de ne pas refermer leurs cercles sur les mains qui se rejoindraient aux leurs et de ne pas exclure celles qui n’ont pas les mêmes caractéristiques que les leurs. Fais-leur comprendre aussi que plus le nombre de cercles autour de toi grandira et plus tes chaînes se briseront vite et qu’un seul cercle ou un nombre réduit n’arriveront pas à t’en sortir. Ils s’essouffleront bien avant.

Mes amis « démocrates » permettez-moi de vous dire mon désarroi et ma déception en votre contact. Bien sûr, après les discussions sur les tueries et les actes horribles, vous n’oubliez jamais de critiquer et de démolir les autres, ceux qui sont censé être du même bord que vous, ceux qui ont aussi peur que vous, ceux qui sont menacés comme vous, et tout cela par ce qu’ils ne sont pas du même parti ou de la même association que vous, je ne comprends vraiment pas, peut-être le pouvez vous ?
Salima D. Alger.

 

Démocrates, qu’attendez-vous pour vous unir?

Donner sa perception des élections présidentielles qui se sont déroulées en Algérie paraît facile, mais face au papier et au stylo, ce qui était assurance se transforme en questionnement.

Jamais la population n’a vu un tel déploiement des forces de sécurité que pendant la période de la campagne électorale et le jour des élections. Cela explique en partie le nombre des votants. L’autre explication est la transgression de la peur et le désir de voir changer la situation. 75% de votants est un chiffre énorme, qui n’est même plus atteint dans des pays où la paix règne. Si l’on écoutait certains spécialistes de la psychologie humaine, ces 75% auraient eu un comportement suicidaire, puisqu’ils ont choisi de ne pas suivre le mot d’ordre des intégristes terroristes et de leurs alliés tout en sachant de quoi ces derniers sont capables. Les spécialistes de la politique quant à eux soutiennent que cette sortie massive exprime le ras le bol de la population et la recherche d’une paix à n’importe quel prix.

Un non à l’intégrisme Nous disons que ce vote massif exprime surtout une abnégation de soi face au danger futur qui guette nos enfants et notre pays. Un boycott important, qui serait allé dans le sens des mots d’ordre lancés par les signataires de la plate-forme de Sant’ Egidio à Rome (F.I.S., F.L.N., F.F.S.***), aurait signifié la volonté de la recherche de la paix à tout prix. A l’inverse, cette sortie massive pour aller aux urnes est un cri du peuple disant non au terrorisme, à l’intégrisme et à leurs alliés. (Notons au passage que bon nombre de nos amis de la base du F.F.S. ont voté, contrairement à la position de leur propre parti). Que dire concrètement des résultats chiffrés ? Il est clair que les programmes des quatre candidats répondaient en fait à deux projets de société : l’un islamiste, avec deux tendances (celle « modérée » du Parti du Renouveau Algérien de Noureddine Boukrouh, et celle  » dure  » du Hamas dont le candidat était Mahfoud Nahnah), l’autre républicain avec deux tendances également (celle du démocrate Saïd Saadi du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, et celle du chef de l’état Liamine Zéroual). Le projet républicain s’en est sorti globalement avec 70% des suffrages et l’islamiste avec 30%.

En tant que républicaines, devons-nous être satisfaites ou non de ce résultat ? En temps normal probablement oui.

République et démocratie ne sont pas synonymes…  Mais dans la conjoncture actuelle en Algérie, nous avons beaucoup plus peur pour l’avenir. Dans notre pays les politiciens et ceux qui tiennent le pouvoir ont tellement vidé les termes les plus nobles de leur sens en les galvaudant en toutes circonstances qu’aujourd’hui on se demande quel sera le devenir du terme « République » (j’évite ici le mot « démocratie », par souci de le préserver, car pour nous ce terme est le résultat d’une démarche et d’une culture que nous n’avons pas encore acquises).

Deux étapes décisives nous indiqueront quel sera le chemin suivi :

– La réponse donnée à la population face à ses exigences de rupture, et la définition de cette rupture qu’en donneront le pouvoir et le président élu.
– Les résultats des futures législatives. Si, en effet, la population a voté aujourd’hui pour un programme dans sa globalité, il ne faut pas oublier qu’elle a aussi voté pour «l’homme ». Qu’en sera-t-il demain aux législatives ? Quels hommes vont incarner le projet du président élu, quand on sait que les opportunistes du F.L.N. ont soutenu ce parti jusqu’en 1988, puis sont passés au FIS jusqu’en 91-92, puis sont devenus Hamas jusqu’en 1995 et qu’aujourd’hui ils sont prêts à se transformer en parti de Zeroual ? Par ailleurs, les 30% qui ont voté pour les deux projets islamistes (celui du Hamas, dont le candidat était M. Nahnah, et celui du P.R.A., avec N. Boukrouh) demeurent un chiffre effrayant qui pourrait augmenter au moindre faux pas ou à la première erreur du président élu et des démocrates, ces démocrates dont on parle tant mais qui ignorent ou font semblant d’ignorer les aspirations de leur base à un pôle démocratique.

Marre de vos petites querelles  Mais qu’est-ce que vous attendez pour vous unir sur ce qui vous rassemble ? Ne croyez-vous pas que la base en a marre de vos mésententes, et de vos petites querelles partisanes ou individuelles ? Que faut-il faire aujourd’hui pour demain ? Telle est la seule question que l’on se pose. Le camp des démocrates étant divisé, l’utilitarisme prime sur d’autres considérations. D’où le vote utile pour Zéroual.

Mais jusqu’à quand ? Le pouvoir qui succède au pouvoir devient pour nous une phrase vide de sens face au spectre de l’islamisme.

Salima D.

Les choses sérieuses commencent

Nous publions ci-dessous des extraits d’un article du journaliste algérien Areski Metref, compagnon et co-fondateur avec Tahar Djaout de l’hebdomadaire Ruptures, paru dans Politis du 23 novembre 1995.

L’enjeu, les enjeux, de l’élection présidentielle, (…) résident , moins dans le nom du vainqueur, (…)que dans le taux de participation, en particulier celui des femmes qui, contrairement à 1991, ont voté pour elles-mêmes, effectuant leur propre choix, accompli d’autorité pour elles, lors des législatives, par leur époux, fils, frères ou pères. (…)Jamais, autant qu’aujourd’hui, l’acte de voter n’a été ressenti comme un devoir. (…)Ils ont désormais compris qu’aller à la pêche, c’est aussi, dans certaines conditions, aller au chaos. L’autre enjeu, indirect, c’est le Fis, sa place dans le jeu politique. Sa victoire aux législatives, puis l’interruption du processus électoral suivi de sa dissolution en a fait, pendant trois ans (avec l’aide ardente d’analystes prompts à transposer la réalité française – structurée – sur la complexe sociologie électorale algérienne – versatile et mouvante) une sorte de parti « sacré », dépositaire immanent de la volonté populaire, détenteur de clés (du paradis) de la démocratie.

(…)C’est autour de ce mythe coriace que s’est organisée « l’opposition représentative » qui a réuni, à Rome, autour du clou qu’est le FIS, des forces politiques qui croyaient s’attribuer une prime de popularité, de représentativité populaire, par une alliance avec « le parti de Dieu et du peuple ».

(…)L’échec de leur appel au boycott relativise, pour le moins, leur prégnance, surdimensionnée, sur la société algérienne. (…) Il ne fait néanmoins pas de doute que le taux impressionnant de participation des Algériens au scrutin s’explique davantage par le fait qu’ils ont été interpellés dans leur sentiment patriotique (sauver la patrie du chaos qui la guette) que dans leur sens de la citoyenneté (construire une démocratie.) Une démocratie ne se construit pas en un jour et pas en laissant sur le bas côté des forces politiques qui, sans avoir le poids qu’elles s’attribuent, pèsent tout de même dans une Algérie multiple et contradictoire. Si l’on veut enterrer cette haine qui est à l’origine de tant de malheurs, le succès de ce scrutin ne doit pas être le motif à exclure davantage les partis de la coalition romaine d’un jeu politique dans lequel personne ne peut leur contester leur place.

L’opposition, toute l’opposition, doit négocier avec le pouvoir la tenue d’élections législatives dans un délai raisonnable. Elle doit réintégrer la compétition politique seule à même de montrer jusqu’où le pouvoir de Zeroual est prêt à aller dans la mise des conditions d’un retour à la normale par l’isolement des groupes armés qui enlèvera sa raison d’être à la répression…

A.M.

DANS LA PRESSE ALGÉRIENNE
reprise de Alger International Info du 18-19/11/95)

« Rien ne sera comme avant »

Après l’élection de M. Liamine Zeroual à la présidence de la République, trois quotidiens algériens ont publié une édition spéciale le vendredi (lendemain du scrutin et jour férié en Algérie).
El Moujahid écrit : « Hier, les tenants de la violence, les magouilleurs, les assassins du GIA ont définitivement perdu. Les terroristes ne font plus peur. Le citoyen, où qu’il se trouve dans le pays (..) a montré par sa volonté farouche à travers la menace des groupes terroristes sanguinaires qu’ils disposent d’une arme plus forte que la «mahchoucha » (NDLR : fusil de chasse à canon scié) ou le « Klach ». Cette arme décisive s’appelle bulletin de vote. Cette arme sert la paix et la démocratie et participe au redressement du pays.

Liberté analyse : « Bien plus que cela, ce scrutin est à considérer comme un signe important, celui de l’éradication politique de l’intégrisme, mais aussi un désaveu cuisant des signataires du Contrat de Rome dont l’appel au boycott n’a pas été suivi. La forte participation a enlevé tout argument politique à l’opposition armée ainsi qu’aux principaux mouvements de l’opposition politique ligués sous la bannière de l’alliance forgée par la plate-forme de Rome de janvier dernier. En votant, l’Algérie a inévitablement la conviction que son geste est porteur de paix et de stabilité après quatre années de guerre injuste et atroce contre le citoyen. C’est peut-être le début d’une nouvelle ère. Un signe que rien ne sera comme avant. La couverture du terrorisme est désormais levée. Sous quelle bannière osera-t-on s’attaquer maintenant aux institutions de l’Etat, aux intellectuels, aux agents de l’ordre, bref aux simples citoyens. Les urnes ont tranché. Liamine Zeroual est président de la République après avoir lui-même dirigé deux années de transition.»
EL Chaab (quotidien arabophone) estime qu’à travers « la leçon, pleine de civisme, de démocratie et de nationalisme, administrée par le peuple aux observateurs de ces élections de par le monde, le peuple a donné une leçon à ces partis politiques qualifiés généralement de poids lourds et qui ont rejeté ces élections en appelant à leur boycottage. »

DANS LA PRESSE MAROCAINE

Voici le point de vue de trois journaux marocains d’opposition : Al Ittihad AL Ichtiraki (en arabe) et Libération (en français), tous deux quotidiens de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) et Anoual (en arabe), quotidien de l’Organisation de l’Action Démocratique et Populaire (OADP).

Le 17 novembre, le Maroc célèbre l’anniversaire du retour du roi Mohammed V de l’exil en 1955 et la proclamation de l’Indépendance. Malgré cette date, les journaux consacrent leur une à l’élection présidentielle en Algérie. Al Ittihadinsiste sur la « forte participation à l’occasion de l’élection présidentielle. » Le quotidien, tout en analysant les positions des différents partis et en rappelant « les quatre années de violence politique et les milliers de victimes », termine son article en disant que « le soleil de ce vendredi brillera sur une saison nouvelle du processus politique algérien. »

Libérationest plus volontaire. En première page : « Massivement et du fond du gouffre de la violence, les Algériens se sont accrochés aux urnes. » Et, à côté d’une photo montrant un électeur s’acquittant de son devoir de citoyen, commente: « Ils ont gagné…» Le quotidien insiste sur le fait que les Algériens « étaient appelés à choisir leur président, parmi quatre candidats, pour la première fois depuis l’indépendance en 1962 » ».

Pourquoi cette élection ? « C’est pour l’Algérie et pour tenter de fermer la trop longue parenthèse de violence que les Algériens se dirigent vers les urnes. »

Les numéros du 18 et 19 novembre 1995 d’Al Ittihad reprennent les déclarations des différents candidats ainsi que celles de leaders comme Hocine Ait Ahmed pour qui «l’élection s’est déroulée pendant un état de siège». Le journal reprend également l’inquiétude de « certains commentateurs [qui] craignent qu’il n’y ait pas de fin rapide à la crise politique et économique du pays. »

Al Ittihad, du 21 novembre 1995, à la une, rapporte les points de vue des trois fronts, FFS, FIS et FLN, qui avaient appelé à boycotter l’élection : « Le dialogue véritable est la revendication des forces de l’opposition pour sortir le pays du cycle de la violence. » Mais, dans un billet signé Abou Faris, l’accent est mis sur « le nouveau visage de l’Algérie qui contraste avec celui, triste, des nouvelles années de braise qui ont provoqué la mort de plus de quarante cinq mille Algériens. Il s’agit du visage de l’Algérie mûre, forte de ses espoirs, de ses rêves et de son peuple, qui garde encore profonde la capacité de résister et de réaliser les choix difficiles, même dans les moments les plus durs. » L’expérience algérienne est ensuite replacée dans le contexte arabe et par rapport au problème de la démocratie. « Les résultats de l’élection, écrit l’éditorialiste marocain, sont une bonne surprise pour le Monde arabe actuel, où les Arabes n’ont goûté qu’un seul plat électoral, celui des quatre vingt dix neuf pour cent »

 

 

Lettre algérienne N°2 et manifeste « POUR UNE SORTIE DE CRISE PACIFIQUE « 

En attendant de réunir des matériaux plus à jour, en aout 2019, sur le mouvement algérien, renvoyons à un article récent de la revue Orient XXI, sur les manifestations à Jijel: une ville « moyenne » (200 000 habitants ») de la côte de Kabylie, où le journaliste nous dit ce qu’est la cohabitation entre « islamistes » et « modernistes », tous attentifs à refuser tout ce qui conduit à la violence, tout ce qui divise un mouvement, qui est unifié par la circulation immédiate de l’information sur les réseaux sociaux, en l’absence de radios ou de télévisions fiables. On y palpe aussi à quel point l’Algérie est un pays centralisé qui regarde sa capitale… https://orientxxi.info/magazine/jijel-loin-d-alger-aussi-le-reve-d-un-changement-pacifique,3208  

Et voir aussi chaque semaine (27 juillet, 3 aout, bientôt la suite, dans cet hebdomadaire « glacé » et généralement futile du Monde , le « M », la chronique algérienne commencée par le foot, puis les intellectuels… suivi par Djamila Bouhired…

 

Cette chronique de Mars 2019 est toujours d’actualité deux mois plus tard, alors nous lui donnons un complément communiqué par nos amis du Gers: mise au point modérée… et comme toujours des slogans qui pèsent par leur humour comme par leur précision! https://theconversation.com/operation-mains-propres-en-algerie-la-societe-civile-mobilisee-pour-une-revolution-durable-116875?utm_medium=ampemail&utm_source=email

Jour après jour, vendredi après vendredi, les nouvelles d’Algérie nous parviennent, les médias français multiplient tables rondes et reportages. Encore un témoignage sur l’importance des femmes,  de leur statut et de leur rôle dans la société:  https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/03/26/femmes-algeriennes-nous-reaffirmons-notre-determination-a-changer-le-systeme-en-place/

Nous diffusons à nouveau un texte envoyé par Georges Rivière, suivi cette fois-ci d’un manifeste collectif qui nous éclaire sur les événements algériens au jour le jour. Ce texte est accompagné d’une vue de « manif » récente de médecins à Tizi Ouzou, Kabylie.

« manif » de médecins à Tizi Ouzou, mars 2019

L’Algérie au milieu du gué : et maintenant ?

Derrière la façade d’une cité redevenue étonnamment calme, l’Algérie est en pleine effervescence. La question qui est sur toutes les lèvres, sans doute à la veille de nouvelles grandes mobilisations populaires, « et maintenant ? ».

Le pouvoir est silencieux et immobile, n’ayant pour l’instant que changé de premier ministre, et se montrant prêt à toutes les tergiversations pour se maintenir en donnant l’illusion de l’ouverture. Il gagne du temps, faisant monter la pression et laissant libre court à toutes les supputations : Bouteflika serait mort depuis longtemps, son clan achèverait de vider les caisses et de faire disparaître les preuves avant de partir (ce que dit aussi Mustapha Bouchachi, un avocat réputé, ancien de la Ligue des droits de l’homme). Les ministres sont toujours en place. L’anti-constitutionalité de « l’étirement ubuesque » d’un mandat 4+ n’a pas reçu de réponse. Le vice-premier ministre va à l’étranger (en Russie) chercher les soutiens qu’il a, semble-t-il, déjà obtenu du gouvernement français. Le premier ministre et ancien ministre de l’intérieur (sic) essaie en vain d’impliquer – et de compromettre – des acteurs du mouvement dans une « grande concertation » attrape gogo (cela ne vous rappelle-t-il rien ?). Le « président » ne parle pas mais fait des lettres. Bref, c’est une guerre des tranchées qui ne peut durer qu’un court moment.

Les partis d’opposition (sociaux-démocrates du FFS, libéraux du RCD, trotskystes du PT ou du PST, fractions ex-communistes MDS, PLD), les syndicats autonomes, après avoir manifesté leur extrême réserve vis-à-vis du mouvement à sa naissance lui ont emboité le pas. Leur rejet par la jeunesse leur fait adopter profil bas par crainte d’être accusés de récupération. Il faut reconnaître que leur incapacité structurelle de s’entendre sur un « smig démocratique », y compris pendant la sinistre période de la « décennie noire », tout autant que leurs postures idéologiques et langagières très vieillissantes, ne leur donne pas beaucoup de crédibilité. Des dirigeant.e.s critiques comme Louisa Hanoune ou Saïd Saadi  n’ont pas été bienvenu.e.s dans les manifestations.

Du coté « politique informelle » les réunions pullulent, des plateformes émergent çà et là venant d’on ne sait vraiment qui, des coordinations, des regroupements auto-décrétés de salut national surgissent – sans que l’on puisse vraiment démêler la part du recyclage, de la diversion ou de la véritable réflexion – expriment sur internet ou dans la presse la volonté de créer une transition (y compris pour certains avec les islamistes). Le gouvernement a même recruté des informaticiens pour intoxiquer les réseaux sociaux avec des rumeurs qui décrédibilisent les personnes susceptibles d’émerger, en créant des pages de faux opposants. Sur internet ce qui va dans un sens peut immédiatement se tourner en son contraire. Il y a beaucoup de suspicion héritée de l’expérience historique et le temps qui passe, en créant une ambiance délétère, n’est pas forcement en faveur du mouvement social.

Mais, réèllement, du coté social les groupes sociaux, syndicats, médecins, juges, journalistes, universitaires, étudiants et lycéens – qui ont refusé « la main tendue » du pouvoir – manifestent et se coordonnent.

Car chacun ressent que l’Algérie doit sortir de l’impasse. Le tout est de savoir comment et par qui. En tout cas pas par le pouvoir. « C’est pourquoi la classe politique actuelle doit être dissoute (…) C’est au peuple en marche et à lui seul que revient de définir les modalités de représentation de ses délégués et de choisir ses représentants, en dehors de toute pression » (Mustapha Hadni dans le quotidien El Watan)

Un consensus se dessine, de façon encore désordonnée : il n’y aura pas de mandat 4+ ni d’élection présidentielle avant qu’il n’y ait une désignation consensuelle de personnes incontestées, une sorte de Comité des Sages(des noms circulent). Celui-ci devra choisir des experts « qui questionnent plus qu’ils ne guident, qui analysent plus qu’ils n’encadrent » (idem) et qui feront des propositions en vue d’une Constituante.

Je joins ici l’appel important d’un collectif d’associations et de syndicats engagé.e.s depuis des décennies dans le combat démocratique. Il éclaire le débat en cours. La question aujourd’hui est : comment y arrivera-t-on ? Avec qui ? Et y arrivera t-on ?

D’aucuns, en sourdine, expriment la tentation, par désespoir, de faire appel à la seule force organisée : l’armée. Dans l’espoir d’une révolution à la Portugaise ?

Georges Riviere, Alger, le 18 mars 2019

(voir la première lettre envoyée par G Rivière: http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/lettre-dalgerie-mars-2019/

 

COLLECTIF DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ALGÉRIENNE POUR UNE SORTIE DE CRISE PACIFIQUE (Feuille de route pour l’instauration de la nouvelle République)

Par leurs manifestations massives, pacifiques, solidaires et apaisées, les algériennes et algériens montrent depuis le 22 février 2019 leur haut degré de maturité politique, crient haut et fort leur refus d’un cinquième mandat, tout prolongement du quatrième et des élections présidentielles du 18 avril 2019 et rejettent le système corrompu et autoritaire.

Cette contestation nationale, est considérée comme une occasion historique pour en finir d’une manière irréversible avec « Le système ».

Nous, dynamique de la société civile, au terme de plusieurs concertations, discussions et échanges, conscients de notre rôle de médiateur et de force de proposition, nous contribuons par cette proposition que nous partageons avec la société, la classe politique dans le but de dégager un large consensus qui organisera le départ du système d’une manière pacifique.

Les étapes de la transition démocratique:

Pour aboutir à cette transition, le collectif considère que des mesures d’apaisement préalables sont nécessaires en réponse aux revendications populaires.

Premièrement: afin d’éviter au pays d’entrer dans une période de non droit, le Président de la République sortant doit se remettre à la volonté du peuple et se retirer au plus tard le 27 avril. Aucune prolongation du mandat n’est possible et les institutions existantes doivent laisser place aux institutions de la transition.

Deuxièmement: La mise en place d’un Haut Comité de Transition(HCT), une instance collégiale composée de personnalités jouissant d’une autorité morale et bénéficiant d’une large acceptation populaire. Cette instance aura à incarner l’État.

Troisièmement: installation par le Haut Comité d’un Gouvernement National de Transition (GNT) composé de personnalités consensuelles et crédibles pour gérer la période de transition dans des délais raisonnables à définir.  Ce gouvernement consensuel a pour seules missions:

  • La gestion des affaires courantes en assurant la continuité de l’Etat et la levée immédiate de toutes les entraves liées à l’exercice des libertés civiles, politiques et démocratiques dont la liberté d’association, et de manifestation, d’expression, et de la presse, syndicales, et de création des partis politiques…
  • Préparation et organisation des Assises du Consensus National.

Quatrièmement: Les Assises du consensus national regroupent toutes les sensibilités de la société et des représentant-e-s du mouvement, auront à dégager un consensus national sur les modalités pratiques de mise en place de la Constituante, et réaliser un compromis historique autour des principes fondamentaux inaliénables, au respect de toutes libertés, des droits humains et de l’égalité. Elle aura à proclamer la naissance de la nouvelle république par un texte fondateur.

Cinquièmement : Élection d’une Assemblée Constituante chargée d’élaborer la nouvelle Constitution. Cette élection sera précédée par la mise en place d’une commission indépendante d’organisation des élections. La nouvelle Constitution sera élaborée sur la base du texte fondateur de la nouvelle République démocratique et sociale.

Sixièmement : Retour à la légalité constitutionnelle, ouverture du champ politique et organisation des élections générales.

(Alger le 18 mars 2019)

  • LADDH ( Benissad/Zahouane) (Ligue Algérienne de la Défense des Droits de l’Homme)
  • LADH (Ligue Algérienne des Droits de l’Homme)
  • RAJ (Rassemblement – Actions – Jeunesse)
  • DJAZAIROUNA
  • SOS DISPARUS
  • RESEAU WASSILA
  • THARWA FADHMA N’SOUMER
  • Association TIMLILIT
  • CSVM-22 FEV (Comité Soutien Vigilance du Mouvement 22 Février)
  • SATEF (Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation)
  • SNAPEST (Le syndicat national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique )
  • SNAP (Syndicat National Autonome des postiers)
  • CNES (Conseil National des Enseignants du Supérieur)
  • SNAPAP (Ssyndicat National Autonome des Personnels de l’Administration Publique)
  • CGATA (Confédération générale autonome des travailleurs en Algérie)
  • SOS CULTURE BAB ELOUED
  • ACDA (Association pour le Changement Démocratique en Algérie)
  • CNDDC (Comité National pour la Défense des Droits des Chômeurs)
  • Le collectif des Haragas disparus en mer.
  • IRD (Initiative de Refondation Démocratique)
  • Collectif des Jeunes engagés

Asma N°1 : mémoire toulousaine de l’Algérie

Asma, journal toulousain franco-algérien ? Premier numéro, novembre 1995

Coup de soleil est né à Toulouse en 2005, vingt ans après Paris.

Celles et ceux qui sont à l’origine de notre association toulousaine avaient participé avant cela  à bien des actions politiques liées au Maghreb. En particulier à des groupes à la fois féministes et démocratiques, dont l’association AYDA : déformation du mot arabe « Al Aouda », « Le Retour » car les Algérien.ne.s participant au journal ne s’inscrivaient pas dans l’émigration mais dans la lutte politique pour leur retour en Algérie. Ayda a porté la création du journal Asma. Celui-ci a publié sans doute au moins huit numéros, dont seulement cinq peuvent être consultés au dépôt légal de la Bibliothèque nationale : le numéro 1 est de novembre 1995 et le numéro 5 septembre 1996.

L’originalité au groupe Ayda était aussi d’être très majoritairement composé d’Algérien.n.es. La composante féministe était forte, ce qui explique pourquoi le journal Asma relie aussi étroitement le combat démocratique avec la défense de l’égalité femmes/ hommes. C’est ce qui donne une forte actualité en 2019 à beaucoup de textes que nous avons retrouvés.  C’est grâce à la table ronde organisée automne 2018 par les Amis d’Avérroes que nous avons recherché les textes de Asma (voir : http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2018/10/17/decennie-noire-quelle-memoire-quel-journalisme/.)

Aider nos ami(e)s d’Algérie, contraints de se replier en France pendant cette décennie 1990, face à la menace des groupes islamistes radicaux, montrer le visage d’une Algérie plurielle et démocratique contre l’image déformée qu’en donnaient les groupes terroristes était une priorité. Parfois le pouvoir militaire algérien en place s’en prenait aussi à ces mêmes amis au lieu de les protéger. Quant au gouvernement français de l’époque il était dans le déni du terrorisme islamiste, n’accordant jamais le statut de réfugiés politiques aux démocrates (« menacés par l’opposition » sic).

Faire connaître le quotidien de la vie en Tunisie ou au Maroc comme en Algérie permettait de sensibiliser tout un public en France, mais aussi de favoriser les échanges entre démocrates des trois pays du Maghreb.

indépendance

Avant Internet, quand l’édition informatisée balbutiait à peine, faire un journal était tout autant qu’un travail intellectuel un ouvrage d’atelier (ici Nuance du Sud) ou photo, ciseaux et colle avaient leur part. Georges Rivière a créé la maquette et fait le suivi rédactionnel et les copains de l’imprimerie libertaire toulousaine Sacco offraient leur prestation. (Claude Bataillon)

Notre travail sur la revue ASMA a permis de récupérer cinq numéros, qui forment un ensemble :

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/21/asma-n-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-3-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-4/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/?s=asma

 Un flash retrouvé sur AYDA et sur Asma:

La naissance de Asma a été étudiée par Marion Camarasa dans sa thèse de maîtrise consacrée en 2000 à l’association toulousaine Ayda, sous la direction de Djamila Amrane, à l’Université Toulouse le Mirail (plus tard Jean Jaurès), sous la direction de Djamila Amrane:

http://marionca.chez-alice.fr/asma.htm

NOVEMBRE 1995 N°1
 LEZZAYER ALGÉRIE
 TUGDUT DÉMOCRATIE                 
 TAMSETLA SOLIDARITÉ

ASMA POUR LA DEMOCRATIE EN ALGÉRIE

Directrice de publication : Liliane Bourgeois
Comité de rédaction : Miloud, Abdelmadjid, « Charlie », Anne, Geneviève, Julien et Georges avec la participation de Aida, Mustapha, André, Annie, Saïd, A. Ghouirgate, Momo … et Gyps.

Maquette et réalisation : Georges Rivière
Flashage Nuances du Sud.
Impression: Sacco

Ces travailleurs des arts graphiques offrent une prestation à prix coûtant, en forme de solidarité avec le combat des démocrates algériens.
La revue, bimestrielle, est éditée par Ayda Toulouse. Sa rédaction est toutefois indépendante de l’association. Les articles, sauf indication, sont sous la responsabilité de leurs auteurs et ne sauraient engager politiquement l’association. La collaboration à la rédaction est ouverte à toutes celles et tous ceux qui ont fait leur le combat pour une Algérie démocratique, sans exclusive.
La revue est vendue 15 F.
Les commandes et abonnements sont à envoyer, en précisant «journal », accompagnés du chèque de règlement à : AYDA TOULOUSE 111P 363.31006 TOULOUSE cedex

C’est encore avec du retard qu’Asma paraît. Mais nous avons voulu l’améliorer. Avoir plus de textes d’Algérie. Plus d’informations. Les analyser plus « froidement »… Alors que rien ne s’y prête. Ni la facilité des contacts. Ni la presse algérienne qui, tout simplement, n’arrive plus. Ni le moral, parfois. « Stress multiforme » comme le dit, ci-contre, Serhane, à propos— il est vrai —d’une vie quotidienne tellement plus dure que celle de l’exil. Et puis tout un débat a été mené sur les élections. Piège pour certains, manipulation ou ouverture pour d’autres. Autour des candidats que nous présentons (pp. 1, 7 et 8) les interrogations vont bon train !

Lettre d’Algérie, mars 2019

Cette rue est à nous. Cette rue est nous.

 Au lendemain du gigantesque raz-de-marée humain qui a envahi Alger, nous nous laissons toutes et tous aller à un sentiment d’allégresse et de légèreté, teinté d’une certaine inquiétude quant à la suite. L’immense qualité de ces mobilisations qui nettoient le pays de la honte du troisième et du quatrième mandat n’est pas tant que ce séisme populaire a son épicentre et sa zone de fracture au cœur même du système, mais surtout peut-être ce que dit le mouvement par son existence même, sa manière d’être, la mutation des comportements ; pas seulement ce qu’il formule mais la façon dont il le formule.

C’est d’abordsa spontanéité et son autonomie. Il a surgi de toute part, comme d’une terre fissurée, embrasant toutes les willayas, du nord au sud, d’est en ouest, sans préparation occulte ni mot d’ordre concocté, à l’insu de toutes les organisations politiques et des collectifs de la société civile, qui avaient cependant diagnostiqué le mal-être du pays. Le couvercle qui étouffait tant de désirs de justice et de liberté, de frustrations, qui masquait tant d’humiliations, de mensonges historiques, de batailles réprimées, de victimes, et de pillage du patrimoine national, sautait avec toute la marmite. Le mépris, la hogra, était devenu insupportable et les jeunes étaient prêts à mourir en mer, sur des embarcations de fortune. Un slogan disait : « A force de nous mépriser, vous nous avez sous-estimé ». Il disait tout.

La « vieille taupe » avait creusé ses galeries sous le pied des dirigeants.

C’est aussison auto-organisation, son ordre de marche, tous les rouages se mettant spontanément en marche par une forme d’intelligence collective sous-jacente. La foule, massive, compacte, où il est difficile de se frayer un chemin, où tout peut arriver, fait preuve d’un calme stupéfiant, d’une sorte de douceur, d’une vigilance de tout moment, d’un souci particulier de son image. Elle en sait, cette génération facebook, l’importance. L’Algérien dément ici sa réputation de nervosité et d’impatience, il casse cette représentation : « silmiya, silmiya » devient un leitmotiv « pacifique, pacifique » (racine « slm », la paix comme dans salam ou islam). Même les jeunes qui grimpent sur les arbres ou les pylônes électriques sont sommés de descendre. Des comités de vigilance se constituent. Et lorsqu’un homme, adossé à un mur, dit doucement « Tous à El Mouradia » (le quartier où il y a le palais présidentiel) chacun sait qu’il s’agit d’un provocateur. Tout le monde a en tête la tentative d’incendie du Musée du Bardo, du Musée des Antiquités où l’attaque l’école des Beaux-Arts (la plaque commémorant l’assassinat du directeur des Beaux-Arts Ahmed Asselah et de son fils Rabah en 1994 a même été arrachée), en marge de la manifestation du 8 mars. Les chiens, lachés, y avaient tendu un piège aux policiers, poignardant plusieurs d’entr’eux. Il ne s’agissait pas, bien sur, des manifestants. De même des sacs remplis de pierres avaient été pré-disposés le long de la marche par des mains « mystérieuses », et ont été heureusement découverts. Vigilance. On connait, ici, les armes du pouvoir.

La marche devient un lieu de rendez-vous vigilant mais festif : les groupes d’ami.e.s se sont souvent regroupés par quartiers (des pancartes portent des noms de quartier, Birkhadem, Bouzareah, Draria), bricolant les panneaux improvisés sur des morceaux de carton, de contreplaqué, ou alors au contraire les ayant imprimé sur des supports sophistiqués, contrecollés. Ils ont concocté des déguisements aux couleurs nationales, crètes, casques, se sont habillés de drapeaux. Ils convergent, en ordre, vers le centre-ville. Tout est décentralisé et part des tréfonds de la ville : c’est la créativité joyeuse des quartiers populaires…

C’est encore la stupéfiante mue des comportements quotidiens qui en découle, le revirement à 180° des attitudes courantes. A une rue difficile, souvent morose, où domine le machisme et où les femmes sont trop souvent harcelées (il y a eu un long et pénible affrontement autour de la loi criminalisant la violence faite aux femmes et de l’introduction de la notion de harcèlement dans les lieux publics, jugées contraires « au loi de l’islam » par les islamistes : « on ne peut pas criminaliser un homme qui a été excité par une femme » a même dit un député de l’Alliance Algérie Verte ») répond une rue où femmes voilées ou pas, en abaya ou en jeans, ensemble, se réapproprient la rue sans crainte. L’abrogation du code de la famille, qui fait des femmes des mineures à vie, a été amendé, mais nullement abrogé. La lutte continue. Mais à cette situation inédite les « jeunes » répondent avec déférence, courtoisie, à tel point qu’une jeune femme se demande : « est-ce que ce sont les mêmes ? ». Pas de remarques déplacées ou de drague intrusive, mais une attention respectueuse de rigueur. Il y a une grande colère. Une détestation viscérale portée par l’immense énergie de la foule très jeune. Et il y a en même temps une grande douceur, une extrême gentillesse des gens. Etrange et émouvante coexistence.

C’est le rapport à l’espace public qui est transfiguré : qui vit en Algérie sait à quel point la déficience du service public affecte la propreté des villes, crée un environnement délaissé où les ordures s’accumulent et que chacun entretient à sa façon peu ou prou : comme si à la dépossession de l’espace politique devait répondre un désintérêt pour l‘état de la ville, territoire étranger et potentiellement hostile, séparé de l’intime, a contrario parfaitement entretenu. Soudain, alors que plus d’un million de personnes se trouve entassé dans les avenues, plus rien ne traine : les jeunes sont avec de grands sacs à ramasser méticuleusement papiers, canettes, emballages divers qui jonchent les caniveaux. Une manière de dire : « cette rue est à nous, cette rue est nous ».

C’est enfin l’humour, la dérision, l’ironie mordante des pancartes et banderoles qui n’est plus cette « politesse du désespoir » de la décennie noire, mais l’esprit de la reconquête. Chacun.e est sorti de son repli, s’est extrait de son facebook obsédant, des affrontements de la toile où beaucoup est amitié factice et facile ou bien détestation et haine instrumentalisées. Ici drapeaux national et berbère sont côte à côte, couleurs multiples d’un même pays qui prouve que diversité et unité sont complémentaires. « Tahia Djazaïr » (Vive l’Algérie) et « Enoua weguy th’Imazhighen » (Nous sommes des berbères) sont scandés simultanément,  sans doute au grand dam des incendiaires de tout poil. Les slogans fusent, les langages se mélangent avec un total respect ; les invectives de « séparatisme » ou d’ « islamo-baâthisme » sont exclues. Tout autant l’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiques, tant redouté, est totalement exclu des marches.

Tout fait preuve d’une intelligence politique, d’une capacité à subvertir les comportements et les mentalités à ce point massive et partagée qu’il semble impossible de revenir en arrière. Les chants de stade des supporters de l’équipe algéroise de foot-ball, le Mouloudia, illustrent clairement la contestation sociale du peuple. Le pouvoir s’y fait insulter.

Le peuple est dans la rue. Le pouvoir vascille… Tous les scénarios sont posés sur la table. Les pires et les meilleurs.

Bien fort est celui ou celle qui peut prédire ce que sera demain.

Georges Riviere (Alger, 16 mars 2019)

Rappelons que, à propos des événements du Mzab, voici quatre ans, nous avions eu droit à une plongée dans la vie politique algérienne dont il faut se souvenir… http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/10/13/3e-journees-franco-algeriennes-de-toulouse/

 

 

 

 

 

Model 2019: ça nous intéresse aussi

le danseur en voltige

Nous serons nombreux au MODEL 2019: pour nos amis lyonnais comme pour nous, c’est une descente, pas une montée (nous sommes au dessus de 100 mètres, les parisiens à 44 mètres…). De Haute Garonne viendront entre autre la revue Horizons maghrébins et l’historienne Abla  Gheziel! http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2018/12/30/1768/

Voici le programme détaillé (version du 7 février)

http://coupdesoleil.net/wp-content/uploads/2019/02/Programme_MODEL19_06-02-2019-1.pdf

 

Abla Gheziel, société politique algérienne et histoire

Abla Gheziel, L’éveil politique de la société algérienne, révoltes, soumission, assimilation et nationalisme, 1830 1936, préface de Guy Pervillé, l’Harmattan, Histoire et perspectives méditerranéennes, 336 page, index des noms propres et des tribus, 2018.

Abla Gheziel est bilingue arabe-français, elle a fait ses études en Algérie comme élève et étudiante, puis y a été professeure. Elle a donc connu l’histoire telle qu’elle est enseignée en Algérie. Puis  l’histoire à la française lors de ses recherche, d’abord sur l’Algérie orientale avant la conquête, puis sur l’éveil politique algérien entre 1830 et 1936. Un vaste panorama où elle prend le risque d’embrasser un sujet immense. Aujourd’hui elle étudie « la laïcité et la langue arabe dans le système éducatif français ».

Eveil populaire des masses ? Il s’agissait pour de « futurs Algériens » qui étaient un peu sujets de ceux qui gouvernaient de façon autoritaire, mais surtout participants d’une religion universelle, et plus encore membres d’une communauté traditionnelle, de devenir des citoyens d’une nation sans souverain. Les Algériens, beaucoup plus que les autres « nations » du monde arabe ont connu la longue pénétration d’une pensée démocratique, mais frustrée, empêchée en permanence et ceci de façon particulièrement durable : cela dure cent trente ans en Algérie, contre 70 ans en Tunisie et 40 au Maroc. Par ailleurs, plus qu’ailleurs, il est difficile en Algérie de savoir à quelle légitimité attacher une nation. Les multiples discours républicains français concernaient l’assimilation à la nation française, en particulier depuis 1848. Mais parallèlement des légitimités dynastiques essaient de s’imposer : beaucoup plus que la « république » des corsaires d’Alger, le rattachement aux dynasties de la Turquie, ottomans, puis jeunes Turcs. Mais aussi les dynasties de la Tunisie, ou du Maroc.

L’auteur pour connaître les masses populaires et leur éveil politique doit chercher quelles élites parlent en leur nom : les leaders sont multiformes, élites francisées, mais aussi héritiers des grandes familles politiques, maraboutiques, confrériques. Le nationalisme se cherche parfois au nom d’une nation française idéalisée et accueillante, parfois dans une Umma (communauté des croyants) identifiée à la Turquie modernisée, parfois dans un Maghreb qui aurait ses spécificités au sein de l’Umma. Les moments clés de cette recherche d’identité nationale se trouvent autour de 1907 quand le système colonial veut imposer à la fois le recensement des populations et le service militaire, en 1919 quand reviennent d’Europe les travailleurs recrutés pour l’effort de guerre et les soldats démobilisés. Mais le moment le plus intense est vers 1926-1936 au moment où s’entre croisent les tentatives de plusieurs leaders : Ben Badis, Messali Hadj, Ferhat Abbas.

Les sources utilisées par l’auteure sont sans doute pour plus des 2/3 en français, le reste en arabe. Certes une masse de livres édités, mais plus encore l’immense archive du Gouvernement Général de l’Algérie et sa section d’affaires indigènes : on y trouve relatées les moindres réunions de toutes personnalités politiques, aussi bien en France que dans les moindres recoins de l’Algérie.

Un livre certes « brut de décoffrage » : l’éditeur a pris le texte de l’auteure tel quel et celle-ci est trop prise par son récit pour se soucier de détails d’écriture. Le lecteur, s’il est pris par sa lecture, a trop de choses à apprendre pour s’en soucier lui aussi. La recherche toulousaine sur l’histoire maghrébine s’enrichit et ça nous intéresse, à Coup de soleil!

Claude Bataillon

 

Autogestion en Algérie? Marième Hélie Lucas publie…

Trois séances de présentation de ce livre à Toulouse en mai 2019:
17 mai 18h , L’atelier, 3 rue des cheminots
18 mai, 10h30, Librairie Elypse, 251 Route de Narbonne
18 mai, 14h, La chapelle, 36 Rue Danielle Casanova
Marieme, une amie algérienne libertaire, laïque et féministe, proche des idées d’Albert Camus et Daniel Guerin, ayant vécu de très près la période de l’autogestion algérienne vient d’autoproduire (petite maison d’édition) un livre qui vient de paraitre « Les débuts de l’autogestion industrielle en Algérie ». Ce livre posthume reprend une compilation des nombreuses notes de son mari Damien Hélie, décédé lors d’un accident tragique en Algérie.
A 80 ans, elle fait un travail remarquable pour faire connaitre les oppositions « sur le terrain » au fondamentalisme religieux dans différents pays (elle est très fortement impliquée dans la constitution et l’appui à des réseaux défendant la laïcité, notamment dans les pays marqués par la domination de l’intégrisme religieux, et en particulier SIAWA (Secularism Is A Women’s Issue). Voir le texte d’introduction du livre: http://www.mille-et-une-vagues.org/ocr/?DANS-L-IMMEDIATE-POST-INDEPENDANCE

à l’Atelier mai 2019, pour parler de l’autogestion en Algérie…

à l’Atelier, pour parler de l’autogestion en Algérie

En ce 17 mai 2019 nous sommes plus d’une quinzaine à L’Atelier, Rue des cheminots à dialoguer avec Marième Hélie Lucas. Elle nous montre en particulier comment le départ en quelques mois de l’immense majorité des cadres qualifiés de l’Algérie devenue indépendante a obligé « sur le tas » à faire fonctionner des entreprises, le nouvel Etat algérien ne donnant que plusieurs trimestres plus tard un cadre légal aux multiples autogestions de fait. Celles-ci se heurtent très vite à la prise en main des entreprises par des chefs locaux ou par des fonctionnaires représentant l’Etat, qui sont l’embryon des couches sociales qui progressivement constituent « le pouvoir », selon ce qui est décrit comme la « nouvelle classe » (Djilas) pour la Yougoslavie des années 1960.

Bien normalement, le dialogue s’oriente vite vers le mouvement algérien actuel… avec un groupe assez radical qui donne au potentiel démocratique algérien des racines essentiellement kabyles, ce qui est évidemment réducteur par rapport à la multiplicité des formes associatives traditionnelles, jemaa des campagnes comme des quartiers urbains…
Rappelons que les tentatives d’autogestion aux débuts de l’Algérie indépendante nous ont été contés par le film de Viviane Candas, commenté en salle entre autre par l’historien Mohamed Harbi, qui fut lui aussi un acteur de ces tentatives.  (http://coupdesoleil.net/blog/algerie-du-possible-film-de-viviane-candas/ )

Au delà de la  préface de Marieme Hélie Lucas, qui présente le livre pour le lecteur d’aujourd’hui, il faut lire directement les réflexions et témoignages de Hélie Damien, sociologue qui rattache son étude aux « maîtres » de l’époque: Bourdieu, Meister, Samir Amin et même Raymond Aron. Nous tirons de notre lecture quelques extraits significatifs…

[Cadre général]  « Les entreprises autogérées ne sont pas à la hauteur des discours politiques qui les célèbrent, et les espoirs placés en elles risquent d’être déçus. Ce sont, en général, des entreprises marginales qui ont le plus grand mal à se maintenir en activité. Tous les problèmes posés par l’indépendance pèse plus lourd sur elles que sur le secteur privé, qui dispose de cadres et de moyens financiers et qui domine l’industrie algérienne. Dans les entreprises autogérées, il ne reste le plus souvent que des manœuvres et quelques ouvriers qualifiés qui se débatte au milieu de problèmes qu’ils ne sont pas en mesure de résoudre.

Économiquement, il est douteux que l’ensemble du secteur autogéré soit rentable en l’état actuel les choses […] Les usines continuent de fonctionner parce que l’État n’exige pas d’elles le règlement de toutes leurs obligations. Il n’existe pas de sanctions économiques équivalentes à la faillite du système capitaliste.

Le gouvernement qui a pris la responsabilité d’installer un tel système de gestion, a mis très longtemps à établir une organisation encadrant le secteur autogéré et à promulguer les textes juridiques indispensables à son fonctionnement […]

D’un côté nous avons les déclarations triomphantes de l’idéologie officielle sur la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme et les succès remportés par les travailleurs ; de l’autre, nous avons les entreprises qui survivent tant bien que mal et sans que personne n’y prête attention. Le contraste est frappant entre le monde des hommes politiques, qui parle de politique et idéologie, et celui des travailleurs des usines, qui parle salaires et difficultés économiques quotidiennes. »

Le modèle yougoslave. « Le système d’autogestion tel qu’il est appliqué en Algérie fait immédiatement pensé à l’organisation des entreprises en Yougoslavie, et il ne fait pas de doute que le modèle yougoslave à inspiré le législateur algérien, qui était à la recherche d’une forme de socialisme démocratique.

Néanmoins l’autogestion de Yougoslavie est très différente de ce qu’elle en Algérie. Tout d’abord, en Yougoslavie, l’autogestion intéresse surtout l’industrie, qui est toute entière intégrée dans ce système, et beaucoup moins l’agriculture, qui reste à 90 % entre les mains des paysans privés. En Algérie la situation est inverse, puisque l’autogestion est surtout rurale et non industrielle. En effet dans l’agriculture elle occupe toutes les anciennes terres de colonisation, et dans l’industrie, elle est encore dominée par un secteur privé resté puissant […]

Deuxièmement, en Yougoslavie, l’autogestion a été installée en 1953, après une période assez longue, huit ans, de gestion administrative, qui malgré tous ses défauts, a néanmoins permis l’organisation de la production sur des bases rationnelles. En Algérie, l’autogestion a été installée brusquement dès le départ des Européens, sans que l’on dispose des cadres nécessaires que la période administrative avait permis de former en Yougoslavie. Sa mise en place relève de l’improvisation hâtive, et le délai, assez court, pendant lequel elle a fonctionné ne permet pas de juger de tous ses aspects […]

Fonctionnement des organes d’autogestion. […]  La direction des entreprises est assurée par des organismes élus par l’ensemble des ouvriers de l’entreprise. […] Le nombre de candidats, présentés sur une seule liste, excède de 50 % a 100% le nombre de postes. Les travailleurs ont donc une marge de choix non négligeable. Les candidats ne sont pas présentés par un organisme officiel, Parti ou syndicats. Ils se présentent d’eux-mêmes, ou y sont incités par leurs camarades de travail, et la liste des candidats est donc formée de l’ensemble de ceux qui acceptent de se présenter et qui sont prêts à endosser des responsabilités. Cette absence d’intervention officielle, au niveau des candidatures, est très remarquable dans un pays où le parti unique a l’ambition d’encadrer la population et d’orienter l’ensemble de la vie nationale.

Dans l’autogestion agricole, la situation est très différente. L’Administration, le Parti et le syndicat interviennent pour la désignation des candidats aux organes d’auto gestion. La raison de la non intervention des autorités politiques dans l’industrie est vraisemblablement la marginalité économique du secteur autogéré […]

L’ouvrage contient une série d’entrevues auprès d’ouvriers, ou de responsables, toujours en français semble-t-il, dont l’intérêt est remarquable : ces entrevues concernent aussi bien l’organisation interne des entreprises que des vues plus générales. Voici quelques exemples :

« Il nous faudrait un directeur : il faut quelqu’un qui soit plus haut que nous. Quand on est entre ouvriers, on n’est pas obéissant. Il y en a qui s’en foutent. (Briqueterie)

« La discipline, c’est l’essentiel : un manœuvre doit respecter l’ouvrier ; l’ouvrier, le président. Au début c’était comme ça ; maintenant, la discipline se relâche. Depuis que Ben Bella a dit aux ouvriers : « c’est vos biens », en parlant des usine, la discipline se relâche, tout le monde se prend pour le patron. Il faut que le gouvernement fixe quelque chose. Avant, quand le patron était là, j’étais discipliné comme les militaires. Rien ne marche sur la discipline. Le rendement est mauvais. Quand on veut les commander, les ouvriers répondent : « c’est notre bien à tous ». Ben Bella a cassé la main-d’œuvre en disant : « tout le monde doit manger avec une cuillère, personne avec une louche ». Les ouvriers veulent que tout le monde soit payé au même tarif. Si ça ne change pas, on devra fermer la maison, on ira tous à la pêche, moi je m’en fous. » (Président, fonderie)

« Avec les bénéfices, on fait une autre boite, on met 50 personnes dedans pour dégager le chômage. Si moi je mange et que mes frères ne mangent pas, je ne suis pas socialiste. On a pas besoin de bénéfices, on sera tous les mêmes. On fait du courage pour avancer, c’est pour demain, pas pour aujourd’hui. » (Ouvriers fonderie)

 

 

 

Kamel Daoud à Ombre Blanche, 8 novembre 2018

Le 8 novembre 2018, 20h30, à la Librairie Ombre Blanche, Kamel Daoud présente son nouveau roman

Décennie noire, quelle mémoire, quel journalisme ?

Le thème de cette 6eme édition des Journées culturelles franco-algériennes de Toulouse, organisées par les Amis d’Averroès est la « décennie noire », les années 1990 en Algérie.

Déjà la séance inaugurale du 1er octobre a remémoré cette période sombre…

Grâce aux notes prises sur son carnet par Anne-Lise Verdier (textes et croquis… voyez ce que cela donne sr son site web : https://anneliseverdier.jimdofree.com/illustrations/carnets/ 

) nous disposons des éléments essentiels de cette séance.

Extraits des carnets de Anne-Lise:

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[Georges Rivière était un des intervenants] : 93/94 ont été des années terribles. La mort frappe à toutes les portes. Combat des femmes, des berbères. A l’aube de la vraie libération, la revendication islamiste capte la société sur fond de chômage, d’injustice sociale… 22 mars 94, Grande manif des femmes.AYDA= AOUDA = « Le retour ». Création en 93. Combat contre l’islamisme, arrivée de copains algériens militants, qui ne sont pas là pour rester.

[On a retrouvé aussi les fondateurs de l’association AYDA, mouvement de solidarité et d’accueil en France des victimes algériennes

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du terrorisme, entre autres avec Irène Corandin, très active dans les milieux féminins].AYDA veut aller plus loin que  leComité international de soutien aux intellectuels algériens, fondé par Bourdieu, à Paris … (À côté de AYDA il y avait aussi une association féministe…). Notes sur Irène : Irène a retrouvé un document du collectif qui soutenait les femmes algériennes et qui rend compte des actions année par année. Ce collectif était soutenu par l’APIAF, par LA GAVINE et par le groupe SIMONE de l’Université du Mirail.
San Egido : Ils sont tous assis à la même table. Et au bout du compte ce sont les femmes qui vont en faire les frais.
(Dans ce) livre il y a les récits des enfants reçus en Ariège.

En 97 il y a la remise en question avec les photos de la madone de Bentallah : Non les femmes ne sont pas des « Mater Dolorosa » !

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(Lire) ASSIA DJEBAR le blanc de l’Algérie, le non-su, le non-écrit, le non-raconté… La fin des années 90 c’est le blanc qui revient pour l’histoire des femmes en Algérie (Elles disparaissent du champ de vision)

[Nazim Mekbel a présenté son site d’information https://ajouadmemoire.wordpress.com consacré à la récupération des informations sur les victimes d’assassinats de cette période]. « En 2010 je cesse de parler de mon père uniquement, j’attaque le travail de mémoire comme pour la Shoah ». On a pris comme date le 22 mars ; AJOUAD est le nom d’une piece d’Abdelkader Alloula, journée de la mémoire chaque 22 mars. Oran, journée musicale, à Alger ; conférence, à Montréal…on n’oublie pas. Notre travail est important car actuellement il y a falsification de l’histoire. On prétend que les services secrets sont à l’origine de tous les morts. Journée contre les victimes du terrorisme ( !)  Il montre un petit film sur l’amnésie où une jeune fille morte pendant la décennie noire parle à sa mère (en fait c’est un fantôme). L’amnésie n’est pas la solution. Nazim a collecté tous les articles de presse relatant les assassinats et les exactions islamistes dans les années 90. (Montre des diapositives) Groupes paramilitaires du FIS qui s’entraînent pour partir en IRAK, Polices islamistes paramilitaires des 1990.… Bagarre autour d’une mosquée pour voir quelles tendances va s’en emparer. Attaque terroriste contre une gendarmerie AVANT les législatives 90/91. Ils annoncent leur programme (Interdiction des partis laïques, suspension de la constitution…)

Le chiffre de 200 000 morts est sans doute excessif : Les disparus seraient entre 10 000 et 15 000,enlevés par les islamistes, femmes enlevées (5000) mais les familles n’en parlent pas. On rejette leur filles, épouses… (on regrette leur retour)

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Selon Farida Labrèche Nouar, médecin légiste : (un camembert) :En 91 meutres simples… 93 de + en + d’égorgements, 7 à 10 cadavres par jour… De plus en plus de mutilations, les corps servent de messages et choquent l’opinion publique. (voir tableaux statistiques…). En 97à 99 de plus en plus de victimes dans le milieu rural car les islamistes dans les camps, libérés, sont partis au maquis. Des mecs se retrouvent au maquis mais ne sont pas du coin donc ils se servent en bouffe, en bétail … et en femmes.

Attentat piège pour appater et piéger l’armée. Bentallah pourrait être ça. L’Armée qui ne veut pas intervenir pour ne pas se faire piéger, rêglements de comptes entre islamistes et familles de Bentallah. Le massacrec de Remka := 1000 personnes tuées. Or en dessous de 1000 tués l’ONU ne peut pas intervenir. Le massacre de Remka a été caché.

Il y aurait plutôt 1000 000 morts et pas 2000 000. Mais le chiffre de 2000 000 est une chiffre gardé pour montrer que l’Etat Algérien n’assume pas.

 

Ce 10 octobre, au même espace Diversité laïcité de Toulouse (38 Rue d’Aubuisson), un angle particulier de la décennie noire algérienne est repris : « La presse française et la décennie noire en Algérie (1990-2000), entre information et désinformation ».  Avec  Mohamed Kechidi  (économiste à l’Université Jean Jaurès de Toulouse) comme « modérateur », quatre intervenants ont une expérience de journalistes. Pierre Barbancey, né en 1962, est journaliste à l’Humanité où il a « couvert » l’information sur la Méditerranée. Pour ce même journal Francis Pornon https://www.francispornon.fr/biographie, ex-professeur de philo « coopérant militaire » en Algérie pendant deux ans vers 1970, a publié en 1998 un reportage sur l’Algérie, suite à un voyage de plusieurs semaines dans ce pays en guerre. Lors d’échanges postérieurs, il me rappelle que « la bataille des idées qui eut lieu en France à propos de l’image de l’Algérie d’alors, cachait l’enjeu du virage des objectifs socialistes vers un libéralisme, lequel fut facilité par l’attaque islamiste contre la démocratie. Le spectacle de la ruine du parc d’exposition des réalisations socialistes, alors que des mosquées flambant neuves s’élevaient et aussi qu’avaient lieu un grand salon commercial, en disaient long dans mon reportage.» Areski Metref https://fr.wikipedia.org/wiki/Arezki_Metref  est un journaliste algérien vivant en France depuis 1993, moment où il découvre le monde de la presse française. Georges Rivière, graphiste, entre en journalisme dans le tourbillon de l’association AYDA, où il crée l’éphémère périodique ASMA après avoir « couvert » pour Le monde libertairela manifestation des femmes d’Alger de mars 1994. Ce Français vit en Algérie depuis 2014.

Un consensus apparaît parmi les intervenants : en France la « décennie noire » opposait au sein de la gauche « conciliateurs » (globalement favorables à une ouverture politique du gouvernement algérien en direction du Front Islamique du Salut (FIS) vainqueur du premier tour « confisqué » des élections législatives de 1991) et « éradicateurs » (défenseurs d’une laïcité stricte interdisant au FIS toute action, ce dernier étant seul responsable du terrrorisme qui va ravager l’Algérie pour près de dix ans). Les intervenants considèrent que c’est sciemment que les grands médias de l’establishment de la  « gauche non communiste » (Le Monde, Libé, Nouvel Obs, France Inter) ont pesé sans impartialité en faveur des « conciliateurs ». N’est-ce pas dessiner là une vision d’un monde où les vaiqueurs de la guerre froide, Etats-Unis en tête, veulent écraser les « progressistes », anciens alliés d’une Union Saviétique qui vient de s’effondrer ?

Les échanges entre intervenants, puis avec la salle, permettent de dépasser ce panorama, qui rappelle les discussions violentes en France à l’époque, entre autres au sein de AYDA. Rappelons d’abord ce qu’on ne savait pas clairement à l’époque, ni en Algérie ni en France : le régime politique algérien, sur le long terme, est « une démocratie de façade [sous] un commandement militaire » (voir le vidéo publié par nos amis lyonnais https://www.youtube.com/watch?v=wQkxNEREb9I). Et soulignons à quel point l’intelligentzia algérienne, sur le long terme, est intimement liée à son homologue de la gauche française : à la coopération post-coloniale vers l’Algérie répond l’accueil en France des Algériens menacés chez eux pendant la décennie noire, mais il faudrait replacer cet accueil dans un temps plus long, en évaluant aussi ce que représente cette diaspora par rapport aux accueils dans d’autres pays que la France.

Les témoignages montrent comment en France il fallait lutter contre la vision d’une Algérie « sauvage », contre une vision purement policière du conflit qui empêchait de voir son contenu politique. Areski rappelle comment son travail pour la revue Politis était rendu difficile par la certitude de certains collègues français de mieux percevoir que lui la situation politique algérienne. Rivière rappelle que la revue Asma, qu’il a animée, a réussi à publier « sur les deux rives » ses numéros, qui forment une archive précieuse. Cette revue toulousaine a eu un « petit frère » parisien encore plus éphémère. En 1991-95 Algérie républicaine a aussi réussi à paraître « sur les deux rives ». G. Rivière insiste sur ce que fut la résistance au jour le jour en Algérie contre les interdits islamistes qui visaient plus que d’autres les femmes.

Lors de cette séance passionnante, je me trouve assis enre deux personnes qui ont le crayon à la main : Gyps, qui écoute attentivement et sourit souvent, dessine. Anne-Lise, elle, alterne dessin et prise de notes… C’est avec plaisir que nous rendons compte de ces débats : les Amis d’Averroès n’ont pas de site web auprès de qui vous adresser et nous leur servons un peu de mémoire au sein de notre communauté toulousaine… par exemple http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/10/13/3e-journees-franco-algeriennes-de-toulouse/

 

On peut écouter cette table ronde : http://www.canalsud.net/?La-presse-francaise-et-la-decennie

Vingt ans après, à Montpellier

Les vingt ans de notre grand frère montpelliérain  est un peu notre propre affaire. Nous sommes solidaires, dans des milieux différents. A Perpignan, contrer l’extrême droite est une affaire de tous les jours pour l’équipe de Coup de soleil appuyée sur le lycée. A Toulouse, notre visibilité ne se fait que peu à peu dans un milieu associatif très varié où les vieux militants « algériens » côtoient les nombreux « marocains » d’implantation plus récente. A Montpellier et autour, l’intelligentzia franco-maghrébine s’appuie plus qu’à Toulouse sur les milieux universitaires, mais aussi sur l’attrait de la Méditerranée. Dans toute l’  « Occitanie » qui nous réunit, on trouve les racines des « 4 ACG » (les anciens « appelés » qui versent leur pension d’anciens combattants pour des projets de développement, tant en Algérie qu’en Palestine), la mémoire des camps où les harkis furent logés là où avaient été internés républicains espagnols ou juifs allemands. C’est en notre nom à tous que Marc Bernard raconte notre pain associatif quotidien.

« Pour les 20 ans de votre association Montpelliéraine je veux saluer Coup de Soleil et nos petites  » sections » de province qui, avec une tranquille obstination, lancent des passerelles de fraternité et combattent résolument le racisme, la xénophobie, le mépris, le rejet, la haine. 

Il faudrait raconter le lent travail de bénévolat, de réunions parfois fastidieuses, de patiente insistance pour rentrer dans les bibliothèques publiques et les librairies, pour animer d’obscures soirées de cinéma aux publics parfois maigres. Il faudrait aussi dire les joies des coups réussis, des salles pleines, des livres partagés.

Il faudrait dire ce que tout cela demande de courage à nos adhérents et adhérentes, la plupart du temps sans argent et sans soutien pour maintenir ces barrages culturels contre la montée européenne et même mondiale des nationalismes d’exclusion. Mais cela vous le savez déjà.

Nos sections de province de Coup de soleil font partie de ces milliers d’associations de terrain qui ne renoncent pas. Loin des grands raouts institutionnalisés, nos sections, pour tracer leurs routes, assurent à leurs adhérents et adhérentes une démocratie directe, la transparence de leurs comptes, des comptes rendus de réunions, des décisions prises au consensus ou au moins avec de fortes majorités. Chacun et chacune y a voix au chapitre et peut s’appeler « ensoleillé(e)s », quelque soit son origine, ses moyens financiers ou son histoire. 

Mais pour cela Coup de Soleil s’appuie sur les compétences de tous ses membres, qu’elles soient littéraires, cinématographiques, artistiques, informatiques, linguistiques ou administratives. Nos sections ont besoin de tous leurs associé(e)s.C’est la seule condition pour que demain Coup de soleil se renforce et gagne petit à petit le combat culturel de l’ouverture à l’autre. 

Dans notre pays qui accepte aujourd’hui l’ouverture des archives avec la reconnaissance de l’affaire Audin mais qui refuse l’accueil des réfugiés de l’Aquarius dans le port de Marseille, nous avons besoin de Coup de Soleil et l’exemple de cet anniversaire des 25 ans à Montpellier nous en apporte la confirmation ».

Nous avons d’abord vu le DVD qui conserve la mémoire des fondateurs de Coup de Soleil à Montpellier [Aux origines de l’Association Coup de soleil en Languedoc Roussillon, 2018, 54 minutes, un film de Nancy et Philip Barwell, Association d’amitié franco-algérienne BRAKA]. C’est une grande première dans notre Association Coup de soleil que de tenter. Elle sait grâce à cela, qu’elle doit, à Paris comme « en région », seulement au prix de la bonne volonté des anciens, savoir ce qu’elle fut pour avancer dans notre présent difficile. Il importe de rappeler l’essentiel de ce que l’on apprend grâce à ce DVD: c’est au sein du milieu universitaire montpelliérain que l’initiative majeure fut de se donner les moyens d’accueillir des femmes et des hommes de l’intelligentzia algérienne qui ne pouvaient que fuir la « décennie noire » de leur pays. Ainsi ont été organisées les trois Universités d’été  en 1994-97, à l’origine de la section montpelliéraine, grâce à Georges Morin et avec Roland Perez « au charbon ». On y apprend aussi qu’une association est en péril quand manque l’accord d’une poignée de militant(e)s : c’est ce qu’a su rassembler Michèle Rodary pendant une quinzaine d’années, avant d’être relayée tout récemment.

Puis après un buffet convivial, c’est dans ce lieu magique qu’est la cour de l’Espace Martin Luther King de Montpellier, avec son immense platane, que nous avons écouté la conférence de Naget Khadda, professeure émérite de l’Université de Montpellier, qui vit de nouveau à Alger: « L’évolution de la littérature maghrébine de ces 20 dernières années ». Pour beaucoup d’entre nous, lecteurs de tant de livres, entre autre pour le prix littéraire « coup de cœur » que l’équipe montpelliéraine anime depuis 2005, cette littérature est une passion au jour le jour. Naget nous a permis de resituer nos lectures dans un cadre d’ensemble, principalement algérien. C’est à partir de l’explosion politique de 1988 à Alger que des écrivains ont questionné la forme romanesque, avec l’usage du fantastique, qu’ils ont questionné le religieux dans la société algérienne. Cette littérature prend visage à Alger avec deux personnages fondateurs : Mohamed Dib et Assia Djebar, dont les noms sont actuellement porteurs de deux prix littéraires trilingues (arabe, berbère, français). Cette littérature au départ est francophone et portée par des éditeurs français, qui ont accepté des mélanges de poésie et de contestation. Sa langue actuelle est de plus en plus métissée avec le mélange du français, de l’arabe savant et de la darija (arabe parlé populaire en principe non écrit). Dans les romans « arabes », les récits et descriptions sont plus « littéraires », les dialogues plus « populaires ». Les deux principales maisons d’édition algérienne sont chacune aux mains d’un couple, mais de nombreux petits éditeurs ne cessent d’apparaître et de disparaître. La coupure entre deux littératures, l’une arabophone et l’autre francophone, s’estompe avec des traductions croisées. Les thèmes sont liés à la critique familiale, sociale et politique née de l’expérience du terrorisme. Parmi les auteur(e)s, les femmes sont nombreuses, comme les personnes qui pratiquent l’écriture littéraire après des parcours professionnels de toute autre nature.

Enfin, sans nous déplacer, nous avons terminé la journée avec les musiques méditerranéennes, qu’Emmanuelle Bunel nous a chantées accompagnée par Vincent Crépin : de vieux textes en espagnol, en turc, en arabe, en hébreux, en italien. Merci aux amis de Montpellier

Claude Bataillon