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Kamel Daoud à Ombre Blanche, 8 novembre 2018

Le 8 novembre 2018, 20h30, à la Librairie Ombre Blanche, Kamel Daoud présente son nouveau roman

Décennie noire, quelle mémoire, quel journalisme ?

Le thème de cette 6eme édition des Journées culturelles franco-algériennes de Toulouse, organisées par les Amis d’Averroès est la « décennie noire », les années 1990 en Algérie.

Déjà la séance inaugurale du 1er octobre a remémoré cette période sombre…

Grâce aux notes prises sur son carnet par Anne-Lise Verdier (textes et croquis… voyez ce que cela donne sr son site web : https://anneliseverdier.jimdofree.com/illustrations/carnets/ 

) nous disposons des éléments essentiels de cette séance.

Extraits des carnets de Anne-Lise:

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[Georges Rivière était un des intervenants] : 93/94 ont été des années terribles. La mort frappe à toutes les portes. Combat des femmes, des berbères. A l’aube de la vraie libération, la revendication islamiste capte la société sur fond de chômage, d’injustice sociale… 22 mars 94, Grande manif des femmes.AYDA= AOUDA = « Le retour ». Création en 93. Combat contre l’islamisme, arrivée de copains algériens militants, qui ne sont pas là pour rester.

[On a retrouvé aussi les fondateurs de l’association AYDA, mouvement de solidarité et d’accueil en France des victimes algériennes

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du terrorisme, entre autres avec Irène Corandin, très active dans les milieux féminins].AYDA veut aller plus loin que  leComité international de soutien aux intellectuels algériens, fondé par Bourdieu, à Paris … (À côté de AYDA il y avait aussi une association féministe…). Notes sur Irène : Irène a retrouvé un document du collectif qui soutenait les femmes algériennes et qui rend compte des actions année par année. Ce collectif était soutenu par l’APIAF, par LA GAVINE et par le groupe SIMONE de l’Université du Mirail.
San Egido : Ils sont tous assis à la même table. Et au bout du compte ce sont les femmes qui vont en faire les frais.
(Dans ce) livre il y a les récits des enfants reçus en Ariège.

En 97 il y a la remise en question avec les photos de la madone de Bentallah : Non les femmes ne sont pas des « Mater Dolorosa » !

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(Lire) ASSIA DJEBAR le blanc de l’Algérie, le non-su, le non-écrit, le non-raconté… La fin des années 90 c’est le blanc qui revient pour l’histoire des femmes en Algérie (Elles disparaissent du champ de vision)

[Nazim Mekbel a présenté son site d’information https://ajouadmemoire.wordpress.com consacré à la récupération des informations sur les victimes d’assassinats de cette période]. « En 2010 je cesse de parler de mon père uniquement, j’attaque le travail de mémoire comme pour la Shoah ». On a pris comme date le 22 mars ; AJOUAD est le nom d’une piece d’Abdelkader Alloula, journée de la mémoire chaque 22 mars. Oran, journée musicale, à Alger ; conférence, à Montréal…on n’oublie pas. Notre travail est important car actuellement il y a falsification de l’histoire. On prétend que les services secrets sont à l’origine de tous les morts. Journée contre les victimes du terrorisme ( !)  Il montre un petit film sur l’amnésie où une jeune fille morte pendant la décennie noire parle à sa mère (en fait c’est un fantôme). L’amnésie n’est pas la solution. Nazim a collecté tous les articles de presse relatant les assassinats et les exactions islamistes dans les années 90. (Montre des diapositives) Groupes paramilitaires du FIS qui s’entraînent pour partir en IRAK, Polices islamistes paramilitaires des 1990.… Bagarre autour d’une mosquée pour voir quelles tendances va s’en emparer. Attaque terroriste contre une gendarmerie AVANT les législatives 90/91. Ils annoncent leur programme (Interdiction des partis laïques, suspension de la constitution…)

Le chiffre de 200 000 morts est sans doute excessif : Les disparus seraient entre 10 000 et 15 000,enlevés par les islamistes, femmes enlevées (5000) mais les familles n’en parlent pas. On rejette leur filles, épouses… (on regrette leur retour)

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Selon Farida Labrèche Nouar, médecin légiste : (un camembert) :En 91 meutres simples… 93 de + en + d’égorgements, 7 à 10 cadavres par jour… De plus en plus de mutilations, les corps servent de messages et choquent l’opinion publique. (voir tableaux statistiques…). En 97à 99 de plus en plus de victimes dans le milieu rural car les islamistes dans les camps, libérés, sont partis au maquis. Des mecs se retrouvent au maquis mais ne sont pas du coin donc ils se servent en bouffe, en bétail … et en femmes.

Attentat piège pour appater et piéger l’armée. Bentallah pourrait être ça. L’Armée qui ne veut pas intervenir pour ne pas se faire piéger, rêglements de comptes entre islamistes et familles de Bentallah. Le massacrec de Remka := 1000 personnes tuées. Or en dessous de 1000 tués l’ONU ne peut pas intervenir. Le massacre de Remka a été caché.

Il y aurait plutôt 1000 000 morts et pas 2000 000. Mais le chiffre de 2000 000 est une chiffre gardé pour montrer que l’Etat Algérien n’assume pas.

 

Ce 10 octobre, au même espace Diversité laïcité de Toulouse (38 Rue d’Aubuisson), un angle particulier de la décennie noire algérienne est repris : « La presse française et la décennie noire en Algérie (1990-2000), entre information et désinformation ».  Avec  Mohamed Kechidi  (économiste à l’Université Jean Jaurès de Toulouse) comme « modérateur », quatre intervenants ont une expérience de journalistes. Pierre Barbancey, né en 1962, est journaliste à l’Humanité où il a « couvert » l’information sur la Méditerranée. Pour ce même journal Francis Pornon https://www.francispornon.fr/biographie, ex-professeur de philo « coopérant militaire » en Algérie pendant deux ans vers 1970, a publié en 1998 un reportage sur l’Algérie, suite à un voyage de plusieurs semaines dans ce pays en guerre. Lors d’échanges postérieurs, il me rappelle que « la bataille des idées qui eut lieu en France à propos de l’image de l’Algérie d’alors, cachait l’enjeu du virage des objectifs socialistes vers un libéralisme, lequel fut facilité par l’attaque islamiste contre la démocratie. Le spectacle de la ruine du parc d’exposition des réalisations socialistes, alors que des mosquées flambant neuves s’élevaient et aussi qu’avaient lieu un grand salon commercial, en disaient long dans mon reportage.» Areski Metref https://fr.wikipedia.org/wiki/Arezki_Metref  est un journaliste algérien vivant en France depuis 1993, moment où il découvre le monde de la presse française. Georges Rivière, graphiste, entre en journalisme dans le tourbillon de l’association AYDA, où il crée l’éphémère périodique ASMA après avoir « couvert » pour Le monde libertairela manifestation des femmes d’Alger de mars 1994. Ce Français vit en Algérie depuis 2014.

Un consensus apparaît parmi les intervenants : en France la « décennie noire » opposait au sein de la gauche « conciliateurs » (globalement favorables à une ouverture politique du gouvernement algérien en direction du Front Islamique du Salut (FIS) vainqueur du premier tour « confisqué » des élections législatives de 1991) et « éradicateurs » (défenseurs d’une laïcité stricte interdisant au FIS toute action, ce dernier étant seul responsable du terrrorisme qui va ravager l’Algérie pour près de dix ans). Les intervenants considèrent que c’est sciemment que les grands médias de l’establishment de la  « gauche non communiste » (Le Monde, Libé, Nouvel Obs, France Inter) ont pesé sans impartialité en faveur des « conciliateurs ». N’est-ce pas dessiner là une vision d’un monde où les vaiqueurs de la guerre froide, Etats-Unis en tête, veulent écraser les « progressistes », anciens alliés d’une Union Saviétique qui vient de s’effondrer ?

Les échanges entre intervenants, puis avec la salle, permettent de dépasser ce panorama, qui rappelle les discussions violentes en France à l’époque, entre autres au sein de AYDA. Rappelons d’abord ce qu’on ne savait pas clairement à l’époque, ni en Algérie ni en France : le régime politique algérien, sur le long terme, est « une démocratie de façade [sous] un commandement militaire » (voir le vidéo publié par nos amis lyonnais https://www.youtube.com/watch?v=wQkxNEREb9I). Et soulignons à quel point l’intelligentzia algérienne, sur le long terme, est intimement liée à son homologue de la gauche française : à la coopération post-coloniale vers l’Algérie répond l’accueil en France des Algériens menacés chez eux pendant la décennie noire, mais il faudrait replacer cet accueil dans un temps plus long, en évaluant aussi ce que représente cette diaspora par rapport aux accueils dans d’autres pays que la France.

Les témoignages montrent comment en France il fallait lutter contre la vision d’une Algérie « sauvage », contre une vision purement policière du conflit qui empêchait de voir son contenu politique. Areski rappelle comment son travail pour la revue Politis était rendu difficile par la certitude de certains collègues français de mieux percevoir que lui la situation politique algérienne. Rivière rappelle que la revue Asma, qu’il a animée, a réussi à publier « sur les deux rives » ses numéros, qui forment une archive précieuse. Cette revue toulousaine a eu un « petit frère » parisien encore plus éphémère. En 1991-95 Algérie républicaine a aussi réussi à paraître « sur les deux rives ». G. Rivière insiste sur ce que fut la résistance au jour le jour en Algérie contre les interdits islamistes qui visaient plus que d’autres les femmes.

Lors de cette séance passionnante, je me trouve assis enre deux personnes qui ont le crayon à la main : Gyps, qui écoute attentivement et sourit souvent, dessine. Anne-Lise, elle, alterne dessin et prise de notes… C’est avec plaisir que nous rendons compte de ces débats : les Amis d’Averroès n’ont pas de site web auprès de qui vous adresser et nous leur servons un peu de mémoire au sein de notre communauté toulousaine… par exemple http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/10/13/3e-journees-franco-algeriennes-de-toulouse/

 

On peut écouter cette table ronde : http://www.canalsud.net/?La-presse-francaise-et-la-decennie

Vingt ans après, à Montpellier

Les vingt ans de notre grand frère montpelliérain  est un peu notre propre affaire. Nous sommes solidaires, dans des milieux différents. A Perpignan, contrer l’extrême droite est une affaire de tous les jours pour l’équipe de Coup de soleil appuyée sur le lycée. A Toulouse, notre visibilité ne se fait que peu à peu dans un milieu associatif très varié où les vieux militants « algériens » côtoient les nombreux « marocains » d’implantation plus récente. A Montpellier et autour, l’intelligentzia franco-maghrébine s’appuie plus qu’à Toulouse sur les milieux universitaires, mais aussi sur l’attrait de la Méditerranée. Dans toute l’  « Occitanie » qui nous réunit, on trouve les racines des « 4 ACG » (les anciens « appelés » qui versent leur pension d’anciens combattants pour des projets de développement, tant en Algérie qu’en Palestine), la mémoire des camps où les harkis furent logés là où avaient été internés républicains espagnols ou juifs allemands. C’est en notre nom à tous que Marc Bernard raconte notre pain associatif quotidien.

« Pour les 20 ans de votre association Montpelliéraine je veux saluer Coup de Soleil et nos petites  » sections » de province qui, avec une tranquille obstination, lancent des passerelles de fraternité et combattent résolument le racisme, la xénophobie, le mépris, le rejet, la haine. 

Il faudrait raconter le lent travail de bénévolat, de réunions parfois fastidieuses, de patiente insistance pour rentrer dans les bibliothèques publiques et les librairies, pour animer d’obscures soirées de cinéma aux publics parfois maigres. Il faudrait aussi dire les joies des coups réussis, des salles pleines, des livres partagés.

Il faudrait dire ce que tout cela demande de courage à nos adhérents et adhérentes, la plupart du temps sans argent et sans soutien pour maintenir ces barrages culturels contre la montée européenne et même mondiale des nationalismes d’exclusion. Mais cela vous le savez déjà.

Nos sections de province de Coup de soleil font partie de ces milliers d’associations de terrain qui ne renoncent pas. Loin des grands raouts institutionnalisés, nos sections, pour tracer leurs routes, assurent à leurs adhérents et adhérentes une démocratie directe, la transparence de leurs comptes, des comptes rendus de réunions, des décisions prises au consensus ou au moins avec de fortes majorités. Chacun et chacune y a voix au chapitre et peut s’appeler « ensoleillé(e)s », quelque soit son origine, ses moyens financiers ou son histoire. 

Mais pour cela Coup de Soleil s’appuie sur les compétences de tous ses membres, qu’elles soient littéraires, cinématographiques, artistiques, informatiques, linguistiques ou administratives. Nos sections ont besoin de tous leurs associé(e)s.C’est la seule condition pour que demain Coup de soleil se renforce et gagne petit à petit le combat culturel de l’ouverture à l’autre. 

Dans notre pays qui accepte aujourd’hui l’ouverture des archives avec la reconnaissance de l’affaire Audin mais qui refuse l’accueil des réfugiés de l’Aquarius dans le port de Marseille, nous avons besoin de Coup de Soleil et l’exemple de cet anniversaire des 25 ans à Montpellier nous en apporte la confirmation ».

Nous avons d’abord vu le DVD qui conserve la mémoire des fondateurs de Coup de Soleil à Montpellier [Aux origines de l’Association Coup de soleil en Languedoc Roussillon, 2018, 54 minutes, un film de Nancy et Philip Barwell, Association d’amitié franco-algérienne BRAKA]. C’est une grande première dans notre Association Coup de soleil que de tenter. Elle sait grâce à cela, qu’elle doit, à Paris comme « en région », seulement au prix de la bonne volonté des anciens, savoir ce qu’elle fut pour avancer dans notre présent difficile. Il importe de rappeler l’essentiel de ce que l’on apprend grâce à ce DVD: c’est au sein du milieu universitaire montpelliérain que l’initiative majeure fut de se donner les moyens d’accueillir des femmes et des hommes de l’intelligentzia algérienne qui ne pouvaient que fuir la « décennie noire » de leur pays. Ainsi ont été organisées les trois Universités d’été  en 1994-97, à l’origine de la section montpelliéraine, grâce à Georges Morin et avec Roland Perez « au charbon ». On y apprend aussi qu’une association est en péril quand manque l’accord d’une poignée de militant(e)s : c’est ce qu’a su rassembler Michèle Rodary pendant une quinzaine d’années, avant d’être relayée tout récemment.

Puis après un buffet convivial, c’est dans ce lieu magique qu’est la cour de l’Espace Martin Luther King de Montpellier, avec son immense platane, que nous avons écouté la conférence de Naget Khadda, professeure émérite de l’Université de Montpellier, qui vit de nouveau à Alger: « L’évolution de la littérature maghrébine de ces 20 dernières années ». Pour beaucoup d’entre nous, lecteurs de tant de livres, entre autre pour le prix littéraire « coup de cœur » que l’équipe montpelliéraine anime depuis 2005, cette littérature est une passion au jour le jour. Naget nous a permis de resituer nos lectures dans un cadre d’ensemble, principalement algérien. C’est à partir de l’explosion politique de 1988 à Alger que des écrivains ont questionné la forme romanesque, avec l’usage du fantastique, qu’ils ont questionné le religieux dans la société algérienne. Cette littérature prend visage à Alger avec deux personnages fondateurs : Mohamed Dib et Assia Djebar, dont les noms sont actuellement porteurs de deux prix littéraires trilingues (arabe, berbère, français). Cette littérature au départ est francophone et portée par des éditeurs français, qui ont accepté des mélanges de poésie et de contestation. Sa langue actuelle est de plus en plus métissée avec le mélange du français, de l’arabe savant et de la darija (arabe parlé populaire en principe non écrit). Dans les romans « arabes », les récits et descriptions sont plus « littéraires », les dialogues plus « populaires ». Les deux principales maisons d’édition algérienne sont chacune aux mains d’un couple, mais de nombreux petits éditeurs ne cessent d’apparaître et de disparaître. La coupure entre deux littératures, l’une arabophone et l’autre francophone, s’estompe avec des traductions croisées. Les thèmes sont liés à la critique familiale, sociale et politique née de l’expérience du terrorisme. Parmi les auteur(e)s, les femmes sont nombreuses, comme les personnes qui pratiquent l’écriture littéraire après des parcours professionnels de toute autre nature.

Enfin, sans nous déplacer, nous avons terminé la journée avec les musiques méditerranéennes, qu’Emmanuelle Bunel nous a chantées accompagnée par Vincent Crépin : de vieux textes en espagnol, en turc, en arabe, en hébreux, en italien. Merci aux amis de Montpellier

Claude Bataillon

Journées culturelles franco-algériennes

Venez nombreux à cette manifestation annuelle organisée par :

Les Ami-e-s d’Averroès et les associations partenaires, elle aura lieu du 1 au 15 octobre prochain et comme à l’accoutumée, universitaires, historiens, chercheurs, témoins venus d’Algérie et de France nous aideront à encore nous questionner, débattre, avancer des éléments de réponses sur le thème de l’année. 
Des artistes nous accompagneront également : musiciens, caricaturiste, cinéaste… pour une quinzaine que nous espérons riche en rencontres et échanges.

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Tazzeka, film: le Maroc et les migrations

 

 

Le film franco-marocain « Tazzeka », du réalisateur Jean-Philippe Gaud, aborde des problématiques liées à l’immigration, à la clandestinité, à la culture marocaine, au travers notamment de sa gastronomie.

Ce film s’inscrit dans la semaine d’animation de la culture  marocaine

  • Centre Culturel Alban Minville, 1 place Martin Luther King, 31100 Toulouse (Bellefontaine) : Mardi 25 septembre à 15h30
  • l’ABC, 13 rue Saint Bernard 31000 Toulouse : Mardi 25 septembre à 20h30

Film suivi d’un débat organisé par Coup de Soleil Midi-Pyrénées

 

 

 

Google ne dit encore rien sur le film, qui porte le nom d’un parc national marocain proche de la ville de Taza, c’est à peu près tout. Mais nous avons donc pu le voir en avant première à Toulouse : beaucoup de monde et de discussions au Centre culturel Alban Minville, puis le soir nous y étions au cinéma ABC, avec le comédien Mahdi Belemlih pour nous raconter son travail : il est en vedette pour la première fois, lui marocain devenu un acteur français, qui joue le rôle d’un marocain. Hommage au symbole que représente la cuisine dans la transmission entre générations, entre lieux de vie : souvenons-nous que l’écrivain Edmond Amrane El Maleh (1917-2010), juif de Essaouira, était devenu un cuisinier amateur passionné dans son « exil » parisien.

Claude, Micheline, Yasmina commentent le film : Tazekka n’est pas un film à l’eau de rose, même dans sa première partie marocaine, moins encore dans sa seconde partie parisienne, où on vit le quotidien des sans-papiers. Mais c’est un conte optimiste, où l’amitié est au cœur de l’intrigue. Beaucoup de douceur et d’amour dans ce film qui dit aussi la violence de l’immigration par la mort du frère qui a tenté de s’exiler. Amitié au village entre son patron et le jeune héros, puis à Paris entre celui-ci et le chef de famille noir qui l’accueille. On nous montre le versant positif d’une immigration réussis par Ilias. Non sans difficulté, avec la peur de la clandestinité à l’étrangerDans la discussion avec la salle, à propos du personnage intriguant de la jeune « beurette » Salma, on ne sait si elle est dure et égoïste, ou surtout révoltée (contre quoi ?). Elle semble « paumée », ne rien comprendre de la société et de la culture  marocaine. Elle n’est pas Marocaine, précise Mahdi lors du débat et pourtant elle a été élevée par des Marocains.

On peut imaginer que son père ne lui a pas présenté favorablement le Maroc, puisqu’elle est envoyée « au pays » de ses parents  pour lui « apprendre à vivre », comme une punition. Mahdi nous dit, en marocain qu’il est resté, que les Maghrébins nés et élevés en France ne peuvent comprendre ceux qui ont eu leur enfance « là-bas », surtout les péquenots du bled : de quoi nous donner à penser.

Notre amie lyonnaise (Denise Brahimi) a vu aussi le film en avant première, présenté là par le réalisateur : « Ce film, très soutenu par l’association Coup de Soleil en Auvergne Rhône Alpes, est passé en avant-première dans cette région avant de faire sa sortie officielle en France un mois plus tard. Il porte pour titre le nom d’une région montagneuse située dans le nord du Maroc, belle campagne verdoyante et riche en cultures, ce qui n’est pas sans rapport avec le sujet du film, largement consacré à la cuisine marocaine, et notamment à un excellent couscous où abondent les savoureux légumes !

Ces quelques propos définissent d’emblée deux des principaux centres d’intérêt autour desquels le réalisateur a centré son film, la cuisine et le Maroc, mieux vaudrait dire le village marocain traditionnel, puisque c’est l’aspect de ce pays qu’il a choisi de montrer, pour mieux l’opposer au troisième sujet de son film, la vie urbaine en France et à Paris, là où se retrouvent nombre d’immigrants, clandestins ou non. On voit par là à quel point ce film est original : la cuisine marocaine a certes nombre d’amateurs qu’elle mérite bien, le problème des immigrants, venus notamment d’Afrique et du Maghreb, est au cœur des préoccupations contemporaines des Français, mais le rapport entre les deux n’appartient qu’à Jean-Philippe Gaud et l’on peut supposer que son film séduira le public par cette approche inhabituelle. Pour le dire autrement : alors que tant de films, si l’on s’en tient au cinéma, abordent le problème de l’immigration comme une tragédie à la fois angoissante et abstraite, en tant que problème de société exprimé par des chiffres à l’effet terrifiant, ce réalisateur a choisi de nous en parler tout autrement , en évitant le catastrophisme—ce qui ne veut pas dire que son film soit une bluette destinée à faire oublier les souffrances qui de toute manière et sous différentes formes sont partout présentes.

Le film est partagé en deux parties bien distinctes, qui se passent l’une au Maroc l’autre en France, justifiant par là que la maison de production se nomme « Films des deux rives ». C’est d’ailleurs par cette double appartenance que se définit le réalisateur lui-même, algérien et français par ses origines familiales, marocain de cœur pourrait-on dire mais de cœur aussi très proche de l’Afrique sahélienne, comme on peut le voir dans la deuxième partie du film où une place important est faite à Souleymane l’ami sénégalais d’Elias, le jeune Marocain qui est le héros du film. Cette diversité prouve bien que le réalisateur ne veut pas enfermer son film dans des problèmes d’appartenance, ou de racines ethniques (encore moins religieuses). Elias lorsqu’il est à Paris ne cherche aucunement à rejoindre le groupe des Marocains de sa famille ou de sa région, et le film fait comprendre au contraire qu’il y aurait là le risque d’une sorte de rabattement néfaste parce que contraire à l’ouverture au monde qui est la compensation de l’exil et même son but.

Tazzeka n’est pas un film nostalgique décrivant le lieu de l’origine comme le seul où l’on puisse vivre heureux. Dès la première partie du film, on en voit les limites, impossibilité de vivre au village pour une jeune Marocaine élevée en France, impossibilité de développer ses compétences et sa vocation de chef cuisinier pour Elias qui le moment venu sait qu’il doit partir. L’attachement à la grand-mère qui lui a transmis son savoir est sans aucun doute ce qui lui donne sa force et sa raison d’être. Mais la grand-mère va bientôt disparaître, elle meurt pendant qu’Elias est à Paris, elle est devenue le très cher souvenir qui accompagnera Elias où qu’il soit.

L’histoire qui nous est contée dans Tazzeka rejoint par là ce qu’on appelle en littérature le roman de formation, une histoire qui commence avec l’enfance du héros (au 19e siècle, cela ne pouvait que rarement être une fille), qui le suit pendant son adolescence et qui l’amène jusqu’à son entrée dans l’âge d’homme. Ce parcours ne va évidemment pas sans épreuves, c’est le mot qu’on emploie dans les contes traditionnels, qui sont une version beaucoup plus ancienne voire séculaire de ce genre de roman. Les épreuves sont des obstacles difficiles à franchir, dans Tazzeka on voit bien ce qu’il en est lorsqu’ Elias arrive à Paris et subit le sort des migrants sans papiers, sans travail, sans argent, de plus pourchassés par la police, évidemment. Le film, comme beaucoup de contes, montre que la meilleure chance de s’en sortir pour le héros est de prendre appui sur un ami fidèle, rôle joué ici par le Sénégalais Souleymane qui le rattrape à chaque fois qu’il est sur le point de sombrer. La seconde partie du film est fondée sur le rythme que lui impulse ce double mouvement de chute et de remontée, et comme cette dernière porte Elias chaque fois plus haut, le spectateur sort du film avec cette sorte de joie que les enfants éprouvent si fort à l’écoute des contes, expliquant le désir qu’ils en ont.

Ce serait sûrement une erreur de voir dans le retour final d’Elias à Tazzeka une volonté de se réinstaller dans le village de son enfance. On peut certainement parler de retour aux sources, mais celui-ci ne signifie pas une volonté de se réimplanter ; il s’agit bien davantage de mesurer le chemin parcouru, mais aussi, pour Elias, de montrer la reconnaissance qu’il doit aux siens et qu’il n’oubliera pas. Le réalisateur dit que cette sorte de souvenir de la grand-mère, sous des formes variables selon les cas, lui a paru une constante dans les récits de vie des chefs cuisiniers dont il s’est imprégné, entre autres travaux documentaires préalables dont il a nourri la préparation de son film pendant plusieurs années. La grand-mère est une sorte de présence-absence qui ne risque pas comme les parents d’exercer un poids et une inhibition. Elle est à la fois réelle par le savoir qu’elle a transmis et symbolique comme peut l’être le talisman qui aide le héros dans les contes. C’est ainsi que nous pouvons comprendre une sorte de naïveté assumée du film « Tazzeka ». Puissances protectrices contre puissances dangereuses : les premières se nourrissent, au sens propre, de l’excellente cuisine que concocte Elias.

 

Le film sort en salles le 10 octobre, entre autre à L’ABC toulousain, profitez-en. Il est aussi présenté à Paris ce même jour à 20h30 au Cinéma St André des Arts, avec une célébration de la cuisine marocaine et un débat mené avec Georges Morin

 

Retour à Bollène, 11 juin 2018, cinéma American Cosmograph à Toulouse

 

 

Bollène… Une petite commune du Sud-Est de la France dont la mairie est, depuis 2008, dirigée par un parti d’extrême droite, la Ligue du Sud [une « dissidence » dure du Front National…]. Une ville sinistrée, quelques routes bordées de commerces, de zones pavillonnaires et de cités : une sorte de no man’s land de la cohésion sociale. C’est ici qu’a grandi Nassim, c’est le poids de cet endroit qu’il a fui pour se construire ailleurs et vers lequel il revient aujourd’hui, après des années d’absence. Nassim a quitté Bollène – et la France – et vit désormais à Abu Dhabi avec sa fiancée américaine. Professionnellement, il a réussi et c’est donc avec une certaine assurance qu’il s’apprête à retrouver sa famille. Son arrogance se heurte pourtant à l’incompréhension des siens qui n’ont jamais accepté ni son éloignement ni son silence et qui tolèrent encore moins qu’il ne veuille toujours pas revoir son père avec lequel Nassim est durablement brouillé. Ces quelques jours à Bollène vont l’obliger à se confronter de nouveau à ce passé honteux qu’il essaie depuis de masquer sous le vernis de sa réussite…

Pour sa première réalisation, Saïd Hamich choisit d’extrapoler un épisode de sa vie : « J’ai moi-même vécu à Bollène quelques années à l’époque du lycée, et je voulais peut-être garder une trace de cette ville, de ce que j’y ai ressenti, moi qui suis né à Fès et ai grandi au Maroc. »

« Surtout, je souhaitais proposer un autre regard sur la banlieue, qui est presque toujours présentée de manière surdramatisée comme un réceptacle à violence, à voitures brûlées. Pour moi, au contraire, on y souffre parce qu’il ne s’y passe rien, continue le cinéaste. Et l’on refuse, en France, de voir les blessures des minorités. Le véritable enjeu c’est celui de l’identité : beaucoup de jeunes que j’y ai croisés ne se sentent pas Français. D’un côté ils fantasment le pays de leurs parents, qu’ils ne connaissent pas, de l’autre ils ont le sentiment que le pays où ils vivent les rejette… » (extrait des paroles de l’auteur recueillies par Jeune Afrique)

De là viennent sans doute la justesse de son regard et la finesse de son écriture, ainsi que sa manière de filmer cette ville comme un personnage à part entière. Aussi riche en questionnements qu’il est sobre dans sa mise en scène, Retour à Bollène est un témoignage lucide et touchant, évoquant avec subtilité la décomposition d’une ville et l’incommunicabilité des êtres… [commentaire des deux salles qui projettent le film en région toulousaine…]

Comme spectateurs, nous avons discuté à la sortie : ce film court, pour les uns aurait dû se développer pour une fin qui manque, pour les autres la fin qui nous est donnée aurait au contraire dû être supprimée ! Et un consensus: justesse de ton de tous les personnages… Une remarque annexe : les banlieues des immigrés ne sont pas un monde unique, mais des mondes qui ont des histoires différentes : les harkis ou les travailleurs du bâtiment des années 1960 ne sont pas les ouvriers agricoles des années 1990. Un bon exemple, pas très loin de Bollène, dans Jean Pierre Le Goff http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1398

 

 

 

 

 

 

 

Votre fatwa… de Karima Bennoune

Nous avons participé à l’accueil de l’écrivaine algérienne Karima Bennoune autour de son livre :
« Votre fatwa ne s’applique pas ici – Histoires non dites de la lutte contre l’intégrisme »,
Samedi 26 mai de 18H00 à 19H30 : Librairie Ellipse, 
251 Route de Narbonne 31400 TOULOUSE
 
Dimanche 27 mai de 14H30 à 16H30 : La Chapelle – Atelier Idéal
36 rue Danielle Casanova
(Autour d’un thé à la menthe et de patisseries orientales)

à la librairie Ellipse, le 26 mai 2018

La chaleur de cette rencontre et la qualité des discussions nous ont marqués, merci à elle! Après tant de discours sur l’intégrisme religieux et son caractère inéluctable, un récit concret relatant les luttes quotidiennes et réussies des musulmans eux-mê

Le livre « Votre fatwa ne s’applique pas ici : Histoires non-dites de la lutte contre l’intégrisme »

de Karima Bennoune vient d’être traduit de l’anglais en français (Nov 2017, Editions du Temps Présent). Il est particulièrement d’actualité.

Ce livre est d’abord paru en anglais aux Etats Unis où il est un best seller et pour lequel elle a reçu un prix des droits humains en 2014 (le Dayton Literary Peace Prize), sous le titre Your Fatwa Does Not Apply Here: Untold Stories from the Fight Against Muslim Fundamentalism,

Pour l’écrire, elle a visité pendant 3 ans de nombreux pays majoritairement musulmans (ainsi que des exilés), sur tous les continents: Pakistan, Afghanistan, Algérie, Égypte, Tunisie, Iran, Mali, Tchétchénie…. et a donné la parole à ceux que l’on n’entend jamais dans les media occidentaux.

Karima Bennoune a grandi en Algérie, où son père, Mahfoud Bennoune, était un anthropologue réputé, menacé de mort à plusieurs reprises par les islamistes. Elle enseigne le droit international à l’Université de Californie – Davis. Karima Bennoune est également Rapporteur spécial auprès des Nations Unies pour les droits culturels depuis octobre 2015.

« J’ai voulu offrir une tribune à des gens qui n’en ont pas. »

Karima Bennoune y dresse le portrait de citoyennes et de citoyens qui, de l’intérieur même des pays ditsmusulmans, s’opposent aux fondamentalistes islamistes, et risquent leur vie pour dire haut et fort qu’ils n’acceptent pas la dictature d’extrême droite intégriste sur la liberté de pensée, les croyances, les moeurs, les comportements. Beaucoup sont des femmes, musulmanes ou athées, qui ont été surveillées, emprisonnées, agressées, réduites en esclavage, torturées, mutilées, assassinées.

Cet effort pour rendre compte d’une réalité complètement occultée par la grande presse internationale est, à ce jour, unique.

Hommage de Wole Soyinka, prix Nobel de littérature 1986 :

« Jamais, depuis l’apartheid, notre humanité n’a subi de telles pressions et n’a eu à relever des défis aussi intenses et persistants. L’histoire se répète. Encore une fois, une minorité d’assassins se prétend supérieure à tous les autres, s’arroge le pouvoir de dicter aux autres son mode de vie, décide qui pourra vivre et qui devra mourir, ou qui fera la loi et qui devra s’y soumettre. L’islam, la religion dans laquelle [les terroristes] se drapent, n’est qu’une couverture. Le vrai problème réside, comme toujours, dans le pouvoir et la soumission, avec ici comme instrument le terrorisme.

Regardons avec objectivité la vraie nature de la domination qu’ils cherchent à nous imposer, nous qui vivons prétendument dans des “lieux de vice et de débauche, d’impureté et de décadence”…. Leur modèle consiste donc à instaurer l’exclusion. Mais aussi l’irrationalité et les restrictions dans la vie quotidienne. Le mépris de la culture et du pluralisme. L’établissement d’un apartheid sexiste. La diabolisation de la différence. C’est le règne de la peur…. Réaffirmons notre refus, sur notre continent, que la religion soit établie comme une seconde nature humaine, indiquée sur nos documents d’identité, et de laquelle déprendrait notre nationalité, mais également le droit même d’exister sur la planète.(http://www.courrierdesafriques.net/2015/01/wole-soyinkavotrefatwa-ne-sappliquera-jamais-ici)

« On ne peut pas être théocratique et modéré à la fois »

[Karima Bennoune] s’insurge aussi contre le concept d’« islamisme modéré », appliqué aux groupes fondamentalistes qui ne professent pas la violence mais qui seraient des traditionalistes : « On ne peut pas être théocratique et modéré à la fois. C’est apparemment « modéré » de croire au gouvernement par la religion et de croire qu’il ne faut pas l’égalité pour les femmes. Et ces opposants s’appuient autant sur les traditions qu’ils sont en rupture totale

avec elles ». Ces « modérés » sont devenus des experts en double langage, extrémiste en arabe, plus policé en anglais ou en français. Alors lorsque les pays occidentaux les prennent pour alliés dans la lutte contre le terrorisme « c’est terrible pour tous ceux qui dans leurs pays s’efforcent de lutter contre les deux ».

« Mais, s’emporte-t-elle, comment n’ont-ils toujours pas compris que ces fondamentalistes sont l’extrême droite des pays musulmans ? »

(Extrait d’une interview dans La Croix)

Biffures accueille Coup de soleil, 18 mai 2018

Soirée du vendredi  18 mai 2018,  à 19 h : Coup de Coeur

à la librairie BIFFURES, 22 avenue Jean Rieux à Toulouse, dernière rencontre de lecteurs avant  l’élection du lauréat.

 Ce même soir et dans le même lieu à 18h :

Invitation au vernissage de photographies de Marc Bernard : « Un village en pleine mutation : PINS-JUSTARET »

Nous étions une dizaine à commenter les images de Marc: comme dans notre groupe, ceux de la « banlieue sud » sont nombreux, elles nous parlaient directement…

Et puis notre échange a permis de faire le point sur ce cycle 2018 du Coup de coeur de Coup de soleil et de voter chacun pour notre favori, bouclant ainsi le travail poursuivi en mars dernier http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2018/03/11/une-soiree-de-lectures-des-livres-du-coup-de-coeur-a-toulouse/ 

 Coup de coeur 2017-2018:
  •  Liste des romans que nous vous avons proposé pour 2017-2018:

Karim Amellal « Bleu, blanc, noir » éditions de l’Aube

Yasmine Chami « Mourir est un enchantement » éditions Actes Sud

Samir Kacimi « L’amour au tournant » éditions  du Seuil

Khalid Lyamlahy  « Un roman étranger » éditions Présence africaine

Saber Mansouri « Une femme sans écriture » éditions  du Seuil

la table des livres maghrébins à la librairie Biffures…

Kamel Daoud nous parle

Non, je ne suis pas « solidaire » de la Palestine. Le mot solidaire est entre guillemets. Car il a deux sens. D’abord non à la « solidarité » sélective. Celle qui s’émeut du drame palestinien parce que se sont des Israéliens qui bombardent. Et qui, donc, réagit à cause de l’ethnie, de la race, de la religion et pas à cause de la douleur.

Ce texte a été publié le 12 juillet 2014, comme nous le rappelle Alain Lopez. Le contexte de l’époque est la guerre qui dure deux mois: « Israël lance l’opération Bordure protectrice contre la bande de Gaza » (wikipedia). Le contenu du texte (qui a circulé dans notre groupe) est approuvé par Marc Bernard, Gérard Kihn, Claude et Françoise Bataillon, Micheline Kouas comme par Claudine Nissou qui commente: « Ça me rappelle le temps qu’il a fallu pour que les gens comprennent que le conflit en Irlande du Nord n’était pas un conflit religieux entre Catholiques et Protestants mais une longue affaire de colonisation. Sans vouloir faire d’amalgame, of course! »

Le commentaire de Alain Lopez: 

Comment interpréter cet écrit de Kamel ?

Il regrette et dénonce le fait que le problème israëlo-palestinien soit devenu religieux, d’où une solidarité faussée du fait que la diplomatie mondiale et les médias les plus influents  ont « arabisé et islamisé » le drame palestinien. Le peule palestinien n’est pas vu comme une entité nationale unifiée mais comme une communauté religieuse. De fait notre « solidarité » et notre indignation se révèlent lors des affrontements meurtriers commis, la plupart du temps, par Israël pays colonisateur mais les « solidarités mécanique » et/ou « organique » (Durkheim, sociologue) ne sont pas continues jusqu’au point d’en arriver à un règlement du conflit juste et durable. D’où la différenciation de Kamel imagée en parodiant les « amateurs de lapidations » (Arabie Saoudite et autres: « le poids mort de l’humanité ») tout en laissant les Palestiniens résister avec « des jets de pierres ».

Ce qui n’est pas faux: les manifestations de « solidarité » sont nombreuses dans ces pays arabes mais sans conséquence heureuse pour la résolution du conflit. En termes de géopolitique on aura compris pourquoi « tout le monde » joue le statu-quo!!!

Kamel critique en phrases sibyllines le Hamas et l’Autorité palestinienne (divisions palestiniennes: incapacités et faiblesses) qui appellent à une « solidarité » que l’auteur traite de « jérémiade »…Enfin, il prône une « solidarité mécanique », je cite « celle qui fait assumer, par votre dignité, au reste du monde, sa responsabilité envers une question de COLONISATION pas de CROYANCES (souligné par moi!).

Notre ami Martin Lascoux,qui vit en Suède et a passé toute son enfance au Maroc nous dit: « … un texte ambigu. Et qu’est-ce que cela apporte?  Il me semble que c’est un texte qui s’adresse plus à un certain lectorat français qu’à des Algériens, un lectorat qui aime bien que l’on casse du sucre sur “les arabes” ou “les musulmans » …

Celle qui ne s’émeut pas du M’zab, du Tibet ou de la Kabylie il y a des ans, du Soudan, des Syriens et des autres douleurs du monde, mais seulement de la « Palestine ». Non donc à la « solidarité » par conditionnement religieux et « nationaliste ». Cette « solidarité » qui nuit à la victime et au solidaire parce qu’elle piège la Palestine comme « cause arabe et musulmane », dédouanant le reste de l’humanité par appropriation abusive. La « solidarité » qui se juche sur l’histoire d’un peuple malmené et presque sans terre au nom de la haine de l’autre. Cette « solidarité » concomitante que le chroniqueur a vomi dans les écoles, les manuels scolaires, les chants et l’arabisme et l’unanimisme religieux.

Le drame palestinien a été « arabisé » et islamisé à outrance au point où maintenant le reste de l’humanité peut se sentir débarrassé du poids de cette peine. C’est une affaire « arabe » et de musulmans. Cette solidarité qui a transformé un drame de colonisation entre clashs de religions, de haines et d’antiques mythologies exclusives. Cette solidarité VIP que le chroniqueur ne veut pas endosser, ni faire sienne. Cette « solidarité » qui préfère s’indigner de la Palestine, mais de chez soi, et ne rien voir chez soi de la « palestinisation » du M’zab ou du Sud ou des autres territoires du monde. Cette solidarité au nom de l’Islam et de la haine du juif ou de l’autre. Cette solidarité facile et de « droit public » dans nos aires. Qui au lieu de penser à construire des pays forts, des nations puissantes pour être à même d’aider les autres, de peser dans le monde et dans ses décisions. Cette « solidarité » pleurnicharde et émotive qui vous accuse de regarder le mondial du Brésil au lieu de regarder Al Jazeera. Cette « solidarité » facile qui ferme les yeux sur le Hamas et sa nature pour crier à l’indignation, sur les divisons palestiniennes, sur leurs incapacités et leurs faiblesses au nom du respect aux « combattants ». Au nom de l’orthodoxie pro-palestinienne que l’on ne doit jamais penser ni interroger.

Non donc, je ne suis pas solidaire de cette « solidarité » qui vous vend la fin du monde et pas le début d’un monde, qui voit la solution dans l’extermination et pas dans l’humanité, qui vous parle de religion pas de dignité et de royaume céleste pas de terre vivante ensemencée.

Si je suis solidaire, c’est par une autre solidarité. Celle qui ne distingue pas le malheur et la douleur par l’étiquette de la race et de la confession. Aucune douleur n’est digne, plus qu’une autre, de la solidarité. Et solidarité n’est pas choix, mais élan total envers toutes et tous. Solidarité avec l’homme, partout, contre l’homme qui veut le tuer, le voler ou le spolier, partout. Solidarité avec la victime contre le bourreau parce qu’il est bourreau, pas parce qu’il est Israélien, Chinois ou Américain ou catholique ou musulman. Solidarité lucide aussi : que l’on cesse la jérémiade : le monde dit « arabe » est le poids mort du reste de l’humanité. Comment alors prétendre aider la Palestine avec des pays faibles, corrompus, ignorants, sans capitaux de savoir et de puissance, sans effet sur le monde, sans créateurs ni libertés ?

Comment peut-on se permettre la vanité de la « solidarité » alors qu’on n’est pas capable de joueur le jeu des démocraties : avoir des élus juifs « chez nous », comme il y a des élus arabes « chez eux », présenter des condoléances pour leurs morts alors que des Israéliens présentent des condoléances pour le jeune Palestiniens brûlé vif, se dire sensible aux enfants morts alors qu’on n’est même pas sensible à l’humanité. Je suis pour l’autre solidarité : celle totale et entière et indivise. Celle qui fait assumer, par votre dignité, au reste du monde, sa responsabilité envers une question de colonisation, pas de croyances. Celle qui vous rehausse comme interlocuteur, négociateur et vis-à-vis. Celle qui vous impose la lucidité quant à vos moyens et votre poids, à distinguer votre émotion de vos élans. Celle qui commence par soi, les siens pour justement mieux aider l’autre, partout, dans sa différence comme dans sa communauté. La solidarité avec le chrétien pourchassé en Irak et en Syrie, des musulmans de Birmanie, des habitants de l’Amazonie ou du jeune encore emprisonné à Oum El Bouaghi pour un casse-croute durant un ramadan.

Les images qui viennent de Gaza sont terribles. Mais elles le sont depuis un demi-siècle. Et nos indignations sont encore aussi futiles et aussi myopes et aussi mauvaises. Et nos lucidités et nos humanités sont aussi rares et mal vues. Il y a donc quelque chose à changer et à assumer et à s’avouer. La « solidarité » n’est pas la solidarité.

Ce que fait Israël contre Gaza est un crime abject. Mais nos « solidarités » sont un autre qui tue le Palestinien dans le dos.

Que les amateurs des lapidations se lèvent donc : c’est la preuve que mis à part les jets de cailloux, ils ne savent rien faire d’autre.

Kamel Daoud

source : Chronique parue dans Le Quotidien d’Oran, avec l’aimable autorisation de l’auteur

« LE CALIFAT : ENTRE SECULARISATION ET THEOCRATIE TOTALITAIRE »

Les 2- 3- 4 mai 2018, les Amis d’Averroès organisent une nouvelle session à l’Espace Laïcité Diversité

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/wp-content/uploads/sites/12/2018/04/Soirées-dAverroès-mai-2018.pdf