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Sondage sur la « coopération » : Jean Boudou, en Algérie 1968-1975)

Le livre de Francis Pornon, En Algérie sur les pas de Jean Boudou, carnet de voyage, Editions Vent Terral (81340, France), 2011 et Editions Lazhari Labter (Alger) 2010, mérite de se plonger dans ce que furent deux décennies d’une incessantes action culturelle menée par les « coopérants ». N’oublions pas que la coopération de ceux qu’on a appelé « pieds rouges » en 1962 a massivement amplifié une scolarisation coloniale longtemps très limitée, mais déjà fortement accélérée à partir de 1945 et surtout de 1954. N’oublions pas non plus que l’arabisation officielle de l’enseignement algérien n’a pas mis fin à l’enseignement du français à tous les niveaux, certes de plus en plus au profit des couches sociales favorisées et pour maintenir le fonctionnement d’administrations stratégiques (armée, économie) et des secteurs techniques et scientifiques prioritaires. Les milliers de coopérants qui ont œuvré au Maghreb sont les témoins irremplaçables d’une histoire partagée entre les deux rives de la Méditerranée. De cette histoire, on ne connaît encore guère que la petite pointe émergée de ceux qui ont été « aux affaires » dans les grandes villes. En particulier par un livre collectif Le temps de la coopération, sciences sociales et décolonisation au Maghreb, sous la direction de Jean-Robert Henry et Jean-Claude Vatin, en collaboration avec Sébastien Denis et Françoise Siino, Karthala/ IREMAM, 2012, 405 p. http://alger-mexico-tunis.fr/?p=565  , mais aussi par l’ouvrage pionnier antérieur de Catherine Simon Algérie, les années pieds-rouges, des rêves de l’indépendance au désenchantement (1962-1969), Paris, La Découverte, 2009,http://coupdesoleil.net/blog/catherine-simon-algerie-les-annees-pieds-rouges/

Francis Pornon, qui se sent proches des militants occitans auxquels Jean Boudou a appartenu, aurait pu connaître celui-ci quand lui-même enseignait la philosophie pendant  trois ans au lycée de Bejaia (Bougie) en 1968-71, jusqu’à ce que des manifestations étudiantes dans cette ville rendent les autorités méfiantes envers les coopérants, renvoyés. Son homoogue, dont il suit les pas, s’est installé en Algérie bien plus longtemps, jusqu’à sa mort, enseignant l’agriculture au collège d’une petite ville, en bordure de la Kabylie et tout près d’Alger : Larbatache est une commune de la wilaya de Boumerdès, peuplée de 19000 habitants. Denise Brahimi nous dit « Pour [Francis] Pornon, c’est l’occasion de rappeler le double signe sous lequel on peut situer l’Arbatache au moment où il écrit, car ce fut à la fois, dans les années post-indépendance, un des hauts lieux de la révolution agraire, beaucoup cité et visité à ce titre, et d’autre part, pendant la décennie noire, un endroit où les ravages exercés par le terrorisme se sont montrés particulièrement virulents (https://www.huffpostmaghreb.com/denise-brahimi/larbatache-senac-et-la-po_b_16225464.html)

De la révolution agraire, de l’enseignement agricole à Larbatache, rien n’est remémoré sur les sites web qui citent cette commune, clairement prise dans l’expansion de l’agglomération algéroise si l’on en croit les ventes de terrains proposées. Quand Pornon y est allé chercher les traces de Boudou voici une dizaine d’années, le souvenir des vignes, la réalité des oliviers laissaient déjà place aux friches dans le paysage. Ce fut en somme pour l’auteur autant l’occasion de retrouver ses anciens amis des années 1970 à Alger, que de découvrir  cette Kabylie presque banlieusarde de Larbatache. Rappelons que sur cette révolution agraire si mal connue, nous en savons un peu plus grâce au film de Viviane Candas http://coupdesoleil.net/blog/algerie-du-possible-film-de-viviane-candas/

 

 

 

 

 

 

Le Monde: reportage au Lycée de Rambouillet, parler à quatre voix de la guerre d’Algérie

Aux quatre coins de la France, depuis plusieurs années, en particulier grâce à nos amis de l’association 4ACG http://4acg.org, les témoins de la guerre d’Algérie « ex-ennemis »  s’organisent pour faire connaître ce que fut ce conflit dans lequel, directement ou non, toute la société française a été impliquée. L’article du Monde vient à point au moment où en Algérie tant de manifestants protestent, certes avant tout contre un système politique, mais aussi contre la confiscation de leur propre passé.

Des lycéens face aux mémoires plurielles de la guerre d’Algérie (Dorothée Myriam Kellou) Le Monde du 20 mars 2009

Quatre témoins du conflit ont raconté leur vécu aux élèves de 1re et de terminale d’un établissement de Rambouillet

REPORTAGE

Cela fait deux ans que, discrètement, ils sillonnent la France, pour aller de lycée en lycée, chez qui veut bien les écouter. Ce jour-là, ils sont quatre « témoins » de la guerre d’Algérie (1954-1962) à prendre la parole. Quatre voix qui racontent quatre histoires, puisées dans tous les camps. Héliette Paris est une pied-noir, une Française rapatriée. A son côté, Rahim Rezigat a vécu le même conflit, mais avec un autre point de vue. C’est un ancien militant du Front national de libération (FLN), un partisan de l’indépendance. Jean-Pierre Louvel, lui, a combattu en tant qu’appelé du contingent, parmi les enrôlés dans l’armée française pour prêter main-forte de l’autre côté de la Méditerranée. Messaoud Guer , enfin, est un ancien harki, un enfant de l’Algérie qui a pris les armes avec les Français. Parfois, ils sont cinq. Jacqueline Messaouda Gozland, juive d’Algérie, se joint à eux. Une exposition créée par des historiens accompagne les témoignages.

C’est il y a exactement trois ans, le 19 mars 2016, qu’a été présentée cette initiative originale, dans un discours de François Hollande, à l’occasion de la commémoration du cessez-le-feu en Algérie. Ce programme, intitulé « Guerre d’Algérie. Histoire commune, mémoires partagées ? », a ensuite été mis en place discrètement, à partir de 2017. Et il monte depuis en puissance, en s’appuyant sur des volontaires, qui veulent partager leurs expériences sur ces heures noires de l’histoire, qui continuent d’alimenter les passions sombres et les ressentiments dans les générations suivantes.

Ces mémoires d’antan répondent à des interrogations contemporaines. « La multiplication des attentats depuis 2012 a obligé les institutions à s’interroger sur la fragilité du tissu social et sur les questions identitaires, explique Paul-Max Morin, chargé de mission à l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG). Le projet est notamment pensé pour redonner à chacun une place dans la société française d’aujourd’hui. »

Projet « encore balbutiant »

A l’origine de cette initiative se trouvent les équipes de cet organisme sous tutelle du ministère des armées. Rose-Marie Antoine, sa directrice, a poussé pour que l’ONACVG apporte des outils pédagogiques aux professeurs qui enseignent la guerre d’Algérie. Aujourd’hui, ce projet « encore fragile et balbutiant », insiste Mme Antoine, a touché 5 000 élèves. Depuis 2018, il a pris une nouvelle dimension. Il bénéficie notamment, désormais, du soutien du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), ainsi que de celui de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRAH).

Ce programme ne s’est pas mis en place sans difficultés. « L’armée, acteur majeur de la guerre d’Algérie, est sortie fragilisée par ce conflit. Elle a longtemps préféré le silence par crainte de faire resurgir les blessures et de nouvelles accusations », souligne Paul-Max Morin. Frédéric Charlet, contrôleur général des armées et directeur adjoint de l’ONACVG, ne cache pas les frilosités qui existent : « Qu’il y ait un membre du FLN parmi les intervenants, oui ça a pu faire grincer des dents. Le FLN, c’était l’ennemi de l’armée française de l’époque. »

Mi-février, les « témoins » se sont arrêtés au lycée Louis-Bascan, à Rambouillet (Yvelines). Face à une centaine de lycéens de 1re et de terminale, l’ancien militant du FLN, Rahim Rezigat, commence à parler. Pour expliquer qu’il s’appelle en réalité Mahfouz. « J’ai gardé mon nom de guerre. Il fait partie de moi. » Il a été arrêté à l’âge de 17 ans à Saint-Etienne. « La guerre et les tortures ne se sont pas déroulées qu’en Algérie. Ça s’est aussi passé en France », souligne-t-il, sans s’appesantir. Le 17 octobre 1961, il a manifesté à l’appel du FLN contre le couvre-feu instauré pour les «Français musulmans d’Algérie » et a eu la chance d’échapper à la violente répression de la police française sous les ordres du préfet Maurice Papon. Depuis, il n’a cessé d’en parler et d’appeler à la reconnaissance d’un crime d’Etat. Rahim a quinze minutes pour parler. L’ONACVG minute les interventions, pour qu’il y ait une égalité du temps de parole. Comme dans une campagne électorale.

Jean-Pierre Louvel est, lui, « l’un des 1 700 000 appelés qui ont servi en Algérie, au Maroc et en Tunisie ». Il raconte comment cette « parenthèse de presque trois ans » l’a profondément transformé. Il est sorti du centre de tri, à Arras (Pas-de-Calais), les cheveux ras, avec un numéro. « J’ai perdu ma personnalité. » Il découvre alors cette Algérie qu’il ne connaît pas. Son père était résistant. « Il m’a dit : “Reviens-nous, mon fils, et les mains propres”. Je n’ai pas torturé, mais ce n’est pas pour autant que je me sentais les mains propres en ayant participé à cette guerre », précisera-t-il au moment des questions. Il n’en dira pas plus.

C’est au tour d’Héliette Paris de parler. Elle a grandi dans une grande ferme de la plaine de la Mitidja, dans le nord de l’Algérie. Heureuse. Puis il y a eu la guerre. Étudiante à Alger, elle a vu des « corps déchiquetés » par des bombes posées par le FLN dans les rues, dans les cafés, les violences de l’Organisation armée secrète en Algérie (OAS) qui tuait tous ceux qui avaient « une tête d’Arabe ». Elle et sa famille doivent quitter précipitamment l’Algérie – « mon pays » – au lendemain de l’indépendance. Elle fera des recherches pour mieux comprendre ce qui lui est arrivé, et découvre le fondement du système colonial : la confiscation des terres et la privation du statut de citoyen aux Algériens. « J’ai compris alors pourquoi ce peuple s’était révolté. »

« Honte de mes origines »

Vient le témoignage du harki, Messaoud Guer . En 1958, son père, ancien combattant, défile pour saluer l’arrivée de De Gaulle au pouvoir, qui pour lui signifiait le retour de la paix. Le FLN ne le lui pardonne pas. « J’ai eu sept proches tués le même jour, dont mon père. » L’émotion dans sa voix est très forte et traverse la salle. « On parle de torture de l’armée, mais les premiers massacres pour moi, c’était le FLN », poursuit-il. Torturé à son tour après l’indépendance, il sera arrêté et interné dans un centre à la frontière algéro-tunisienne.

A la fin de la rencontre, les élèves posent des questions. « Qu’avez-vous ressenti le jour de l’indépendance ? » « Pourquoi n’aimez-vous pas le qualificatif “pied-noir” ? » Héliette raconte sa difficulté à trouver sa place en France : « J’ai longtemps eu honte de mes origines. Je m’étais inventé une autre histoire. J’étais née à Aix-en-Provence [Bouches-du-Rhône]. Je ne voulais plus être accablée de tous les maux et traitée de “sale pied noir” »

Selon les statistiques de l’ONACVG, 8 à 10 millions de Français ont un lien direct avec l’Algérie. Pour sa directrice, cette statistique a une conséquence : « Toutes les familles sont traversées par la guerre d’Algérie. » En pleine période « de récits mythologisés à base de néonationalisme reconstruit », l’historien de la guerre d’Algérie Benjamin Stora est convaincu de l’importance de transmettre l’histoire et les mémoires plurielles de la guerre d’Algérie : « Depuis les années 2000, la France est sortie de l’oubli qu’avait fabriqué l’Etat sur la guerre d’Algérie. » Ce programme répond, en cette semaine d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme, à un danger : celui « que ces mémoires qui resurgissent restent séparées et amènent à des réflexes identitaires et intégristes », précise l’historien.

Asma N°1 : mémoire toulousaine de l’Algérie

Asma, journal toulousain franco-algérien ? Premier numéro, novembre 1995

Coup de soleil est né à Toulouse en 2005, vingt ans après Paris.

Celles et ceux qui sont à l’origine de notre association toulousaine avaient participé avant cela  à bien des actions politiques liées au Maghreb. En particulier à des groupes à la fois féministes et démocratiques, dont l’association AYDA : déformation du mot arabe « Al Aouda », « Le Retour » car les Algérien.ne.s participant au journal ne s’inscrivaient pas dans l’émigration mais dans la lutte politique pour leur retour en Algérie. Ayda a porté la création du journal Asma. Celui-ci a publié sans doute au moins huit numéros, dont seulement cinq peuvent être consultés au dépôt légal de la Bibliothèque nationale : le numéro 1 est de novembre 1995 et le numéro 5 septembre 1996.

L’originalité au groupe Ayda était aussi d’être très majoritairement composé d’Algérien.n.es. La composante féministe était forte, ce qui explique pourquoi le journal Asma relie aussi étroitement le combat démocratique avec la défense de l’égalité femmes/ hommes. C’est ce qui donne une forte actualité en 2019 à beaucoup de textes que nous avons retrouvés.  C’est grâce à la table ronde organisée automne 2018 par les Amis d’Avérroes que nous avons recherché les textes de Asma (voir : http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2018/10/17/decennie-noire-quelle-memoire-quel-journalisme/.)

Aider nos ami(e)s d’Algérie, contraints de se replier en France pendant cette décennie 1990, face à la menace des groupes islamistes radicaux, montrer le visage d’une Algérie plurielle et démocratique contre l’image déformée qu’en donnaient les groupes terroristes était une priorité. Parfois le pouvoir militaire algérien en place s’en prenait aussi à ces mêmes amis au lieu de les protéger. Quant au gouvernement français de l’époque il était dans le déni du terrorisme islamiste, n’accordant jamais le statut de réfugiés politiques aux démocrates (« menacés par l’opposition » sic).

Faire connaître le quotidien de la vie en Tunisie ou au Maroc comme en Algérie permettait de sensibiliser tout un public en France, mais aussi de favoriser les échanges entre démocrates des trois pays du Maghreb.

indépendance

Avant Internet, quand l’édition informatisée balbutiait à peine, faire un journal était tout autant qu’un travail intellectuel un ouvrage d’atelier (ici Nuance du Sud) ou photo, ciseaux et colle avaient leur part. Georges Rivière a créé la maquette et fait le suivi rédactionnel et les copains de l’imprimerie libertaire toulousaine Sacco offraient leur prestation. (Claude Bataillon)

Notre travail sur la revue ASMA a permis de récupérer cinq numéros, qui forment un ensemble :

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/21/asma-n-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-3-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-4/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/?s=asma

 Un flash retrouvé sur AYDA et sur Asma:

La naissance de Asma a été étudiée par Marion Camarasa dans sa thèse de maîtrise consacrée en 2000 à l’association toulousaine Ayda, sous la direction de Djamila Amrane, à l’Université Toulouse le Mirail (plus tard Jean Jaurès), sous la direction de Djamila Amrane:

http://marionca.chez-alice.fr/asma.htm

NOVEMBRE 1995 N°1
 LEZZAYER ALGÉRIE
 TUGDUT DÉMOCRATIE                 
 TAMSETLA SOLIDARITÉ

ASMA POUR LA DEMOCRATIE EN ALGÉRIE

Directrice de publication : Liliane Bourgeois
Comité de rédaction : Miloud, Abdelmadjid, « Charlie », Anne, Geneviève, Julien et Georges avec la participation de Aida, Mustapha, André, Annie, Saïd, A. Ghouirgate, Momo … et Gyps.

Maquette et réalisation : Georges Rivière
Flashage Nuances du Sud.
Impression: Sacco

Ces travailleurs des arts graphiques offrent une prestation à prix coûtant, en forme de solidarité avec le combat des démocrates algériens.
La revue, bimestrielle, est éditée par Ayda Toulouse. Sa rédaction est toutefois indépendante de l’association. Les articles, sauf indication, sont sous la responsabilité de leurs auteurs et ne sauraient engager politiquement l’association. La collaboration à la rédaction est ouverte à toutes celles et tous ceux qui ont fait leur le combat pour une Algérie démocratique, sans exclusive.
La revue est vendue 15 F.
Les commandes et abonnements sont à envoyer, en précisant «journal », accompagnés du chèque de règlement à : AYDA TOULOUSE 111P 363.31006 TOULOUSE cedex

C’est encore avec du retard qu’Asma paraît. Mais nous avons voulu l’améliorer. Avoir plus de textes d’Algérie. Plus d’informations. Les analyser plus « froidement »… Alors que rien ne s’y prête. Ni la facilité des contacts. Ni la presse algérienne qui, tout simplement, n’arrive plus. Ni le moral, parfois. « Stress multiforme » comme le dit, ci-contre, Serhane, à propos— il est vrai —d’une vie quotidienne tellement plus dure que celle de l’exil. Et puis tout un débat a été mené sur les élections. Piège pour certains, manipulation ou ouverture pour d’autres. Autour des candidats que nous présentons (pp. 1, 7 et 8) les interrogations vont bon train !

Karim Amellal prix « coup de coeur » de Coup de Soleil 2018

Le 22 septembre à 18h30, à la librairie Biffure 23 Avenue Jean Rieux à Toulouse, sera présenté, avec l’auteur  Karim Amellal, invité par Coup de Soleil Midi Pyrénées, le livre Bleu blanc noir qui a reçu le prix  « Coup de coeur » 2018 organisé par l’association Coup de soleil.

Résumé de l’éditeur:

Le narrateur est un Français comme les autres, ou presque. La banlieue, ses origines, c’est derrière lui. La victimi­sation, ce n’est pas son genre. Il vit désormais au cœur de Paris, a fait une grande école, travaille dans la finance, vit avec la femme qu’il aime : il a réussi.
Soudain, la machine s’enraye. Dans une France pétrie de peurs, la victoire de l’extrême droite est logique, implacable. La nouvelle prési­dente applique méthodiquement son programme  : le « Redressement national » est lancé. D’un monde tout en nuances, nous basculons dans un manichéisme étouffant.
D’aucuns, et parfois bien inattendus, plient l’échine, font le dos rond. D’autres au contraire organisent la résistance. Le narrateur, lui, tergi­verse. Se débat avec lui-même, avec ce qu’il est, avec ce qu’on lui dit qu’il est. Enfin, il prend sa décision.
« ­Aujourd’hui je vis ; demain je serai peut-être mort mais je ne serai plus seul. Vive la République, vive la France ! » Une politique-fiction étourdissante.

Kamel Daoud nous parle

Non, je ne suis pas « solidaire » de la Palestine. Le mot solidaire est entre guillemets. Car il a deux sens. D’abord non à la « solidarité » sélective. Celle qui s’émeut du drame palestinien parce que se sont des Israéliens qui bombardent. Et qui, donc, réagit à cause de l’ethnie, de la race, de la religion et pas à cause de la douleur.

Ce texte a été publié le 12 juillet 2014, comme nous le rappelle Alain Lopez. Le contexte de l’époque est la guerre qui dure deux mois: « Israël lance l’opération Bordure protectrice contre la bande de Gaza » (wikipedia). Le contenu du texte (qui a circulé dans notre groupe) est approuvé par Marc Bernard, Gérard Kihn, Claude et Françoise Bataillon, Micheline Kouas comme par Claudine Nissou qui commente: « Ça me rappelle le temps qu’il a fallu pour que les gens comprennent que le conflit en Irlande du Nord n’était pas un conflit religieux entre Catholiques et Protestants mais une longue affaire de colonisation. Sans vouloir faire d’amalgame, of course! »

Le commentaire de Alain Lopez: 

Comment interpréter cet écrit de Kamel ?

Il regrette et dénonce le fait que le problème israëlo-palestinien soit devenu religieux, d’où une solidarité faussée du fait que la diplomatie mondiale et les médias les plus influents  ont « arabisé et islamisé » le drame palestinien. Le peule palestinien n’est pas vu comme une entité nationale unifiée mais comme une communauté religieuse. De fait notre « solidarité » et notre indignation se révèlent lors des affrontements meurtriers commis, la plupart du temps, par Israël pays colonisateur mais les « solidarités mécanique » et/ou « organique » (Durkheim, sociologue) ne sont pas continues jusqu’au point d’en arriver à un règlement du conflit juste et durable. D’où la différenciation de Kamel imagée en parodiant les « amateurs de lapidations » (Arabie Saoudite et autres: « le poids mort de l’humanité ») tout en laissant les Palestiniens résister avec « des jets de pierres ».

Ce qui n’est pas faux: les manifestations de « solidarité » sont nombreuses dans ces pays arabes mais sans conséquence heureuse pour la résolution du conflit. En termes de géopolitique on aura compris pourquoi « tout le monde » joue le statu-quo!!!

Kamel critique en phrases sibyllines le Hamas et l’Autorité palestinienne (divisions palestiniennes: incapacités et faiblesses) qui appellent à une « solidarité » que l’auteur traite de « jérémiade »…Enfin, il prône une « solidarité mécanique », je cite « celle qui fait assumer, par votre dignité, au reste du monde, sa responsabilité envers une question de COLONISATION pas de CROYANCES (souligné par moi!).

Notre ami Martin Lascoux,qui vit en Suède et a passé toute son enfance au Maroc nous dit: « … un texte ambigu. Et qu’est-ce que cela apporte?  Il me semble que c’est un texte qui s’adresse plus à un certain lectorat français qu’à des Algériens, un lectorat qui aime bien que l’on casse du sucre sur “les arabes” ou “les musulmans » …

Celle qui ne s’émeut pas du M’zab, du Tibet ou de la Kabylie il y a des ans, du Soudan, des Syriens et des autres douleurs du monde, mais seulement de la « Palestine ». Non donc à la « solidarité » par conditionnement religieux et « nationaliste ». Cette « solidarité » qui nuit à la victime et au solidaire parce qu’elle piège la Palestine comme « cause arabe et musulmane », dédouanant le reste de l’humanité par appropriation abusive. La « solidarité » qui se juche sur l’histoire d’un peuple malmené et presque sans terre au nom de la haine de l’autre. Cette « solidarité » concomitante que le chroniqueur a vomi dans les écoles, les manuels scolaires, les chants et l’arabisme et l’unanimisme religieux.

Le drame palestinien a été « arabisé » et islamisé à outrance au point où maintenant le reste de l’humanité peut se sentir débarrassé du poids de cette peine. C’est une affaire « arabe » et de musulmans. Cette solidarité qui a transformé un drame de colonisation entre clashs de religions, de haines et d’antiques mythologies exclusives. Cette solidarité VIP que le chroniqueur ne veut pas endosser, ni faire sienne. Cette « solidarité » qui préfère s’indigner de la Palestine, mais de chez soi, et ne rien voir chez soi de la « palestinisation » du M’zab ou du Sud ou des autres territoires du monde. Cette solidarité au nom de l’Islam et de la haine du juif ou de l’autre. Cette solidarité facile et de « droit public » dans nos aires. Qui au lieu de penser à construire des pays forts, des nations puissantes pour être à même d’aider les autres, de peser dans le monde et dans ses décisions. Cette « solidarité » pleurnicharde et émotive qui vous accuse de regarder le mondial du Brésil au lieu de regarder Al Jazeera. Cette « solidarité » facile qui ferme les yeux sur le Hamas et sa nature pour crier à l’indignation, sur les divisons palestiniennes, sur leurs incapacités et leurs faiblesses au nom du respect aux « combattants ». Au nom de l’orthodoxie pro-palestinienne que l’on ne doit jamais penser ni interroger.

Non donc, je ne suis pas solidaire de cette « solidarité » qui vous vend la fin du monde et pas le début d’un monde, qui voit la solution dans l’extermination et pas dans l’humanité, qui vous parle de religion pas de dignité et de royaume céleste pas de terre vivante ensemencée.

Si je suis solidaire, c’est par une autre solidarité. Celle qui ne distingue pas le malheur et la douleur par l’étiquette de la race et de la confession. Aucune douleur n’est digne, plus qu’une autre, de la solidarité. Et solidarité n’est pas choix, mais élan total envers toutes et tous. Solidarité avec l’homme, partout, contre l’homme qui veut le tuer, le voler ou le spolier, partout. Solidarité avec la victime contre le bourreau parce qu’il est bourreau, pas parce qu’il est Israélien, Chinois ou Américain ou catholique ou musulman. Solidarité lucide aussi : que l’on cesse la jérémiade : le monde dit « arabe » est le poids mort du reste de l’humanité. Comment alors prétendre aider la Palestine avec des pays faibles, corrompus, ignorants, sans capitaux de savoir et de puissance, sans effet sur le monde, sans créateurs ni libertés ?

Comment peut-on se permettre la vanité de la « solidarité » alors qu’on n’est pas capable de joueur le jeu des démocraties : avoir des élus juifs « chez nous », comme il y a des élus arabes « chez eux », présenter des condoléances pour leurs morts alors que des Israéliens présentent des condoléances pour le jeune Palestiniens brûlé vif, se dire sensible aux enfants morts alors qu’on n’est même pas sensible à l’humanité. Je suis pour l’autre solidarité : celle totale et entière et indivise. Celle qui fait assumer, par votre dignité, au reste du monde, sa responsabilité envers une question de colonisation, pas de croyances. Celle qui vous rehausse comme interlocuteur, négociateur et vis-à-vis. Celle qui vous impose la lucidité quant à vos moyens et votre poids, à distinguer votre émotion de vos élans. Celle qui commence par soi, les siens pour justement mieux aider l’autre, partout, dans sa différence comme dans sa communauté. La solidarité avec le chrétien pourchassé en Irak et en Syrie, des musulmans de Birmanie, des habitants de l’Amazonie ou du jeune encore emprisonné à Oum El Bouaghi pour un casse-croute durant un ramadan.

Les images qui viennent de Gaza sont terribles. Mais elles le sont depuis un demi-siècle. Et nos indignations sont encore aussi futiles et aussi myopes et aussi mauvaises. Et nos lucidités et nos humanités sont aussi rares et mal vues. Il y a donc quelque chose à changer et à assumer et à s’avouer. La « solidarité » n’est pas la solidarité.

Ce que fait Israël contre Gaza est un crime abject. Mais nos « solidarités » sont un autre qui tue le Palestinien dans le dos.

Que les amateurs des lapidations se lèvent donc : c’est la preuve que mis à part les jets de cailloux, ils ne savent rien faire d’autre.

Kamel Daoud

source : Chronique parue dans Le Quotidien d’Oran, avec l’aimable autorisation de l’auteur

ARP/PHILO: du nouveau en Algérie, printemps 2018

Session ARP Philo  Expérience Collective du 20 au 30 Mars 2018.

Voyage Atelier itinérant en ALGERIE.

Les groupes, Français, Algériens et Tunisiens se sont retrouvés pour une mise en commun d’une richesse culturel, d’échanges philosophiques sur une réflexion partagée « La Pensée Créative », l’approche Artistique, Esthétique.

Les groupes ont mené un travail interculturel, intergénérationnel et inter statutaire tout confondu ( Inspecteur, Enseignants, Elève, Parent/Enfant), en présence d’Enseignants et cadres de l’Education et aussi d’Enfants volontaires sur le thème  » la Créativité à l’Ecole ». Nous avons eu la possibilité de voir et d’animer des Ateliers Enfants et  d’entendre philosopher des enfants.

L’objectif Général de ce voyage atelier itinérant a été de pratiquer la réflexion partagée à visée philosophique sur la pensée créative, et, pour nous  participants, se former à l’animation de « Moments Philo »  par la pratique et la théorie.

La pratique de  l’éducation Civique en Algérie ouvre une porte possible pour les ateliers Philo.

Déroulement du voyage atelier :

GHARDAIA : Atelier enfants à partir d’un film documentaire sur la Planète et le respect de l’environnement. Atelier adultes itinérant à SebSeb (Palmeraie et la Culture du sable).

LAGHOUAT : Atelier documenté  et lectures partagées de poèmes choisis, dans le cadre du Festival de la Poésie Féminin en présence de la poétesse Fouzia LARADI.

BOUSAADA (Cité Du Bonheur):Atelier enfants « logico-mathématique » puis avec des adolescents à l’école ELMOUNIR à partir du film d’animation de Djilali BESKRI sur le thème du « cadeau ». Ensuite, Atelier adultes « approche d’une œuvre » au musée Nessredine DINET en présence d’artiste peintre.

TIPASA : Atelier documenté avec des étudiants en philo mené par le  projet  de Malika BENDOUDA et Nacer BOUHOUIA. Suivi d’un atelier documenté enfants à partir du texte «  Vincent l’éléphant ou Méssaoud en arabe et la bande des grands ».

En résumé, nous avons rencontré chez les Algériens une volonté d’instaurer une dynamique autour des ateliers Philo documenté. Certains existent déjà  dans des écoles privées et  fonctionnent grâce à l’investissement personnel d’enseignants qui se sont saisi de ce projet Philo pour qu’il perdure. (Yasmina Houari)

Des coupures de presse pour la session de Tipaza http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/wp-content/uploads/sites/12/2018/04/DUPIN-Danielle-Algérie-avril-2018.pdf

Rappelons que notre chronique antérieure concernait les travaux 2015 à 2017 (http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/07/02/ateliers-philomaroc-en-mai-2015-toulouse-en-octobre-2015/

ALGÉRIE MARS 2018 Journal de voyage de Danielle Dupin (merci à Danielle de nous avoir permis d’utiliser de larges extraits de son texte)

Dimanche 18 mars

Mes origines se rappellent à moi en ce presque jour anniversaire  du 19 ; période de retrouvailles avec mon pays de naissance, l’Algérie ! Origine : le Chlef, ce fleuve qui passait à Orléansville rebaptisée El Asnam puis depuis, Chlef… ville des tremblements de terre où je suis née il y a 78 ans.

D’abord les visas et démêles avec le consulat de Toulouse ; alors que partout ailleurs tout se faisait en 48 h nous sommes restés dans l’attente… depuis novembre ! Il nous a fallu déployer des trésors de patience, de diplomatie et de sollicitations d’intervention à tout niveau pour faire avancer notre dossier : Ministère ENA, COOP Algérie-France, Magistrat de liaison des ambassades, Affaires Étrangères…pour ENFIN voir la situation se débloquer le dernier jour et sans savoir pourquoi! J’ai eu les passeports tamponnés le vendredi 17 à midi, pour un départ le 18 ! Arrivés à l’aéroport d’Alger, nous trouvons plus commode d’accepter un taxi qui se présente et nous propose de nous conduire toutes  les 5 à Alger centre avec bagages pour … 7,50 euros, c’est bon !

PAS DE QUARTIER CONTRE LES INEGALITES, TNT- Toulouse

Au TNT de Toulouse en mars 2018, notre petit groupe de têtes blanches de Coup de soleil a en moyenne quarante ans de plus que l’ensemble du public : ce soir quelque 250 personnes, salle comble. C’est  l’AFEV (http://toulouseafev.wixsite.com/afev/qui-sommes-nous-) qui a convoqué ce public, comme pour les collégiens tout aussi nombreux cet après-midi.

Les animatrices, A. Bennin et A. Charon sont expertes en film, mais surtout elles réunissent sur scène des gens d’ailleurs, avec qui elles dialoguent depuis des mois pour leur faire raconter leurs vies. A Paris, en janvier,  (http://coupdesoleil.net/blog/la-bande-des-francais-paris-gaite-lyrique-17-janvier-2017/ ) c’étaient Martin (paysan de la Somme), Heddy (boxeur et acteur, quartiers nord de Marseille), Sophia (journaliste fille d’instituteur kabyle), Amir (de Gaza, professeur d’arabe). En mars 2018 à Toulouse nous retrouvons Amir, avec Asmina (fille de Comorienne et chef de phratrie) et Karam (de Damas, acteur).

En fond de scène, un immense paysage rose des toits du vieux Toulouse, que Marc décrypte clocher par clocher. Les trois « acteurs » sont accompagnés par trois musiciens et par la graphiste qui avec une poésie poignante commente, caricature, habille en surimpression les images projetées. Ces vidéos ou ces photos montrent la vie des trois acteurs. Ils délimitent à la craie leur espace symbolique sur le sol de la scène. Ils dialoguent entre eux, avec les animatrices. Ils commentent leurs propres images et vidéos : le mélange est si subtile que souvent la voix enregistrée se superpose à celle de l’acteur qui est devant nous. L’improvisation est permanente, mais avec des outils (graphisme, son, image, vidéo) qui donnent corps au spectacle.

Que nous raconte-t-on ? Des vies faites de courage plongé dans l’humour. Asmina, de santé menacée dès son enfance, est une chef de phratrie qui a su un jour ramener à la raison à coup de chaise un jeune frère, qui doit négocier pour contourner le rêve de beau mariage comorien voulu par sa mère, qui vient de trouver un logis à elle et veut vivre avec son copain sénégalais. Karam, petit fils de réfugié palestinien en Syrie, n’a pas de nationalité, donc pas de passeport, seulement un « document d’identité » : il a pourtant pu fuir de son quartier de Damas sous les bombes vers Moscou, d’où après deux ans il est parti en « classe affaire » d’un avion vers Paris, avec comme seul bagage sauvé de Syrie sa clarinette. Amir s’est inscrit sur conseil de son père à l’Université de Gaza la moins chère : par hasard au Département de français, langue dont alors il ne connaissait pas un mot. Brillant étudiant, une bourse pour la France l’a fait débarquer à Roissy, où il a découvert un pays qui a des champs tout verts, des métros, des noirs, des juifs… et des arabes. Ce que les trois acteurs apprécient en France : la liberté, sexuelle en particulier.

 

En arrivant, nous savions un peu à quoi nous attendre, parce que deux d’entre nous avions rencontré l’équipe à Paris en Janvier  (c’était un spectacle plus « intello » et moins « jeune » que celui-ci, certes, mais qui nous avait donné envie de nous presser de les revoir).

 

Une soirée de Lectures des livres du coup de cœur à Toulouse

cof

– Le 9 Mars 2018, 19h à la Librairie Biffures : Soirée consacrée à la littérature du Maghreb des deux rives, avec présentation publique des 5 livres de Coup de Cœur année 2017-2018 avec lecture de passages choisis et présentation des écrivains.

Zoulikha Tahar, librairie BIFFURES,

Venez nombreux à la librairie BIFFURES, 22 Avenue Jean Rieux à Toulouse,

Jeudi 16 novembre à 19h  : PRESTATION SLAM  et vente dédicace : Zoulikha Tahar,ou bien Toute Fine, vit en Algérie, elle est de passage à Paris du 20 au 28 novembre.
Jeune slammeuse, poétesse et photographe Algérienne, elle est selon TV5Monde, la slammeuse qui veut libérer la parole de la femme en Algérie et l’une des 5 femmes les plus influentes en Afrique selon le journal France 24.
Elle a recemment édité avec l’aide de l’Institut français d’Oran, Algérie, un recueil titré « Presque deux« , c’est 50 photos, chaque texte est illustré par une photo qui se veut être représentative du sujet abordé dans le texte ;  chaque texte parle d’une situation particulière et le recueil dans son ensemble, par du travail sur soi et de l’impact des codes sociaux sur notre bien être intérieur

http://observers.france24.com/fr/20170407-slam-algerie-femme-poesie-urbaine-rimes-droits-violences-rythme

Présentation du soufisme toulousain: Habib

Habib Samarkandi

Habib Samarkandi

Notre ami Habib nous confie le texte de sa conférence pour le GREP Midi-Pyrénées sur le soufisme, particulièrement à Toulouse. Merci à lui et bonne lecture.

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/wp-content/uploads/sites/12/2017/09/SAMRAKANDI-PARLE-DES-ISLAMS-DE-FRANCE-l2.pdf