On aime,on soutient



L’Algérie empêchée, de Akram Belkaid, Toulouse, Salle du Sénéchal 13 juin 20h30

Les amis du Monde diplomatique, ATTAC, L’Université populaire de Toulouse vous invitent:

Toulouse, Marathon des mots: Omar Benlaala et Adlène Meddi, 27 juin 2019, librairie Flourens

Jeudi 27 Juin 11h00. Rencontre avec Omar Benlaala (Tu n’habiteras jamais Paris, Flammarion) et Adlène Meddi (1994, Rivages). Animée par Philippe-Jean Catinchi, Librairie Flourens Rue de la Colombette, Toulouse

La France et l’Algérie, par-delà la décolonisation, ont à jamais les destins liés. À la frontière de la fiction et du réel, Omar Benlaala (Tu n’habiteras jamais Paris, Flammarion) et Adlène Meddi (1994, Rivages), fins observateurs des relations franco-algériennes, interrogent la pérennité du lien entre les deux pays. Qu’il s’agisse de la vie d’un maçon immigré en France en 1963 ou du destin de quatre lycéens algérois dans la tourmente de l’Algérie de 1994, leurs deux récits tirent leur force d’un imaginaire partagé des deux côtés de la Méditerranée. Ils nous feront part de leurs regards sur la situation actuelle de l’Algérie, marquée par la démission du président Bouteflika.

https://www.lemarathondesmots.com/programme/paris-alger-rencontre-avec-omar-benlaala-et-adlene-meddi/ 

Mais aussi Rachid Taha et Brigitte Giraud à l’Espace diversité le 30 juin https://www.lemarathondesmots.com/programme/rachid-taha-la-brulure-brigitte-giraud-et-christophe-langlade/

Et enfin Yamen Manaï sera à la médiathèque de Fenouillet le 30 juin à 11h (le lauréat du Coup de coeur de Coup de soleil pour ce printemps 2019!)

Toulouse Abderrahim BERRADA à Bagatelle, 7 juin 2019

Abderrahim BERRADA  »PLAIDOIRIE POUR UN MAROC LAÏQUE », Tarik Editions, Maroc, déc. 2018, 331 p. » Présentation du livre par l’auteur.
Entrée libre le vendredi 7 juin 2019 à 19h dans la salle de la Maison de quartier de Bagatelle( Adresse : 11; Impasse Bachaga Boualem- A 350 mètres de la station de Métro Bagatelle-Ligne A- Direction Basso Cambo- ou le bus n°13)

Maître Abderrahim BERRADA se présente comme libre penseur, examine dans son essai les conditions de l’émergence du débat sur la question laïque dans le Maroc contemporain. L’auteur s’appuie à la fois sur son expérience professionnelle et son engagement personnel en tant que citoyen sous régime monarchique.
Cet essai est une rupture avec des écrits qui évitent de poser l’alternative laïque pour accéder pleinement à la Démocratie. Les intellectuels marocains libéraux militent plus pour la liberté d’expression, pour l’édification d’un Etat de droit, sans aller plus loin dans les revendications démocratiques allant jusqu’à poser la question de l’hégémonie du modèle religieux allant jusqu’à jeter l’anathème sur les libres penseurs….
Le citoyen Abderrahim Berrada, dans un passage de son ouvrage s’adresse ouvertement à l’opinion publique marocaine- certainement à sa partie dite éclairée ou lettrée- en ces termes :
 » mesdames, messieurs, il faut que vous sachiez ce que vous voulez vraiment. Si, dans votre for intérieur, vous voulez sincèrement un régime laïque, sachez que la laïcité, d’une part signifie la séparation claire du religieux et du politique, d’autre part doit être revendiquée comme telle, par son nom, indépendamment de tout souci de conformité avec telle ou telles religion. Ne mélangez pas les genres car l’islam, comme toute religion, défend les droits de Dieu alors que la laïcité défend les droits de l’homme. Ayez donc le courage d’aller jusqu’au bout et de dire ouvertement, explicitement, que vous êtes laïques. C’est une question qui relève de l’honnêteté intellectuelle….Alors ne mendiez pas, car il s’agit d’un droit, le droit à la liberté, à la dignité…. »(2018, p.108) [Mohammed Habib SAMRAKANDI ]

Notre ami Habib nous envoie un complément d’information pour ce sujet important:

Un Parfum d’Averroès chez Abderrahim. Berrada ? (*)

Mokhtar Zagzoule, Professeur, Université Paul Sabatier, Toulouse

Dès les premières pages de l’introduction de cette « plaidoirie pour un Maroc laïque », je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Ibn Roshd (alias Averroès) et à son «Fasl Al Maqâl» (Discours,décisif).

Au XII ème siècle, face aux attaques d’El Ghazali et toute une cohorte de fouqahas, visant la philosophie comme « une innovation blâmable » voire « hérétique », le Juge-Philosophe Averroès, dans son « discours décisif » convoqua la philosophie dans un procès (en fait un avis juridique, une«Fatwa»)où il cherchait: « dans la perspective de l’examen juridique, si l’étude de la philosophie et des sciences de la logique est permise par la Loi révélée, ou bien condamnée par elle, ou bien encore prescrite, soit en tant que recommandation, soit en tant qu’obligation. » (Premier paragraphe, p.103 de (**)).

On connait sa réponse : « que l’activité désignée sous ce nom est, en vertu de la Loi révélée, soit obligatoire, soit recommandée ». 71 autres paragraphes confirmeront et détailleront à coup d’arguments rationnels cette « obligation / recommandation ». Le juge s’est de fait transformé en un avocat déterminé de la philosophie rationnelle, offrant une plaidoirie fougueuse, allant jusqu’à considérer le philosophe, détenteur de méthodologie démonstrative scientifique de la nature, « la création de Dieu », seul capable/ apte/ habilité plus que le théologien pour interpréter les versets coraniques si conflit d’interprétation il y a avec les résultats de la science de la nature. Galilée arrivera aux mêmes conclusions plusieurs siècles plus tard ( cf. « lettre de Galilée à Christine de Lorraine-Duchesse de Toscane» (1615).

Au XXIesiècle, dans ce même Occident musulman, Abderrahim. Berrada, le juriste, l’Avocat, se dresse et publie une très longue plaidoirie (331 pages) pour défendre une accusée : la laïcité. Face à tous ceux qui, soit ont condamné la laïcité de prime abord, par méconnaissance ou par intérêt idéologique et/ou politique, soit n’osent pas en parler publiquement ni la défendre au Maroc (et par extension dans tous les pays dits arabo-musulmans) par calcul politique ou par démission intellectuelle.

Il y a un souffle « Roshdien » indéniable chez A. Berrada tout au long de ce livre/pavé jeté dans la marre de notre passivité intellectuelle. La démarche très didactique (voire dialectique ?) des deux opus est frappante. L «’impossible» tâche / mission / opération de «défense» est aussi commune aux deux protagonistes dans les deux thèmes abordés : la « philosophie » (et sciences de la nature en général) pour l’un et la « Laïcité » (ou science du vivre ensemble ?) pour l’autre. Tant la philosophie et la laïcité sentent plus que le souffre et « l’illicite» dans les contrées dites musulmanes. Tant l’une ne va pas sans l’autre. Car la philosophie nécessite la «liberté de conscience et de penser» ce qui est pour A. Berrada, le premier pilier de la laïcité. Le second en est bien sûr la séparation du religieux du politique.

Ibn Roshd accomplissait sa tâche ardue, pour la philosophie, en tant que juge disant la loi au nom de la «Loi révélée», au nom du Coran. Berrada accompli la sienne au nom de la loi humaine et en dehors de toute religion. Ibn Roshd, par sa fonction même de «juge des juges» musulmans, (ainsi que par la situation qui prévalait à l’époque sous les Almohades), était obligé, en son temps, de chercher la compatibilité , l’aval coranique ; de s’appuyer sur des versets coraniques pour défendre la philosophie (et de céder sur la «vérité prophétique», mais passons… ), Berrada, l’avocat, ne cherche pas à rendre l’islam «compatible» avec la laïcité : il évacue tout débat sur la religion et ne cherche l’aval d’aucune religion y compris l’islam. Après avoir précisé que : « Ce travail, n’a d’aucune façon pour but de livrer une quelconque guerre idéologique contre l’islam », il ajoute « Et pour cause : la lutte pour la laïcité est totalement indépendante de tout débat sur les dogmes des religions, toutes les religions, sur leurs qualités comme leurs défauts» souligne-t-il dès l’introduction (p.31).
Car, poursuit Berrada : «Par définition, l’Etat laïque est neutre par rapport au fait religieux. » (p. 31). Le juriste ici ne tire les sources du droit d’aucune… source religieuse où religion-compatible. Mais «de dire qu’il faut, pour que les marocains puissent enfin accéder à la démocratie, que leur société soit régie par des règles de droit exclusivement civiles. Des règles purement et modestement humaines, adoptées par un législateur qui en débat en totale liberté et qui est éclairé par les seules lumières de la raison, sur la base de la philosophie du droit naturel, où tous les humains appartiennent à une même famille et jouissent, par principe, des mêmes droits fondamentaux».

Ibn Roshd s’est basé sur les «Lumières de la raison» pour défendre le droit à philosopher en terre d’islam, en soumettant, au passage, le Fiqhà la démarche rationnelle, A. Berrada se base sur les mêmes «Lumières de la raison » pour défendre la laïcité comme fondement de l’Etat de droit dont le droit serait civil et laïque.

  1. Berrada ce faisant se démarque aussi de ceux qui cherchent à faire évoluer l’islam vers l’acceptation d’une «sécularisation » de l’Etat, voire ceux qui tendent à faire croire que la laïcité est compatible avec «l’islam religion d’état». A tous ceux-là il dit clairement :

«Si dans votre for intérieur, vous voulez sincèrement un régime laïque, sachez que la laïcité, d’une part signifie la séparation claire du religieux et du politique, d’autre part doit être revendiquée comme telle, par son nom, indépendamment de tout souci de conformité avec telle ou telle religion.(…) Alors ne mendiez pas, car il s’agit d’un droit, le droit à la liberté, à la dignité. Sachez que ce droit, cette liberté, cette dignité, vous appartiennent naturellement par nature, en tant qu’êtres humains. Vous n’avez à le quémander à personne. Tenez-vous debout, car la défense de la laïcité, comme toute défenses digne de ce nom, ne peut se faire en position couchée. L’homme n’est pas une serpillière. »

Message reçu 5 sur 5. Alors nous t’invitons à Toulouse ce 07 Juin 2019(Maison du quartier de Bagatelle- Impasse Bachaga Boualem-Métro Bagatelle- Ligne A)  pour engager et poursuivre le débat, la compagne d’information /instruction sur ce qu’est la laïcité, un fondement sine qua none de la démocratie. Pour ici et pour le Maroc.

Merci Abderrahim pour ce bol d’air et d’espoir dans la grisaille environnante de nos penseurs «assagis» qui, en paraphrasant le poète Abdelatif Laabi «ont cloué leurs glottes et leurs poings»(«bonne année camarade» Mai 1969 ( in « Règne de Barbarie« , ) . à de rares exceptions près.

Mokhtar Zagzoule

Toulouse, Juin 2019

 

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(*) Premières impressions de lecture et extraits du livre d’A. Berrada intitulé : «Plaidoirie pour un Maroc Laïque» Tarik Éditions, Maroc, décembre 2018.
(**) Averroès : Discours décisif, traduction de Marc Geoffroy, introduction d’Alain de libera, édition bilingue, GF-Flammarion, 1996.

 

Kabyles un jour, parisiens toujours : les bistrots de Paris,

Kabyles un jour, parisiens toujours :
les bistrots de Paris, une histoire de familles
La Java, les Folies, les Ours, les Rigoles… De nombreux cafés parisiens très populaires sont tenus par des familles d’origine kabyle qui ont su conserver l’âme historique de ces établissements.

Cette enquête a été réalisée par Yassin Ciyow et Pierre Vouhé, diplômés de la promotion 2018-2019 de la Street School (désormais La School), un programme de formation en journalisme de l’association Media Maker. 

Bienvenue aux Folies, institution centenaire du quartier de Belleville, à Paris. Sous la lumière blafarde de ses immuables néons à la lueur rosée, Elias et Sami, la trentaine, sirotent tranquillement leurs pintes. L’un vit à Saint-Ouen, l’autre dans le XIIarrondissement, mais ils n’hésitent pas à traverser Paris «pour profiter de la mixité et de l’ambiance» qui règnent ici. Il y a aussi Lola et Clémence, qui se rencontrent pour la première fois après un premier contact noué sur un site de rencontres. A côté, José, ouvrier retraité d’origine portugaise, retrouve ses compatriotes au comptoir chaque mercredi. Ils se racontent, dans leur langue maternelle, les mêmes histoires depuis trente ans.

Le bistrot mythique brasse large : riverains, parisiens, étudiants, parents à poussettes ou touristes… Tout comme aux Mésanges, aux Ours (XXe), au Zorba, à la Java (Xe) ou au Bastringue (XIXe). Derrière ces success story qui font des quartiers République, Oberkampf et Belleville le nouveau triangle d’or des soirées parisiennes, se cache une poignée de familles.

Il y a ainsi la famille Selloum, ou plutôt les familles Selloum. Une fratrie se partage les Folies, les Rigoles (XXe) ou encore les Blouses blanches (XIIe) pendant que leur cousin Zico s’est constitué un bel ensemble d’établissements aux noms pas moins réputés : la Colonie (Xe), les Ours, c’est chez lui ! C’est aussi l’histoire des frères Messous, dont les affaires s’étendent de Montreuil (Bistrot du Marché, Chinois ou encore La Grosse mignonne) à Paris (l’Alimentation générale, Xe, L’Olympic, XVIIIe, etc.).

Ils ne se connaissent pas forcément, mais la plupart sont nés et ont grandi dans le quartier. Et tous ont un point commun en plus d’avoir la bosse du commerce : leur origine kabyle. Yassin Selloum, le patron des Folies : «J’ai grandi juste au-dessus du bar avec mes frères, et on y a travaillé avant de reprendre l’affaire», confie ce gaillard de 32 ans au visage poupin, assis décontracté devant une entrecôte-pommes grenailles aux Blouses blanches (XIIe), autre bistrot dont il est le taulier.

L’argument de ces patrons : avoir su conserver l’âme historique de ces établissements. «Chez nous, on n’encaisse pas tout de suite les clients, ils viennent au bar et ils nous disent combien de bières ils ont bues», précise Yassine. Une manière de se distinguer des bars-PMU impersonnels et des bistrots parisiens touristiques sans âme où la pinte de bière se facture 10 euros.

L’ancrage local de ces bistrots explique d’ailleurs en grande partie pourquoi leurs rideaux de fer sont restés levés pendant les manifestations des gilets jaunes, comme l’explique Farid, patron avec ses quatre frères de la Maison Bistrot (Xe), un autre troquet de ce triangle d’or : «Personne n’est venu casser parce que les gens nous connaissent et que le lieu représente quelque chose pour eux.»

Des bistrots de famille, legs de l’histoire coloniale Pour comprendre l’origine de cette réussite, il faut remonter à la fin des années 50. A l’époque, les bougnats – nom donné aux Auvergnats montés à Paris – sont cafetiers et règnent sur un empire constitué d’hôtels, de restaurants et de bars de la capitale. Peu à peu, ils cèdent certaines affaires de l’est parisien aux Kabyles, où, sur fond d’histoire coloniale, cette communauté de travailleurs venus d’Algérie s’est établie au début du siècle passé.

Tout aurait pu s’arrêter avec l’indépendance de l’Algérie. Avant 1962 et les accords d’Evian, seules les personnes de nationalité française pouvaient disposer de la licence IV, permettant de vendre de l’alcool à consommer sur place. Pour éviter la perte de leur licence aux cafetiers déjà installés à Paris, les négociations préalables aux accords prévoient que les ressortissants algériens soient exemptés de la condition de nationalité. Une aubaine pour les Kabyles, qui en profitent pour acheter de plus en plus de cafés aux Auvergnats.

Les troquets tenus par les Kabyles deviennent des lieux de vie pour une immigration de première génération d’hommes, venus travailler seuls à Paris. Quand ils ne sont pas à l’usine, les ouvriers se retrouvent dans ces bistrots où ils parlent la même langue et peuvent profiter du téléphone pour appeler la famille restée au pays. Les arrière-salles servent aussi à accueillir les djeema, ces assemblées de famille ou de village où se prennent en collégialité les décisions qui concernent les membres du groupe.

Experts en bonnes affaires Alors que les «papas» faisaient tourner de modestes affaires, la génération qui a repris la main dans les années 1990-2000 a su développer le business familial en reprenant de nombreuses affaires. «A une époque, ils ont eu le nez creux, en reprenant des affaires dans des coins de Paris qui n’étaient pas encore tendance mais qui le sont devenus», analyse le serveur qui officie dans l’un des bistrots hype. Les nouveaux tauliers de l’est parisien disent fonctionner à l’instinct, aidés par les bons tuyaux de leurs fournisseurs en café et fûts de bières, qui jouent parfois le rôle d’informateur. «Si tu as un coup de bol, ça marche, et si tu n’en as pas, tu te casses la gueule et tu fermes»,philosophe Farid, patron avec ses frères des Gouttières, du Toucan, du Ciré jaune et de la Java, tous situés dans le Xe.

A l’écouter, la génération actuelle est l’héritière d’une ambiance, mais pas rentière. Ce que confirme Frédéric Hocquard, adjoint à la maire de Paris chargé de la vie nocturne et de la diversité de l’économie culturelle : «Il ne suffisait pas de reprendre le bar de papa et de servir des demis pour se faire une place. La concurrence est rude dans la capitale, qui compte près de 9 000 licences IV.»

«Fait maison» Dans ces familles, la réussite repose aussi sur le «fait maison», véritable marque de fabrique. De la reprise d’affaires à leur fonctionnement en passant par le service, c’est la famille au sens large qui se retrouve en première ligne, comme l’explique un serveur : «Il n’y a pas d’organigramme clair des fonctions de chacun», raconte un serveur rencontré dans l’un de ces bars. «Tu peux avoir affaire à un frère ou un cousin, les responsabilités ne sont pas toujours clairement déterminées.»L’entraide familiale et la solidarité sont des marqueurs forts de cette communauté, qui a dû se serrer les coudes pendant l’époque coloniale et au sortir de celle-ci.

Aujourd’hui encore, alors même que les propriétaires actuels se revendiquent parisiens plus que kabyles, les serveurs sont, dans leur immense majorité, des hommes d’origine kabyle. Et les patrons continuent de s’investir pleinement dans la gestion de leurs établissements, tout florissants soient-ils. «La plupart du temps ils font les travaux eux-mêmes. Si une machine est en panne, ils peuvent venir en pleine nuit pour se charger de la réparation», explique un salarié. Une manière de rester entre soi, et de ne pas dénaturer les bistrots repris par la première génération tout en évitant de coûteux investissements. Le patron des Folies, Yassine Selloum, le confirme, léger sourire aux lèvres : «Nous, contrairement aux Auvergnats, on ne fait appel ni à un décorateur, ni à un designer, ni à un architecte. Ici le carrelage, c’est moi qui l’ai chiné !»

(un prix pour ceux qui nous envoient les photos de ces lieux mémoriels et conviviaux…)

Une journée au soleil, Arezki Metref, film à Toulouse le 10 mai 2019

Une journée au soleil (documentaire), Arezki Metrefet Marie-Joëlle Rupp, SaNoSi Productions, BIP TV (Berry Issoudun Première Télévision), deux versions (56 et 78 minutes)

Nos amis du Gers avaient déjà présenté le film que nous donne ce centre culturel qu’est la Pizzeria Belfort à Toulouse, le 10 mai 2019, en présence de Metref.

Tourné dans un café parisien, le documentaire retrace l’histoire de l’immigration algérienne en France, à travers les témoignages d’enfants d’immigrés nés ou arrivés en France dans les années 1930, d’immigrés ayant vécu et participé à la guerre de libération et de ceux qui ont quitté le pays dans les années 1990, sous la menace terroriste, selon son réalisateur et co-scénariste.

L’histoire de l’immigration est également analysée sur plus d’un siècle, grâce à l’apport des historiens Benjamin Stora, Mohamed Harbi et Omar Carlier qui recadrent sur la durée ce que fut la sociabilité des cafés de Barbès..

Le film aborde le « café » comme un « substitue au village » algérien, un « haut lieu de rassemblement » de militants nationalistes, de syndicalistes et de politiques, ou encore comme un espace et point de chute pour intellectuels et artistes, explique le réalisateur.

Le réalisateur dit s’être pencher sur les conditions des immigrés à différentes époques, sur la solidarité communautaire et l’organisation du mouvement national ainsi que sur le rayonnement des artistes algériens dans ce lieu de rencontre « hautement social », qu’est le café.

Colette Zytnicki, Mémoires algériennes, deux rencontres (Ombre blanche 18 mai, Pizzeria Belfort 7 juin 2019)

Deux livres présentés par leur auteure… Colette Zytnicki,

Un village à l’heure coloniale

Belin

À 16 h : Conférence de Colette Zytnicki autour de 1962. Fin de guerre et arrivée des Pieds-Noirs, son ouvrage paru aux éditions Midi-Pyrénéennes dans la collection « Cette année-là… à Toulouse ».
À 17 h : Rencontre avec Colette Zytnicki autour son ouvrage Un village à l’heure coloniale. Draria, 1830-1962, qui vient de paraître aux éditions Belin.

Colette Zytnicki est professeur émérite à l’université Toulouse Jean-Jaurès/Laboratoire FRAMESPA. Spécialiste du Maghreb colonial, elle a notamment publié L’histoire des Juifs au Maghreb (PUPS, 2011) et L’Algérie, terre de tourisme (Vendémairie, 2016).

https://www.ombres-blanches.fr/les-rencontres/rencontre/event/colette-zytnicki/un-village-a-lheure-coloniale/9782410003567/5/2019//livre///9782410003567.html

Nous avons reçu l’auteur le 7 juin pour reparler de ses livres, aperçus à Ombre Blanche… Notre commentaire s’est donc enrichi en trois semaines!

A la librairie Ombres blanches, le 18 mai 2019, Colette Zytnicki présente deux livres sur les « pieds noirs » algériens. Ils font suite à des ouvrages édités dans les cercles universitaires : Histoire des juifs du Maghreb(2011) et L’Algérie terre de tourisme(2016). En cette année 2019 coup sur coup : 1962, fin de guerre et arrivée des Pieds-noirs… à Toulouse, dans une collection de mini-livres « cette année là à Toulouse », Editions midi-pyrénées, 47 p. (on peut lire dans la même collection : 1871 La Commune, 1939 La retirada, 1942 Mgr Saliège). Nous rencontrons l’éditeur de cette collection, Didier Foucault, qui annonce comment cette collection va se fédérer avec d’autres régions. Le petit ouvrage « 1962 » est très vivant; son dernier chapitre (Loin, bien loin de l’Algérie) est un véritable guide de la vie « pied-noire » en région toulousaine… qui n’oublie pas nous autres des Pieds noirs progressistes et les gens de Coup de soleil ! Un « traçeur » de ces souvenirs actuellement : dans quelles boulangeries trouve-t-on à Pâques des mounas ?

Plus long à approfondir, bien sûr, Un village à l’heure coloniale, Draria, 1830- 1962, Belin, 320 p. est une monographie de centre de colonisation en Algérie, devenu  dans les années 1960 une banlieue d’Alger. Colette Zytnicki nous dit qu’elle ne pouvait choisir que ce « village » parce que ses grands parents « en étaient », sans qu’elle en dise plus sur leur identité. Dans le style de Alain Corbin (Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot. Sur les traces d’un inconnu (1798-1876), le récit vivant de la « cohabitation » des « colons » et des « indigènes », d’après de riches archives, dans lesquelles bien sûr le côté « français » est beaucoup plus fourni que le côté « indigène ». Si l’on en croit la bibliographie de l’ouvrage, on recense peu d’autres histoires locales de ce type en Algérie : La Calle et Fleurus, même si des livres d’historiens, géographes ou sociologues peuvent nous apporter beaucoup sur cette histoire locale. Chez les sociologues décrivant le « contemporain «  de leur époque, rien pour l’Algérie, compensé par deux classiques, en Tunisie (jean Duvignaud Chebika, 1968) et surtout au Maroc (Jacques Berque, « Structures sociales du haut atlas » PUF 1955).

extrait du Guide Michelin Maroc, Algérie, Tunisie, 2e édition (vers 1932)

Les débuts du village de Draria, c’est la volonté de l’administration coloniale naissante, avant 1850, en s’appuyant ici sur un « promoteur » privé, de créer des centres de peuplement pour occuper et sécuriser des espaces pour l’essentiel confisqués aux « indigènes ». Draria, tout près d’Alger, est un enfant chéri de l’administration. Il faut que les villages aient les qualités économiques et morales de villages français, même si dès le début des Espagnols, plus quelques Italiens, Maltais, Allemands ou Suisses participent à cette colonisation. Au fil des décennies les « indigènes » restés sur place, revenus après une période de dissidence, ou immigrés surtout depuis la Kabylie, pour profiter de lopins de terre, ou plus encore de travail salarié, habitent à proximité du village, puis au sein de celui-ci, si bien que dès le début du Xxe siècle siècle ils y sont majoritaires. La cohabitation ne cesse d’être distante ou conflictuelle, mais ces indigènes ne cessent de s’insérer dans cette société coloniale, pour y obtenir des droits, des statuts certes mineurs, si bien que sans cesser d’être des musulmans qui parlent arabe ou kabyle, ils deviennent aussi des « français », certes jamais égaux des non musulmans. La description de cette « francisation » à travers deux guerres mondiales, et surtout la guerre civile de 1954- 62, la montée de la violence au cours de celle-ci, le dénouement avec le très brusque départ des « pieds-noirs » sont particulièrement nuancés dans la description de Colette Zytnicki.

Pour comprendre la relation particulière des pieds-noirs à la France, le livre montre comment un village de colonisation, dont on veut faire un morceau de campagne française avec des gens venus de partout, est sans cesse tenu en main, voire à bout de bras, par une administration qui veut tout savoir, tout contrôler. Or ces pieds noirs ont été le bras armé de la France pour reconquérir son indépendance pendant la second guerre mondiale, depuis Alger devenue la capitale de la France Libre. Comment auraient-ils pu imaginer, encore à l’automne 1961, que la « mère patrie » cesserait d’exercer sa souveraineté sur « leur »  Algérie? Colette Zytnicki nous dit que ses parents, en partie descendants du « village », ont « émigré » au Maroc comme instituteurs dans le bled: elle y est née et n’a donc pas connu personnellement le drame de 1962. Dans la conversation, elle nous parlée son collègue Fabien Sacriste et de son étude sur les camps de regroupement de la Guerre d’Algérie https://catalogue-archipel.univ-toulouse.fr/primo-explore/fulldisplay?docid=33TOUL_ALMA51453293530004116&context=L&vid=33UT1_VU1&lang=fr_FR&search_scope=default_scope&adaptor=Local%20Search%20Engine&isFrbr=true&tab=default_tab&query=any,contains,Sacriste&sortby=date&facet=frbrgroupid,include,128243020&offset=0 et de sa collègue Katia Kemash Gérard et de son travail sur les harkis dans le sud-ouest (et particulièrement au camps de Bias) https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01214972 ,

La guerre d’Algérie, histoire commune, mémoires partagées ?

En cette fin d’avri 2019 Marc et Claude participent au lancement à Toulouse de ce programme de l’Office National des Anciens Combattants, mis en place par Paul MORIN. Il a écrit une thèse sur la mémoire de la guerre d’Algérie, financée par l’ONAC. Son collègue sur ce programme est Maxime RISS.

Autour de la table, avec les organisateurs de la réunion (ONAC), un historien de l’Université Jean Jaurès, deux représentants d’associations de harkis, deux anciens militaires français, un représentant de la FNACA… et nous de Coup de soleil.

 Présentation du projet. Il s’agit de comprendre l’histoire grâce aux mémoires. Mémoire commune / histoire partagée ?

Ce programme repose sur quatre axes :

– Une exposition de 23 panneaux (disponibles dans chaque département).

– Une formation des enseignants.

– Une documentation sur Internet et sur clef USB

https://www.onac-vg.fr/une-exposition-numerique-sur-les-memoires-de-la-guerre-algerie

– L’action principale à organiser est la présentation de témoignage dans des classes de lycées ou surtout de collèges, avec quatre témoins : Pied-noir, Harki, Soldat français et Soldat FLN. Mais avant cette présentation de témoignages il y a un travail préalable avec l’enseignant, en classe et avec l’exposition disponible.

La séance comporte d’abord une présentation historique par l’enseignant. Puis chaque intervention de témoin dure à peu près 15 minutes sans interruption.Puis est organisée une heure de discussion avec les élèves suivie d’un moment convivial où les élèves peuvent s’exprimer auprès de l’un ou l’autre des intervenants.

Dans notre réunion est posée la question du risque de présenter des mémoires où «  tout se vaut » ? Paul Morin répond qu’il n’est pas question de donner la parole à ceux qui justifie la torture ou les violences terroristes C’est plutôt la juxtaposition des souffrances que la confrontation de point de vue d’auto-justification.

Cette expérience a déjà été menée à Lyon, à Marseille, en Île-de-France, en Alsace, dans les Hauts de France, à Clermont-Ferrand et à Nice.

Chez Zoubir, 21h, 10 mai 2019, Une journée au Soleil », un documentaire d’Arezki Metref.

Algérie aujourd’hui: avec les Amis d’Averroès 18 avril 2019

Table ronde à l’Espace diversité Rue d’Aubusson, à 19h le 18 avril 2019

« L’Algérie entre souveraineté populaire et légalité constitutionnelle »

Réunion à Toulouse le 18 avril 2019, organisée par Les amis d’Averroès et l’Association  des Pieds-noirs progressistes, avec :

 

Malika

Saïd

Malika Remaoun, fondatrice de  AFECEP http://afepec.org(venue d’Oran)

Saïd Kateb, sociologue (venu d’Oran)

Youcef Aït Tahar, journaliste.

Dans la salle faite pour 60 chaises, on a casé une centaine de personnes. Très large majorité d’ « Algériens », dont la plupart sont devenus des toulousains de vieille date, plus de vieux que de jeunes (dont une seule femme porte un strict foulard…). Chaleureuse ambiance bruyante : beaucoup se connaissent et je reconnais quelques visages, certains me saluent. Ambiance de vieux militants heureux de se retrouver.  Pour certains jeunes on sentait une rupture générationnelle par rapport au discours de certains intervenants.

Youcef, à partir de sa page facebook projetée sur l’écran, nous reproduit l’ambiance des manifs à Oran. Saïd, dont le discours est celui d’un politique intransigeant, nous restitue les slogans de ces manifs : il commence en citant les mots français, continue en arabe (dans la salle, des Algériens lui demandent de traduire…). Malika, en phrases précises, décrit comment son association travaille obstinément depuis mars 1989 à sensibiliser à l’exigence de l’égalité pour la citoyenneté. Elle et « ses copines » forment au sein des manifs un « carré féministe », qui incorpore sous ses banderoles de plus en plus… d’hommes jeunes. De temps en temps on essaie de dialoguer avec un étudiant oranais par Skype, mais la ligne coupe chaque fois qu’on l’a attrapée…

Nous qui suivons les événements algériens, jour après jour, dans la presse française, découvrons des « détails » au delà de ce que nous savons déjà. On nous confirme que le « peuple algérien » est très jeune et éduqué, même si les vieux manifestent aussi, que ce peuple a appris la contestation dans les stades de foot, que le « système » est un bloc qui se fissure depuis la candidature de Boutef à un cinquième mandat, que ce système maffieux dont la prospérité dépend des pétrodollars pénètre toute la société, partis, associations incluses. Mais les détails nous apprennent beaucoup ce soir.

Si l’on sait que le président du Conseil constitutionnel a démissionné en début de semaine, c’est ce soir que le secrétaire général du syndicat l’a fait à son tour.  Autres nouvelles : des maires (Cherchell, Bejaia) proclament leur refus d’organiser les présidentielles du 8 juillet prochain. On apprend que les jeunes d’Oran ne demandent qu’à discuter avec les groupes de militants, mais pas dans une salle : dans la rue, parce que la toute récente conquête de l’espace public est essentielle, où l’on manifeste en famille, femmes et hommes ensembles. Nos trois intervenants soulignent que le combat sera long, pour se débarrasser de la « culture FLN » qui règne dans les têtes, pour rendre naturelle l’idée d’autonomie, pour faire travailler ensemble des associations souvent très petites afin de constituer une plate-forme cohérente.

Deux dossiers fondamentaux font débat : si l’arméeest la seule institution qui « tient », elle est à la fois un haut commandement très fortement lié au « système », un symbole de l’union de la nation, un corps d’officiers compétents qui n’ont jamais combattu et dont on ignore quelles fractures le divise. Le principe d’une refondation de la Républiquealgérienne doit affirmer « la liberté », mais quelques uns pensent dans la salle qu’il ne faut pas briser l’unanimité, alors que nos trois intervenants, comme la grande majorité du public, considèrent que la liberté n’a de sens qu’avec la séparation du religieux et du politique, qui seule garantira l’égalité femmes/ hommes. La méfiance est grande envers les islamistes  modernistes qui revendiquent leur forme de liberté, pour tout le monde, donc ceux qui prônent la charia.

Sur « l’international », des interprétations variées : l’importance des solidarités et des « influences » mutuelles avec d’autres peuples, dont les français semblent en première ligne, mais aussi les craintes devant le poids des « grandes » puissances, USA bien sûr, mais aussi pétromonarchies orientales, Iran, on parle peu de Chine et de Russie… et un peu plus de France. (Coup de soleil Toulouse: Claude et Yasmina)

Rappelons que, à propos des événements du Mzab, voici quatre ans, nous avions eu droit à une plongée dans la vie politique algérienne dont il faut se souvenir… http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/10/13/3e-journees-franco-algeriennes-de-toulouse/

Résistantes: film d’actualité algérienne?

« RESISTANTES » de la réalisatrice Fatima Sissani 2019

Ce film a fait l’objet d’une première tentative de sortie en 2017, sous un titre différent et très beau : Tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans, qui subsiste en tant que sous-titre pour le film actuel, devenu Résistantes. Ce mot, plus objectif que lyrique, convient très bien pour les trois personnages de femmes que Fatima Sissani a choisi de montrer. Ce sont des femmes qui, vivant en Algérie, ont choisi délibérément le parti du FLN en 1954, lorsque la guerre d’indépendance a été déclarée. La réalisatrice elle-même n’a évidemment pas connu cette époque, puisqu’elle est née en 1970, pour autant, elle se sent proche de ces femmes dont elle admire le choix et qui entrent dans le cadre des figures maternelles dont faisait partie le personnage de son beau film, La langue de Zahra (2011).
D’ailleurs elle ne cherche pas à maintenir le même regard sur ces trois femmes, on a au contraire l’impression qu’elle a souhaité et su laisser à chacune le plus possible d’autonomie. Il est probable que sa préférée est la plus âgée des trois, Eveline Lavalette, née en 1927 et morte peu après le tournage du film, en 2014. Eveline qui dit n’avoir jamais eu d’autre pays que l’Algérie y est née dans une famille bourgeoise d’origine française installée depuis deux générations et qui a certainement été très surprise par le choix de la jeune femme en 1954. D’autant qu’Eveline ne fait pas partie de ces gens devenus militants ou militantes en passant par le parti communiste, avec lequel elle dit ne pas avoir d’affinités. Elle est ce qu’on appelle un esprit libre, qui se décide uniquement en fonction de ses propres convictions. Et c’est ainsi qu’elle se met au service de l’un des organisateurs du FLN, Benkhedda, jusqu’au moment où elle est arrêtée, le 13 novembre 1956. Commence alors la prison et malheureusement l’inévitable torture, sans parler des traitements lourds qu’on lui inflige, du genre électrochoc, en tant qu’aliénée ou malade mentale. On peut croire à d’inévitables séquelles bien qu’on n’entende pas une plainte de sa part, et l’on ne sait pas grand-chose de sa vie personnelle sinon que dans les années 60 elle prend par son mariage le nom de Safir ; et que dans la dernière période de sa vie en tout cas, elle vit près de Médéa dans un magnifique paysage de campagne préservée. Le film s’achève par le dépôt sur sa tombe d’un bouquet que lui offre en hommage l’une des autres femmes du film, Zoulikha Bekaddour, qu’on a elle aussi l’occasion d’entendre raconter certains aspects de son combat.
Zoulikha Bekaddour est une personnalité connue en Algérie, où elle est née en 1934, et où elle a exercé longtemps comme conservatrice en chef de la Bibliothèque Universitaire d’Alger. Femme d’une remarquable vivacité, elle n’a nullement renoncé à exprimer ses opinions politiques, notamment sur le détournement qu’ont subi au cours du temps les idéaux de la guerre d’indépendance. Elle est particulièrement intéressante lorsqu’elle raconte ce qu’ont été les conditions de détention de femmes comme elle et tout ce qu’elle doit à la fréquentation des autres détenues, dont de nombreuses communistes extrêmement rigoureuses dans leurs pratiques et dans leurs idées. Quoi qu’il en soit, elle est de celles (et de ceux, il y en a aussi !) dont l’attachement aux idées de la révolution algérienne (faut–il dire jusqu’en 1962, ou en 1965, ou quelle autre date ?) reste inconditionnel et sans réserve, au point d’interdire toute possibilité d’échange avec une partie au moins des nouvelles générations. On le remarque d’autant plus que par ses apparences physiques, Zoulikha Bekkadour est restée une personne tout à fait moderne, alerte et vive, dont il ne viendrait pas à l’idée de dire qu’elle appartient à des temps révolus. Peut-être est-ce là un des enjeux du film : comment concilier fidélité et évolution.
La troisième des femmes que nous montre la réalisatrice est née en 1936 et elle a participé moins directement que les deux autres aux combats de l’indépendance, même si son adhésion à la cause n’était pas moins totale et profonde. En fait cette position se précise, chez Alice Cherki, lorsqu’elle fait la connaissance en 1953 du psychiatre martiniquais Frantz Fanon, né en 1925 et nommé en 1953 médecin chef à l’hôpital psychiatrique de Blida. A partir de là, il consacre toute ses connaissances et compétences de psychiatre à analyser la mentalité inculquée par les colonisateurs aux colonisés. Alice Cherki, de manière récente (2011) a fait paraître une biographie de celui qui a été son maître jusqu’à ce qu’il meure prématurément en 1961.