Editorial
Ce mois-ci nous vous proposons de vous intĂ©resser Ă quatre romans et Ă trois films (dont un court) ainsi quâĂ lâactualitĂ© Ă©vĂ©nementielle signalĂ©e par deux notes dâinformation.
On sait que le roman est dans les sociĂ©tĂ©s occidentales le genre littĂ©raire qui a le plus grand nombre dâadeptes, tant parmi les lecteurs que parmi les Ă©crivains eux-mĂȘmes. Câest une Ă©vidence qui apparaĂźt clairement dans la sĂ©lection ici proposĂ©e par la Lettre.
Mathieu BĂ©lĂ©zi remonte aux dĂ©buts de lâĂ©poque coloniale en AlgĂ©rie pour Ă©voquer « Emma Picard », malheureuse hĂ©roĂŻne dâune entreprise vouĂ©e au malheur. A lâinverse, SĂ©bastien Lapaque ne cesse de trouver son bonheur dans une AlgĂ©rie (« ThĂ©orie dâAlger »)que le grand maĂŻtre de la BD Jacques Ferrandez lâaide Ă Ă©voquer par ses illustrations.
LâAlgĂ©rie est prĂ©sente aussi en France, dans les communautĂ©s de travailleurs Ă©migrĂ©s qui existent parfois ailleurs que dans les banlieues et loin de toute grande ville, comme le montre la Lyonnaise Dalya Daoud dans  un roman tirĂ© de ses souvenirs, « Challah la danse ».
Pour le dĂ©cryptage de lâAlgĂ©rie contemporaine, on peut sâen remettre Ă la subtilitĂ© du grand Ă©crivain Samir Toumi qui soumet Ă notre interprĂ©tation son roman « Amin » intrigant et nuancĂ©, malicieux sans doute.
CĂŽtĂ© films, celui dâAbdenour Zahzah affirme son originalitĂ© dĂšs son titre qui est long et circonstancié : « Chroniques fidĂšles survenues au siĂšcle dernier Ă lâhĂŽpital Blida-Joinville au temps oĂč Docteur Frantz Fanon Ă©tait chef de la cinquiĂšme division entre 1953 et 1956 ». On se doute que cette objectivitĂ© renforcĂ©e cache un engagement fervent qui est Ă la fois celui du rĂ©alisateur et celui de Frantz Fanon lui-mĂȘme dont les dĂ©buts dans lâexercice de la psychiatrie se sont en effet passĂ©s Ă Blida.
« AĂŻcha » du Tunisien Mehdi Barsaoui donne lâexemple dâune Ă©mancipation fĂ©minine qui semble dâabord providentielle mais qui nâen est pas moins difficile et risquĂ©e.
« Chikha » est un film court marocain qui fait ici lâobjet dâune note incitant  à le voir en complĂ©ment du dĂ©sormais cĂ©lĂšbre « Tout le monde aime Touda » de Nabil Ayouch. Il contribue Ă nous faire connaĂźtre le groupe humain de ces femmes qui sâexpriment au moyen dâune musique singuliĂšre et prenante.
Le recours aux notes permet dâattirer lâattention sur quelques faits dâactualitĂ© tels que les amĂ©nagements rĂ©cents de la Mudawana ou code de la famille marocain. Pour ce qui est de la relation entre Juifs et Musulmans dans le Maghreb colonisĂ©, elle fait lâobjet dâune exposition dâune Ă©vidente et urgente actualitĂ©.
Et en lâabsence momentanĂ©e de sortie de BD, Michel Wilson vous invite Ă dĂ©couvrir un petit livre illustrĂ©, « Souvenirs du bled », de Rakidd.
Denise Brahimi
Faut-il rappeler avec force que certain(e)s dâentre nous jugent le maintien de Boualem Sansal en dĂ©tention indĂ©fendable quoi quâil en soit.
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« Et de nous qui se souviendra ? », créé et produit par Nicole Guidicelli, auteure indĂ©pendante, est un podcast qui donne la parole aux derniers pieds-noirs. Il est en ligne sur toutes les plateformes dâĂ©coute et de tĂ©lĂ©chargement (Google Podcast, Apple Podcast, Spotify, DeezerâŠ).Â
Hommage Ă une communautĂ© en voie de disparition, il a pour objectif dâaider les pieds-noirs Ă transmettre. Il sâadresse Ă leurs descendants, aux enseignants qui souhaitent parler de la guerre dâAlgĂ©rie, et plus largement Ă tous ceux qui sâintĂ©ressent aux exils et Ă la rĂ©silience. Il interroge lâexil comme acte fondateur ainsi que les questions dâidentitĂ©, dâinvisibilitĂ© et dâintĂ©gration. Il pose Ă©galement la question de la transmission et de la mĂ©moire des pieds-noirs.
Le projet a dĂ©marrĂ© en janvier 2022, annĂ©e de commĂ©moration du 60e anniversaire de la fin de la guerre dâAlgĂ©rie.
Pour écouter les épisodes déjà parus : https://podcast.ausha.co/et-de-nous-qui-se-souviendra
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« EMMA PICARD » roman par Mathieu Belezi, éditions Le Tripode, 2024
Ce roman est un rĂ©cit Ă une voix, câest Emma Picard qui parle tout au long et nous devons Ă sa seule parole tout ce que nous savons des Ă©vĂ©nements. Bien que la notion religieuse au sens catholique du mot nâapparaisse pas, on pourrait dire que ce rĂ©cit est au moins partiellement une confession, adressĂ©e par Emma Ă son plus jeune fils LĂ©on, le seul survivant dâune fratrie de quatre garçons avec lesquels elle est venue en AlgĂ©rie aprĂšs la mort de son mari Gustave. Sans aucune ressource en France pour Ă©lever sa famille, elle accepte la proposition du gouvernement qui lui accorde vingt hectares de terre du pays nouvellement colonisĂ©âpour lequel, Ă force de promesses, on cherche Ă recruter des gens prĂȘts Ă travailler la terre et Ă la faire fructifier. La rĂ©gion oĂč se trouve ce domaine oĂč tout est Ă crĂ©er se trouve dans lâouest de lâAlgĂ©rie, entre Sidi Bel AbbĂšs et Mascara, câest-Ă -dire trĂšs loin dâAlger et dâailleurs elle ne recevra pas la moindre aide de cette capitale dont Ă dire vrai elle nâentendra plus jamais parler.
Le rĂ©cit est celui dâune lutte menĂ©e en solitaire, contre une sĂ©rie de catastrophes qui la vouent Ă lâĂ©chec. Elle en est dâailleurs avisĂ©e par quelques personnes qui savent et voudraient lui Ă©viter de persĂ©vĂ©rer dans son entreprise suicidaire. Mais le propre dâEmma Picard est que jamais elle ne renoncera jusquâĂ ce que mort sâensuive, et avant sa propre mort celle de ses quatre enfantsâ le dernier, LĂ©on, Ă©tant dĂ©jĂ mort alors quâelle continue Ă lui parler. Le rĂ©cit est donc double, il est Ă la fois rĂ©aliste, Ă©voquant les conditions Ă©pouvantables dans lesquelles se passe cette premiĂšre colonisation et aussi porteur dâune vision hallucinĂ©e, sorte dâapocalypse dans laquelle se trouve entraĂźnĂ©e la malheureuse Emma sans le moindre espoir dây Ă©chapper.
La dĂ©nonciation sans rĂ©serve de ce quâa Ă©tĂ© la colonisation en AlgĂ©rie est un thĂšme essentiel de Mathieu Benezi. Il lui a consacrĂ©, entre autres, un livre, « Attaquer la terre et le soleil » qui est une charge violente et qui Ă ce titre a provoquĂ© parfois de vives rĂ©actions mais nâen a pas moins Ă©tĂ© doublement couronnĂ© en 2022 et 2023. Lâhistoire dâEmma Picard commence en 1860 et dure une dizaine dâannĂ©es. Elle est lâexemple de ces colons pauvres qui ont Ă©tĂ© entraĂźnĂ©s par une propagande trompeuse et dont lâhistoire ne pouvait ĂȘtre que dĂ©plorable, personne ne sâĂ©tant jamais souciĂ© de leur apporter lâaide indispensable Ă leur survie. Les Ă©lĂ©ments rĂ©alistes ne manquent pas dans lâĂ©vocation dâun mode de vie extrĂȘmement dur qui voit se succĂ©der toute une sĂ©rie de catastrophes naturelles, sĂ©cheresses et famines ainsi que lâinvasion dĂ©vastatrice des sauterelles et des fiĂšvres Ă©pidĂ©miques, potentiellement lĂ©thales contre lesquelles nâexistent ni soin ni prĂ©vention. Mathieu Belezi montre dâailleurs que les colons sont loin dâĂȘtre les seules victimes ni mĂȘme les plus gravement atteintes, la population arabe est dans un Ă©tat encore pire dans un pays ruinĂ© par la colonisation et chez eux les morts se comptent par dizaines de milliers. Bien plus encore quâun Ă©chec, câest un dĂ©sastre, et la vision de lâauteur est dâun pessimisme absolu.
Car câest aussi de visions quâil sâagit et dâhorreurs que le style de lâauteur rend saisissantes ; le rĂ©alisme est dĂ©passĂ© par sa volontĂ© dâaller jusquâĂ lâextrĂȘme, par exemple dans lâĂ©vocation des cadavres, ou dans de scĂšnes de cannibalisme (on pense Ă lâĂ©vocation des guerres de religion dans « Les Tragiques » du polĂ©miste Agrippa dâAubignĂ©). Lâhistoire
tragique que raconte Mathieu Belezi est bouleversante parce quâelle est le symbole de lâimpuissance humaine contre les catastrophes. Le message du livre serait alors que la seule dignitĂ© possible, contre toute Ă©vidence, est de ne pas renoncer. Il en va ainsi pour Emma Picard, exemple de courage mais plus encore dâobstination. Lorsquâil ne reste rien dâautre pour donner un sens Ă la vie, lâunique signification possible est de continuer quoi quâil en soit, sans jamais se poser la question de savoir si câest Ă tort ou Ă raison. MĂȘme lâimmense culpabilitĂ© dâavoir entraĂźnĂ© ses quatre fils dans sa perte lui interdit de renoncer car ce serait anĂ©antir ce quâils ont vĂ©cu et ce quâils ont fait.
Ne jamais renoncer, câest bien lĂ ce qui fascine Mathieu Belezi semble-t-il, chez certains ĂȘtres humains. Dans le roman cette attitude nâest pas seulement celle dâEmma, elle est lâĂ©quivalent de la foi qui anime un autre personnage, Jules, militant rĂ©volutionnaire dont les espoirs semblent se rĂ©aliser Ă la chute de NapolĂ©on III suivie de peu par la Commune de Paris. Ce nâest pas le sujet du livre et Mathieu Belezi nây insiste pas mais lâĂ©quivalence est clairement dite, dans les deux cas il sâagit de savoir comment chaque ĂȘtre sâest choisi un projet transcendant, la notion dâĂ©chec ou de succĂšs Ă©tant finalement secondaire. Et de mĂȘme pour lâamour au sens humain du mot, celui de lâhomme pour la femme et rĂ©ciproquement, dont le livre montre quâil sâefface devant la force du projet : Emma et Jules ont Ă©tĂ© importants lâun pour lâautre, on peut aller jusquâĂ dire, au sens fort du mot, quâils se sont rencontrĂ©s mais câest autre chose qui les meut.
LĂ rĂ©side sans doute lâoriginalitĂ© de Mathieu Belezi en tant que romancier, la plupart des romans passĂ©s ou prĂ©sents laissant entendre que rien nâa jamais dĂ©passĂ© la force de lâamour, rĂ©el ou rĂȘvĂ©, rĂ©alisĂ© ou non. Dâ « Emma Picard » on garde une idĂ©e plus complexe : la volontĂ© est incapable de surmonter les obstacles auxquels elle se heurte, elle nâen est pas moins la seule force qui vaille et qui compte vraiment.
Denise Brahimi
« THEORIE DâALGER » de SĂ©bastien Lapaque, illustrĂ© par Jacques Ferrandez, Actes Sud BD, 2024
Le livre de SĂ©bastien Lapaque , qui fut publiĂ© par Actes Sud (et Barzakh) en 2016, a dĂ©jĂ fait lâobjet dâune prĂ©sentation par Omar Hallouche dans la Lettre franco-maghrĂ©bine de Coup de soleil Aura n° 23, de juin 2018.
Mais il se trouve quâen cette annĂ©e 2024, nous avons droit Ă une réédition du mĂȘme texte dans la collection Actes Sud BD accompagnĂ©e dâillustrations par Jacques Ferrandez, ce qui est trĂšs suffisant pour que nous en parlions Ă nouveau, non sans renvoyer les lecteurs Ă lâarticle dâOmar Hallouche, Ă©videmment.
Jacques Ferrandez est suffisamment connu pour quâil ne soit pas besoin de le prĂ©senter, on peut donc se contenter dâĂ©voquer ici un seul de ses livres, en rapport Ă©vident avec « ThĂ©orie dâAlger » : ce sera ses « Carnets dâAlgĂ©rie 1954-1962 », paru aux Ă©ditions Casterman en 2011.
Pour ce qui est de SĂ©bastien Lapaque, dont on ne peut dire quâil soit un spĂ©cialiste de lâAlgĂ©rie, il exprime pourtant un attachement durable, on pourrait dire constant, Ă lâĂ©gard de ce pays âattachement dâautant plus remarquable quâil sâest dĂ©veloppĂ© en dehors de toute option politique et idĂ©ologique. Lâauteur sâen explique dâailleurs assez vite et clairement (il parle de lui-mĂȘme Ă la troisiĂšme personne) : « Il ne choisissait pas entre la colonie dâhier et la patrie souveraine dâaujourdâhui. Il prenait tout ».
NĂ©anmoins pour affiner cette apprĂ©ciation globale, on observe que sa sympathie va Ă ceux des Français, dâAlgĂ©rie ou de France, qui ont apportĂ© un soutien actif Ă la lutte contre le systĂšme colonial. Câest ainsi que sâexplique par exemple son Ă©loge dâAndrĂ© Mandouze, universitaire Ă Alger et spĂ©cialiste de Saint-Augustin et de plusieurs autres qui comme celui-ci ont agi en tant quâhumanistes et chrĂ©tiens de gauche, malgrĂ© les dangers que reprĂ©sentait un tel engagement dans lâAlgĂ©rie encore coloniale.
Ce qui nâempĂȘche que contrairement Ă une certaine gauche actuelle, il ne minimise en aucune maniĂšre le traumatisme que fut pour les Pieds-Noirs leur dĂ©part dâAlgĂ©rie.
Des faits de cette sorte expliquent quâon le dĂ©finit parfois, usant de lâoxymore, comme un « traditionaliste rĂ©volutionnaire ». Ce qui concorde parfaitement avec ses affinitĂ©s dĂ©clarĂ©es pour lâĂ©crivain Georges Bernanos, auquel une bonne partie de son travail de critique est consacrĂ©e⊠mais nâexclut nullement son goĂ»t pour le vin (un autre de ses livres Ă Actes Sud est consacrĂ© aux « vins des copains »), et pour les plaisirs de la table, comme en tĂ©moigne son amitiĂ© avec le cuisinier bĂ©arnais Camdeborde !
Le romancier et essayiste SĂ©bastien Lapaque nâest donc pas facile Ă ranger dans une catĂ©gorie ou simplement Ă caractĂ©riser. En tout cas, sâagissant de lâAlgĂ©rie il Ă©crit le plus souvent dans lâenthousiasme et lâon peut mĂȘme dire dans la joie puisque le mot est de lui : « Algeria alegria, AlgĂ©rie la joie », tel est bien son sentiment quand il est Ă Alger.
Non que tout baigne pour lui dans une sorte dâunanimisme bĂ©at, ce quâil aime au contraire est de trouver chez les AlgĂ©riens une pratique de la contradiction amicale, non moins opiniĂątre. Il en est ainsi avec lâun de ses guides et intercesseur qui lui facilite lâaccĂšs Ă une meilleure connaissance du pays, le disert Arezki qui refuse de partager son admiration pour Camus et rĂ©serve la sienne Ă Sartre.
Ce qui lui plaĂźt semble-t-il est que la contradiction ne soit pas un obstacle. On peut en voir une preuve dans la maniĂšre dont se prĂ©sente la « ThĂ©orie dâAlger » en tant que rĂ©cit. La plus grande variĂ©tĂ© y est compatible avec lâabsence de ruptures et sans lâexistence de parties sĂ©parĂ©es. Il nây a dans le livre aucun chapitre, tout est Ă©crit en continuitĂ© alors mĂȘme quâon change beaucoup de sujet mais de maniĂšre fluide et sans quâil soit besoin de prĂ©venir (sinon parfois en sautant une ligne). On pourrait donc dire de ce texte quâil nâa aucune organisation, alors mĂȘme quâil donne le sentiment dâune totale cohĂ©rence, car cette ville est un tout, avec ses contradictions.
Sans doute en est-il ainsi parce que lâauteur ne cherche pas Ă faire Ă©tat dâun savoir, son ambition nâest pas pĂ©dagogique. Mais alors quelle est-elle ?
Avant mĂȘme que ne commence le texte proprement dit, il met lâaccent dans ses Ă©pigraphes sur une idĂ©e ou sur un but de recherrche, qui pourrait bien ĂȘtre le souvenir, Ă condition de donner Ă ce mot le mĂȘme sens que son Ă©quivalent espagnol «recordar » : du latin « re-cordis », repasser par le cĆur. Il est bien intĂ©ressant que le mot souvenir soit associĂ© au mot cĆur, SĂ©bastien Lapaque ne parle pas de mĂ©moire proustienne cependant il semblerait quâil nâen soit pas trĂšs loin, on comprend mieux alors que son rĂ©cit nous touche par le sentiment qui en Ă©mane : Ă travers ce qui pourrait nâĂȘtre quâanecdotes et descriptions une Ă©motion circule par laquelle nous sommes touchĂ©s. Sans quâil soit nĂ©cessaire de sâen expliquer : « Un pays dont le souvenir faisait monter les larmes aux yeux, un pays impossible Ă oublier ».
Denise Brahimi
« CHALLAH LA DANSE », roman par Dalya Daoud, éditions Le Nouvel Attila, 2024
On ne peut douter que le rĂ©cit de Dalya Daoud soit en partie autobiographique, mĂȘme si elle le range dans la catĂ©gorie roman ce qui est le moyen pour lâauteur de sâassurer la plus grande libertĂ©. Cependant il ne se prĂ©sente pas comme lâĆuvre dâun narrateur (ici narratrice) qui Ă©voquerait son enfance et son adolescence Ă la premiĂšre personne.
Lâambition de Dalya Daoud est un peu diffĂ©rente semble-t-il. Il sâagit pour elle dâĂ©voquer la vie quotidienne dâun petit nombre de familles, lâune surtout, dâorigine maghrĂ©bine, dont lâoriginalitĂ© vient du fait que lâaction ne se situe pas dans la banlieue dâune plus ou moins grande ville vouĂ©e Ă accueillir ce type de population mais en milieu rural, quelque part entre Lyon et Saint-Etienne, la petite ville la plus proche Ă©tant semble-t-il Givors.
Câest donc un cas un peu spĂ©cial qui a pu inciter lâauteure Ă en Ă©crire la chronique, pour laquelle elle a choisi une forme assez Ă©loignĂ©e de la narration romanesque habituelle (bien que celle-ci, de toute façon, soit dâune grande variĂ©tĂ©). Il sâagit dâune sorte de recueil dâanecdotes entre quarante et cinquante, ce qui veut dire que dans un livre qui fait au total 250 pages, chacune est courte. Cette petite communautĂ© humaine sâexplique par lâexistence dâune entreprise locale, modeste mais créée et soutenue par la volontĂ© de lâhomme qui en a pris lâinitiative et qui est une sorte de petit patron Ă lâancienne comme il pouvait encore y en avoir Ă la fin du siĂšcle dernier.
Bien que le livre remonte un peu en arriĂšre pour donner au lecteur quelques Ă©lĂ©ments de comprĂ©hension, le moment principal pour lequel il entre dans un menu dĂ©tail parfois presque quotidien se situe pendant les annĂ©es 1994 Ă 1998âon peut en conclure que câest le moment oĂč la narratrice elle-mĂȘme a partagĂ© cette vie, mĂȘme sâil lui a fallu ensuite plus de 25 ans pour se convaincre quâil y avait lieu de lâĂ©voquer, justement parce que tout cela fait dĂ©sormais partie de lâhistoire mais sera inĂ©vitablement effacĂ© par un oubli complet si personne ne se charge dâen mettre par Ă©crit un tĂ©moignage. On sait que lâauteure du livre a pendant plus de dix ans exercĂ© la profession de journaliste, câest une compĂ©tence quâelle met au service de ces souvenirs, dont dâailleurs la valeur et la signification peuvent ĂȘtre apprĂ©ciĂ©es diffĂ©remment : ou bien il sâagit dâĂ©voquer des vies totalement modestes oĂč rien nâa jamais pris valeur dâĂ©vĂ©nement, ou au contraire de montrer que tout est digne dâintĂ©rĂȘt si lâon est capable de lâempathie nĂ©cessaire pour faire surgir ou re-surgir ce quâont Ă©tĂ© ces individualitĂ©s dĂ©sormais englouties par le temps.
Parmi les Ă©pisodes variĂ©s qui rĂ©sultent de la trĂšs grande fragmentation du rĂ©cit, quelques personnages constituent des fils directeurs et on ne sâĂ©tonnera pas que ce soit notamment les trois filles de la famille Benbassa, qui pendant la pĂ©riode Ă©voquĂ©e par le livre passent de lâadolescence Ă lâĂąge adulteâmoment dĂ©cisif et plus particuliĂšrement pour les femmes, sâagissant aussi bien de leurs Ă©tudes et vies professionnelles que de leurs choix sentimentaux et matrimoniaux.
« Challah la danse » confirme Ă cet Ă©gard ce que lâon croit savoir de plusieurs façons mais y ajoute une complexitĂ© dont trop de clichĂ©s sommaires ne peuvent rendre compte. Oui, la sexualitĂ© des filles fait lâobjet dâune surveillance familiale ombrageuse et rĂ©pressive, les mariages ne sont autorisĂ©s que dans le cadre de rĂšgles traditionnelles prĂ©cises, au sein dâun groupe restreint prĂ©dĂ©fini.
Cependant tout est loin dâĂȘtre rĂ©glĂ© pour autant, câest Ă chacune (et dâailleurs aussi Ă chacun) de faire des choix et finalement de les imposer. La mĂ©thode des essais et des erreurs (par exemple celles qui aboutissent au divorce) nâest remplacĂ©e par aucune autre et les parents sont loin dâĂȘtre maĂźtre ou maĂźtresse absolus de la situation.
Les garçons ne sont pas mieux lotis, pris entre ce quâils sentent ou savent de leur hĂ©ritage traditionnel et ce quâils Ă©prouvent au moment prĂ©sent.
Bien que le livre insiste peu sur le dernier Ă©pisode, sans doute parce que son auteure veut Ă©viter toute dramatisation, on nâen est pas moins impressionnĂ© par la maniĂšre dont le drame y surgit, preuve quâil nâest jamais loin. Les violences endĂ©miques entre jeunes garçons de groupes diffĂ©rents peuvent Ă©clater au moindre prĂ©texte et elles reprĂ©sentent toujours un risque mortifĂšre. Dalya Daoud semble penser quâelles font partie des choses de la vie, comme les accidents de voiture (pour maintenir la rĂ©fĂ©rence aux films de Claude Sautet), le lecteur ne les ressent pas moins comme consternantesâmais peut-ĂȘtre est-ce un effet voulu par lâauteure, une certaine pratique de lâen-deçà qui lui a paru la plus conforme au ton quâelle souhaitait pour son livre. Celui-ci nâexprime ni rĂ©volte ni indignation, mais il pose un certain regard sur la vie et nous propose de le partager.
Denise Brahimi
« AMIN, UNE FICTION ALGERIENNE » par Samir Toumi, roman, éditions Barzakh, 2024
De mĂȘme quâil existe une formule forgĂ©e par Aragon pour parler de lâart romanesque, « le Mentir-vrai », de mĂȘme on pourrait parler pour ce roman de Samir Toumi dâune fiction-vraie, et câest une des subtilitĂ©s de son livre que dâĂ©voluer entre ces deux termes, provoquant chez le lecteur le sentiment dĂ©lectable dâĂȘtre lĂ©gĂšrement mystifiĂ©.
Car tout est vrai de ce que le livre annonce, mais en mĂȘme temps il est autre chose aussi.
La premiĂšre idĂ©e qui vient Ă lâesprit, au vu de la maniĂšre dont le livre se prĂ©sente, sans rĂ©serve pourrait-on dire, est quâil sâagit dâune galerie de portraits : on assiste Ă un dĂ©filĂ© de personnages que lâauteur sâamuse Ă peindre de façon fort satirique, voire dĂ©sopilante. Ils sont la catĂ©gorie supĂ©rieure, et de trĂšs loin, de la sociĂ©tĂ© algĂ©rienne contemporaine (Bouteflika est encore prĂ©sident, mais tout le monde sait que cela ne durera plus longtemps) et les lecteurs pensent dâabord que le roman va jouer sur la curiositĂ© de la classe moyenne Ă lâĂ©gard des Ă©lites sociales qui la dominent, les grands de ce monde, les riches, les puissants, si bien cachĂ©s que le commun des mortels ne sait rien de leur mode de vie.
La malice de lâauteur Samir Toumi vient de ce que non seulement il fait mine dâentrer dans ce schĂ©ma, mais quâil y fait entrer rĂ©solument son personnage principal, Djamel B, Ă©crivain tentĂ© par ce jeu-lĂ qui est le plus souvent gage de succĂšs. Et pourtant le sentiment dâabord diffus sâinstalle que le propos dâ « Amin » deviendra peu Ă peu plus compliquĂ© que cela : oui, la galerie de portraits est dĂ©lectable et on ne boude pas son plaisir mais enfin la description, si haute en couleurs soit-elle, nâempĂȘche pas que le roman raconte une histoire et que comme il nâen donne pas dâemblĂ©e toutes les clefs, le lecteur attend la suite de ses pĂ©ripĂ©ties.
Le rĂ©cit sâest engagĂ© sur un pacte entre lâĂ©crivain Djamel B et Amin, un personnage un peu mystĂ©rieux qui lâintroduit dans le monde des riches et des puissants, Ă condition quâil rĂ©vĂšle ensuite ses dĂ©couvertes en les publiant dans un roman. Or sâil est vrai quâil y a en effet des dĂ©couvertes, dont les lecteurs que nous sommes profitent au passage, cependant les choses ne se passent pas tout Ă fait comme prĂ©vu. Le romancier Djamel B Ă©crit beaucoup, mais il nâa pas le sentiment que son livre va faire les rĂ©vĂ©lations « explosives » quâon attend de lui, tant il est vrai que les aspects de la corruption sont dĂ©jĂ assez bien connus. La prĂ©varication Ă©tant hĂ©las Ă peu prĂšs la mĂȘme dans tous les pays oĂč elle sâexerce, elle nâest sans doute pas en elle-mĂȘme et dans ses procĂ©dĂ©s le lieu possible de vĂ©ritables rĂ©vĂ©lations. Celles-ci en revanche pourraient consister dans le nom des personnalitĂ©s qui sây livrent, mais comme il sâagit de rĂ©seaux avec Ă©change de « bons procĂ©dĂ©s », il y a peu de chances pour que quiconque se livre Ă des dĂ©nonciations qui auraient tĂŽt fait dâĂȘtre rĂ©ciproques.
Sâil est vrai que le romancier, lui, nâa pas lâimpression dâĂ©crire un livre sulfureux ni dangereux pour qui que ce soit, tous ceux qui se sentent concernĂ©s par son contenu entrent dans un grand Ă©tat dâexcitation, et la rumeur ne cesse dâenfler. Au point quâun trĂšs haut personnage, dont on ne saura pas au juste qui il est sinon quâil est trĂšs trĂšs haut placĂ©, lui intime de renoncer Ă son roman sous peine de âŠÂ : Ă dire vrai la menace est claire et aucun autre choix ne lui est laissĂ© que ce renoncement. Et il sâexĂ©cute, ce qui fait partie de son portrait, car il est lui aussi portraiturĂ©, nâĂ©tant pas Ă©tranger au systĂšme en place.
Cependant lâhistoire est loin de sâarrĂȘter lĂ . Son prolongement inattendu est peut-ĂȘtre la plus rĂ©jouissante malice du romancier Samir T, aux dĂ©pens de celui qui est son confrĂšre dans la fiction. Djamel B croyait naĂŻvement que tout sâarrĂȘterait lorsquâil annoncerait officiellement lâarrĂȘt de son projet et dĂ©truirait le matĂ©riau accumulĂ© sur son ordinateur pour la publication prĂ©vue. Or rien de tel ne se produit. Bien que le supposĂ© livre de lui nâexiste pas, les rumeurs continuent de plus belle, lâimpatience est extrĂȘme, et Djamel B est dâautant plus dĂ©bordĂ© par la situation que lâinstigateur de toute cette affaire, le mystĂ©rieux Amin, a complĂ©tement disparu. Si le rĂ©sultat recherchĂ© Ă©tait la panique gĂ©nĂ©rale et un grand chamboulement, on peut dire quâen effet il a Ă©tĂ© obtenuâ jusquâau moment oĂč de façon assez prĂ©visible lâeffervescence dĂ©croĂźt, laissant le romancier libre de choisir Ă son grĂ© des sujets faciles et propices Ă de futurs succĂšs.
Samir Toumi nâest pas un ĂȘtre fĂ©roce, cependant, il nâest pas vraiment tendre non plus avec son collĂšgue de fiction. En revanche le personnage quâil privilĂ©gie est Amin, en dĂ©pit ou Ă cause de ses ambiguĂŻtĂ©s, parfaitement lucide et pourtant au service dâun systĂšme quâil sait mĂ©prisable.
Amin son prĂ©nom est un mot qui en arabe laisse une certaine marge dâinterprĂ©tation et quâon pourrait traduire par « quâil en soit ainsi » â en tout cas par une formule non violente, quoi quâil en soit. Elle est employĂ©e usuellement comme une bĂ©nĂ©diction, reste cependant Ă chaque lecteur le soin dâapprĂ©cier la part dâironie que comporte sa prĂ©sence dans ce livre, le seul fait certain Ă©tant quâelle refuse un certain ton, celui de la dĂ©nonciation indignĂ©e. Il est vrai que celle-ci a Ă©tĂ© abondamment pratiquĂ©e dans la littĂ©rature algĂ©rienne dâopposition, quoique sans grand succĂšs semble-t-il, ce que lâauteur commente dans son Ă©pilogue par un emprunt Ă lâĂ©crivain Malek Haddad (mort en 1978) : « Les Ă©crivains nâont jamais modifiĂ© le sens de lâhistoire ».
Denise Brahimi

« Chroniques fidĂšles survenues au siĂšcle dernier Ă lâhĂŽpital Blida-Joinville au temps oĂč Docteur Frantz Fanon Ă©tait chef de la cinquiĂšme division entre 1953 et 1956 », film documentaire dâAbdenour Zahzah , 2024
Ce titre original a lâavantage de fournir par sa longueur, nombre dâinformations prĂ©cieuses sur ce quâon peut considĂ©rer comme une sorte de biopic et que son rĂ©alisateur appelle aussi un docu-fiction. On y trouve Ă la fois le lieu et lâĂ©poque oĂč se situe lâaction du film. Pour ce qui est du lieu, Blida, il nous amĂšne Ă rappeler que le rĂ©alisateur Abdenour Zahzah
y est nĂ© lui-mĂȘme (en 1973), et quâentre autres activitĂ©s culturelles il a dirigĂ© la cinĂ©mathĂšque de cette petite ville proche dâAlger. Evidemment il nâ Ă©tait pas nĂ© au moment oĂč Frantz Fanon a Ă©tĂ© mĂ©decin psychiatre dans lâhĂŽpital de cette ville, cet Ă©pisode se place mĂȘme avant le dĂ©but de la guerre dâAlgĂ©rie mais vraiment juste avant. En tout cas le film donne lâimpression que son dĂ©clenchement est tout Ă fait imminent au moment oĂč se situe lâaction, en sorte que si Frantz Fanon nâa pu analyser la guerre elle-mĂȘme comme exemple de soulĂšvement contre le colonialisme, on a dĂ©jĂ de lui Ă cette Ă©poque deux grands textes par lesquels il sây prĂ©pare et qui sont de 1952. Lâun est le trĂšs cĂ©lĂšbre « Peau noire, masques blancs » quâon peut considĂ©rer comme une sĂ©rie de variations sur le thĂšme du racisme,  notamment en situation coloniale, lâautre sâintitule « Le syndrome nord-africain », il est paru la mĂȘme annĂ©e dans la revue Esprit.
Pour ce qui est de la question du racisme, tout ce que Frantz Fanon sait dĂ©jĂ Ă cette Ă©poque lui vient de son origine martiniquaise (il y est nĂ© dans lâĂźle antillaise en 1925) et sans doute aussi de son passage par lâarmĂ©e, lorsquâil Ă©tait engagĂ© volontaire dans les troupes gaullistes pendant la DeuxiĂšme guerre mondiale. Câest Ă Lyon quâil a fait ses Ă©tudes de psychiatrie. Lorsquâil arrive Ă Blida, il se sent dâautant plus adulte quâil vient de se marier avec Josie, qui est française et blanche, et ils auront bientĂŽt un enfant, Olivier nĂ© en 1955.
Dans le film dâAbdenour Zahzah, on voit la profonde complicitĂ© qui le lie Ă sa jeune femme, encore Ă©tudiante Ă lâuniversitĂ© dâAlger oĂč elle frĂ©quente une avant-garde politique et idĂ©ologique, câest elle qui parle Ă son mari du professeur AndrĂ© Mandouze militant chrĂ©tien trĂšs engagĂ© pour lâindĂ©pendance de lâAlgĂ©rie. Tel nâest pas le cas des professeurs de mĂ©decine que Fanon a lâoccasion de rencontrer Ă lâhĂŽpital de Joinville, Français de France ou Français dâAlgĂ©rie mais de toute façon trĂšs mĂ©fiants Ă lâĂ©gard de leur collĂšgue martiniquais quâils soupçonnent (Ă juste titre !) dâĂȘtre favorable Ă la rĂ©bellion comme on disait Ă lâĂ©poque. Sur ce point le film sâautorise sans doute un recours Ă la fiction mais une fiction extrĂȘmement vraisemblable Ă©tant donnĂ© les Ă©crits de Fanon. Il lui faut Ă©videmment garder clandestins ses liens avec le FLN, la position quâil occupe lui impose des prĂ©cautions et il sait quâil est Ă©troitement surveillĂ©. Toute la partie visible de son action concerne son activitĂ© professionnelle et il a assurĂ©ment fort Ă faire Ă©tant donnĂ© les pratiques psychiatriques en usage dans lâhĂŽpital ou du moins la section de lâhĂŽpital qui lui est confiĂ©e. Le film montre lâarchaĂŻsme et la cruautĂ© des traitements qui sont infligĂ©s au malade. Abdenour Zahzah les a sans doute dĂ©couvertes dĂšs le premier film, court, quâil a consacrĂ© Ă Fanon sous le titre « Frantz Fanon mĂ©moire dâasile » en 2002. Câest dĂšs ce moment, semble-t-il, quâil a eu lâidĂ©e de considĂ©rer son travail comme une sorte de reportage, dâoĂč le titre de « chroniques » faussement distanciĂ©.
Les conceptions de Fanon sont Ă©videmment Ă©loignĂ©es, voire opposĂ©es, aux pratiques quâil dĂ©couvre Ă Blida Joinville. Pour lui, les malades mĂ©ritent dâĂȘtre respectĂ©s, traitĂ©s comme des individus protĂ©gĂ©s par les droits de lâhomme. Pas question de les menotter ou de les ligoter, de leur imposer lâuniforme de lâhĂŽpital ou de les dĂ©signer par un nom dâemprunt qui les coupe de leur personnalitĂ© rĂ©elle. Fanon dialogue avec eux, croit indispensable de les rĂ©-immerger dans une sociabilitĂ© quâils ont perdueâ et pour cela par exemple de crĂ©er dans le cadre de lâhĂŽpital un cafĂ© oĂč ils pourront se retrouver entre eux pour bavarder librement. Les spĂ©cialistes de psychiatrie ne manqueront pas de reconnaĂźtre et dâidentifier les façons de faire prĂ©conisĂ©es par Fanon dans la mesure oĂč elles ont Ă©tĂ© adoptĂ©es par dâautres Ă sa suite, faisant de lui un prĂ©curseur.
Cependant le rĂ©alisateur prend bien soin de ne pas montrer en Fanon un thĂ©oricien ou un idĂ©ologue, ce sont ses qualitĂ©s humaines qui le poussent Ă agir comme il le fait, et son refus de longue date de tout ce qui est infĂ©riorisation ou humiliation. Fanon tel quâil est montrĂ© dans le film nâest pas un discoureur, au contraire il se contente le plus souvent de regarder et dâĂ©couter, et câest Ă nous spectateurs de partager les sentiments qui nous sont donnĂ©s Ă lire sur son visage. Ainsi comprenons-nous que lorsquâarrive lâannĂ©e 1956, il ne peut rester plus longtemps dans cette AlgĂ©rie qui se veut AlgĂ©rie française, oĂč de toute façon il est dĂ©sormais beaucoup trop compromis. Câest alors quâil part Ă Tunis (la Tunisie est devenue un pays indĂ©pendant depuis le 20 mars 1956) oĂč il pourra se livrer entiĂšrement et ouvertement Ă son action militante.
Denise Brahimi
« AĂCHA » film de Mehdi M.Barsaoui, Tunisien 2024
AĂŻcha ne devient le prĂ©nom du personnage principal quâĂ lâextrĂȘme fin du film, alors que cette jeune femme dâune trentaine dâannĂ©es sâest dâabord appelĂ©e Aya puis Amira. Il y a lĂ un indice Ă©vident de sa mobilitĂ©, gĂ©ographique, sociale, existentielle, alors quâelle semblait dâabord vouĂ©e bien malgrĂ© elle Ă rester employĂ©e dâhĂŽtel dans sa rĂ©gion dâorigine, prĂšs de Tozeur dans le sud de la Tunisie. Mais le destin en a dĂ©cidĂ© autrement, un destin qui certes comporte une part de hasard, mais qui symbolise aussi une vĂ©ritĂ© contemporaine concernant lâhistoire des femmes tunisiennes : elles sont dĂ©sormais entrĂ©es en mouvement et amenĂ©es Ă se prendre en main voire Ă se fabriquer elles-mĂȘmes une vie pleine dâimprĂ©vus, au lieu de celle quâelles ont si longtemps subie sans avoir leur mot Ă dire. A cet Ă©gard, il y a dans la derniĂšre partie du film un grand rĂšglement de compte de celle qui est devenue Amira avec ses parents qui ont dâabord tentĂ© de la maintenir auprĂšs dâeux sans perspective dâavenir pour pouvoir lâexploiter financiĂšrement.
Les avatars successifs traversĂ©s par le personnage (admirablement jouĂ© par lâactrice Fatma Sfar) expliquent pourquoi le film est long, plus de deux heures, dâautant quâil ne sâagit pas seulement dâĂ©vĂ©nements extĂ©rieurs et dâĂ©pisodes qui dĂ©coulent les uns des autres mais en mĂȘme temps dâune sorte de conquĂȘte et de dĂ©couverte de soi-mĂȘme forcĂ©ment difficile, Ă travers les tiraillements entre forces contraires rendant nĂ©cessaire un choix qui paraĂźt dâabord impossible.
Il y a au dĂ©part le rĂŽle du hasard mais encore faut-il quâAya soit capable dâen tirer parti. Lorsque le minibus de lâhĂŽtel oĂč elle est employĂ©e tombe dans un ravin, tous les occupants sont morts, sauf elle qui saisit aussitĂŽt cette occasion unique de sâĂ©chapper, non sans rĂ©cupĂ©rer lâargent de touristes morts dans lâaccident. Elle fuit pour Tunis oĂč elle a toujours rĂȘvĂ© dâaller et câest lĂ quâelle commence une deuxiĂšme vie sans lien avec la premiĂšre, sous le nom dâAmira. Cet Ă©pisode tunisois commence trĂšs bien pour elle, toute Ă la joie que lui donnent la libertĂ© et lâanonymat. Elle sait Ă©videmment quâil lui faut ĂȘtre prudente puisquâelle vit dans la clandestinitĂ© mais sans doute ne lâest-elle pas assez, tant il est vrai que Tunis est peuplĂ©e dâindividus redoutables, tel un certain Rafik qui fait et fait subir aux autres ce quâil veut parce quâil jouit des plus hautes protections, Ă©tant un ĂȘtre corrompu Ă tous Ă©gards. Une jeune femme faible et vulnĂ©rable comme Amira est Ă©videmment pour lui une proie dĂ©signĂ©e.
La machination est simple, Amira devra mentir et se prĂ©tendre tĂ©moin de la mort accidentelle dâun jeune homme alors que celui-ci a Ă©tĂ© victime dâune bavure policiĂšre. Amira pourra-t-elle rĂ©sister aux pressions quâelle subit ? Rafik est tout puissant mais la famille du jeune homme qui a Ă©tĂ© tuĂ© refuse la version officielle et veut obtenir dâAmira quâelle dise la vĂ©ritĂ©. On ne dĂ©voilera Ă©videmment pas la fin de cette histoire et la solution finalement trouvĂ©e. Il faut un certain temps pour la mettre au point et surtout pour quâAmira renonce Ă la facilitĂ© au moins apparente de sâen tenir obstinĂ©ment au mensonge quâon lui a dâemblĂ©e imposĂ©.
TrĂšs habilement le film laisse alors entendre le chemin intĂ©rieur quâil lui faut parcourir sans entrer dans le dĂ©tail de ce qui lui permet finalement un dĂ©nouement heureux, du type « feel good movie » (film qui rend heureux) comme on les aime Ă HollywoodâmĂȘme si personne nâest vraiment dupe de cette fiction optimiste. En se choisissant un nouveau prĂ©nom, AĂŻcha, la jeune femme tire dĂ©finitivement un trait sur son passĂ©. On peut Ă©videmment douter quâelle en ait la possibilitĂ©, mais douter plus encore que ce soit la fin dâun systĂšme mis en place et solidement maintenu par des individus tels que Rafik dont mĂȘme une rĂ©volution collective comme celle du printemps arabe de 2011 nâa pu venir Ă bout. La dĂ©route du prĂ©sident tunisien de lâĂ©poque a Ă©tĂ© certes une victoire, cependant elle nâa pas suffi !
Câest peut-ĂȘtre sur le chapitre des femmes que lâoptimisme du dĂ©nouement est le plus convaincant. AĂŻcha par son courage et son intelligence a su tirer son Ă©pingle du jeu. Il est vrai quâelle y a Ă©tĂ© aidĂ©e par un policier qui pour des raisons personnelles a soutenu la cause de la vĂ©ritĂ© contre le mensonge officiel. Mais le film montre bien que les femmes ont des raisons particuliĂšres de se battre. Le moins quâon puisse dire est que Aya-Amira-AĂŻcha a bien failli tomber dans un piĂšge dont on voyait mal dâabord comment elle pourrait lui Ă©chapper. Lâauteur se plaĂźt Ă raconter une histoire particuliĂšre qui doit beaucoup aux qualitĂ©s de son hĂ©roĂŻne et qui peut servir de modĂšle Ă nombre de jeunes filles non moins menacĂ©es. Les dangers de la grande ville sont un thĂšme trĂšs reprĂ©sentĂ© dans la production romanesque europĂ©enne au 18e,19e siĂšcles et mĂȘme au-delĂ . De mĂȘme que lâhabiletĂ© des fines mouches qui dans le meilleur des cas parviennent Ă les surmonter. Mehdi M. Barsaoui sait Ă la fois dĂ©crire le social et le particulier, il dispose dâun sujet dâĂ©tudes passionnant dans un pays en pleine Ă©volution comme la Tunisie actuelle, sur lequel les incertitudes de lâavenir nous incitent Ă un regard dâautant plus vigilant.
Denise Brahimi

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Note : « CHIKHA », film court marocain de Zahoua Raji et Ayoub Layoussifi
Ce film court (moins de 25mn) permet de suivre de trĂšs prĂšs et jusquâĂ son dĂ©nouement la crise traversĂ©e par une jeune chikha, Fatine, confrontĂ©e Ă un choix dĂ©cisif, douloureux, dont on comprend quâil sera irrĂ©versible. Elle fait partie dâun groupe de cheikhate, dont on sait maintenant un peu mieux qui elles sont (chanteuses et danseuses) depuis le dernier film de Nabil Ayouch.
Fatine vient de passer son bac, non seulement avec succĂšs mais avec mention, ce dont elle-mĂȘme et tout son entourage familial sont trĂšs fiers. Mais que va-t-il se passer dĂ©sormais ? Elle est trĂšs liĂ©e Ă un jeune homme de bonne famille, Youssef, pour qui les choses sont claires : Fatine, Ă la suite de son succĂšs, doit aller Ă la facultĂ© de MeknĂšs, et devenir une personne rangĂ©e, ayant rompu tout lien avec son monde dâorigine, celui des chikhates, que Youssefâmais on comprend bien quâil nâest pas le seulâconsidĂšre comme archaĂŻque et dĂ©gradant.
Fatine est Ă la croisĂ©e des chemins : Youssef lui propose de fuir avec lui pour quâils aillent sâinstaller Ă la citĂ© universitaire oĂč elle reprendra ses Ă©tudes. Elle acquiesce, semble dâaccord, mais au moment de prendre le train, elle fait demi-tour et retourne Ă une fĂȘte de mariage oĂč les autres chikhates sont en train dâanimer un spectacle musical. Elle se joint Ă elles pour un chant dĂ©chirant, qui nâa pas sa place dans la fĂȘte mais elle est bientĂŽt saisie dâune sorte de transe qui elle, est trĂšs apprĂ©ciĂ©e du public et signifie quâĂ tous Ă©gards, corps et Ăąme, elle entre pleinement dans le monde des chikhates. Elle a chassĂ© Youssef qui Ă©tait apparu comme un furieux au milieu de la fĂȘte et on a compris que, amour ou pas, aucune vie commune nâĂ©tait possible pour eux dâeux.
Denise Brahimi
Note sur les derniers aménagements de la Mudawana ou code de la famille marocain.
Ce code qui date de 1958 a subi depuis lors quelques amĂ©nagements, notamment en 2004 et Ă nouveau tout rĂ©cemment. En voici quelques points, dâune importance incontestable, sâagissant du mariage, du divorce, de la polygamie, de lâhĂ©ritage etc. dâaprĂšs les informations qui ont Ă©tĂ© donnĂ©es officiellement et quâon a pu lire dans la presse :
Au Maroc, la rĂ©forme de la Moudawana â le Code de la famille â vient de franchir une nouvelle Ă©tape, aprĂšs avoir Ă©tĂ© validĂ©e par le Conseil des OulĂ©mas, ce haut conseil religieux statuant sur la conformitĂ© des mesures adoptĂ©es avec lâislam. Parmi les principaux changements devant aller dans le sens dâune plus grande Ă©galitĂ© entre les hommes et les femmes : le mariage des mineurs, la garde des enfants en cas de divorce et lâhĂ©ritage. Si ces mesures ont Ă©tĂ© prises sous lâimpulsion de diffĂ©rentes associations fĂ©ministes, certaines considĂšrent quâelles ne vont pas assez loinâŠ
Comment la rĂ©forme de la Moudawana tente-t-elle dâarticuler droits des femmes et principes religieux ?
Pallier les contournements de la Moudawana : La rĂ©forme en cours de la Moudawana, en droit marocain, et que rĂ©git le statut personnel et successoral, rĂ©glemente notamment les questions liĂ©es Ă la famille, tout ce qui concerne le mariage, le divorce, lâhĂ©ritage, la garde des enfants ou encore la polygamie.
Faire Ă©voluer les codes : La sociĂ©tĂ© civile a multipliĂ© les demandes sur une rĂ©forme de la Moudawana, notamment sur la question de lâinĂ©galitĂ© en hĂ©ritage: « LâinĂ©galitĂ© en hĂ©ritage a Ă©tĂ© maintenue dans ce projet de rĂ©forme. Il y a, cependant, des petites modalitĂ©s qui ont Ă©tĂ© prises. Par exemple, une modalitĂ© trĂšs importante : lâexclusion de lâhĂ©ritage du domicile conjugal, lorsque celui-ci est encore habitĂ© par la veuve du dĂ©funt. Il va ĂȘtre maintenant assez difficile dâexpulser une veuve de son domicile conjugal pour des raisons de partage dâhĂ©ritage, câest un premier point.
DeuxiĂšme point important, la consĂ©cration de la donation par un parent de ses biens Ă ses filles de son vivant. Câest une maniĂšre de contourner un petit peu ces rĂšgles inĂ©galitaires qui persistent et qui permettent aux parents de doter, sâils le souhaitent Ă©quitablement leurs filles et leurs garçons ou de prĂ©munir leurs filles en cas dâabsence dâun hĂ©ritier mĂąle direct, de les prĂ©munir contre la perte de leur hĂ©ritage au profit dâune parentĂšle masculine Ă©loignĂ©e, câest-Ă -dire les oncles ou les cousins. Ce risque existe. La donation permet Ă©galement de lĂ©guer ses biens Ă son Ă©pouse non musulmane ou Ă ses enfants adoptĂ©s sous le rĂ©gime de la Kafala. »
RĂ©guler la polygamie : Pour Meriam Cheikh, la polygamie pourrait aussi Ă©voluer comme la question de lâhĂ©ritage : « Ce sont des sujets qui sont rĂ©gis par des textes coraniques. Par consĂ©quent, câest trĂšs difficile de pouvoir interprĂ©ter des textes qui sont inscrits dans le Coran. Mais en revanche, on assiste, pour la polygamie, Ă un renforcement, de nouveau, de sa limitation. Par exemple, il a Ă©tĂ© proposĂ© dans cette nouvelle rĂ©vision dâinscrire obligatoirement dans le contrat de mariage si lâĂ©pouse accepte ou non le mariage de son mari avec une seconde Ă©pouse. »
Note de Coup de Soleil : ces informations proviennent principalement dâune chercheuse universitaire spĂ©cialiste en la matiĂšre, Meriam Cheikh.
Note sur lâexposition « Juifs et Musulmans » Ă Lyon
On a pu voir pendant la derniĂšre semaine de ce mois de janvier 2025 une exposition accueillie par la Mairie du 1er arrondissement dans le cadre des « Rencontres en convivence ». OrganisĂ©e par lâAssociation dâamitiĂ© arabo-juive Raja-Tikva, elle a permis dâentendre sur cette question deux interventions dâhistorien(ne)s, Karima DirĂšche et FrĂ©dĂ©ric AbĂ©cassis.
La relation entre Juifs et Musulmans, bien que resituĂ©e dans la longue durĂ©e, est pourtant Ă©tudiĂ©e, par Ă©tapes chronologiques et thĂ©matiques, dans la pĂ©riode rĂ©cente et contemporaine, comme lâindique le titre complet de lâexposition qui sâannonce comme consacrĂ©e Ă la relation entre Juifs et Musulmans « de la France coloniale Ă nos jours ». Il sâagit donc essentiellement de ce qui sâest passĂ© au Maghreb et plus prĂ©cisĂ©ment mĂȘme en AlgĂ©rie, lĂ oĂč la pĂ©riode coloniale a Ă©tĂ© la plus longue et le plus dĂ©veloppĂ©e.
La partie bibliographique de lâexposition donne une idĂ©e des livres trĂšs abondants qui ont Ă©tĂ© Ă©crits sur la question par nombre dâauteurs trĂšs compĂ©tents, mĂȘme sâil est vrai que trĂšs normalement, on voit souvent rĂ©apparaĂźtre les mĂȘmes noms. Les rencontres et colloques ont Ă©galement Ă©tĂ© des plus nombreux. Leur but ne peut ĂȘtre et ne prĂ©tend pas ĂȘtre la solution des problĂšmes politiques aigus qui se posent actuellement mais il est Ă©vident quâil faut lutter contre lâignorance qui ne peut que nourrir les diffĂ©rentes sortes de racismes et lâaffirmation pĂ©remptoire de contre-vĂ©ritĂ©s.
Denise Brahimi
Note sur « Souvenirs du bled » de Rakidd (Rachid Sguini)
Ce dĂ©licieux petit bouquin illustrĂ© par le franco-marocain Rachid Sguini alias Rakidd vaut le dĂ©tour, et doit pouvoir ĂȘtre un efficace support Ă histoires Ă raconter Ă ses enfants. Il sâagit dâun ensemble de cartes postales dessinĂ©es, dans lesquelles lâauteur enfant (natif de notre rĂ©gion, au Puy en Velay ) relate un par un ses souvenirs de vacances au bled au Maroc,
pendant les annĂ©es 90. Nombreux sont nos compatriotes du sud de la MĂ©diterranĂ©e qui produisent films, spectacles, livres, chansons ou toutes formes dâart inspirĂ©es par ces souvenirs. Des sociologues (citons Jenifer Bidet, qui en a tirĂ© une BD) se sont mĂȘme penchĂ©s sur ces moments fondateurs dans la construction dâidentitĂ©s plurielles, crĂ©oles, dirait Glissant. Rakidd trouve un moyen original de se promener dans ses souvenirs dâenfance, au travers de 60 cartes dessinĂ©es, qui zooment sur un objet, une personne, un lieu, formant un kaleidoscope superbement Ă©vocateur de ces moments sans doute fondateurs pour ces enfants dâici et de lĂ -bas. Ces illustrations colorĂ©es en font un joli objet, en petit format, chaque carte comportant un court commentaire de lâauteur, plein dâhumour et de tendresse.
Choisissons arbitrairement 3 dâentre eux, pour donner Ă notre lectorat lâenvie de se procurer ce petit trĂ©sor:
- Lâespagnol LV2 qui Ă©voque la difficultĂ© de passer de lâapprentissage thĂ©orique dâune langue Ă son utilisation concrĂšte, et la honte face aux parents (expĂ©rience vĂ©cue par lâauteur de ces lignes, qui ne retrouvant pas le mot gasolina, indispensable pour Ă©viter la panne sĂšche du vĂ©hicule familial; « à quoi ça sert de te payer des Ă©tudes ? », encouragement maternelâŠ)
- Lâadhan, appel Ă la priĂšre, qui surprend au dĂ©but, surtout Ă 5 heures du matin, mais que les carillons retrouvĂ©s au retour ne parviennent pas Ă faire oublier
- Et enfin sa majesté⊠la R21 Nevada, indispensable pour ce pĂ©riple. « Pour mon pĂšre la Renault 21 Nevada faisait partie de la familleâŠMerci Nevada, jâespĂšre que tu es heureuse au paradis des voitures! »
Michel Wilson

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- Lundi 10 fĂ©vrier Intervention mĂ©moires croisĂ©es de la guerre dâAlgĂ©rie au lycĂ©e de lâImmaculĂ©e conception de Villeurbanne
- Lundi 17 fĂ©vrier Intervention mĂ©moires croisĂ©es de la guerre dâAlgĂ©rie dans lâInstitution SĆur Emmanuelle Ă Villemorieux (38)
- Lundi 17 fĂ©vrier Film « Les visages de la victoire » au Centre Social Bonnefoy Ă Lyon 3Ăšme en prĂ©sence du rĂ©alisateur Lyece BoukhitineÂ
- Mardi 18 fĂ©vrier Intervention mĂ©moires croisĂ©es de la guerre dâAlgĂ©rie au CollĂšge Jules Michelet de VĂ©nissieuxÂ
- jeudi 20 fĂ©vrier, Projection du Film « Deux vies pour lâAlgĂ©rie » au cinĂ©ma GĂ©rard Philipe de VĂ©nissieux, en prĂ©sence de la coârĂ©alisatriv=ce Sandrine Malika Charlemagne
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