Editorial
La Lettre essaie autant que possible d’offrir une relative variĂ©tĂ©, Ă©tant donnĂ© qu’il s’agit toujours du mĂȘme domaine, celui de Coup de soleil, clairement dĂ©limitĂ©. Cependant  on constate que cette variĂ©tĂ© est toujours possible, comme si le domaine qui est le nĂŽtre Ă©tait en perpĂ©tuel renouvellement. Il touche aux sciences politiques, sociales et humaines, c’est le cas des deux premiers articles, celui de Tahar Khalfoune qui continue Ă  analyser les origines politiques de l’indĂ©pendance algĂ©rienne et celui dans lequel Tassadit Yacine explique ce que Pierre Bourdieu doit Ă  l’AlgĂ©rie et rĂ©ciproquement. Les Ɠuvres littĂ©raires dont nous parlons aussi rĂ©guliĂšrement sont reprĂ©sentĂ©es ici par deux romans, un roman policier de RĂ©nia AouadĂšne, « Le choix de Thanina » et celui de Mathieu BĂ©lezi , « Attaquer la terre et le soleil » que Dominique Lurcel a bien voulu prĂ©senter pour nous (avec un enthousiasme convaincant).
Dans le domaine des autres arts, le cinĂ©ma est cette fois reprĂ©sentĂ© par le livre de LatĂ©fa Lafer  consacrĂ© au cinĂ©ma amazigh mais posant Ă  travers cette catĂ©gorie des problĂšmes beaucoup plus vastes sur l’identitĂ© de l’AlgĂ©rie (expression devenue trop banale et trop vague mais qui prend ici tout son sens). Le cinĂ©ma se donne aussi Ă  voir grĂące au trĂšs beau « Gardien des mondes » de Leila Chaibi.

Et c’est aussi un plaisir de parler pour une fois d’une piĂšce de théùtre contemporain qui a Ă©tĂ© bien accueillie au dernier festival d’Avignon : « Au non du pĂšre » d’Ahmed Madani.

Denise Brahimi

 

 » LE CONGRES DE LA SOUMMAM, LE CIVIL ET LE MILITAIRE » Par Tahar Khalfoune  
Il y a 66 ans se tenait dans la vallĂ©e de la Soummam, prĂ©cisĂ©ment au village Ifri Ă  Iwzellaguen le premier congrĂšs du FLN qui constitue un moment fondateur de la rĂ©volution algĂ©rienne. Si la rĂ©pression sanglante des manifestations de mai-juin 1945 et la crĂ©ation de l’organisation spĂ©ciale (OS) du MTLD en fĂ©vrier 1947 ont signĂ© l’acte de naissance du 1er novembre 1954 et sonnĂ© le glas de la colonisation, les assises de la Soummam sont sa deuxiĂšme naissance consolidĂ©e, cette fois-ci, par une meilleure organisation de la lutte en dotant la rĂ©volution naissante d’institutions politiques et militaires.
Les congressistes se sont attelĂ©s en prioritĂ© Ă  pallier l’absence d’une organisation viable maillant l’ensemble du territoire au cours des 20 premiers mois de guerre, relevĂ©e par l’état des lieux dressĂ© lors cette rencontre d’évaluation. Les concepteurs de ce congrĂšs ont su tirer les leçons de l’échec de la quarantaine d’insurrections rĂ©gionales, sporadiques et mal organisĂ©es de 1830 jusqu’à la fin du XIXe siĂšcle. En effet, ce qui distingue fondamentalement ces insurrections d’ampleur variable de la guerre d’indĂ©pendance ne tient pas aux actions armĂ©es qui ont toujours existĂ© depuis le dĂ©but de la colonisation jusqu’à la rĂ©volte de Belezma en 1916 dans les AurĂšs, mais Ă  l’organisation mise en place par le congrĂšs de la Soummam.
Ainsi ses rĂ©solutions ont dotĂ© la rĂ©volution d’institutions politique et militaire (
)
Mais la victoire in fine est politique, les redoutables opĂ©rations du gĂ©nĂ©ral Challe (fĂ©vrier 1959- avril 1961), ont laminĂ© les unitĂ©s de l’ALN de l’intĂ©rieur et le gĂ©nĂ©ral de Gaulle n’avait acceptĂ© de nĂ©gocier avec le GPRA que lorsqu’il s’était assurĂ© d’une victoire militaire sur le terrain. D’ailleurs les ultras de l’OAS reprochĂšrent au gĂ©nĂ©ral de Gaulle et son gouvernement d’avoir capitulĂ© et abandonnĂ© l’AlgĂ©rie, alors que l’armĂ©e française, contrairement Ă  sa dĂ©faite de Dien Bien Phu au Vietnam en mai 1954, a triomphĂ© sur le terrain de la guerre en AlgĂ©rie. Ruse de l’histoire, la victoire militaire en l’occurrence n’est pas synonyme de victoire politique, erreur de de Gaulle ! et la dĂ©faite militaire (ALN) n’est en rien un Ă©chec politique du FLN. Dans son rapport au ComitĂ© central Ă©largi du MTLD rĂ©uni Ă  Zeddine Ă  Ain Defla en dĂ©cembre 1848 sur les choix stratĂ©giques et tactiques pour le dĂ©clenchement de la rĂ©volution, AĂŻt Ahmed, dont le livre de chevet est De la Guerre du gĂ©nĂ©ral prussien Carl von Clausewitz, avisait qu’en stratĂ©gie, il n’y a pas de victoire militaire, notre stratĂ©gie est l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie, ce sera une victoire politique.
Par l’organisation politico-militaire de la rĂ©volution et le projet d’édification, aprĂšs l’indĂ©pendance, d’une RĂ©publique dĂ©mocratique et sociale qui garantit l’égalitĂ© Ă  tous les citoyens sans discrimination, qui en est issu, les rĂ©solutions du CongrĂšs de la Soummam constituent la premiĂšre matrice de l’État-nation et sa premiĂšre vraie « petite constitution ». De toutes les mesures prises, le principe de la primautĂ© du politique sur le militaire est le plus dĂ©terminant, le plus prĂ©monitoire, mais aussi le plus critiquĂ© par les tenants d’un État militaire. Larbi Ben M’hidi et Ramdane Abane, architectes du congrĂšs et fervents dĂ©fenseurs de ce principe, ont fait preuve de clairvoyance redoutant une militarisation des conflits politiques entre AlgĂ©riens avant et surtout aprĂšs l’indĂ©pendance. Deux hommes politiques lucides qui ont pensĂ© juste et agi loin. Leur prĂ©sage n’a pas pu empĂȘcher, hĂ©las, les luttes fratricides au cours et aprĂšs la guerre.
Soixante-six ans plus tard, ce principe remarquablement rĂ©habilitĂ© par le hirak dont les principaux mots d’ordre sont Ă©vocateurs « dawla madania mashi ‘askaria », « Abane khella ussaya, dawla madania mashi ‘askaria », conserve encore une validitĂ© et une lĂ©gitimitĂ© politique incontestables. Son abandon a entraĂźnĂ© illico la militarisation des instances dirigeantes au cours de la guerre et celle de tout le pays et ses institutions aprĂšs l’indĂ©pendance. La crĂ©ation de l’état-major gĂ©nĂ©ral (EMG) en dĂ©cembre 1959 sous le commandement du colonel Boumediene hypothĂ©qua sĂ©rieusement les chances d’édifier une AlgĂ©rie libre et dĂ©mocratique. Aujourd’hui le constat s’impose de lui-mĂȘme : l’échec du rĂ©gime militaire imposĂ© depuis 1962, voire depuis la remise en cause de ce principe Ă  la premiĂšre rĂ©union du CNRA du Caire le 20 aoĂ»t 1957 est patent. (
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Depuis 1962, l’AlgĂ©rie est prisonniĂšre de l’horizon d’un nationalisme de blocage, instrument idĂ©ologique fondamental du maintien d’un rĂ©gime politique d’une nature hybride militaro-politique.
NĂ© au cours des annĂ©es 1920, le nationalisme algĂ©rien Ă©tait Ă  ses dĂ©buts une conscience de libĂ©ration, porteur d’un grand projet d’émancipation des peuples d’Afrique du Nord, il s’est peu Ă  peu transformĂ©, notamment aprĂšs l’indĂ©pendance en une idĂ©ologie de domination et de blocage d’une nation qui, aujourd’hui plus qu’hier, aspire profondĂ©ment au changement remarquablement exprimĂ© par le hirak. Une critique lucide des fondements de l’État-nation et du soubassement politique et culturel qui le sous-tend est indispensable pour mieux comprendre les blocages d’aujourd’hui. La longĂ©vitĂ© du rĂ©gime politique ne tient pas uniquement, contrairement Ă  ce que l’on pourrait croire, par l’effet conjuguĂ© de son puissant appareil rĂ©pressif, de la corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e qui lui garantit des soutiens et la paix sociale par une redistribution inĂ©gale de la rente pĂ©tro-gaziĂšre. L’idĂ©ologie nationaliste exaltĂ©e contribue autant que la rĂ©pression et la corruption, si ce n’est davantage, Ă  son maintien.
(Avec l’autorisation de l’auteur, nous publions ici des fragments d’un article plus long paru dans l’édition en ligne du journal « Le Matin »). Coup de Soleil
« PIERRE BOURDIEU EN ALGERIE (1956-1961). TEMOIGNAGES ». Par Tassadit Yacine, éditions du Croquant, 2022
En cette annĂ©e 2022, c’est le vingtiĂšme anniversaire de la mort de Pierre Bourdieu, qui a surpris par sa soudainetĂ© (il avait 71 ans)—ce qui explique pourquoi mĂȘme ses proches ont eu le sentiment qu’ils auraient eu encore beaucoup de questions Ă  lui poser. Son extrĂȘme crĂ©ativitĂ© rendait sans doute difficile de suivre au mĂȘme rythme que lui ses projets et ses mouvements de sa pensĂ©e. Pourtant la pĂ©riode algĂ©rienne de sa vie est bien dĂ©limitĂ©e et clairement situĂ©e, elle recouvre presque complĂ©tement mais peu s’en faut la pĂ©riode de la guerre d’AlgĂ©rie,  et elle se trouve tout au dĂ©but de sa vie d’universitaire et de chercheur —autant de circonstances qui pourraient faire croire qu’on arrive assez bien Ă  cerner ce qu’il en fut pour lui de ces annĂ©es-lĂ . Pourtant Tassadit Yacine a su rĂ©unir dans ce volume de 2022 des informations  utiles voire prĂ©cieuses pour un « retour Ă  Bourdieu » dont cet anniversaire pourrait ĂȘtre l’occasion, bien qu’il n’ait jamais cessĂ© d’irriguer la pensĂ©e contemporaine, principalement mais pas seulement sans le domaine de la sociologie.
Tassadit Yacine a beaucoup travaillĂ© avec lui au sein de la revue Awal, qu’il avait contribuĂ© Ă  fonder (1985) avec le grand Ă©crivain algĂ©rien Mouloud Mammeri, spĂ©cialiste de la berbĂ©ritĂ©.    C’est d’ailleurs la revue Awal, sous la direction de Tassadit Yacine,  qui a publiĂ© en 2003 (n°s 27-28 )en tout ou en partie bon nombre des tĂ©moignages reproduits dans ce volume de 2022.
  Les personnes interrogĂ©es par Tassadit Yacine  ont toutes connues peu ou prou Pierre Bourdieu pendant les 5 annĂ©es de son sĂ©jour algĂ©rien. C’était alors un jeune universitaire au dĂ©but d’une carriĂšre  qui allait devenir particuliĂšrement brillante comme on sait. L’AlgĂ©rie n’était pas pour lui un choix personnel, il y  avait Ă©tĂ© envoyĂ© pour faire son service militaire, jusqu’à ce qu’on dĂ©couvre les qualitĂ©s intellectuelles qui lui permirent d’échapper assez vite au sort du soldat ordinaire , et c’est ainsi que non seulement il dĂ©couvrit l’AlgĂ©rie mais qu’il inventa si l’on peut dire une nouvelle sociologie de ce pays, dont tĂ©moigne en 1958 un livre de la collection « Que sais-je ? » qui fut un grand succĂšs.
Non sans concepts thĂ©oriques, cette sociologie Ă©tait nĂ©anmoins surtout fondĂ©e sur l’observation. Pierre Bourdieu avait Ă©tĂ© aidĂ© dans ce travail par un AlgĂ©rien d’origine bien connu pour ses remarquables travaux, Abdelmalek Sayad, malheureusement disparu prĂ©maturĂ©ment en 1988, Ă  l’ñge de 65 ans. Plusieurs des tĂ©moignages repris dans ce recueil de Tassadit Yacine mettent l’accent sur le rĂŽle jouĂ© par Sayad dans la dĂ©couverte de l’AlgĂ©rie par Bourdieu. Ils s’entendaient d’autant mieux que Sayad Ă©tait politiquement trĂšs Ă  gauche, et que ses relations (forcĂ©ment clandestines) avec le FLN ont facilitĂ© les enquĂȘtes de Bourdieu sur le terrain, Ă  un moment oĂč la guerre d’AlgĂ©rie entraĂźnait moult contraintes et interdictions. En tout cas Pierre Bourdieu n’a pas Ă©tĂ© ingrat et Ă  partir de 1998 il a rendu maint hommage Ă  son collaborateur et ami.
Les enquĂȘtes sociologiques du jeune chercheur ont quelques points d’ancrage dans l’AlgĂ©rie de l’époque, on sait par exemple qu’il a travaillĂ© avec un petit groupe dans la rĂ©gion de Collo, Ă  l’est de la rĂ©gion cĂŽtiĂšre qui borde le nord de l’AlgĂ©rie. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale il dit aprĂšs coup sa prĂ©dilection pour la rĂ©gion et la culture kabyles, par exemple dans un entretien qu’il donne en 2001 Ă  la TV berbĂšre (dont il souligne au passage le rĂŽle important). Ceux qui connaissent ses travaux savent qu’il a souvent fait des rapprochements extrĂȘmement suggestifs entre la Kabylie et sa propre rĂ©gion d’origine le BĂ©arn, avec laquelle il a toujours gardĂ© des liens.
Dans un complĂ©ment au volume de tĂ©moignages, intitulĂ© « Les travaux de Bourdieu sur l’AlgĂ©rie », on s’aperçoit que ces travaux vont bien au-delĂ  de ce qu’on aurait pu supposer, dĂ©bordant de beaucoup les 5 annĂ©es oĂč il y a rĂ©sidĂ©, et alors mĂȘme qu’il n’a cessĂ© d’aborder ensuite pendant 40 ans une masse incroyable de sujets. Tout se passe comme si l’AlgĂ©rie avait Ă©tĂ© dans sa carriĂšre un dĂ©clencheur aux effets puissants et jamais oubliĂ©s ni interrompus.
Pour ne prendre qu’un exemple, l’un de ses livres les plus importants ou le plus souvent citĂ©s, « Esquisse d’une thĂ©orie de la pratique » (1972), dont le titre ne laisse pas supposer un ancrage algĂ©rien, n’en est pas moins prĂ©cĂ©dĂ© de « Trois Ă©tudes d’ethnologie kabyle » comme s’il avait besoin de prendre appui sur cette base quoi qu’il en soit. D’ailleurs le titre judicieux donnĂ© Ă  sa relation avec l’AlgĂ©rie, Ă  l’occasion d’une exposition de ses photos qui eut lieu en 2003 Ă  l’institut du Monde arabe, est explicite Ă  cet Ă©gard : « Images d’AlgĂ©rie. Une affinitĂ© Ă©lective ». On voit que la formule est non seulement jolie mais qu’elle correspond Ă  une rĂ©alitĂ©.
En tout cas, entre BĂ©arn (un peu) et Kabylie (beaucoup) ce recueil publiĂ© par les Ă©ditions du Croquant fait apparaĂźtre, hors de tout hommage officiel, une figure attachante de Pierre Bourdieu, soucieux d’expliquer des rĂ©alitĂ©s concrĂštes sans cette rigueur doctrinaire qu’on lui a parfois reprochĂ©e. Il n’était pas question d’aborder dans ce livre la teneur scientifique de ses travaux et ce n’était pas son objet. On y trouve en revanche, du jeune chercheur qu’il fut entre 25 et 30 ans, un portrait ni distant ni familier, fait de moments pris sur le vif et de regrets aprĂšs coup, par des gens qu’on sent ravis de l’avoir connu et navrĂ©s de l’avoir trop tĂŽt perdu.
Denise Brahimi

« LE CHOIX DE THANINA » par Rénia AouadÚne, roman policier, éditions Marsa-A, 2022
L’autrice de ce court roman (son troisiĂšme) est une Ă©crivaine dont le champ d’action se situe entre l’AlgĂ©rie, la France et l’Espagne. Thanina dont ce livre fait le portrait est une AlgĂ©rienne dont le choix (le mot du titre) est justement de rester dans son pays d’origine alors que la situation dans laquelle elle vit et tout son entourage ou presque l’incitent Ă  en partir. Elle pourrait par exemple aller s’établir Ă  Marseille oĂč elle sait qu’elle vivrait beaucoup mieux qu’à BĂ©jaĂŻa, dans cette partie de la Kabylie qu’elle connaĂźt bien mais qui a Ă©tĂ© horriblement ravagĂ©e juste avant que ne commence l’action du livre. Le moment oĂč se passe celle-ci, plus ou moins l’an 2000, fait immĂ©diatement suite Ă  la dĂ©cennie noire (1990-2000) marquĂ©e par les massacres d’une guerre civile entre les hommes au pouvoir et les islamistes : malgrĂ© la paix Ă  peine rĂ©tablie, les sĂ©quelles en sont nombreuses et effroyables et Thanina est amenĂ©e Ă  les constater tous les jours, du fait du mĂ©tier qu’elle exerce, de maniĂšre inattendue. Elle est commissaire de police et sa rĂ©putation n’est plus Ă  faire lĂ  oĂč s’exerce son autorité : elle est intĂšgre et incorruptible dans un pays oĂč la corruption sĂ©vit Ă  tous les niveaux, elle ne transige jamais sur les exigences de la tĂąche Ă  laquelle elle se consacre exclusivement parce que tel est son choix quoi qu’il lui en coĂ»te—ce mot « choix » Ă©tant une sorte de mot-clef du livre, qui indique une action volontaire et dĂ©libĂ©rĂ©e, non par une obstination inexplicable et bornĂ©e mais pour des raisons que le lecteur peut parfaitement comprendre, et apprĂ©cier.
Thanina est une femme belle et courageuse, ce qui paradoxalement Ă©loigne d’elle la plupart des gens, en sorte que le prix Ă  payer pour son choix est celui d’une grande solitude. Ce n’est pas gĂącher le dĂ©nouement que de laisser entrevoir pour la fin du livre et au-delĂ  la possibilitĂ© d’une rencontre amoureuse presque inespĂ©rĂ©e, car s’il y a un fil conducteur proposĂ© aux lecteurs c’est celui-là : comment construire une relation durable et sensĂ©e, dĂ©sirable et dĂ©sirĂ©e, dans des conditions aussi difficiles et qui laissent tout Ă  inventer. L’invention du livre, pour reprendre ce mot, serait justement cela, celle d’une relation devenue trĂšs improbable entre un homme et une femme qui Ă©taient, par la force des choses, sur le point d’y renoncer.
ManiĂšre de dire, on l’aura compris, que le caractĂšre policier du roman est un peu un leurre, en tout cas le mot « policier » qui ici devrait ĂȘtre mis au fĂ©minin (roman d’une policiĂšre) ne correspond pas aux caractĂ©ristiques habituelles de ce genre littĂ©raire, le livre n’est pas fondĂ© sur la recherche difficile voire Ă©pineuse du coupable d’un crime, il n’entre pas dans la catĂ©gorie bien connue et de loin la plus frĂ©quente dans ce genre, celle du « whodunit », mot anglais dĂ©sormais adoptĂ© sous cette forme et dont la traduction en français serait « qui l’a fait ?». Certes il y aura bien une sorte d’enquĂȘte d’autant que Thanina n’est pas avare de ses peines et fait son mĂ©tier scrupuleusement, mais elle va droit au but, il n’y a pas de fausses pistes ni d’embrouille et la vĂ©ritĂ© Ă  dĂ©couvrir n’est que trop flagrante. Comme dans la plupart des cas Ă©voquĂ©s par le livre et c’est presque la totalitĂ©, il s’avĂšre que la victime est une femme parce qu’elle est une femme, c’est-Ă -dire parce qu’elle appartient Ă  cette catĂ©gorie de l’humanitĂ©, que l’autre, celle des mĂąles dominants, ne cesse d’écraser.
La jeune morte qui est au point de dĂ©part du livre est condamnĂ©e Ă  mourir par un ensemble de circonstances qui remontent loin dans le passĂ© et auxquelles s’est ajoutĂ© le terrorisme islamiste qui est venu dans ce cas comme dans d’autres renforcer le danger de mort portant sur les femmes, mais il y a dans le livre suffisamment d’exemples pour qu’on voie la diversitĂ© des formes que prend ce massacre sĂ©culaire, pour lequel le mot « oppression »  paraĂźt bien faible et bien abstrait.
Ne sont que trop concrets, matĂ©riels et physiques les cas que RĂ©nia AoudĂšne introduit dans son livre sous la forme de rĂ©cits secondaires insĂ©rĂ©s dans le rĂ©cit principal et qui, en quelques pages, s’ajoutent au dossier effrayant des meurtres commis contre les femmes—il s’agit ici d’AlgĂ©riennes, pour lesquelles le mot « fĂ©minicides » s’il n’existait pas, devrait ĂȘtre inventĂ©. Ce livre, qui n’est petit qu’en apparence, constitue finalement une sorte de rapport implacable sur la souffrance fĂ©minine et un rĂ©quisitoire contre l’impunitĂ© dont jouissent ceux qui la provoquent—sauf lorsqu’une femme en arrive Ă  se faire justice elle-mĂȘme, mais une fois de plus on a envie de dire : Ă  quel prix ! En fait il y a bien une enquĂȘte dans ce livre mais elle ne porte pas sur une seule victime ou un seul crime, c’est une situation qui est dĂ©noncĂ©e dans sa totalitĂ© et face Ă  laquelle trop de gens ont dĂ©jĂ  fui ou continuent Ă  fuir, raison pour laquelle on comprend que Thanina n’accepte pas d’en faire autant.
Depuis que l’AlgĂ©rie existe en tant que telle c’est-Ă -dire depuis l’indĂ©pendance, elle a connu plusieurs gĂ©nĂ©rations (le renouvellement des classes d’ñge y est extrĂȘmement rapide) parmi lesquelles des gens, quelques-uns au moins, ont rĂ©flĂ©chi et tentĂ© d’agir. Mais selon RĂ©nia AouadĂšne, qu’on peut prendre comme tĂ©moin, la dĂ©cennie noire a causĂ© des dĂ©gĂąts jusqu’ici irrĂ©versibles crĂ©ant une situation dans laquelle tout est Ă  rĂ©inventer, et sans base aucune dans la mesure oĂč il n’est plus possible de prendre appui sur le courage impulsĂ© par la guerre d’indĂ©pendance, ses hĂ©ros supposĂ©s et autoproclamĂ©s s’étant dĂ©considĂ©rĂ©s et pire que cela.
« Le choix de Thanina » nous dit qu’on peut encore trouver au sein de la sociĂ©tĂ© civile des gens (et pas nĂ©cessairement des intellectuels) qui sont prĂȘts Ă  essayer d’inventer la vie ou de la rĂ©inventer Ă  mains nues. Le livre de RĂ©nia AoudĂšne, poussĂ©e par l’empathie et l’indignation, est Ă  lire comme la volontĂ© de partager et d’encourager cet effort dans un monde de survivants.
Denise Brahimi

Nous avons publié une chronique sur un de ses précédents livres, le trÚs beau « Un maure dans la sierra ».

 

« ATTAQUER LA TERRE ET LE SOLEIL » par Mathieu Belezi Editions Le Tripode, 2022
La Guerre d’Algérie -et avec elle la Guerre d’indépendance- n’ont pas commencé en 1954, mais en 1830. Les années qui ont suivi la prise d’Alger ont été des années de violences terribles, de massacres, de viols, d’enfumades. Et aussi de Résistance. Tout cela, les historiens l’ont dit. Tout cela est documenté. Les sources principales étant celles des conquérants français eux-mêmes : les lettres, récits et rapports des « pacificateurs » (Bugeaud, Saint-Arnaud, Pélissier, Montagnac, etc.) disent crument, fièrement, « innocemment » leurs pouvoirs sans limites, ainsi que l’horreur assumée (1). De cette période tragique, de ce péché originel de l’entreprise coloniale, nulle trace, cependant, dans l’expression artistique : pas de films (des deux côtés de la Méditerranée) ; pas de romans.
Ce silence, d’une violence sidérale, l’écrivain Mathieu Belezi ne cesse de s’y confronter, roman après roman, en y opposant une violence identique, rageuse et puissante : celle de sa langue.
Après C’était notre terre (Albin Michel, 2008), Les Vieux Fous (Flammarion, 2011) et Un faux-pas dans la vie d’Emma Picard (Flammarion, 2015), il publie aujourd’hui Attaquer la Terre et le Soleil (Le Tripode, 2022). Un titre incandescent, aux ambitions prométhéennes. Littéralement délirant, à l’image de tout rêve colonisateur. Un titre que tout le livre illustre superbement.

bruno levy
Droits d’auteur : Bruno Levy/Le Monde

Mathieu Belezi, dans deux des romans précédents de sa « trilogie algérienne », avait déjà dénoncé la violence des premières années de la conquête de l’Algérie : Un faux-pas dans la vie d’Emma Picard, sous le signe de l’empathie critique, s’attachait à décrire l’installation des premiers colons, entre espoirs et désillusions ; Les vieux fous, dans un style épique, à la limite du fantastique, dénonçait ad nauseam la folie guerrière, insatiable, des conquérants français. Attaquer la Terre et le Soleil creuse jusqu’à l’obsession ces deux mêmes sujets, en les réunissant dans une construction alternée, champ/contrechamp : le roman donne tout à tour la parole à Séraphine, une jeune femme venue s’installer près de Bône avec sa famille, puis à un soldat « des armées d’Afrique ». On ne connaitra rien de lui. Rien d’autre que le récit qu’il fera de ses actes. D’emblée, individualisation ici (Séraphine et les siens), métaphore là (ce soldat incarne « tous les soldats »), choix radicaux, auxquels font écho deux écritures, elles aussi radicalement différentes, réaliste ici, sombrement lyrique, là. L’intitulé récurrent des chapitres donne la couleur : « Rude Besogne » pour le récit de Séraphine ; « Bain de sang », pour celui du soldat.
On ne cherchera pas dans ce roman de précision événementielle. On s’interroge, lors des premières pages : 1848 ? 1870 ? Un peu plus tard ? Certains détails, dans un premier temps, font pencher la balance vers les premières années (références, par exemple, aux enfumades) ; il apparait ensuite qu’on est plutôt déjà sous la Troisième République, celle des « Jules » (présence du discours « civilisateur » qui émerge seulement à partir des années 1870). Il semble que Mathieu Belezi, même s’il dit avoir situé l’action de son roman en 1845 (Entretien dans le Monde des Livres, 9 septembre 2022) prenne plaisir à brouiller un peu les pistes. En réalité, c’est l’Histoire qui l’intéresse, pas l’évènement lui-même. On le sait depuis longtemps, le roman permet le raccourci, l’empilement. De fait, Belezi s’autorise à fondre dans la même temporalité des évènements qui ont pu se dérouler sur vingt ans. Ce faisant, il renforce considérablement l’effet de réel. Il le transcende. On pourrait dire : il le sublimise, au risque, en l’occurrence, de tomber dans l’obscène.
C’est particulièrement évident pour les chapitres « Bain de sang ». L’auteur aurait pu, tout aussi bien, les intituler « Bain d’ivresse ». Ivresse bien réelle, quasi permanente du soldat, jouxtant avec la fatigue, mais, plus encore, ivresse métaphorique : Mathieu Belezi nous donne à voir un personnage ivre de folie. Pas de place pour la raison, pour la pensée : quand la voix de la conscience tente, timidement et rarement, de se faire une petite place (dans une forme que l’auteur maitrise magnifiquement), le soldat lui fait comprendre sur le champ qu’elle n’a pas voix au chapitre. C’est la force du livre de nous mettre face à ce constat sans appel : toutes les valeurs sont inversées. Le mal, c’est le bien. Tuer. Violer. Piller. Brûler. Enfumer. On a le droit pour soi, on est « couvert ». Tout est permis : on « civilise ». On pense à Joseph Conrad, Au cƓur des Ténèbres. Ivresse d’orgueil, jouissance d’un pouvoir sans limites, puissamment incarnées par le Capitaine qui commande le corps d’armée. Un « jeune fou », pour paraphraser Belezi, un personnage ubuesque, tragi-comique -mais davantage tragique
 Les pages puissantes qui lui sont consacrées atteignent le fantastique. Un fantastique burlesque. Dans sa monstruosité tranquille, effroyable et dérisoire, le personnage rejoint la galerie des « héros » baroques d’un Gabriel Garcia Marquez et de son « réalisme magique », une des sources d’inspiration de l’auteur : il est « tous les Capitaines », passés et à venir, comme le Patriarche de GGM était, à lui seul, tous les tyrans qui-n’en-finissent-pas-de-mourir (L’Automne du Patriarche est paru en Espagne l’année de la mort de Franco
)
En face de cette démesure, il y a le contrepoint Séraphine. Là on est sur terre. Dans le quotidien le plus concret, et le plus rude, celui des premiers colons, attirés par des promesses d’avenir meilleur, et qui ne tarderont pas à déchanter. Un quotidien ancré dans la boue, entouré de dangers. « Rude besogne », en effet. Pour le lecteur, on ne peut pas parler de respiration, tant le destin de Séraphine et des siens est lourd de menaces en tous genres. Mais l’on n’est plus confronté à des « passions tristes ». On est dans le domaine d’une sensibilité proche, plus empathique. Portés par l’écriture, devenue brusquement sobre et retenue, de Mathieu Belezi, on s’attache à Séraphine, on ne peut pas faire autrement, on compatit, sans cesser cependant de la critiquer, impuissants que nous sommes devant son aveuglement, son entêtement : on pense à Anna Fierling, la Mère Courage de Brecht, qu’on regarde, scène après scène, aller droit dans le mur. Et l’on s’interroge : jusqu’où Séraphine ira-t-elle avant de prendre conscience qu’elle est une victime de l’entreprise coloniale – et qu’elle en est, à son corps défendant, la complice ?
L’idée de ce champ/contre champ est splendide. Elle introduit de l’humanité au cƓur même de l’horreur. Elle évite, dans le même temps, de créer chez le lecteur, le sentiment de saturation qu’il ne manquerait pas d’éprouver à la seule lecture des pages « Bain de sang ».
Il faudrait dire ici, une fois encore, le souffle rageur de l’écriture de Mathieu Belezi. Dire ses brusques respirations devant un ciel, un paysage. Des moments d’autant plus précieux qu’ils sont volontairement brefs, bouffées d’air bienvenues. Il faudrait dire certaines scènes, bouleversantes de concision métaphorique, qu’il s’agisse de la mort d’un lapin, ou du regard d’un chef de village.
Le livre est bref. Il faut le lire.
En un temps où le politique peine à nommer clairement le réel, s’acharne à l’enrober de périphrases aseptisées, au risque d’entretenir éternellement une confusion mortifère, la force évocatrice et la puissance de langage qui émanent d’un roman tel qu’Attaquer la Terre et le Soleil nous obligent à y faire face, sans dérobade possible. Une entreprise hautement salutaire. Faulkner -visiblement une des autres sources d’inspiration de l’auteur- disait : « Écrire c’est comme craquer une allumette au
cƓur de la nuit en pleine forêt. Ce que vous comprenez alors, c’est combien il y a d’obscurité partout. La littérature ne sert pas à mieux voir. Elle sert seulement à mesurer l’épaisseur de l’ombre ». C’est bien de cela qu’il s’agit, ici.
Dominique Lurcel 9 septembre 2022.
Depuis deux jours, Mathieu Belezi est, avec Attaquer la Terre et le Soleil, l’heureux lauréat du Prix Littéraire 2022 du Monde.
(1) On en trouvera notamment un florilège accablant dans l’ouvrage d’Olivier Le Cour Grandmaison, Coloniser Exterminer, Fayard, 2005

 

« AU NON DU PERE », par Ahmed Madani, théùtre, Actes Sud-Papiers 2022

Tout est dans le jeu de mots qui figure au titre de cette Ɠuvre théùtrale : le « non » signifie ici nĂ©gation et refus, refus opposĂ© par un pĂšre Ă  sa fille qu’il ne veut pas reconnaĂźtre comme telle et dont il ne veut mĂȘme pas, absolument pas, entendre parler. Jusqu’à un certain moment de la piĂšce Ă©videmment , grĂące Ă  l’extrĂȘme obstination de la jeune femme appelĂ©e Anissa qui depuis l’enfance cherche Ă  connaĂźtre son pĂšre et grĂące aussi Ă  l’aide que lui apporte Ahmed Madani lui-mĂȘme. Celui-ci en effet joue un rĂŽle important dans ce mĂ©lange de rĂ©alitĂ© et de fiction que montre la piĂšce, et l’on dĂ©couvrira au bout du compte (conte ?) qu’il a des raisons personnelles de se sentir impliquĂ© dans l’histoire d’Anissa, Ă  laquelle il s’identifie pour plusieurs raisons, notamment parce qu’il est comme elle Ă  la recherche de son pĂšre.
A partir de leurs deux exemples, le sujet ou thĂšme principal de la piĂšce pourrait bien ĂȘtre « chacun cherche son pĂšre » et parfois par personne interposĂ©e. Ce qui est Ă©videmment immense et certainement pathĂ©tique, mais « Au non du pĂšre » ne se situe pas sous le signe de la tragĂ©die. Tout autre est le ton d’un homme politique amĂ©ricain dans une citation mise en exergue du petit livre publiĂ© par Actes Sud-Papiers : «  Le destin n’est pas une question de chance, c’est une question de choix : il n’est pas quelque chose qu’on doit attendre, mais qu’on doit accomplir. » L’histoire d’Anissa et de sa recherche du pĂšre illustre parfaitement ces mots. Contre toute vraisemblance et probabilitĂ©, elle va jusque dans le New Hampshire aux Etats-Unis pour rencontrer ce pĂšre boulanger, et si la rencontre a lieu en effet au sens le plus fort de ce mot, ce n’est pas par goĂ»t d’un happy end Ă  la Walt Disney, c’est parce que les deux interlocuteurs s’y emploient, ayant sans doute dĂ©couvert (chez le pĂšre c’est peut-ĂȘtre dans son inconscient) Ă  quel point leur Ă©tait important voire vital l’échange qui s’instaure entre eux.
Le recours Ă  la boulangerie et Ă  la pĂątisserie, qui sont Ă  la fois les mĂ©tiers et les domaines d’excellence du pĂšre et de la fille, crĂ©e entre eux un lien trĂšs concret, trĂšs physique qui Ă©vite que la quĂȘte avec laquelle ils sont aux prises ne prenne un caractĂšre psychologique voire psychanalytique et fait en sorte qu’elle soit rĂ©solument physique voire sensorielle plutĂŽt que mĂ©taphysique.
Ce qui frappe en effet dans la piĂšce d’Ahmed Madani, c’est qu’elle puisse ĂȘtre Ă  la fois aussi simple et aussi immense dans son propos. Il en dĂ©coule un humour trĂšs particulier dont on trouve un exemple Ă  l’extrĂȘme fin. L’auteur du texte y reproduit, sans autre commentaire, ce qu’il appelle les « recettes d’Anissa », celle des pralines et celle des fondants au chocolat ! Histoire de laisser aux spectateurs-lecteurs une bonne bouche comme on dit, et de se refuser Ă  « lacaniser » si l’on ose fabriquer ce verbe Ă  partir du nom de Lacan, psychanalyste et philosophe auquel on doit maint propos sur « le nom du pĂšre », Ă  l’origine du jeu de mot qui est au titre de la piĂšce.

La présentation de ce spectacle qui a été donné à Avignon en 2022 vise à nous mettre dans une grande familiarité, ou proximité, avec les deux personnages principaux : « alors je me présente je suis Ahmed Madani et voici Anissa ». Cette simplicité ne doit pas faire illusion : nous sommes embarqués dans une réflexion qui va loin.
Denise Brahimi

« GARDIEN DES MONDES », film de Leïla Chaïbi, 2022
Ce long mĂ©trage revendique en mĂȘme temps une appartenance Ă  la catĂ©gorie documentaire, en sorte qu’il n’est pas Ă©vident de savoir quelle part y tient la fiction. On peut d’ailleurs penser que cela fait partie d’une certaine stratĂ©gie de la rĂ©alisatrice que de laisser planer un doute Ă  cet Ă©gard, —maniĂšre de dire que la vĂ©ritĂ© n‘est pas forcĂ©ment dans l’exactitude des dĂ©tails mais qu’elle est ou qu’elle est aussi d’un autre ordre. C’est justement cette vĂ©ritĂ© humaine qui frappe chez le personnage principal Hassan dont on entend la voix tout au long du film. On a envie de dire que cette voix, belle, chaude, riche d’inflexions variĂ©es, est le cƓur vivant du film car elle s’adresse Ă  nous en tant que personnes, non pour nous Ă©mouvoir au sens oĂč le ferait un mĂ©lodrame, mais plutĂŽt pour nous dire que cette part Ă  la fois intime et intense de l’ĂȘtre est l’essence de l’humanitĂ© sous toutes ses formes. NaĂŻvement, voire niaisement, on s’attend peut-ĂȘtre un peu moins Ă  la trouver lorsque ces formes sont, comme ici, celles d’une vie rĂ©duite au plus grand dĂ©nuement.
Toute l’action du film (qui Ă  dire vrai se rĂ©duit Ă  bien peu de chose) se passe parmi ceux qu’à l’époque de Victor Hugo on aurait appelĂ©s des gueux mais le poĂšte Ă©tait de ceux qui n’emploient pas ce mot Ă  son sens habituel, pĂ©joratif et dĂ©valorisant , bien au contraire. Et s’il y a une raison de le rappeler ici, c’est justement parce que la rĂ©alisatrice du film est poĂšte elle aussi : son film-documentaire est une sorte de long poĂšme dont le fil principal Ă©chappe Ă  la matĂ©rialitĂ© du monde pour en dire Ă  la fois la misĂšre et la beautĂ©. Gueux ou misĂ©rables au sens hugolien, en cela rĂ©side leur paradoxe, que seule peut nous dire la poĂ©sie
A une autre Ă©poque et dans une autre culture, on aurait sans doute parlĂ© de nĂ©o-rĂ©alisme car on dĂ©signe par ce mot, notamment dans le cinĂ©ma italien, un style qui permet Ă  la fois de montrer les corps abĂźmĂ©s par la vie (ceux des pauvres le sont terriblement plus que les autres !) et les Ăąmes qui habitent ces corps en les imprĂ©gnant de spiritualitĂ©. Dans le film de LeĂŻla ChraĂŻbi, on pourrait ĂȘtre tentĂ© de remplacer ce dernier mot par celui de religion, du fait que la prĂ©sence de l’islam est dans tous les propos et dans tous les comportements qui nous sont donnĂ©s Ă  voir. Mais il s’agit plutĂŽt de rituels du fait que tout se passe dans un cimetiĂšre, celui oĂč habite Hassan et dont il assure soigneusement l’entretien, en sorte que ces rituels sont ceux du deuil, qui se reproduisent Ă  chaque fois que nous assistons Ă  un enterrement. La religion implique un ensemble de croyances, et il est certain qu’Hassan n’en manque pas mais il n’en fait jamais Ă©tat comme Ă  des dogmes ou Ă  des certitudes, on a plutĂŽt le sentiment qu’il invente seul ses lignes de force, pour peu qu’il en ait. La principale et la plus profonde est l’échange qu’il entretient avec sa dĂ©funte mĂšre, reprĂ©sentĂ©e par sa pierre tombale qu’il caresse avec la plus Ă©mouvante et la plus naturelle des tendresses : quotidiennement, Ă  toute heure, elle lui permet d’accĂ©der Ă  une autre vie et d’en Ă©prouver la prĂ©sence.
Cependant sa mĂšre n’a pas Ă©tĂ© la seule femme de sa vie. Le peu qu’on apprend, par lui-mĂȘme, de l’histoire d’Hassan, nous prouve qu’il a plusieurs fois aimĂ© des femmes et continue Ă  les porter dans son cƓur. Au moment oĂč on fait connaissance avec lui, il est nostalgique de ces amours et dĂ©sire trĂšs fort en retrouver. Pour autant il ne se laisse pas prendre Ă  des apparences ni Ă  la facilitĂ© et il ne se dĂ©cide Ă  aimer vraiment la jeune Sabrine (en tout cas plus jeune que lui, bien qu’il ne soit pas un vieillard) que lorsqu’il la connaĂźt suffisamment pour ĂȘtre sĂ»r d’elle et de lui ; les liens forts et rĂ©ciproques qu’il veut entre eux  sont ceux du mariage auquel on assiste Ă  la fin du film, elle est dĂ©licate et discrĂšte sans l’ombre d’une vulgaritĂ©. C’est d’ailleurs une caractĂ©ristique constante du film que ne pas se compromettre avec la grossiĂšretĂ©, du moins pas Hassan, qui la rĂ©prouve et reste toujours naturellement distinguĂ©.
Hassan est un gardien sans qu’on sache forcĂ©ment quels sont les mondes dont il est question dans le titre du film. Mais ce titre, correspondant au mĂ©tier qu’il s’est attribuĂ© Ă  lui-mĂȘme, veut dire qu’en dĂ©pit de toute misĂšre matĂ©rielle (incluant la faim, la douleur physique et la maladie) il est conscient d’une sorte de devoir de sauvegarde, prĂ©server ce qui est et ne rien lĂącher. De toute Ă©vidence il a une grande expĂ©rience de la vie, dont il fait d’ailleurs rarement Ă©tat mais dont il a retenu l’idĂ©e que la richesse est mĂ©prisable, parce qu’elle est source de laisser-aller. La retraite qu’il s’est amĂ©nagĂ©e au fond du cimetiĂšre l’autorise Ă  juger le monde, mais sans l’amertume ni le cynisme d’un autre DiogĂšne. La diffĂ©rence est dans l‘amour et c’est justement lĂ  que rĂ©side le secret de Hassan. L’amour qui est son credo n’est pas seulement, comme on l’a vu, celui d’une femme, il faut l’entendre de maniĂšre plus complexe et plus complĂšte car il est Ă  la fois physique et sensuel tout autant que sentimental et spirituel. LĂ  rĂ©side peut-ĂȘtre la pluralitĂ© des mondes dont il se fait le gardien et ne veut rien sacrifier.
La frĂ©quentation de la mort, sous la forme des crĂąnes qui abondent dans le cimetiĂšre oĂč beaucoup viennent se dĂ©barrasser de cadavres encombrants , n’est pas sans rapport avec son incontestable sagesse, qui est d’abord et avant tout le goĂ»t de la vie. La fin du film donne au spectateur le plaisir de partager la joie et l’émotion de Hassan et mĂȘme si elles devaient ĂȘtre Ă©phĂ©mĂšres qu’importe, puisqu’en effet toute chose est pĂ©rissable : loin d’ĂȘtre mĂ©taphysique c’est pour lui la plus physique des vĂ©ritĂ©s.
Il faut peut-ĂȘtre ajouter pour finir que la parole inlassable d’Hassan n’épuise pas le mystĂšre de l’homme qu’il est, ce qui signifie que sa crĂ©atrice, ou celle qui a su le trouver et nous le montrer , a voulu prĂ©server l’étonnement de la rencontre avec un homme comme lui.
« Ce qui m’a interrogĂ© sur ma propre dĂ©marche documentaire en effet, Ă  explorer les frontiĂšres subtiles entre rĂ©alitĂ©, vĂ©ritĂ© et sincĂ©ritĂ©. A quel point le regard ou le parti-pris peuvent influencer la maniĂšre dont on perçoit une personne. Car Hassan existe depuis longtemps en effet et que pour le trouver, il suffisait de le voir. Et croire ». Leila Chaibi.
Denise Brahimi

« LE CINEMA AMAZIGH, GENRE DU CINEMA ALGERIEN OU CINEMA A PART, » par Latéfa Lafer, éditions du Croquant, 2022
Les films analysĂ©s dans ce livre sont au nombre de trois, considĂ©rĂ©s comme exemplaires de ce qu’est le cinĂ©ma amazigh, y compris dans sa diversitĂ©, et chacun des trois a droit Ă  une Ă©tude monographique, mettant en valeur ses traits particuliers. Pour le dire d’emblĂ©e, et dans l’ordre chronologique, il s’agit de La Colline oubliĂ©e par Abderrahmane Bougermouh ; de La Montagne de Baya par Azzedine Meddour et de Machaho par Belkacem Hadjadj ; ils datent tous trois des annĂ©es 90 du siĂšcle dernier. C’est le moment oĂč se crĂ©e en AlgĂ©rie un secteur privĂ© de production et de distribution des films, permettant d’échapper au strict contrĂŽle d’Etat et d’exprimer une opposition Ă  ce qu’a Ă©tĂ© jusque lĂ  le cinĂ©ma algĂ©rien.
Tout ceci qui n’est pas toujours facile Ă  comprendre, est expliquĂ© de maniĂšre dĂ©taillĂ©e par LatĂ©fa Lafer. En effet, de part et d’autre du socle constituĂ© par les trois livres qu’elle privilĂ©gie, l’autrice du livre a ajoutĂ©, dans plusieurs chapitres, toute une sĂ©rie de faits et de rĂ©flexions personnelles bien informĂ©es, qui sont trĂšs prĂ©cieuses Ă  divers Ă©gards . Car ils et elles portent aussi bien sur l’art cinĂ©matographique en gĂ©nĂ©ral, sur le cinĂ©ma algĂ©rien vu dans sa totalitĂ© depuis l’indĂ©pendance et sur le cinĂ©ma amazigh dans son rapport avec l’identitĂ©. Pour ce qui est en tout cas de ce dernier centre d’intĂ©rĂȘt, on remarque trĂšs vite que loin de souscrire aux idĂ©es rĂ©pandues, LatĂ©fa Lafer apporte, avec force et conviction, des points de vue originaux. Elle vise Ă  caractĂ©riser ce cinĂ©ma qu’on dĂ©signe non sans raison, comme identitaire, Ă  condition que ce mot ne prenne pas un sens Ă©troit et rĂ©ducteur, voire rĂ©gionaliste.
Elle le fait aussi bien dans ses analyses sĂ©parĂ©es de chacun des trois films que dans le regroupement thĂ©matique qu’elle opĂšre Ă  propos des trois grands sujets qui sont prĂ©gnants dans ce cinĂ©ma : La langue, la terre et les femmes.
Pour montrer Ă  quel point elle est loin des positions qu’elle sait attendues, commençons par rĂ©sumer trĂšs sommairement (en recommandant une lecture complĂšte du livre) ce qu’il y a de remarquable dans ses positions Ă  ce triple Ă©gard, grĂące au fait que ce ne sont jamais des prĂ©sentations purement thĂ©matiques mais bien davantage la confrontation avec des problĂ©matiques complexes, aux enjeux considĂ©rables. Ce n’est pas par hasard s’il y a dĂšs le titre de ce livre un point d’interrogation car ce sont en effet beaucoup de questions qui s’y posent, qu’elles le soient par les trois rĂ©alisateurs ou par nous-mĂȘmes lecteurs du livre—deux catĂ©gories par rapport auxquelles l’autrice se situe en position intermĂ©diaire.
Pour commencer par ce qui semblerait le plus Ă©vident et qui pourtant ne l’est pas, l’appartenance au cinĂ©ma amazigh n’est pas la consĂ©quence immĂ©diate de l’emploi de la langue amazighe, celle-ci n’est pas forcĂ©ment une condition indispensable et en tout cas elle ne suffit pas. De toute façon, il n’y a pas de rĂšgle dĂ©finissant cette appartenance en termes tout Ă  fait clairs et formels ; pour ce qui est de la langue, il est certain qu’elle fait partie, de maniĂšre particuliĂšrement visible, de la culture amazighe, mais l’objectif est de lutter contre l’effacement de celle-ci dans sa totalitĂ©, c’est-Ă -dire dans la diversitĂ© de ses aspects.
S’agissant de la maniĂšre dont la terre y est Ă©voquĂ©e , le cinĂ©ma amazigh se sĂ©pare nettement de la reprĂ©sentation qui en est donnĂ©e dans le cinĂ©ma algĂ©rien en gĂ©nĂ©ral ; celui-ci en effet, dĂšs ses dĂ©buts rattache tous les problĂšmes au fait de la possĂ©der ou d’en ĂȘtre dĂ©possĂ©dé ; on pourrait parler d’une perspective marxiste et c’est sans doute celle qui a Ă©tĂ© le plus souvent mise en avant par la dĂ©colonisation : tous les malheurs de la colonisation viendraient du fait que les paysans ont Ă©tĂ© dĂ©possĂ©dĂ©s de leurs terres au profit des colons , au sens le plus matĂ©riel du mot, entraĂźnant la grande majoritĂ© du pays dans une extrĂȘme pauvretĂ©. Le cinĂ©ma amazigh montre que l’attachement Ă  la terre a principalement une valeur culturelle voire symbolique, la terre est transportable, elle n’est pas, ne doit pas ĂȘtre, un enracinement. Et si elle le devient, il peut y avoir une rĂ©gression trĂšs dommageable Ă  un stade dangereusement archaĂŻque.
Les films amazighs s’opposent aussi Ă  une certaine reprĂ©sentation dominante des femmes, due Ă  la mĂȘme lecture plus ou moins marxiste de leur situation en AlgĂ©rie. Le cinĂ©ma algĂ©rien en gĂ©nĂ©ral montre qu’elles doivent lutter contre la soumission et la dĂ©pendance, en passant par les voies connues de l’émancipation, le travail, l’autonomie financiĂšre, un certain contrĂŽle sur leur corps
tout ce qui leur manque, ou leur manquerait, de maniĂšre sĂ©culaire en AlgĂ©rie. Il est Ă©vident que les films amazighs ne correspondent en aucune maniĂšre Ă  cette reprĂ©sentation des femmes, et qu’elles y sont au contraire dĂ©tentrices de toute sorte de pouvoirs, qui ne permettent pas de les dĂ©finir comme dominĂ©es, pour reprendre un terme utilisĂ© par le sociologue Pierre Bourdieu. En tout cas les femmes ne sont pas plus victimes que les hommes, il n’y a pas des victimes d’un cĂŽtĂ© et des dominateurs de l’autre. Le cinĂ©ma amazigh a pour premier effet de rompre avec des stĂ©rĂ©otypes ressassĂ©s.
D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les diffĂ©rentes caractĂ©ristiques du cinĂ©ma amazigh sont en rupture avec tout ce que nous a montrĂ© le cinĂ©ma algĂ©rien (dont LatĂ©fa Lafer utilise maint exemple) depuis l’indĂ©pendance. Dans ces conditions il est difficile de ne pas lui faire un sort particulier et de ne voir en lui qu’une catĂ©gorie au sein du vaste ensemble national. C’est plutĂŽt d’une mise en question qu’il s’agit et donc d’un cinĂ©ma Ă  part, vraiment diffĂ©rent  Il est certain qu’il a Ă©tĂ© ressenti de cette maniĂšre par ses nombreux adeptes, mĂȘme si les conditions de distribution des films ont maintenu ceux-ci dans une sphĂšre gĂ©ographique restreinte- certainement trop restreinte par rapport Ă  leur signification potentielle. Tel est le paradoxe du cinĂ©ma amazigh, il est certainement moins connu que la chanson kabyle si aisĂ©ment transportable et reproductible. Et mĂȘme moins connu que les arts plastiques, si diffĂ©rents de ce qu’on appelle l’art arabe qu’on ne saurait s’y tromper. LatĂ©fa Lafer fait donc un travail trĂšs important en rappelant la grande originalitĂ© du cinĂ©ma amazigh au sein de la production nationale et en s’opposant Ă  certains critĂšres qu’on croit utile pour le dĂ©finir. Quoi qu’il en soit, il paraĂźt acquis voire Ă©vident que les films amazighs ont atteint leur objectif commun : donner une visibilitĂ© Ă  l’identitĂ© amazighe. Ils ont rĂ©actualisĂ© une revendication rendue plus aiguĂ« par les affrontements sanglants de la dĂ©cennie Ă  laquelle ils appartiennent.
Denise Brahimi

Et toujours ces deux films sur la richesse de la vie associative algérienne que nous vous invitons à visionner.

– Utiles
de Bahia Bencheikh-EL-Feggoun

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–Entre nos mains

de Leila Saadna

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Et sa bande-annonce, cliquez ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • Jeudi  29 septembre, dans le cadre du festival Les Inattendus Ă  Lyon, projection du film « Gardien des Mondes » de Leila Chaibi au PĂ©riscope.
  •  Samedi 1er octobre, Ă  l’Espace Nelson Mandela de Clermont Ferrand, projection du film Torba sur une association algĂ©rienne dĂ©veloppant des projets d’agroĂ©cologie, et confĂ©rence du professeur Omar Bessaoud sur l’histoire et l’actualitĂ© de l’AlgĂ©rie vues Ă  travers les transformations agraires subies depuis deux siĂšcles par ce pays.
  • Lundi 3 octobre au CinĂ©ma LumiĂšre Terreaux de Lyon, Ă  20h, avant-premiĂšre du Film Les Harkis de Philippe Faucon, dĂ©bat animĂ© par Michel Wilson, vice prĂ©sident de Coup de Soleil AuRA.
  • Vendredi 7 octobre, au cinĂ©ma L’OpĂ©ra de Lyon, Projection du film « Les femmes du pavillon J », en prĂ©sence de son auteur, Mohamed Nadif, dĂ©bat animĂ© par Tahar Ben Meftah, universitaire, et prĂ©sident du Maghreb des Films en RhĂŽne-Alpes
  • Jeudi 13 octobre Ă  11h vernissage de l’exposition « En guerre d’AlgĂ©rie », aux Archives de Saint-Etienne.
  •  Samedi 15 octobre, Ă  Grenoble Ă  la BibliothĂšque d’études et du Patrimoine, « La littĂ©rature algĂ©rienne de langue française, une histoire Ă  suivre », avec Salim Jay, Habib Tengour, HervĂ© Samson. Dans le cadre des manifestations « AlgĂ©rie 1962-2022 » organisĂ©es par plusieurs villes de l’agglomĂ©ration grenobloise et leurs partenaires.

 

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