Editorial
Commençons par les remerciements qui sont dus Ă  Paola Scuccimarra , volontaire en service civique  dont la prĂ©sence et l’aide ne cessent d’ĂȘtre prĂ©cieuses  à Coup de Soleil depuis de mois. Cette Lettre ne lui doit pas moins que deux articles, tĂ©moignant de sa compĂ©tence multiple : l’un porte le cinĂ©ma, il s’agit du film tunisien de Mehdi Hmili « Amel et les fauves » et l’autre sur les arts plastiques, Ă  partir d’une exposition de Nasreddine Bennacer prĂ©sentĂ©e par la galerie Regard Sud sous le titre « Avant l’écume des vagues ».
S’agissant de cinĂ©ma, nous attirons l’attention sur un film trĂšs Ă©mouvant et prĂ©cieux historiquement, « Revenir Ă  Montluc » qui se situe, Ă  partir d’un exemple particulier, dans la suite d’un livre dont nous avons parlĂ© prĂ©cĂ©demment (Lettre 73 ) et qui s’est trouvĂ© au cƓur de l’actualitĂ© au moment oĂč l’on vient de cĂ©lĂ©brer la mĂ©moire du 8 mai 1945, jour oĂč l’Allemagne nazie a capitulĂ©.
C’est d’autres moments et d’autres personnages de l’histoire lyonnaise qu’on trouve dans le livre trĂšs rĂ©cent d’Omar Hallouche, « Eclats de silence » qui voudrait donner rĂ©trospectivement la parole Ă  des inconnus restĂ©s silencieux leur vie durant.
Comme c’est Ă  peu prĂšs le cas pour chaque lettre, celle-ci propose Ă  votre lecture deux livres consacrĂ©s  soit Ă  la relation entre la France et l’AlgĂ©rie et montre ce qu’il en a Ă©tĂ© de la dĂ©sobĂ©issance dans l’armĂ©e française Ă  l’époque de la guerre,  soit aux problĂšmes de l’AlgĂ©rie aprĂšs l’indĂ©pendance, et analyse  (pour d’autres pays aussi bien) ce qu’il en est de la relation entre l’Etat-Nation et les minoritĂ©s qui s’y trouvent incluses
MĂȘme si ce n’est que par un note d’information, nous espĂ©rons faire apprĂ©cier un artiste , Hamid Tibouchi, assez proche de Coup de Soleil pour que certains d’entre vous le connaissent depuis longtemps dĂ©jĂ .
Comme la crĂ©ation de bandes dessinĂ©es sur l’AlgĂ©rie est toujours active, Michel Wilson commente la derniĂšre Ɠuvre de Jacques Ferrandez, auteur qui sera d’ailleurs reçu Ă  Lyon le 10 juin, avec participation de notre association.
Et enfin, pour la bonne bouche , nous vous proposons une brĂšve incursion  dans un domaine jusque lĂ  ignorĂ© de la Lettre, celui des saveurs, les crĂšmes glacĂ©es Ă©tant  rendues plus dĂ©lectables par l’imminence de l’étĂ©.
Denise Brahimi

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« ECLATS DE SILENCE » par Omar Hallouche, éditions Libel, 2023

L’intention de ce livre est trĂšs explicite : son auteur y donne la parole Ă  des gens qui ne l’ont jamais eue leur vie durant, et c’est contre l’injustice de ce silence qu’il publie aujourd’hui ce qu’il appelle des « Ă©clats », un mot qui dit beaucoup plus que s’il s’agissait seulement de fragments prĂ©levĂ©s sur des entretiens. Ceux- ci ont rĂ©ellement eu lieu, il y a pour la plupart une vingtaine d’annĂ©es alors qu’Omar Hallouche , fuyant l’AlgĂ©rie de la dĂ©cennie noire, Ă©tait venu s’installer Ă  Lyon. Il y a dirigĂ© un programme d’éducation sanitaire auprĂšs de travailleurs migrants, notamment dans les foyers qui les hĂ©bergeaient et qui ont parfois Ă©tĂ© leur derniĂšre demeure. A Vaulx-en-Velin et dans le quartier de la GuillotiĂšre, il a recueilli les paroles de migrants sur la possibilitĂ© ou non de transmettre leur histoire migratoire Ă  leurs enfants.
Cependant l’auteur n’a pas choisi pour son livre l’apparence scientifique, en tout cas codĂ©e, que beaucoup d’anthropologues ou sociologues donnent Ă  leurs Ă©crits, les inscrivant ainsi dans la catĂ©gorie des sciences humaines qui s’est beaucoup dĂ©veloppĂ©e dans la deuxiĂšme moitiĂ© du siĂšcle dernier. C’est en cela qu’il est original et d’une originalitĂ© peu facile Ă  qualifier, comme on s’en rend compte dĂšs la couverture du livre, oĂč figurent plusieurs strophes ou fragments poĂ©tiques de l’auteur ; n’en prenons que deux vers qui auraient pu ĂȘtre le titre ou le sous-titre de l’ensemble :
« FrĂȘles passerelles
Pour de furtives paroles ».
Les « Ă©clats de paroles » qui Ă©maillent son livre dĂ©crivent factuellement la duretĂ© de la vie des immigrĂ©s mais au-delĂ , ils disent en creux le silence, la solitude, l’invisibilitĂ©, les frustrations. Et c’est surtout cela qui suscite l’émotion.

De ce livre, on perçoit assez vite ce qu’on pourrait appeler la complexitĂ© du ton, le ton Ă©tant ici la maniĂšre dont il s’adresse Ă  ses lecteurs et ce qu’il met en Ɠuvre pour parvenir Ă  les toucher. ComplexitĂ© veut dire au moins deux appartenances qu’il vaut mieux considĂ©rer comme complĂ©mentaires plutĂŽt que contradictoires. Il est certain qu’Omar Hallouche a beaucoup lu sur cette question des travailleurs migrants en France, principalement ceux qui sont venus du Maghreb (mais pas que) et pour l’essentiel ceux de la premiĂšre gĂ©nĂ©ration, arrivĂ©s entre la fin de la deuxiĂšme guerre mondiale et le dĂ©but des annĂ©es 60. Non seulement il ne s’en cache pas mais on pourrait aller jusqu’à dire qu’il revendique pour maĂźtre un chercheur d’origine algĂ©rienne et proche de Pierre Bourdieu, Abdelmalek Sayad, (1933-1998) qui a consacrĂ© l’essentiel son Ɠuvre Ă  la vie des travailleurs algĂ©riens immigrĂ©s. Omar Hallouche ne cache pas non plus l’importance qu’a eue pour lui un livre qui comme le sien est Ă  la fois littĂ©raire et sociologique, celui du Marocain Tahar ben Jelloun, qui s’intitule « La plus haute des solitudes » (1977) consacrĂ© Ă  la misĂšre Ă  la fois physique et affective des expatriĂ©s venus en France pour y vendre leur force de travail.
Pourtant le livre ne se borne pas Ă  ĂȘtre une description ou Ă  dĂ©velopper une pensĂ©e
logique et dĂ©monstrative. Il est divisĂ© en une dizaine de courts chapitres, faits eux-mĂȘmes de sous-parties trĂšs courtes, dont chacune comporte en moyenne une page et demie. Le plus important semble avoir Ă©tĂ© pour l’auteur de leur garder la forme et le caractĂšre de ce qu’il appelle des Ă©clats : surgissement soudains, trĂšs brefs qui sans doute ne comportent rien de sensationnel mais donnent pourtant le sentiment qu’on est pris par surprise et atteint affectivement. Les mots rapportĂ©s ne visent pas vraiment Ă  faire le portrait de personnages, ils donnent pourtant Ă  entendre des paroles singuliĂšres, celles de l’homme qui disparaĂźt aprĂšs une seule rencontre ou au contraire celles de Mohammed G. qui a inspirĂ© l’auteur 11 de ses textes) car il fait bien plus que dĂ©crire son parcours migratoire, c’est un penseur conscient de certains problĂšmes qui agitent la sociĂ©tĂ© française notamment sur la question de l’émigration. Cette diversitĂ© Ă  chaque fois surprend et fait avancer la rĂ©flexion.

A quoi on peut ajouter que le livre comporte une sorte de chronologie interne, oĂč l’on distingue assez clairement, Ă  force d’apports successifs, une premiĂšre d’une deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration, la deuxiĂšme renvoyant d’ailleurs Ă  la premiĂšre par l’effet d’une comparaison Ă  peu prĂšs constante Ă  laquelle se livrent les plus anciens : pour le dire trĂšs vite, toutes les valeurs qu’ils croyaient devoir dĂ©fendre, celles du patriarcat traditionnel de leurs parents, leur paraissent en voie d’effondrement, d’une maniĂšre dĂ©jĂ  irrĂ©versible. Et les faits sont si patents qu’on ne saurait leur dire le contraire mĂȘme s’il est Ă©vident qu’il y a aussi des aspects positifs Ă  cette Ă©volution Mais elle a Ă©tĂ© si rapide qu’on peut la dire brutale et comprendre qu’ils la ressentent ainsi.
Ce vers quoi s’oriente la situation actuelle ne fait pas partie du projet du livre, c’est Ă  peine si les sociologues du prĂ©sent arrivent Ă  en saisir le rythme ; ce Ă  quoi s’emploie « Eclats de silence » est Ă  rĂ©parer des manques non sans savoir qu’il est impossible de revenir sur certaines vies. La tristesse vient de cet irrĂ©parable, on espĂšre cependant que certains des transplantĂ©s qui prennent ici briĂšvement la parole ont Ă©tĂ© contents de pouvoir le faire alors qu’ils Ă©taient, et c’est bien le pire, rĂ©signĂ©s au silence.
Denise Brahimi

« DESOBEIR EN GUERRE D’ALGERIE, LA CRISE DE L’AUTORITE DANS L’ARMEE FRANCAISE » par Marius Loris Rodionoff, Ă©ditions du Seuil, avril 2023
On trouve dans ce livre nombre de faits dĂ©jĂ  connus, que ce soit dans la hiĂ©rarchie militaire ou parmi les simples soldats de l’armĂ©e française, qui comporte alors un nombre important d’appelĂ©s ou de rappelĂ©s pour faire face Ă  ce qu’on appelait la rĂ©bellion. Cependant c’est un fait relativement nouveau de les aborder systĂ©matiquement du point de vue de la discipline militaire, en se demandant dans quelle mesure elle est respectĂ©e ou pas ; et l‘auteur du livre apporte un sens apprĂ©ciable de la nuance dans sa rĂ©ponse Ă  cette question.
Il faut reconstituer sa bibliographie de base car elle n’existe pas en tant que telle, l’auteur ayant Ă©vitĂ© une prĂ©sentation purement universitaire non sans avoir consultĂ© pourtant un grand nombre de documents officiels ; mais on constate son grand souci, trĂšs lĂ©gitime (et qui a sans doute Ă©tĂ© exigĂ© de lui) de respecter l’anonymat des gens dont il parle, sauf Ă©videmment quand il s’agit de personnages cĂ©lĂšbres (de la haute hiĂ©rarchie militaire) dont les comportements sont par ailleurs connus et appartiennent Ă  l’Histoire.
S’agissant de bibliographie on a vite fait de constater qu’il existe de nos jours et depuis plusieurs annĂ©es quelques rĂ©fĂ©rences absolument obligĂ©es dĂšs qu’il s’agit de la guerre d’AlgĂ©rie, en tout cas telle qu’analysĂ©e du point de vue français. Nous nous contenterons ici d’évoquer le nom de trois auteur(e)s qui constituent l’équipe de recherche reconnue comme aussi fiable que bien informĂ©e. Beaucoup de nos lecteurs connaissent maintenant leurs trois noms, que Marius Loris Rodionoff cite dans ses notes ; il s’agit de RaphaĂ«lle Branche, de Sylvie ThĂ©nault et de Tramor Quemeneur dont un titre correspond exactement au sujet traitĂ© dans le livre dont nous parlons : « Une guerre sans « non » ? Insoumissions, refus d’obĂ©issance et dĂ©sertions de soldats français pendant la Guerre d’AlgĂ©rie (1954-1962) ».
« DĂ©sobĂ©ir en Guerre d’AlgĂ©rie » se dĂ©roule en 6 chapitres qui suivent Ă  peu prĂšs un ordre chronologique, mais obĂ©issent aussi Ă  des regroupements thĂ©matiques. Il est d’autant plus important de suivre l’ordre chronologique que la guerre d’AlgĂ©rie, vue du point de vue de la France et de son histoire militaire, fait suite Ă  d’autres qui ne sont pas de moindres et qui ne peuvent manquer d’ĂȘtre prĂ©sentes Ă  tous les esprits. Naturellement le grand choc qu’a subi l’armĂ©e traditionnelle est celui de 1940, de la dĂ©faite certes et aussi de ce coup de force extraordinaire annoncĂ© par l’appel du GĂ©nĂ©ral de Gaulle le 18 juin ; inutile de dire que la question de l’obĂ©issance militaire ou plutĂŽt de la dĂ©sobĂ©issance s’y trouve directement posĂ©e, au point d’en constituer l’exemple mĂȘme et une figure incontournable. M.L.Rodionoff utilise beaucoup pour parler de ces Ă©vĂ©nements et les re-situer dans une histoire de l’armĂ©e française un livre qui est dit-il un « tĂ©moignage saisissant de la faillite des chefs, livre testamentaire de Marc Bloch intitulĂ© « L’Etrange dĂ©faite ». Plus proche encore de la guerre d’AlgĂ©rie Ă  tous Ă©gards (elle lui fait suite immĂ©diatement) est la guerre d’Indochine, dont le souvenir rĂ©cent ne peut Ă©videmment pas ĂȘtre de bon augure. Certains des rescapĂ©s de cette pĂ©nible et humiliante dĂ©faite sont Ă©voquĂ©s par des « appelĂ©s » français qui sont frappĂ©s par leur dĂ©crĂ©pitude, alcoolisme notamment.
La guerre d’Indochine ne pouvait manquer d’ĂȘtre vue comme un exemple de guerre contre-rĂ©volutionnaire, mais la question en AlgĂ©rie devient plutĂŽt comment gagner cette guerre, quelles erreurs sont Ă  Ă©viter et Ă  quels procĂ©dĂ©s nouveaux faut-il recourir. Pour ce qui est des faits eux-mĂȘmes, le livre s’oriente dans deux directions diffĂ©rentes.
La premiĂšre concerne le comportement des soldats et notamment de ces fameux appelĂ©s ou rappelĂ©s dont beaucoup ont subi bien Ă  contre-cƓur une interminable prolongation de leur service en AlgĂ©rie. Le mĂ©contentement de la plupart Ă©tait prĂ©visible et certain, on a pourtant l’impression que les formes ouvertes de rĂ©volte contre le commandement sont restĂ©es trĂšs rares, et qu’il s’agissait plus souvent de formes ou de « techniques de rĂ©sistance discrĂštes » notamment Ă  l’égard des petits chefs plutĂŽt que des hautes instances, forcĂ©ment mal connues. Sans doute les prescriptions donnĂ©es par le Parti communiste francais aux appelĂ©s ont-elles jouĂ© un rĂŽle (qu’on peut juger criticable). Il n’était pas question selon Maurice Thorez de se dĂ©rober Ă  l’appel de l’armĂ©e, ni par insoumission ni par dĂ©sertion, il fallait au contraire y aller mais tĂącher de continuer Ă  suivre sur place les directives et lignes de conduite prĂ©conisĂ©es par le Parti. Et le plus admirable est que certains y sont parvenus !
La deuxiĂšme sĂ©rie de faits Ă©voquĂ©s par le livre se trouve principalement dans son chapitre 5 « Crise politique et crise de l’autoritĂ© dans l’armĂ©e. » Il y est question des trois moments les plus importants de cette histoire violente qui s’est jouĂ©e en quelques annĂ©es. Cela commence Ă©videmment avec le 13 mai 1958, puis on voit les soubresauts que traverse l’armĂ©e de mĂ©tier dans les annĂ©es 1960-1961, jusqu’à ce qu’éclate en avril 1961 le putsch des gĂ©nĂ©raux dont les consĂ©quences seront Ă©videmment considĂ©rables y compris aprĂšs la fin de la guerre.
L’auteur a certainement raison de voir dans certaines mises en cause de l’autoritĂ© militaire un prĂ©lude aux turbulentes et spectaculaires agressions qui vont Ă©clater en mai-juin 1968.
Denise Brahimi

« ETATS-NATIONS CONTRE MINORITES », publication collective du Forsem, Editions En toutes Lettres, Casablanca 2023, 232 pages, coordonnée par Tahar Khalfoune.

Le titre de ce recueil de huit rĂ©flexions sur l’État-nation en rapport avec les minoritĂ©s dans certains pays de la rive sud de la MediterranĂ©e en indique clairement l’intention principale : entre les deux entitĂ©s qui s’y trouvent opposĂ©es, le choix des auteurs est tout Ă  fait clair, il s’agit de dĂ©noncer l’attitude et le comportement des États-nations qui s’emploient Ă  «minoriser les minoritĂ©s » si l’on ose dire les choses ainsi. C’est-Ă -dire que faute de pouvoir les Ă©liminer (du fait de leur importance numĂ©rique et de leur combativitĂ©), les pouvoirs centraux et centralisateurs (de crĂ©ation souvent rĂ©cente voire trĂšs rĂ©cente) s’efforcent de limiter le statut qu’ils sont bien obligĂ©s de reconnaĂźtre aux minoritĂ©s, Ă  dĂ©faut de les admettre Ă  part entiĂšre avec toutes les autres composantes de la nation.
Le livre contient des exemples nombreux et variĂ©s de minoritĂ©s dĂ©veloppĂ©s par plusieurs spĂ©cialistes dont les analyses ne portent pas seulement sur les pays du Maghreb, mais plus largement sur d’autres pays qui partagent l’espace du Forsem, ou « Forum de solidaritĂ© euromĂ©diterranĂ©enne ». Il y est donc question aussi de la Libye, de l’Egypte, de la Syrie, de la Turquie, de l’Irak et de l’Iran. Pour la Lettre de Coup de Soleil, nous retiendrons de toutes ces Ă©tudes un long article qui est l’Ɠuvre du coordinateur du livre, Tahar Khalfoune, spĂ©cialiste de droit public algĂ©rien ; il ne manque pas de rendre hommage au dĂ©but du livre Ă  l’historien Gilbert Meynier membre fondateur du Forsem disparu en 2017 et que beaucoup d’adhĂ©rents Ă  Coup de Soleil connaissaient bien.
Les articles rĂ©unis dans ce livre ont Ă©tĂ© conçus depuis une dizaine d’annĂ©es et certains ont fait l’objet d’un sĂ©minaire organisĂ© par le Forsem en avril 2014. Reste que la synthĂšse proposĂ©e par Tahar Khalfoune reflĂšte une prĂ©occupation constante, multinationale mais aussi rĂ©activĂ©e chez lui au fil des annĂ©es et des mois par la façon dont l’AlgĂ©rie en tant qu’Etat-nation gĂšre la question berbĂšre et plus spĂ©cialement ses rapports avec la Kabylie (qu’on peine Ă  considĂ©rer comme une minorité !). Il est Ă©vident que tous les faits concernant cette rĂ©gion sont extrĂȘmement prĂ©sents Ă  l’arriĂšre-plan et mĂȘme Ă  l’avant-plan des analyses de Tahar Khalfoune, qui s’appuie beaucoup sur l’histoire, remontant Ă  la pĂ©riode coloniale et au XIXĂšme siĂšcle, mais principalement Ă  ce qui s’est passĂ© depuis 1962. Son objet le plus urgent est de faire apparaĂźtre les attendus et prĂ©supposĂ©s, d’ailleurs tout Ă  fait explicites, de l’Etat-nation algĂ©rien tel qu’il fonctionne tant bien que mal, mais toujours dans le mĂȘme sens depuis une soixantaine d’annĂ©es.
Le travail ici entrepris implique en effet de rechercher les origines du mot et de l’idĂ©e de nation dans le contexte euromĂ©diterranĂ©en qui est celui du Forsem. On ne peut que rĂ©sumer trĂšs sommairement ce qu’il faut lire au contraire avec beaucoup d’attention pour profiter de tout un travail aux rĂ©sultats parfois inattendus (par exemple sur les liens entre le nationalisme arabe et un certain nationalisme allemand, appelĂ© national- socialisme Ă  partir des annĂ©es 30 du siĂšcle dernier)
On dĂ©couvre alors que la pensĂ©e du XIXĂšme siĂšcle a vĂ©cu non pas sur une, mais sur deux idĂ©es de ce qu’est une nation (ou de ce qu’elle devrait ĂȘtre) selon sa dĂ©finition Ă  la française ou Ă  l’allemande. Il faut revenir au titre de la longue Ă©tude proposĂ©e par Tahar Khalfoune : « D’une approche organique Ă  une conception citoyenne de la nation », pour commenter les deux termes opposĂ©s, Ă©tant entendu que le choix vivement souhaitĂ© est celui qu’indique la seconde formule et qui comporte le mot « citoyen ».
La conception organique veut dire que l’appartenance Ă  une nation ne peut se faire qu’à travers trois conditions indispensables, l’ethnicitĂ© (=la race), la langue (unique) et la religion. On voit bien que ces termes visent Ă  l’exclusion des minoritĂ©s, par exemple celles qui en AlgĂ©rie sont d’origine berbĂšre et non arabe ; ou encore celles qui parlent d’autres variantes de tamazigh (berbĂšre) et parfois pas du tout l’arabe alors que celui-ci est considĂ©rĂ© comme la seule langue officielle jusqu’à la rĂ©vision constitutionnelle de 2016 qui a dotĂ© tamazight du mĂȘme statut ; et naturellement pour ce qui est de la religion, en AlgĂ©rie ce ne peut ĂȘtre que l’islam, ce qui exclut de fait de la nation et de la nationalitĂ© Juifs et ChrĂ©tiens. Cette position est soutenue par les « UlĂ©mas » qui en ont fait leur cheval de bataille et mot d’ordre exclusif. Ils sont docteurs de la loi musulmane et s’octroient le double rĂŽle de thĂ©ologiens et de juristes.
L’autre position qu’on pourrait appeler la conception citoyenne (française) et qui remonte au XIXeme siĂšcle considĂšre que l’accĂšs Ă  la citoyennetĂ©, au sein d’une nation, ne repose pas sur des dĂ©terminismes comme ceux dont on vient de parler prĂ©cĂ©demment, mais sur des formes d’adhĂ©sion personnelles et libres, Ă©videmment consignĂ©es par la loi, elle-mĂȘme cautionnĂ©e par l’État – mais ce n’est pas celui-ci qui prend les dĂ©cisions et les impose de façon unitaire et autoritaire.
Dans les dĂ©veloppements actuels de cette deuxiĂšme position, on voit apparaĂźtre une notion utilisĂ©e par Tahar Khalfoune dans sa conclusion qui s’intitule « Pour en finir avec les approches jacobines ». On sait que le jacobinisme est une forte tendance Ă  la centralisation, par laquelle la RĂ©volution française de 1789 a vu un moyen de lutter contre les fĂ©odalismes locaux. Mais le moins qu’on puisse dire est que les exigences des gens actuellement minorĂ©s par leur Etat-nation ne sont nullement celles des chefs rĂ©volutionnaires français en 1789-92. Le jacobinisme est une violence politique qui n’est pas sans lien avec la Terreur. Les minoritĂ©s actuelles souhaitent en revanche la reconnaissance de la pluralitĂ© dans la tolĂ©rance rĂ©ciproque.
Denise Brahimi

« SUITES ALGERIENNES 1962-2019 Seconde partie» de Jacques Ferrandez Editions Casterman 2023

Jacques Ferrandez interviendra à l’Hîtel de Ville de Lyon samedi 10 juin à 14h, dans un partenariat entre la Librairie La BD de Lyon et notre association.

Peut-ĂȘtre Jacques Ferrandez nous a-t-il livrĂ© lĂ  son ultime Ă©pisode d’une saga dĂ©butĂ©e en 1994 pour la date d’édition, le 24 mars 1836 pour le dĂ©but de l’histoire. A moins que le personnage de Nour, que Paul-Yanis cherche en vain, n’ouvre la piste Ă  un prochain Ă©pisode?

Il a donnĂ© ses traits au personnage de Paul-Yanis Alban, dĂ©sormais sexagĂ©naire lors de son sĂ©jour en AlgĂ©rie le 1er et le 2 novembre 2019, dĂ©butĂ© lors de l’album prĂ©cĂ©dent. Comme une forme de convergence entre l’auteur et son dernier hĂ©ros, et Ă  travers lui toute cette longue histoire.
Ce personnage, nĂ© des amours du capitaine Octave Alban, pied-noir, et de Samia, la fille du Djebel Amour porte donc en lui cette forme de fusion que persiste Ă  ĂȘtre l’AlgĂ©rie d’aujourd’hui.
Au fil de ses 12 albums, l’auteur a tressĂ© un formidable entrelacs de destins tous impliquĂ©s Ă  des titres divers dans les soubresauts de cette histoire franco-algĂ©rienne. Certains de ces personnages incarnent les diverses postures dans lesquelles se sont trouvĂ©es toutes les personnes qui ont Ă©tĂ© mĂȘlĂ©es Ă  cette longue histoire, insoumis, pieds rouges, soutiens de l’indĂ©pendance, pieds-noirs proches ou opposĂ©s Ă  l’OAS, militaires aux diffĂ©rentes options, cĂŽtĂ© français, et combattants du FLN, de l’intĂ©rieur ou de l’armĂ©e des frontiĂšre, harkis, et plus tard, membres des rĂ©seaux islamistes, cĂŽtĂ© algĂ©rien. Et au fil de l’histoire, et c’est particuliĂšrement vrai dans ce dernier album, des personnages aux trajectoires inimaginables, dont le parcours recoupe des rumeurs plus ou moins fondĂ©es dont l’imaginaire algĂ©rien est friand. Citons les gĂ©nĂ©raux Bouzid et Salihafa, des services spĂ©ciaux, qui se rĂ©vĂšlent ĂȘtre des personnages rencontrĂ©s plus tĂŽt dans la saga, aux parcours tourmentĂ©s. Le personnage de Salihafa fait un peu penser Ă  celui de Tombeza, dans le roman Ă©ponyme de rachid Mimouni.
Le gĂ©nĂ©ral Bouzid a Ă©tĂ© mariĂ© aprĂšs l’indĂ©pendance avec une militante rĂ©volutionnaire française, Mathilde, qui est partie vivre d’autres aventures avec des militants maoĂŻstes rĂ©volutionnaires, en laissant son fils, Hakim, devenu militant islamiste

Mathilde, que rencontre Paul-Yanis, lui narre ses dĂ©sillusions progressives face Ă  l’évolution de la politique algĂ©rienne entre 1962 et 1969, et notamment la montĂ©e d’un antisĂ©mitisme de plus en plus affichĂ©, ainsi que la mise Ă  l’écart de l’ensemble des femmes algĂ©riennes.
« Dans chaque homme, il y a toujours deux hommes, et le plus vrai, c’est l’autre ». Cette formule de Borges, reprise par Kamel Daoud dans la prĂ©face de l’album, est particuliĂšrement mise en Ɠuvre par Ferrandez, dont nombre de personnages ont deux faces, deux appartenances, souvent Ă©cartelĂ©es entre AlgĂ©rie et France.
Ajoutons Ă  ces personnages de fiction souvent inspirĂ©s de personnages rĂ©els des rencontres rĂ©guliĂšres avec des personnes ayant existĂ© qui jalonnent l’univers de ces 12 albums . On peut citer notamment pour ce dernier rĂ©cit le poĂšte Momo de la Casbah, dĂ©jĂ  croisĂ© dans le passĂ©, l’humoriste Fellag, et « L’Ecrivain », Rachid Mimouni, mort en 1995, dont Ferrandez prolonge l’existence jusqu’à aujourd’hui, ce que le lecteur qui aime cet auteur magnifique, ressent avec un pincement au cƓur. L’auteur met dans la bouche de Mimouni, incarnation de l’hommage qui est fait aux Ă©crivains continuant Ă  Ɠuvrer en AlgĂ©rie, des propos somme toute optimistes quant aux suites attendues du hirak « Il est temps enfin de recouvrer notre indĂ©pendance ». Un optimisme qu’on a peine Ă  trouver dans l’Ɠuvre abondante de l’écrivain.

Ces rencontres sont chaque fois l’occasion de dĂ©veloppements et d’analyses sur la situation et sur l’identitĂ© algĂ©riennes.
Comme toujours, les rĂ©fĂ©rences historiques sont soigneusement contrĂŽlĂ©es, mais Ferrandez ne se prive pas de broder autour de faits historiques pas complĂštement avĂ©rĂ©s, comme la dĂ©marche des services spĂ©ciaux algĂ©riens auprĂšs de leurs homologues Ă©tatsuniens pour les prĂ©venir de la possibilitĂ© d’un attentat aĂ©rien en 2001. Le gĂ©nĂ©ral Salihafa, Ă  qui est attribuĂ©e cette dĂ©marche va perdre la vie dans les Twin Towers ! Comme le rappelle Kamel Daoud « Quand la lĂ©gende, reprise ici, du gĂ©nĂ©ral Toufik avertissant les Etats-Unis sur l’imminence des attentats du 11 septembre 2001 circula, personne ne la moqua : en AlgĂ©rie, on est en avance sur la mort, en retard sur la naissance ».
Cette façon ingĂ©nieuse de mĂȘler histoire et fiction, personnages imaginaires, personnages inspirĂ©s de parcours rĂ©els et personnages ayant existĂ©, voir mĂȘme historiques, est reprĂ©sentative du talent de Ferrandez, et du succĂšs de son Ɠuvre. Il donne vie Ă  cette longue et difficile coexistence entre la France et l’AlgĂ©rie, illustre les multiples drames individuels et collectifs qui l’ont ponctuĂ©e.
Et si le rĂ©cit tient en haleine, il faut aussi Ă©voquer le dessin, rĂ©aliste et classique, qui le soutient et l’amplifie, avec parfois de belles reprĂ©sentations de paysages urbains ou ruraux. Ce dernier ouvrage fait peut-ĂȘtre un peu moins que par le passĂ© la place Ă  des images de grand format oĂč l’auteur donne pleine mesure Ă  son talent, en mĂȘme temps que du souffle dans le rĂ©cit. Peut-ĂȘtre est-ce liĂ© cette fois au fait qu’il faut faire place Ă  plus de texte pour alimenter un rĂ©cit plus explicatif, beaucoup de clĂ©s devant ĂȘtre donnĂ©es pour conclure une longue histoire

Plus que jamais cette Suite algĂ©rienne a tout ce qui permet de captiver ses lectrices et lecteurs, mais aussi va prendre toute sa place dans les centres de documentation des Ă©tablissements scolaires oĂč l’Ɠuvre de Ferrandez (comme bien d’autres BD sur l’histoire de l’AlgĂ©rie) est un trĂšs efficace support pour renforcer l’enseignement des professeurs.

Michel Wilson

Note d’information :
Nous avons plaisir Ă  vous signaler une parution Ă  La Maison de la poĂ©sie RhĂŽne-Alpes (Saint-Martin d’HĂšres) spĂ©cialisĂ©e dans la poĂ©sie contemporaine.
Il s’agit, dans la petite collection « Zeste », du livre de Hamid Tibouchi, « Des traces de riens », recueil de textes courts et en mĂȘme temps carnet de dessins, introuvable ailleurs que chez Pierre Vieuguet, animateur de la revue « Bacchanales »
dont le dernier numĂ©ro, sur le thĂšme « DĂ©sobĂ©issances », contient cinq poĂšmes inĂ©dits d’Hamid Tibouchi

« AVANT L’ECUME DES VAGUES » Exposition de Nasreddine Bennacer, Galerie Regard Sud Lyon

L’écume de mer est provoquĂ©e par un vent violent, qui forme cette mousse, au grĂ© du roulement des vagues. « Avant l’écume des vagues », titre de l’exposition de Nasreddine Bennacer sur l’immigration, est trĂšs parlant. L’immigrĂ© est celui qui voit ses racines balayĂ©es par un vent violent et qui baigne dans un entre-deux instable et aqueux. ArrivĂ© Ă  bon port, il est aussi vulnĂ©rable que la mousse de l’écume. Notre artiste, nĂ© en AlgĂ©rie, a traversĂ© la mer MĂ©diterranĂ©e dans les annĂ©es 90 pour rejoindre la France. L’adverbe « avant » place l’exposition sous l’égide du temps. L’Ɠuvre « Sans titre », figurant une tour, porte elle-mĂȘme la marque du temps puisqu’elle est composĂ©e de pastel, d’encre et de poudre de mĂ©tal. Cet effet corrosif de l’oxygĂšne sur le fer, on peut aisĂ©ment le rapporter au migrant, qui voit ses rĂȘves se dĂ©liter sur la terre d’accueil, au grĂ© des saisons. Le temps, principe vivant que rien ne retient, fait d’autant plus sentir notre propre immobilitĂ©. Le pastel confĂšre un effet dĂ©teint Ă  l’Ɠuvre, usĂ©e par le temps. A peine formulĂ©, le rĂȘve s’effrite dĂ©jĂ , comme cette tour aux allures de ruine. Les contours s’estompent, montrant l’incertitude d’espoirs-mirages. MatiĂšre impalpable de cette Ɠuvre dont on se demande presque s’il ne s’agit pas d’une hallucination.
La reprĂ©sentation est plutĂŽt Ă©conomique : une fraction de ciel et de tour, qui dĂ©chirent l’espace en deux. On pense Ă  la fracture identitaire profonde qu’induit la migration. On pense aussi Ă  la fraction de mer, qui s’étend Ă  perte de vue, dans un entre-deux dĂ©pourvu de temps, lors des traversĂ©es migratoires. La circularitĂ© et l’infinitude du chemin qui contourne la tour, donne Ă  voir l’aspect ingrat, laborieux, dĂ©courageant, d’une traversĂ©e Ă  risque dont la destination est douteuse. Les routes se croisent et se dĂ©croisent, comme ses bateaux de migrants dont le point de carrefour est la MĂ©diterranĂ©e. Paradoxalement, l’absence de limites en devient Ă©touffant. Le sommet de la tour s’érige comme un monstre inatteignable. Elle illustre le rapport disproportionnĂ© entre nos chimĂšres et la rĂ©alitĂ©. Les rĂȘves, hors de portĂ©e, n’ouvrent aucune perspective d’avenir. Le tragique demeure dans l’illusion d’un ailleurs meilleur, jeu de l’esprit assez fort pour ĂȘtre le moteur d’un dĂ©part vers l’inconnu. Le rouge ardent, en mĂȘme temps qu’il rĂ©chauffe l’Ɠuvre, est apocalyptique. Tel une coulĂ©e de lave, les dĂ©sirs brĂ»lant, dĂ©chirent le quotidien. On distingue mĂȘme cette plaie ardente, au sein de la peinture. La tour, couleur de cendre, mortifĂšre, symbolise l’extinction progressive de sa propre culture. TragĂ©die d’un rĂȘve qui a la durĂ©e de vie d’une Ă©tincelle.
Dans la genĂšse, il est Ă©crit que les hommes construisent la Tour de Babel afin de « se faire un nom ». L’espoir d’atteindre un but infiniment Ă©loignĂ© est motivĂ© par le dĂ©sir d’exister, de voir enfin son humanitĂ© honorĂ©e. La Tour de Babel est aussi symbole de la division des civilisations, Dieu inventant les langues pour dĂ©sunir les hommes, coupables d’hubris car ils ont voulu toucher le ciel par cette construction purement humaine. Les rĂȘves dĂ©passent dangereusement les frontiĂšres et les cultures. La migration pose la question de l’autre rive : existe-elle rĂ©ellement ou n’est-ce qu’un mirage ? En tout cas, croire Ă  cette autre rive est existentiel pour incarner l’espoir. Force est de constater que le panorama donnant sur l’autre rive est aussi Ă©triquĂ© que ces espĂšces de meurtriĂšres, qui font le tour de l’édifice. Le noir charbon bouche toute perspective : que ce soit ce paysage obscur que l’on perçoit par les meurtriĂšres, ou le sommet de la tour, tunnel cloisonnĂ©. La base fantomatique de la construction questionne les repĂšres qui motivent la traversĂ©e. Le migrant navigue de l’incertain Ă  l’incertain, structure bancale Ă  l’image de la tour. L’épisode biblique, surgissant au sein de l’exposition est caractĂ©ristique du choc de cultures, du monde hĂ©tĂ©rogĂšne dans lequel le migrant tente de se nicher, comme le suggĂšre la phrase biblique « l’Eternel dispersa [les hommes] sur la face de la terre ». Lorsque nous avons demandĂ© Ă  l’artiste sa technique pour Ă©tablir la poudre de mĂ©tal, il a lui-mĂȘme fait ce geste de dispersion du bout des doigts
 dispersion qui ne tient qu’à un fil.

Ce triptyque appartient Ă  un ensemble d’Ɠuvres de Nasreddine Bennacer dont le titre est « Je respire sous l’eau », 2020. Il s’agit de l’histoire d’un migrant syrien, mort noyĂ©, dont on a retrouvĂ© le corps Ă©chouĂ© sur la plage. Il a Ă©crit une lettre d’Adieu Ă  sa maman qui inspire l’Ɠuvre. Les trois panneaux, lus de gauche Ă  droite, figurent le passĂ©, le prĂ©sent et l’avenir.
La lettre, recopiĂ©e dans sa langue originelle, s’efface progressivement, de mĂȘme que les racines culturelles s’estompent avec le temps. Les rĂȘves se noient, vague aprĂšs vague, ne laissant qu’une trace d’écume comme le suggĂšre le dernier panneau. Ecume, ou nuages de mots, dans lesquelles naviguent les oiseaux. Cette ribambelle d’oiseaux montre qu’il n’y a pas qu’un seul homme derriĂšre le rĂȘve du migrant, mais aussi les espoirs de toute une famille. La lettre s’adresse au frĂšre, Ă  la sƓur, Ă  la femme, Ă  la mĂšre. Il se dĂ©sole d’avoir construit une « maison de l’illusion », de ne pas pouvoir rembourser les frais de voyage, ou permettre Ă  son frĂšre de se divertir un peu avant l’obtention de son diplĂŽme. L’homme s’excuse de s’ĂȘtre noyĂ©. Situation paradoxale dans laquelle nous plonge un monde injuste.
La diversitĂ© des oiseaux pourrait symboliser les effets variĂ©s de la migration sur chacun : aussi voit-on un oiseau de plomb, au centre du deuxiĂšme panneaux, alors que le suivant a une attitude plus lĂ©gĂšre. Plus globalement, la lĂ©gĂšretĂ© des oiseaux migrateurs qui volent en formation en V, vĂ©hicule une Ă©trange impression de gravité : le petit peuple se dirige progressivement vers la terre, Ă  l’image d’une vie qui dĂ©cline, ou encore de rĂȘves qui perdent de leur hauteur. Ou, peut-ĂȘtre, ces oiseaux dĂ©sirent-ils ĂȘtre plus proches de la terre, ne plus avoir Ă  vivre le risque. Cet apprentissage dĂ©coule de l’expĂ©rience d’un migrant syrien, qui semble ĂȘtre le dernier oiseau de la danse. Si on lit l’Ɠuvre Ă  l’aune du temps, ce mĂȘme oiseau migrateur laisse un hĂ©ritage aux gĂ©nĂ©rations futures. Les caractĂšres arabes s’effacent pour se fondre dans la grande histoire des migrants, une tragĂ©die parmi une autre. Une histoire singuliĂšre qui embrasse le grand courant de la vie, et s’érige comme une leçon sur les conditions dramatiques des traversĂ©es. Les mots du noyĂ© mĂȘme rĂ©sonnent, refrain impĂ©rissable qui appelle au changement politique : « Rassurez-vous autoritĂ© de demandeurs d’asile je ne serai pas un fardeau pour vous. Merci ĂŽ mer, qui nous a accueillie sans visa ni passeport, merci pour les poissons qui partageront ma chair sans me poser de question sur ma religion ou mon affiliation politique. »

Paola Scuccimara

« AMEL ET LES FAUVES », film tunisien de Mehdi Hmili , 2023

Son film, Mehdi Hmili l’a voulu tel « un cri dans la nuit », bouleversant. Le spectateur reçoit des images crues en pleine face, comme un coup de poing, mais ces scĂšnes criantes de vĂ©ritĂ© prennent sens en tant qu’elles dĂ©cillent les yeux pour montrer ce qui est. C’est l’histoire de sa mĂšre et la sienne que le rĂ©alisateur nous raconte dans une nuditĂ© et une authenticitĂ© courageuse. La violence devient magique : elle transforme les mentalitĂ©s en brisant l’armure de l’indiffĂ©rence pour Ă©veiller l’empathie et l’humanitĂ© du spectateur. Le rĂ©alisateur plante le dĂ©cor de son histoire dans une Tunisie post-rĂ©volutionnaire oĂč la loi du plus riche et du plus fort l’emporte. Moumen, rĂȘve d’intĂ©grer le club de foot de l’EspĂ©rance de Tunis. Sa mĂšre, Amel, ouvriĂšre dans l’industrie de chaussures Soprotic, est engagĂ©e dans une dĂ©marche sacrificielle pour son fils. La camĂ©ra, au plus prĂšs des corps, nous montre que c’est dans l’intime et le dĂ©tail que les liens se saisissent. La douche donne Ă  voir la relation fusionnelle mĂšre-fils, quand Amel frotte le dos de son fils, mais c’est aussi un lieu de refuge pour Moumen, stratĂ©gie d’évitement lorsque son pĂšre rentre ivre et se dispute avec sa mĂšre.

Dans un systĂšme oĂč l’ascenseur social fonctionne sur la trahison de soi, Amel accepte de dĂźner avec un ami de son patron, qui pourrait permettre la promotion de footballeur de son fils. Profitant de la situation, l’homme abuse d’elle. La police les surprend et condamne Amel pour « outrage et attentat Ă  la pudeur ». La descente aux enfers commence
 La pĂ©riode d’emprisonnement d’Amel est dĂ©libĂ©rĂ©ment marquĂ©e par une ellipse, afin de ne pas mettre l’accent sur l’Ɠuvre de la machine judiciaire. Ragots et gestes diffamatoires vont bon train dans le quartier et poussent le jeune homme Ă  fuir de chez lui. ColĂšre irrĂ©pressible d’un enfant, qui n’apprendra la rĂ©alitĂ© des faits que des annĂ©es plus tard en retrouvant sa mĂšre. Sortie de prison, Amel se trouve abandonnĂ©e par son mari qui ne paye pas les factures, et par une famille bigote. Cette travailleuse irrĂ©prochable qui luttait contre les grĂšves et dĂ©nonçait les perturbatrices sort enfin du cadre et entame un pĂ©riple dans les nuits underground de Tunis pour retrouver Moumen. MĂšre et fils vivent parallĂšlement un « voyage au bout de la nuit », la lumiĂšre du jour ne voulant pas d’eux, ils vont se rĂ©chauffer vers un autre soleil, celui des nĂ©ons bleus et roses des boĂźtes de nuits. Moumen perpĂ©tue les violences subies comme pour exorciser le mal, animĂ© par un feu Ă  la fois destructeur et purificateur. On pourrait dire qu’il se donne en sacrifice en Ă©prouvant le pire qu’un systĂšme injuste peut produire (drogues, prostitution et viols par des hommes, violences physiques donnĂ©es et reçues, soirĂ©es dĂ©bauchĂ©es dans des boĂźtes transgenres
). En se faisant fauve Ă  son tour, la violence comme principe d’action pour prendre sa revanche se vide peu Ă  peu de son sens, et l’ordre se rĂ©tablit. Bouc Ă©missaire, donc, il agit comme les hĂ©ros de tragĂ©dies grecques qui dĂ©livrent leur famille du flĂ©au.

Cet univers underground et urbain contraste avec certains films traditionnels maghrĂ©bins, qui voilent la rĂ©alitĂ©. En Tunisie, ce film a rencontrĂ© un immense succĂšs parmi les jeunes et les femmes. Le premier titre, « Streams », qui signifie « flux », pourrait illustrer le lien affectif mĂšre-fils qui irrigue la trame. En somme, le courage de la femme est mis Ă  l’honneur. Amel tient bon au milieu des prĂ©dateurs. Comme une infiltrĂ©e, perruque sur le crĂąne, elle rejoint le monde des cabarets pour survivre, tout en gardant sa dignitĂ©. Le magnifique regard face camĂ©ra que nous offre l’actrice Afef Ben Mahmoud, avant qu’Amel ne se rende dans la voiture pour Ă©changer des rapports sexuels contre des informations sur son fils, prend Ă  tĂ©moin le spectateur, comme pour dire « Regardez ce que vous me faites ». Le regard portĂ© vers l’extĂ©rieur insiste sur la dĂ©responsabilisation de cette femme, dont l’humiliation est en fait celle d’une sociĂ©tĂ© profondĂ©ment dĂ©sĂ©quilibrĂ©e. Le gros plan souligne le visage d’Amel, qui ne perd pas son identitĂ©, mĂȘme dans les actes les plus rabaissant. A contrario, Amel se voit dĂ©-visagĂ©e dans la scĂšne oĂč elle danse librement, lors d’une soirĂ©e avec son amant (aussi actuel patron) et son amie du cabaret. Son corps se meut avec grĂące et Ă©nergie, comme pour se dĂ©barrasser de toute saletĂ©. Le plan coupe la tĂȘte de la danseuse, on peut voir son cou se tordre dans une forme de transe, d’hypnose. Unique scĂšne d’amusement et de lĂącher prise d’Amel, oĂč la misĂšre, en un bref instant, est presque rendue sĂ©duisante. Son amie, interprĂ©tĂ©e par la chanteuse Zaza figure du mezoued, en Tunisie, clame « Depuis le berceau, jusqu’au tombeau, je suis une Ă©trangĂšre ». Et justement, cette Ă©trangetĂ© est salvatrice, alors que le tourbillon de la danse efface toute histoire.

Dans ce film oĂč le flux des pĂ©ripĂ©ties s’enchaĂźnent, les retrouvailles mĂšre-fils font office de rupture. Un silence profond. Deux ĂȘtres Ă©trangers qui se dĂ©visagent, rien ne se dit, peut-ĂȘtre par ce qu’il y aurait trop Ă  dire et que ce serait vain. Ou bien parce que Moumen et Amel se comprennent, ils ont vĂ©cu le mĂȘme « voyage au bout de la nuit ». Cette pudeur, Ă  l’antagonisme des effusions maghrĂ©bines, accentue la solennitĂ© du moment. Il faudra se rĂ©apprendre. Retrouver l’autre, c’est aussi ĂȘtre forcĂ© de se retrouver soi-mĂȘme et de se raccrocher Ă  la rĂ©alitĂ©, perdue quelque temps. C’est cette mĂȘme dĂ©marche de rĂ©conciliation qui a conduit le rĂ©alisateur Ă  faire de sa vie un scĂ©nario ficelĂ©, pour sublimer la matiĂšre trop brute de sa vie en une Ɠuvre d’art.

Paola Scuccimarra

« REVENIR A MONTLUC », film de Béatrice Dubell, présenté à Lyon en avril-mai 2023. Grand Ensemble 2023

Ce film a pu ĂȘtre vu grĂące au MusĂ©e Gadagne ou MusĂ©e d’histoire de Lyon, oĂč il est en effet tout Ă  fait Ă  sa place, mĂȘme si l’on peut s’accorder Ă  reconnaĂźtre qu’il fait bien autre chose que de rappeler un Ă©pisode historique rĂ©cent, liĂ© Ă  la fois Ă  la ville de Lyon et Ă  la Guerre d’AlgĂ©rie.
Le personnage principal auquel le film est consacrĂ© (bien qu’il ne s’agisse nullement d’un biopic ni d’un hommage Ă  elle consacrĂ©) est une personne ĂągĂ©e aujourd’hui de 85 ans mais dont le nom n’est pas pour autant devenu inconnu. Il s’agit de Claudie Duhamel qui a fait partie des rĂ©seaux d’aide aux nationalistes algĂ©riens alors qu’elle avait tout juste une vingtaine d’annĂ©es (nĂ©e en 1937) et qui pour cette raison a passĂ© plus de trois ans de sa vie en prison dans les derniĂšres annĂ©es de la Guerre d’AlgĂ©rie et mĂȘme au-delĂ  puisqu’elle n’a finalement Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e qu’en dĂ©cembre 1963, un an et demi aprĂšs les Accords d’Evian. Elle avait Ă©tĂ© jugĂ©e et condamnĂ©e dans un procĂšs du 6 avril 1961 en tant que « porteuse de valises » comme on disait Ă  l’époque, et avait refusĂ© d’invoquer quelque excuse que ce soit, jugeant qu’il n’y avait pas lieu de s’excuser pour des actes qu’elle assumait pleinement.
Elle a Ă©tĂ© dĂ©tenue dans la prison de Montluc Ă  Lyon, un lieu bien connu pour son passĂ© encore rĂ©cent Ă  l’époque , puisque de 1940 Ă  1944, Montluc avait Ă©tĂ© utilisĂ© par le rĂ©gime de Vichy pour interner les rĂ©sistants et les y fusiller Ă©ventuellement— en sorte que Claudie Duhamel avait sous les yeux l’impact des balles qui avaient tuĂ© certains d’entre eux ; il est certain que la pensĂ©e des rĂ©sistants de la deuxiĂšme guerre mondiale n’a cessĂ© d’ĂȘtre prĂ©sente pour elle et de la soutenir dans son action. Pour cette continuitĂ© entre les deux formes de rĂ©sistance, on peut se reporter Ă  notre Lettre franco-maghrĂ©bine n° 73 qui prĂ©sente le livre de Marc AndrĂ©  : « Une prison pour mĂ©moire, Montluc de 1944 Ă  nos jours ».
Pour ceux qui souhaitent des lectures plus directement en rapport avec l’histoire de Claudie Duhamel , on ne peut que renvoyer Ă  l’autrice qui est Ă  l’origine du film et qui a publiĂ© un article intitulĂ© « Soutiens directs des Lyonnais aux nationalistes algĂ©riens » dans un livre Ă©ditĂ© par BouchĂšne en 2012 : « RĂ©cits des engagements des Lyonnais auprĂšs des AlgĂ©riens en guerre ».
Le film de BĂ©atrice Dubell est prĂ©sentĂ© par Grand Ensemble, atelier de cinĂ©ma populaire. Ces dĂ©tails qui insistent sur la difficultĂ© Ă  le voir, au point qu’on soupçonne ici ou lĂ  un certain malaise Ă  en assurer la diffusion, contrastent remarquablement avec la simplicitĂ©, le naturel et la modestie dont fait preuve Claudie Duhamel telle qu’on la voit et entend pendant toute la durĂ©e du film, Ă  son Ăąge actuel.
Loin de vouloir jouer Ă  l’hĂ©roĂŻne, elle explique plutĂŽt comment et pourquoi elle a agi comme elle l’a fait et sa simplicitĂ© mĂȘme la rend plus convaincante. Elle ne fait pas l’histoire dĂ©taillĂ©e des rĂ©seaux lyonnais et pas davantage la sienne propre jusqu’au moment oĂč elle abandonne ses Ă©tudes universitaires pour se consacrer Ă  l’action politique qu’elle a choisie dĂ©libĂ©rĂ©ment.
De sa vie en prison, elle ne tire pas non plus avantage pour insister sur ce qu’elle a souffert—on en retient au passage quelques dĂ©tails comme le droit qu’elle avait obtenu de faire un peu de jardinage et de soigner des chats— mais il y a pourtant des Ă©pisodes oĂč transparaissent comme malgrĂ© elle la gravitĂ© et la violence de ce qu’elle a subi : en novembre 1961, elle dĂ©cide de suivre la grĂšve de la faim lancĂ©e par le FLN et c’est sans doute le moment oĂč sa vie mĂȘme a Ă©tĂ© le plus en danger ; ceci dit, durant toute sa captivitĂ© , la mort n’a jamais Ă©tĂ© loin. Pour la pĂ©riode de 1959 Ă  1961, il y a eu Ă  Montluc 11 exĂ©cutions capitales de militants du MNA et du FLN : la mort Ă  Montluc n’est pas seulement le souvenir de la Gestapo ! Claudie Duhamel, incarcĂ©rĂ©e en novembre 1960, Ă©tait prĂ©sente au moment de l’exĂ©cution de Salah Dehil le 31 janvier 1961.
Les relations de Claudie Duhamel avec la cause algĂ©rienne ne s’arrĂȘtent pas au moment (tardif) de sa libĂ©ration. Le film se termine lorsqu’elle sort de prison. Mais elle va en AlgĂ©rie peu aprĂšs, et malgrĂ© son habituelle discrĂ©tion elle ne peut cacher une partie de ce qu’elle Ă©prouve, notamment lorsqu’elle constate que les AlgĂ©riennes qui se sont battues pour l’indĂ©pendance de leur pays, Ă©videmment au risque de leur vie, n’en sont pas moins renvoyĂ©es Ă  leurs foyers, c’est le cas de le dire, et exclues de tout participation Ă  la vie politique sinon formellement. C’est Ă  ces femmes qu’elle pense, non pour gĂ©mir sur sa propre dĂ©ception.
Il faut souhaiter que nombre de gens aient la possibilitĂ© ou l’occasion de voir ce film, et n’en soient pas dĂ©tournĂ©s par le conflit entre les mĂ©moires des diffĂ©rentes catĂ©gories de victimes qui ont toutes Ă©galement le droit de revenir Ă  Montluc ou de nous inciter Ă  le faire.
Denise Brahimi

Et toujours ces deux films sur la richesse de la vie associative algérienne que nous vous invitons à visionner.

– Utiles
de Bahia Bencheikh-EL-Feggoun

Cliquez ici pour voir le film et le mot de passe utilesjoussour

–Entre nos mains

de Leila Saadna

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Et sa bande-annonce, cliquez ici

NOTE SUR LE GOÛT (une fois n’est pas coutume)
Serge Bellemain, qui est un ami de Coup de Soleil, s’est installĂ© Ă  Mahdia en Tunisie en tant que « glacier traditionnel ».
Bonne occasion pour La Lettre de faire une petite place aux saveurs qui n’y figurent que trop peu.

Voici une  liste des sorbets qu’il propose et qui devraient faire rĂȘver
les amateurs:
SORBETS DE FRUITS ET DE LEGUMES

ABRICOT

3 AGRUMES-FRAISE

ANANAS

ANANAS-BANANE-ORANGE-PAMPLEMOUSSE

ANONE

BANANE

BANANE-BIGARADE

BANANE-POIRE-PAMPLEMOUSSE

BETTERAVE ROUGE

BETTERAVE ROUGE-FRAISE-MIEL

BIGARADE (ORANGE AMERE)

BIGARADE-FRAISE

BUTTERNUT

CASSIS

CAROTTE-ORANGE-CITRON

CERISE GRIOTTE

CHOCOLAT

CITRON

CITRON-POIRE

COING

FIGUE

FRAISE

FRAMBOISE

FRUIT DE LA PASSION

GINGEMBRE

JUJUBE

KIWI

MANDARINE

MANGUE

MELON

MELON-BANANE

ORANGE

ORANGE-CITRON

ORANGE-FRAISE

PAMPLEMOUSSE

PAPAYE

PASTEQUE

PECHE JAUNE

POIVRON

POIRE

POMME-KIWI

POMME TATIN

POTIRON

PRUNE

QUETSCHE

RHUBARBE

TOMATE

TOMATE-BASILIC

COCKTAIL DE FRUITS DE LA SAISON

COCKTAIL DE FRUITS TOUTES SAISONS

Si vous souhaitez aider notre association régionale à développer ses actions, vous avez aussi la possibilité de faire un DON, via Hello Asso. Soyez-en remercié.e.s.

Si vous souhaitez vous investir Ă  nos cĂŽtĂ©s, nous serions heureux d’accueillir votre adhĂ©sion. Il vous est possible de le faire en ligne sur notre site via Hello Asso.

Vous pouvez aussi nous commander notre livre « AlgĂ©rie Ă  coeur » en envoyant un chĂšque de 16€, port compris,

chez Michel Wilson 5 rue Auguste Comte 69002 LYON.

Et Ă©galement vous avez la possibilitĂ© de souscrire en ligne sur notre site Ă  l’ultime numĂ©ro de la Revue Le Croquant, un hommage Ă  son crĂ©ateur Michel Cornaton, que nous avons co-Ă©ditĂ©.

Nous souhaitons aussi contribuer Ă  la diffusion du livre posthume de notre cher Abdelhamid LAGHOUATI, poĂšte, artiste plasticien, ami de Jean SĂ©nac et de tant d’autres. Une souscription est ouverte pour commander son livre par la Maison de la PoĂ©sie RhĂŽne-Alpes Ă  Saint Martin d’HĂšres.

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  • Jeudi 8 juin Intervention MĂ©moires croisĂ©es de la guerre d’AlgĂ©rie avec le collĂšge de Yenne (73) aux Archives dĂ©partementales de Lyon
  • Samedi 10 et dimanche 11 mai, rencontre Ă  Mareseille des sections de Coup de Soleil, visite de l’exposition sur Baya.
  • Samedi 10 juin, Ă  l’HĂŽtel de Ville de Lyon, rencontre avec Jacques Ferrandez autour de son dernier album de Suites AlgĂ©riennes.
  • Jeudi 15 juin, prĂ©sentation du livre d’Omar Hallouche Eclats de Silence au centre social Bonnefoy de Lyon 
  •  Vendredi 16 juin, soirĂ©e Maghreb des films, courts mĂ©trages Ă  l’Olivier des Sages, Ă  Lyon
  • Samedi 24 juin, assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de Coup de Soleil Ă  Paris
  • Samedi 1er juillet « gala Coup de Soleil » Ă  la Maison des Passages, Ă  Lyon

N’hĂ©sitez pas Ă  nous signaler livres, films, expositions relatifs au Maghreb, et mĂȘme Ă  nous envoyer des petits textes Ă  leur sujet.