Evénements



Guerre d’Algérie des “appelés” dimanche 3 novembre 2019, Télévision “La 5”

 

Emission de France 5 en deux épisodes avec la participation d’une vingtaine d’anciens “appelés”; l’un d’eux, Michel Bibard, avait témoigné de son activité dans des SAS des Aurès:http://alger-mexico-tunis.fr/?p=784

Nous sommes nombreux à avoir regardé cette émission et les réflexions ce chacun sont bien venues.

Un peu plus d’une dizaine de « classes d’âge »  de jeunes français (nés entre 1928 et 1942) ont eu avec leurs familles la peur au ventre : peur de « faire » ou « d’être pris dans » la guerre d’Algérie. Dans les dix années précédant 1955, tous les jeunes gens ont connu la stricte obligation d’un an à un an et demi de « service » : simple ennui compensé par le rite de passage de « devenir un homme ». Après 1962, même ennui du « service » jusqu’en 1997, mais de plus en plus léger, de plus en plus contourné avec ses substituts de la « coopération » et des « objos ».

1954, c’est six années après la fin du rationnement alimentaire, dix ans après la fin de la Résistance ; c’est le début de la société de consommation, avec ses caméras super 8 pour quelques uns, ses transistors pour tous : cela explique que les appelés ne peuvent parler de leur guerre, ni sur le moment ni après, jusqu’à nos jours. Leur monde “algérien” violent et sous-développé, souvent exotique et chaleureux, est à des années-lumière de la France moderne en train de naître.

La peur est ce qui unit entre eux les appelés de la guerre d’Algérie, aux parcours si différents. Mais au delà c’est aussi la peur que partagent les futurs appelés et les planqués, et toutes les familles. Mais aussi les pieds noirs, les futurs Algériens : un même non-dit.

Le double film est excellent, on peut le voir en post-cast de France 5, le télécharger… Au delà de la qualité indéniable, deux remarques : si la part des enfants « musulmans algériens » alphabétisés (en français) est passée de 1/5 en 1954 à ½ en 1962, c’est entre autres grâce aux appelés, particulièrement dans les SAS. C’est en somme la « coopération » qui est née au sein même de la guerre. Une partie du film est consacrée à ces « auxiliaires » militaires que furent les harkis, dont se souviennent plus d’un protagoniste du film. Une des conclusions d’un de ceux-ci : mieux valait cette « bonne défaite » de l’Armée française qu’une « mauvaise » victoire, pour une société française qui ne cesse de purger et de voir ressurgir au sein d’elle-même nationalismes et racismes.

Rappelons que ces soldats d’une guerre sans nom n’ont reçu le statut (et la pension symbolique) d’anciens combattants que tardivement. Une association « 4ACG » http://www.4acg.org/-Qui-sommes-nous-Contacts-Adhesions-propose à ces anciens militaires de reverser cette pension  pour mener des actions de développement, en particulier en Algérie (Claude Bataillon)

 

Guy Pervillé, historien iconoclaste

Histoire iconoclaste de la guerre d’Algérie et de sa mémoire, 660 pages, Vendémiaire, bibliographie, 2018. Le cœur du livre décortique les événements clés et dissèque les témoignages et documents, mais aussi les témoins qui ont su interpréter l’événement : Jean Daniel, Mouloud Ferraoun, Letourneau. Les conclusions des chapitres permettent de comprendre à quel point le FLN était divisé, faible… sauf que c’est le seul interlocuteur et que De Gaulle n’a pas eu d’autres choix que de dialoguer avec ses acteurs, incerains et contradictoires tout comme les desseins de De Gaulle lui-même. Par exemple, en Décembre 1960, on voit agir côte à côte les SAU (Sections d’administration urbaine de l’armée française, homologues des SAS) et le FLN pour organiser à Alger des manifestations « spontanées », à quelques heures l’intervalle ; c’est ainsi que se « fabrique » un projet « national » incertain. Puis une série d’études examinent à la loupe les moments les plus controversés : pour chacun de ceux-ci une histoire particulière est composée, depuis les récits d’époque, jusqu’aux interprétations successives qui se succèdent jusqu’à nos jours. Si peu de controverses se développent pour le 8 mai 1945 ou le Ier novembre 1954, le 20 aout 1955 fait débat durablement, tout comme le 13 mai 1958, ou plus encore le 17 octobre 1961 à Paris, tout comme la fin réelle de cette guerre civile asymétrique et atypique, qui ne peut être commémorée comme pour une « bonne guerre » internationale où des belligérants se « mettent d’accord » sur une fin officielle.

Vient ensuite une démonstration sur les « mémoires antagonistes », où les composantes françaises sont beaucoup plus connues que leurs vis-à-vis algériennes. Puis une réflexion sur le rôle de l’historien, qui pour Pervillé doit savoir mettre à distance ses propres actions de militant ou de participant de la mémoire quand il écrit en historien (pour ce livre, l’auteur a été accueilli en dédicace au MODEL 2019)

Les hirondelles de Kaboul,2002/ 2019: le film

Les hirondelles de Kaboul : du roman de Yasmina Khadra au film, 2002/ 2019

Le roman de 2002 est un classique : il s’attaque à l’intégrisme religieux dans la société d’Afghanistan, sans doute un des Etats les plus fragiles au monde qui vivotait entre Russie et Empire des Indes britannique, puis entre Pakistan et Union soviétique. Pour un Algérien, dans la décennie noire, un « afghan » était un jeune qui était allé apprendre la guerre chez les musulmans les plus « intégristes » possible pour la pratiquer chez lui. Pour moi un « afghan » est un réfugié qui a parcouru d’abord des centaines de kilomètres à pied, puis a traversé cinq pays européens pour venir en France, où rembourser l’argent emprunté pour le voyage prend des années. Pourquoi est-il parti ? Pour éviter d’être enrôlé vers 16 ans dans une milice armée, sous la menace que l’on tue sa famille s’il refuse. Quelle milice de quel parti ? C’est en général trop compliqué pour être compris par l’interlocuteur français…

Le roman de Yasmina Khadra est centré sur les rapports entre des hommes et des femmes, ces dernières soumises à un enfermement absolu, moral et physique. La libération d’une seule femme casse un système plus dérisoire encore qu’absurde. Le film d’animation a les mêmes problèmes que le livre : dispersion du récit, incommunicabilité entre les personnages. Il est aussi très prenant par la beauté du dessin, aussi ample que nuancé, des couleurs d’aquarelles à faire pleurer. L’animation des images est traitée comme dans une BD : schématique, saccadée, concentrée sur l’essentiel. Les dialogues, souvent pris directement dans le roman, sont réduits à l’indispensable. L’histoire est recentrée sur la jeune femme : elle est avocate dans le livre, dessinatrice dans le film, ce qui est une transgression encore bien plus grave car elle fait éclater en images une joie de vivre indécente (Claude Bataillon).

Yamen Gharbi: dialogue avec Francesca Isidori au MODEL 2019

(Auteur tunisien, premier roman “Tunis Magma, Asphalte éditions

Votre roman est un roman à trois personnages, proche du naturalisme. Je ne connais pas Tunis, est-ce une ville réelle ou imaginée que vous décrivez ? C’est un roman aux images cinématographiques, plein de fausses pistes, une sorte de polar aux inquiétantes étrangetés, fantastique et plein d’humour. Et il y a un jeu de mot dans le nom d’un personnage Oui, Fakhat cela signifie “j’ai pensé”. Je l’ai modifié en “Fak art”. Les descriptions de Tunis sont réelles.C’est une flânerie dans la Tunis d’aujourd’hui. une Tunis infernale, agitée, grouillante de chats de gouttière où l’on a du mal à circuler sans en écraser un. Cela rappelle d’autres chats, par exemple “Le chat noir” de POE.Il y a des perspectives diaboliques, une menace en attente.

Les chats existent à Tunis, il y en a beaucoup mais pas autant bien sûr. Ceux du roman sont borgnes, estropiés, sales, repoussants, fréquentent les poubelles. C’est “trash”, et naturaliste.

L’inquiétude sociale est très prégnante, c’est une métaphore intelligente, qui montre un désenchantement … tout n’est qu’illusionIl n’y a aucune vérité crédible, c’est un flou incompréhensible, une confusion totale qui règne dans cette histoire. Une fricassée absurde et originale.C’est le chaos, la confusion, d’où le “magma” ce mélange confus de matières.(Monique Chaïbi)

Mohammad Rabie: dialogue avec Sean Rose au MODEL 2019

(Auteur égyptien. Dernier roman “La bibliothèque enchantée” chez Actes Sud, traduit de l’anglais par Stéphanie Dujols).

L’histoire raconte la visite d’un fonctionnaire qui visite une bibliothèque qui doit être rasée.La mission est pénible. Il y a une double narration. Fiction ou vérité?Le roman a été écrit en 2009 et publié en Egypte en 2010. Je n’ai pas écrit ce roman d’après une histoire vraie, une bibliothèque menacée mais deux ans plus tard j’ai appris qu’une bibliothèque qui ressemblait fort à la mienne était menacée de désertion.

Pourquoi ce rythme et cette double narration ?Chaher est mon alter ego et Sayyid est un personnage fictif, moqueur, nihiliste mais bon avec Chaher. Ils ont un intérêt commun pour que la bibliothèque puisse survivre.

C’est une métaphore du savoir ? On se trouve face à 2 générations différentes qui doivent s’unir pour arriver au but fixé.Il y a l’histoire d’un personnage qui cherche à offrir un cadeau exceptionnel à son épouse, une bibliothèque. Celle-ci devient le symbole de l’amour conjugal.Les symboles changent de sens, l’amour devient connaissance.Peut-être que le lecteur y verra autre chose. Il n’y a pas de connaissance sans amour. Parfois cela peut arriver mais cela donne Hitler.

C’est une écriture descriptive, sèche, il y a peu de métaphores. Quels auteurs vous ont inspiré ?Sans doute Borges, les auteurs classiques égyptiens tel que Nagib Mahfouz. Ils véhiculent d’anciennes idées, mais je change d’influence en moyenne tous les 3 ans.

Dans quelle langue imagine-t-on ?Dans sa langue maternelle généralement. Mais un jour, à Londres, je me suis aperçu que je pensais directement en anglais.Personnellement, je pense plutôt dans ma propre langue mais si un concept n’existe pas dans ma langue, alors je me réfère à l’anglais, la seconde langue que je maîtrise. (Monique Chaïbi)

Mohamed Berrada dialogue avec Yves Chemla au MODEL 2019

Dernier ouvrage “Loin du vacarme” ‘Ed. Sindbad – Actes Sud)Mohamed Berrada (“Résister par l’écriture », café littéraire, Animateur Yves Chemla)

Il ne s’agit pas d’un roman historique bien que sa structure y fasse penser.Un jeune chômeur (diplômé) est choisi pour récolter les témoignages de contemporains sur la seconde partie du XXème siècle.Il se retrouve donc face à un avocat d’un certain âge, aux idées traditionalistes.Un jeune avocat né après l’indépendance, aux idées plus libres dont on suit les aventures amoureuses et sexuelles.Une jeune psychiatre qui rentre de France où elle a suivi ses études. Elle est féministe et veut aider les marocains à s’aider eux-mêmes.Le jeune chômeur est le perdant de l’histoire, il a 30 ans, a suivi de hautes études mais n’a pas trouvé de travail. Il ne lui reste que l’écriture comme abri, comme refuge. C’est un roman à haute voix qu’il prépare (du fait de l’illettrisme rampant dans le pays).Quelque chose se délite chez les personnages au cours de leur vie.C’est une histoire vécue de l’intérieur.On y retrouve les années de plomb, le manque de liberté.

Y.C : Les erreurs aussi ! Une scène particulièrement y fait penser, celle du mariage où viennent de France des invités que l’on veut impressionner, mais il n’en ressort que la lourdeur des traditions, à travers une générosité étouffante, un excès de nourriture. Le second personnage sort de sa classe sociale mais c’est un personnage négatif. De gauche au départ, il vire de bord après la visite d’un ministre PS venu de France.Le troisième personnage est également trentenaire, c’est une femme. Avec elle on entre dans un autre registre, dans l’intime.Les femmes au Maroc sont plus éveillées que les hommes. et prêtes à une évolution des moeurs. De plus, elle a vécu en France.

J’ai lu votre roman d’une traite, et apprécié les débats politiques qui rendent particulièrement vivante la situation sous les années de plomb. Sous Hassan II de 1970 à 1999. (Monique Chaïbi)

Jean Clamour en entretien au MODEL 2019

(Dernier ouvrage : “Parler de lui” Gallimard)

Vous êtes né à Casablanca, 8 ans après votre aîné? Oui, mon frère est mort en 1962.Le destin ne lui a pas accordé de vivre dans la durée, la possibilité de se réaliser, de créer, d’entreprendre, d’avoir une famille.

Et puis on se demande “pourquoi lui et pas moi”?  Il a fait son service militaire à partir de 1960 et a été envoyé en Algérie en Janvier 1961.Il a rejoint la ligne Morice, une ligne électrifiée qu’il fallait surveiller à la frontière tuniso algérienne. C’est là qu’il a trouvé la mort.

Ce “tombeau permet de parler de lui, il était votre antithèse, grand, musclé viril, manuel, peu lecteur…Nos parents, comme souvent, voulaient une fille après un garçon

Vous étiez plus délicat, proche de votre mère et faisiez de la couture avec elle. Lui était ébéniste. Parler du frère aîné c’est parler de soi. Il y a aussi le bloc de virilité père/aîné, face au duo sensible, mère/cadetEt puis la distance entre les deux frères.J’étais heureux du départ à l’armée de mon frère qui était moqueur par rapport à mes activités plus féminines.Mais, dans les lettres qu’il m’envoyait (environ une cinquantaine) j’ai découvert un autre frère sous la cuirasse, une fragilité insoupçonnée jusqu’alors.Il me racontait les souffrances de la vie militaire, nous nous sommes rapprochés à travers ces lettres. Et aujourd’hui qu’il n’est plus je ressens une réconciliation posthume.J’ai eu envie de rétablir une image plus positive de lui

Et puis vous arrivez en France, dans un milieu hostile et froid (Les Alpes) vous quittez la chaleur du climat et des moeurs marocains. Oui, il y a le choc du dépaysement et puis mon frère est mort quatre mois après notre arrivée en France

Pourquoi l’avoir écrit maintenant ce livre ?On ne choisit pas son sujet d’écriture, c’est lui qui vous choisit et c’est lui qui choisit son moment.(Monique Chaïbi)

Abdellah Taïa s’entretient avec  Francesca Isidori au MODEL 2019

Né au Maroc, écrivain et cinéaste. Un style “farfadet sérieux”1er roman “L’armée du salut” Mostra de Venise, Prix de Flore pour “Le jour du roi”Une écriture qui est immédiatement là, à la fois franche, douce et sincère. Abdellah Taïa ressemble à ses livres.

Vous avez choisi la France et la langue française pour vous exprimer.C’est un choix et un arrachement. D’ailleurs on ne choisit pas, on est mis dans une situation. C’est le destin, le “mektoub”. Nos choix nous sont imposés. Je viens d’une famille de six filles et deux garçons. Avec un père démissionnaire et 9 bouches à nourrir au quotidien. Pour ma mère, cela représentait des stratégies inventées, une aventure quotidienne. Je suis très admiratif de ma mère qui a dû parfois s’humilier devant les autres pour parvenir à aider les siens. Je me suis inspiré de ses sacrifices, de son courage.On n’est rien quand on est pauvre.Le français est la langue des riches au Maroc. Le drame c’est d’être catalogués par ceux qui veulent vous définir avec leurs propres critères.Alors j’ai appris le français, passé un doctorat sur Proust, me suis passionné pour Fragonard.Quand on vient de mon milieu, on doute de son talent parce que l’on est pauvre, on a un air de pauvre, c’est inscrit en soi. J’ai choisi d’écrire sur mon homosexualité pour me faire connaître.Pour me lancer dans l’écriture je n’ai pas besoin de me référer aux autres auteurs, je pense juste à ma mère. J’ai mille images d’elle. Entre les cris et les larmes.La cellule familiale s’entre déchire pour survivre.La pauvreté doit être sublimée.C’est un reniement supplémentaire.Mon dernier livre est sous forme épistolaire. La figure de la mère y est récurrente.

Il y a le film réalisé sur Jean Genet [bonus du DVD de l’Armée du Salut porté à l’écran par l’auteur]. Je ne suis pas seul dans mon cas. Les hommes, au Maroc, sont là pour la galerie, les femmes doivent leur dire comment “faire” l’homme!Comment aurais-je pu écrire sans le secours de ma mère (Monique Chaïbi)

Akli Tadjer en entretien au MODEL 2019

Vous avez écrit de nombreux romans ?Celui-ci est le onzième(La vérité attendra l’aurore– Lattès).Vous n’êtes pas seulement écrivain, vous êtes aussi scénariste, vous avez écrit des séries télé. Quel est votre rapport à l’Algérie ?

Je suis né tout près d’ici, à l’Hôtel DIeu. J’avais entre 10 et 12 ans quand j’ai mis le pied pour la première fois en Algérie et j’ai éprouvé un véritable coup de coeur !Dans mes souvenirs enjolivés, je considérais que tout était mieux là-bas.Mon Algérie je l’ai aussi construite à travers le regard de mes parents, j’ai bénéficié d’une double culture.Je me sens, grâce à cela, plus riche, plus complet.Mais c’est mon point de vue d’adulte, enfant on ne vit pas cela comme une richesse mais plutôt comme un poids.Il y a la différence de culture, de religion, et il faut y ajouter les conflits entre les deux pays.A la maison j’étais algérien, kabyle.Dehors, j’étais français.Mais je rêvais d’être comme tout le monde.Dans les années 60/70, il n’était pas facile d’être algérien en France !Et on s’ennuyait ferme en Algérien, on avait l’impression que les aiguilles des horloges étaient collées aux cadrans.C’est là-bas que j’ai dévoré tous les Maigret, que j’ai découvert Jack London.

Pourquoi avoir écrit ce roman ?Je l’ai écrit après les attentats de Paris, j’ai eu un choc émotionnel parce que cela me rappelait des scènes déjà vécues en Algérie.Nous allions en famille en Algérie pendant les années 90. Mon père tenait à ses racines.Il y avait des attentats commis contre des algériens par des algériens au nom de la religion.Nous habitions une maison isolée, à flanc de montagne. On s’habitue à tout, même à la peur.Il y a eu un choc thermique entre les deux pays.Alors les attentats de Paris sonnaient comme un écho pour moi.Le cinéma a une grande place dans ma vie, j’ai raconté cette histoire un peu comme on réalise un film. Nous étions à Alger lorsqu’il y a eu l’attentat contre le commissariat. J’ai donc écrit cela à la manière d’un film qui repasse.

Le narrateur a un frère victime. Pourquoi en avez-vous fait un ébéniste ?Lyes a suivi ses études à l’Ecole des Mines, Mohammed lui est intelligent avec ses mains.Le narrateur, après la mort du frère éprouve la culpabilité du survivant.

Vous ponctuez vos romans d’humour et il y a aussi de la tendresse.Oui, j’aime, même pour les sujets les plus noirs, user de l’humour.(Monique Chaïbi)

Eric Fottorino s’entretient avec Sean Rose au MODEL 2019

(Roman “17 ans”chez GALLIMARD)

Beaucoup de vos romans se réfèrent au père, celui-ci est consacré à la mère et marque un profond lien avec d’autres rives ? Oui, forcément, je suis lié à la fois au Maroc, mon père biologique était de Fès, et à la Tunisie par mon père adoptif qui était de Sousse.Et puis j’ai participé au livre des 20 ans de Coup de Soleil (Carnet de bord) http://coupdesoleil.net/blog/1995-mille-et-un-soleils/.J’ai fait beaucoup de rencontres ici avec des auteurs, des humoristes, etc. issus de là-bas.J’ai été traversé par la Méditerranée bien avant de la traverser physiquement, à 17 ans justement.

17 ans, c’est justement l’âge de la mère au début du roman. Puis, plus tard, elle révélera à ses enfants un lourd secret…Oui, elle a longtemps caché son drame à ses enfants. Et ceux-ci sont abasourdis le jour de la révélation de celui-ci. Ce n’est pas réellement mon histoire, dans ce roman l’imagination vient au secours de la réalité.Le narrateur se rend compte alors qu’il ne connaît pas sa mère. D’ailleurs on ne connaît jamais vraiment ses parents.Il commence sa quête de vérité à Nice, au bord de la Méditerranée, sa ville de naissance.Il a toujours eu un rapport difficile avec sa mère. D’abord, au début, il l’appelle par son prénom.

Il n’est pas bon d’entrer dans la douleur des autres. Plus le narrateur remonte le cours du temps, plus il pénètre dans l’intime et la douleur. Peu à peu on perçoit la compréhension de la mère par ce fils.Le narrateur éprouve une mort émotionnelle, sa relation à la mère est congelée, les sentiments ne peuvent s’y infiltrer. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’amour mais il s’agit d’un amour empêché.La mère, enceinte à 17 ans, n’a pas pu élever son enfant, parce qu’il était l’enfant d’un juif et que sa propre mère lui a interdit de le garder. Sa première “mère” était sans doute sa nourrice, puis il y a eu sa grand-mère. Sa propre mère était une mère “à éclipses”.Elle était jeune et pouvait passer pour sa soeur.L’amour filial de ce fait a été empêché, son hérédité explique sa dureté. Dans sa généalogie, “l’abandonite” court sur plusieurs générations.Il faut se remettre dans le contexte de l’année 60. Une fille enceinte sans mari était pour tous une prostituée. L’Eglise avait une profonde emprise sur les familles !Lina n’a pas eu le droit d’être mère, mais ce n’est pas une victime toutefois, elle est combative. C’est surtout que la société pose des interdits et écrase les gens. On est souvent obligés de subir, ce qui ne signifie pas que l’on est des victimes ! (Monique Chaïbi)