Evénements



Plantu, 50 ans de dessin

Jeudi 26/04/2018 – Maison de l’Amérique latine, Paris

Rencontre avec Plantu et Eric Fottorino à l’occasion de la sortie du livre

“Plantu, 50 ans de dessin”

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Filiu: généraux, gangsters et jihadistes

J P Filiu à France-inter

Jean-Pierre Filiu, Généraux, gangsters et jihadistes, histoire de la contre-révolution arabe, La découverte, 2018, 311 p.

Ce livre a été présenté au Maghreb-Orient des livres à l’Hotel de ville de Paris le 2 février 2018, au cours du Café littéraire « Quel avenir pour le Moyen-Orient ? » coordonné par Yves Chemla.

Les pays arabes, mais aussi la Turquie, deviennent des Etats formellement « indépendants » entre 1920 et 1962. Les éléments civils et plus ou moins demandeurs de « démocratie » y sont muselés, neutralisés, marginalisés par ceux qui détiennent la « force légitime », les officiers d’armées qui rarement sont réellement à l’origine de l’indépendance. Le plus souvent leur légitimité réelle est simplement qu’ils sont la principale force nationaliste cohérente, ceux que Filiu appelle les « mamelouks de notre temps ». En référence au corps militaire qui a en fait régné sur l’Egypte du XIIIe au XVIIIe siècle. Selon les pays arabes, quand ils accèdent à l’indépendance, ces officiers s’imposent face à un pouvoir civil fragile en quelques semestres ou plus lentement. Une fois maîtres du champs politique ils agissent le plus souvent en collectif, à la fois respectueux de leur propre hiérarchie et parfois « révolutionnaires » au sein de celle-ci : corporation des capitaines ou des colonels face aux vieux généraux. Plus ou moins rapidement, c’est le service de renseignement militaire qui devient le cœur de l’Etat, ce que les spécialistes nomment l’ « Etat profond ». Ils deviennent les « autogestionnaires » des principales ressources du pays, à leur propre profit collectif. Par exemple, à l’indépendance algérienne, la ressource fondamentale est composée par les biens vacants laissés par les Français, tant dans l’agriculture et autres entreprises que dans le foncier urbain, puis à partir de 1973 le pétrole et le gaz deviennent le capital le plus important.

Mais Filiu souligne que les hydrocarbures ne sont pas la seule ressource des Etats arabes : parce que l’ensemble du monde arabe est un foyer mondial d’instabilité, au contact des deux « empires » de la guerre froide, chaque Etat arabe, chaque corporation d’officiers se doit de « surveiller » des frontières compliquées et des minorités internes. C’est le capital qu’il peut « vendre » en terme de sécurité régionale à l’un des deux grands, ou/ et l’Arabie séoudite, pivot du système pétrolier mondial. Ce marché de l’insécurité internationale connaît un boom avec la révolution iranienne de 1979, un autre bien plus puissant et qui dure encore avec les attentats de 2001 aux Etats-Unis. Des points particuliers ont un prix très élevé dans ce marché : ils concernent le point de contact entre Israël et Syrie au Golan, le point de contact entre la Gaza palestinienne et le Sinaï égyptien : des centaines de tunnels de contrebande sous une frontière fermée. Les corporations militaires au pouvoir ont besoin de djihadistes pour affirmer leur légitimité internationale et en tirer les aides financières qui vont avec. La gestion du nationalisme reste une part de légitimité importante pour des pays comme l’Egypte ou l’Algérie, sans doute plus encore pour le Maroc. Une part moindre en Iraq, moindre encore en Syrie ou presque pas au Yémen où le poids de la sécurité internationale vendue aux grandes et moyennes puissances fait à peu près toute la vie politique locale, avec des « histoires nationales » trop limitées pour asseoir solidement un Etat.

En quoi le monde arabe est-il original par rapport aux pays d’Afrique « noire » ou d’Amérique Latine ? Dans ces deux ensembles aussi, les officiers ont exercé le pouvoir parce que c’étaient les seuls cadres modernes relativement stables et cohérents, aussi peu occupés que ceux du monde arabe dans la « défense nationale » qui y dépend aussi presque exclusivement des gendarmes internationaux que représentent les grandes puissances. En Amérique latine ce gendarme a été l’Angleterre au XIXe siècle, relayée dès les années 1860 en Amérique centrale, puis avec la première guerre mondiale plus au sud, par les Etats-Unis. En Afrique « noire » à partir des indépendances des années 1960, ce sont les USA et la France qui font la police internationale, garante des frontières des Etats. Alors quelle spécificité du monde arabe ? Qu’il est au contact des deux blocs de la guerre froide, qu’il dispose d’une part exceptionnelle des hydrocarbures du monde, qu’il possède le capital d’une des deux religions « mondiales » avec ses lieux saints légitimés par une langue arabe aux contours exceptionnellement complexe (des « dialectes » parlés multiples, des langues de culture « moderne » presque communes, une langue sacrée traditionnelle).

Telle est la trame que nous recomposons et sur laquelle se tisse le récit de Filiu, qui rentre dans le détail des intrigues à la fois spécifiques de chaque pays arabe et communes souvent aux corporations militaires au pouvoir qui se soutiennent mutuellement. Il termine son livre en montrant pourquoi la Tunisie est une exception, où une vraie transition démocratique s’est faite, certes dans la douleur, grâce au poids des corps sociaux cohérents que sont le syndicalisme et les professionnels du droit (magistrats, avocats), face à une armée à la fois faible et républicaine. Il souligne que des éléments démocratiques sont présents partout dans le monde arabe (nous ajouterions : aussi en Afrique « noire » et plus fortement en Amérique Latine), éléments dispersés que nous devons repérer et aider. En résumé, me commente Marc Bernard qui m’a passé le livre : il s’agit d’une contre-révolution face à la demande de démocratie des peuples, cette contre-révolution prends des visages différents en fonction des pays et des circonstances, mais elle est sur le fond unie pour l’essentiel.

 Claude Bataillon

 

« NOS VIES » de Marie-Hélène Lafon (2017)

« NOS VIES » de Marie-Hélène Lafon (Buchet Chastel, 2017)

L’auteure de ce roman peut légitimement être considérée comme appartenant à la région Auvergne Rhône-Alpes, même si le roman dont il est ici question se passe dans le douzième arrondissement de Paris. En effet elle est née à Aurillac, et a vécu jusqu’à l’âge adulte à Saint-Flour, le téléfilm L’annonce qui a été tiré de l’un de ses romans se passe dans le Puy-de-Dôme et donne à voir un paysage auvergnat enneigé qui a été célébré pour commencer par le journal La Montagne ; enfin et surtout, c’est sa propre appartenance au monde paysan de ces régions qui nourrit l’admirable Joseph (2014), histoire d’un ouvrier agricole dans un ferme du Cantal.
Cependant, lecteurs et critiques n’ont pas manqué de constater que ses livres n’appartiennent nullement à la catégorie qu’on pourrait appeler « romans du terroir » où en fait ce dernier mot désigne le sujet principal qu’il s’agit de faire connaître dans ses particularités. C’est peut-être pour confirmer sa différence à cet égard que Marie-Hélène Lafon a situé son dernier roman dans un tout autre lieu et qu’il évoque non pas un seul trait qui serait le propre de ses personnages mais au moins deux, pour les opposer sans jamais le dire explicitement, mais de manière beaucoup plus subtile, en le montrant.
Qui sont donc ceux et celles dont elle évoque les vies dans ce récit, dont elle prend soin de dire qu’il est en grande partie imaginaire, alors qu’il se situe principalement dans un lieu qui fait partie des plus réels de nos jours, c’est-à-dire relevant d’une description réaliste sans dépassement possible de ce qui est visible immédiatement. Il s’agit de ce qu’on appelle une grande surface, ici le magasin Franprix d’un quartier parisien (dont la population est « moyenne semble-t-il, ce qui veut dire que le propos de la romancière n’est pas d’évoquer le monde populaire de la banlieue).
Le premier personnage qu’on voit et dont il sera question tout au long du récit est une caissière de ce magasin, jeune femme appelée Gordana, originaire d’un « pays de l’Est » comme on dit et cette localisation restera toujours aussi vague, même lorsqu’on apprend à l’extrême fin du livre que Gordana est partie définitivement, sans doute pour retourner là d’où elle vient, et où elle a famille et enfant. Gordana fait partie d’un ailleurs quelle que soit sa visibilité durable et renouvelée semaine après semaine pour les fidèles clients du Franprix.
Parmi ceux-ci la narratrice du livre, qui raconte sa propre histoire sans avoir besoin pour cela de recourir à l’imagination, et qui entrecroise les moments de sa vie avec ceux qu’elle sait ou invente de la vie de Gordana. Ce tressage qu’elle opère, entre une autre et elle-même, est l’explication du possessif dans le titre Nos vies ; d’ailleurs Gordana n’est-elle pas la créature de la narratrice qui lui a donné vie, en l’observant, en l’imaginant et en la racontant ? Pourtant cette volonté de ne pas les distinguer fondamentalement prend tout son sens dans l’opposition à laquelle il a été fait allusion, comme la clef possible, et subtile, de ce roman.
Gordana, on l’a vu, est une figure de l’ailleurs, et en ce sens elle rend visible l’altérité d’un autre personnage qui est un absent au moment où la narratrice écrit : il s’agit de Karim, qu’elle a connu jeune homme et avec lequel elle a vécu pendant dix-huit ans, avant qu’il ne parte pour ne plus jamais revenir et sortir de sa vie, leur vie, définitivement. Cette vie a été très heureuse, elle mérite vraiment le nom de  « parenthèse enchantée », cette expression, en tant que liée à l’expérience de l’amour, ayant été définie par un psychosociologue dans les termes que voici :  » C’est un bouleversement radical de la sensibilité, de l’esprit et du cœur, qui fond ensemble deux êtres différents et éloignés. C’est une faim, un violent désir, mais, en même temps, l’élan, l’héroïsme et l’oubli de soi.  » Voilà en effet ce que la narratrice dit avoir vécu avec Karim, transportée par l’amour de lui.
Le mot transportée peut avoir un sens précis et concret : grâce à Karim, elle a vécu dans un ailleurs autre que sa vie d’avant et que sa vie d’après. Et ce d’autant plus qu’elle n’a jamais pu présenter Karim à sa propre famille qui s’est toujours refusée à en reconnaître l’existence. Karim a disparu comme il était venu, il n’est pas question pour elle d’exprimer (ni d’éprouver) à cet égard la moindre animosité. L’Algérien Karim a représenté dans sa vie une sorte de chance inouïe et inespérée, dont ses semblables comme on dit n’ont pas bénéficié. Quand il disparaît, elle retourne à sa place et à son rang, et le monde se sépare à nouveau en deux moitiés opposées, une moitié fixe, installée, posée-là dans les routines et dans les rituels qui la constituent, une moitié fugitive qui est une sorte de présence-absence, moitié qui est un peu de la nature du rêve mais qu’on ne peut pas désigner ainsi car elle exerce une fascination qui inciterait plutôt à parler d’une super ou d’une sur-réalité.
Nos vies sont ce qu’elle sont, elles se côtoient et même fraternisent sans pourtant se mélanger, on serait tenté de dire qu’elles gardent une part de mystère les unes pour les autres si le mot n’était tellement éculé. Peut-être vaut-il mieux parler de l’intime ou de l’intimité, comme de ce lieu où rien d’extérieur ne peut pénétrer. Et c’est le moment de se rappeler que Marie-Hélène Lafon a dédié son roman « à Jacques Truphémus », à un moment où il n’était pas encore mort bien qu’âgé de quatre-vingt quinze ans et disparu depuis (le 8 septembre 2017). Les Lyonnais ne peuvent ignorer qu’il s’agit de leur grand peintre (fidèle habitué du Bellecour) et en même temps défini comme peintre de l’intime, ce que seul l’art justement peut exprimer, qu’il s’agisse de la peinture ou du roman. Peintre aussi d’une totale modestie, ce qui n’a pas empêché les plus grands, comme le poète Yves Bonnefoy, de le reconnaître. Ce que Marie-Hélène Lafon recherche dans « nos vies » si ordinaires pourrait bien être cette quintessence de l’intime qu’on trouve sous les apparences de la banalité.
Denise Brahimi

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L’AMAS ARDENT » de Yamen Manaï (2017)

« L’AMAS ARDENT » de Yamen Manaï (2017, Editions Elysad, Tunis). Prix des 5 continents de la francophonie.

La quatrième de couverture de ce livre bien édité, comme aime à le faire Elisabeth Daldoul, parle de fable moderne à propos de ce livre. Cette comparaison est juste, on pourrait aussi évoquer un conte voltairien, qui narre une petite histoire aux personnages bien dessinés et vivants pour évoquer la grande histoire que traverse la Tunisie contemporaine.
Le Don, le personnage central, est apiculteur dans un village très pauvre, Walou, le bien nommé. Bien plus qu’apiculteur, il est l’Apiculteur, le père de ses essaims d’abeilles qu’il appelle ses filles. Cet homme bon, sage et pacifique va devoir affronter deux ennemis redoutables, des frelons asiatiques « vespa mandarinia », et une katiba de terroristes, sans parler de la bêtise et la cruauté d’une bureaucratie nuisible.
Le roman débute par un chapitre hilarant de politique pas si fiction que cela, confrontant un prince du Qafar, dans son superbe yatch, Silvio Canelloni avec qui il discute du transfert d’un grand footballeur et du renversement du dictateur Mamar, entre deux orgies… Mais surtout, le yatch transporte des dizaines de malles contenant des tenues islamistes fabriquées en Asie, qui, opportunément distribuées aux électeurs appelés à désigner le prochain gouvernement tunisien, sauraient les convaincre de bien voter. Le problème est que ces colis ont un contenu au moins aussi néfaste, des nids de frelons asiatiques, qui vont accompagner la diffusion de l’idéologie salafiste destinée à prendre le pouvoir.
Le tableau est ainsi posé de cette double prédation qui fond sur le Tunisie.
L’auteur développe un récit coloré et vivant dans lequel les humains et les lieux prennent vie sous les yeux du lecteur. La description entomologique relative aux abeilles et aux frelons est passionnante et témoigne d’un souci de documentation louable. De nombreuses scènes, comme le prêche du nouvel imam de Walou, ou la discussion dans le taxi collectif qui emmène le Don à Tunis sont comme croquées sur le vif, et le style satirique de Yamen Manai captive le lecteur. Don a jadis élevé des abeilles en Arabie saoudite pour le compte d’un noble local, et le chapitre qu’y consacre l’auteur vient nourrir la métaphore qu’il construit dans ce roman entre abeille, miel, et leur perversion par « des faux religieux et leurs rituels obscènes », bien loin de la sourate des abeilles qui est citée en tête du livre : « de leur ventre sort une liqueur, aux couleurs variées, dans laquelle il y a une guérison pour les gens. Il y a vraiment là une preuve pour des gens qui réfléchissent ».
Témoin impuissant d’abord des ravages subis par ses ruches, Don observe, comprend, va chercher de l’aide auprès de sa nièce Jannet, mariée à Tahar, doyen de l’université. Ils vont identifier l’ennemi, et Tahar et Jannet, grâce à l’argent économisé par Jannet pour le hadj, vont rechercher au Japon des reines qui ont développé une stratégie de lutte contre ce terrible prédateur. C’est l’ « amas ardent », qui donne son titre au livre : les abeilles, formées par leur reine, s’agglutinant autour des frelons, font monter la température par leurs battements d’ailes, comme elles le font pour chauffer la ruche, et tuent ainsi les frelons qui ne supportent pas la chaleur autant qu’elles.
Le Don qui saura utiliser l’ennemi frelon contre l’ennemi terroriste, dans une scène savoureuse, parviendra t’ il à armer grâce à l’ unique reine japonaise rescapée de la bêtise bureaucratique, Aya -qui signifie miracle en arabe, et beauté sauvage en japonais- ses « filles » contre leurs prédateurs ?
« Il…reprit le chemin du village, maudissant dans son cœur l’émir, sa katiba, tous les assassins et les marchands de guerres qui prostituaient dieu à leurs fins. Ce Dieu qui, par la douceur de ses abeilles, arrivait encore à le consoler de la cruauté des hommes »
On devine que la métaphore dépasse le cas des abeilles : une société chaleureuse peut-elle par là même se protéger, en les étouffant, de ceux qui veulent l’asservir ?
En refermant le livre de Yamen Manaï nous devenons tous un peu apiculteurs.

 

Son livre a reçu le renommé prix des 5 Continents. Yamen Manai, né en Tunisie en 1980, Ingénieur, est un habitué des récompenses, qui ont couronné ses livres précédents, « La marche de l’incertitude (Elyzad Poche 2010), et « La sérénade d’Ibrahim Santos » (Elyzad 2011).
Michel Wilson

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Sonia le calvaire au féminin, Yasmina Gharbi-Mechakra

« SONIA LE CALVAIRE AU FEMININ », de Yasmina Gharbi-Mechakra (Média-Plus, Constantine, 2017)

Ce livre est un roman, en ce sens qu’il est présenté comme tel par son auteure et son éditeur, mais par ailleurs, la quatrième de couverture explique qu’il a été écrit à partir de témoignages vécus, recueillis dans un centre d’accueil pour femmes et filles battues (le centre d’écoute Nedjma à Constantine). En fait, en tant que lecteur ou lectrice, on ne cesse de se dire que face à une telle ou de telles situations, le document brut, exempt de toute mise en fiction, aurait un effet beaucoup plus fort, beaucoup plus bouleversant, que le produit de sa transposition sous le forme d’un roman. C’est une question de crédibilité : le document brut est incontestable, le roman est toujours suspect d’avoir un peu aménagé la vérité. Mais on comprend que le choix de l’auteure a sûrement ses raisons : elle n’a pas voulu qu’une femme bien réelle, éventuellement reconnaissable, prenne le risque de dénoncer publiquement les faits odieux dont elle a été victime de la part de son mari.
Évidemment c’est déjà beaucoup pour une femme d’aller raconter dans un centre d’écoute que son mari la frappe régulièrement, et souvent avec une violence telle qu’elle en garde sur le corps et sur le visage des marques indélébiles. Quel que soit cet homme, le dénoncer nominalement représente une étape supplémentaire et implique un esprit de vengeance qui n’est pas forcément le moteur de la démarche que la femme battue a eu le courage de faire.
Le sentiment dominant qu’on éprouve à lire ce livre est certainement l’indignation et aussi le désir de trouver un ou des moyens pour prévenir de tels faits. Ce deuxième point implique qu’on comprenne bien la violence de l’homme qui agit en bourreau et ce n’est pas facile, si l’on en croit le livre de Yasmina Gharbi-Mechakra. En effet, l’homme dont elle nous parle, Mourad, est loin d’être constamment une brute, la violence alterne chez lui avec le désir d’être compris et sans doute d’être aimé. Il est réellement excédé par la résistance inflexible de celle qui ne voulait pas être sa femme et qui ne lui pardonne pas ce qu’il lui a imposé. On finit par se dire qu’il tient réellement à elle mais il va de soi que ce n’est pas une excuse et que cela n’atténue en rien sa culpabilité voire sa monstruosité. Après l’avoir défigurée, il est certain qu’il s’efforce de la soigner et de se montrer attentionné avec elle, mais même à ce moment-là, qui est à la fin du livre, on se dit qu’il serait bien capable de recommencer.
Face à l’insoutenable violence du comportement masculin, Sonia, l’héroïne du livre, nous fournit à tous et à toutes le modèle de ce qu’il faut faire : ne pas baisser les bras, ne jamais accepter, ne pas se laisser prendre aux promesses d’amour et de jours heureux. Ce qui doit changer ne changera pas à force de soumission et de résignation de la part des femmes, on ne le sait que trop puisque elles n’en ont hélas jamais manqué. En tout cas, il est certain que le livre de Yasmina Gharbi Mechakra fait partie des actions utiles et même davantage, et qu’on doit chaleureusement l’en remercier.
Denise Brahimi

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Darons et darones de Salah Guemriche

« PETIT DICO A L’USAGE DES DARONS* ET DES DARONES * QUI DESESPERENT DE COMPRENDRE LEURS ENFANTS de Salah Guemriche
(Editions du Seuil, novembre 2017)

Jusqu’au titre du moins, les lecteurs de ce petit dictionnaire ne seront pas trop désarçonnés puisque le seul terme argotique qui s’y trouve n’est pas nouveau, il est présent chez San- Antonio et Céline pour ne parler que de deux des auteurs célèbres et reconnus chez lesquels Salah Guemriche est allé puiser une partie de son vocabulaire. On en découvre un certain nombre de cette sorte dans les notes du livre—il n’y en a pas moins de 450 ! — noms parfois attendus lorsqu’il s’agit d’Alphonse Boudard mais parfois beaucoup moins dans le cas de Bernanos, présent dans cette joyeuse bande pour avoir écrit dans La Grande peur des bien-pensants (1931) :  » la vieille habitude de carotter l’électeur « .
Mais passées ces quelques retrouvailles avec des hommes et des mots plus ou moins familiers, il faut bien que darons et daronnes se jettent à l’eau pour découvrir un langage beaucoup plus contemporain et souvent très hermétique, même si Salah Guemriche nous dit que la publicité en fait parfois usage avec humour et pour toucher le jeune public des fameux « quartiers ». Une bonne partie des termes que son dictionnaire passe en revue appartient au langage des rappeurs français et c’est pour un certain nombre de lecteurs et lectrices l’occasion de le découvrir et mieux encore de se persuader qu’il en vaut la peine, notamment pour sa drôlerie et sa créativité.
Parler de drôlerie ne veut pas dire d’ailleurs que le Petit Dico s’attache principalement à cet aspect (comme cela peut être le cas chez les amateurs de San-Antonio) ; et encore moins que les effets comiques soient le but recherché par les inventeurs de ce langage. Sur ce but, l’introduction de Salah Guemriche, qui fait appel entre autres au Victor Hugo des Misérables, nous éclaire en une précieuse dizaine de pages, qui sont loin de prétendre tout expliquer mais qui nous montrent bien la complexité de la question.
La première évidence est que l’invention de ce langage est destinée à créer une complicité et une connivence entre ceux qui l’emploient et qui entendent bien s’en réserver la connaissance. Dès qu’il est divulgué par un nombre trop grand d’usagers, ses inventeurs y renoncent, l’abandonnent ou le modifient, en sorte que la plupart de ces mots et expressions ont une durée de vie restreinte et se « ringardisent » à vive allure : avis à ceux qui ne s’apercevraient pas assez vite que l’usage a changé et que leurs tentatives retardataires leur font courir le risque de se ridiculiser ! Sans être tout à fait un langage secret, celui dont nous parle Salah Guemriche dans ses notices a pour but de réserver la communication à l’entre-soi et de marquer sa différence. Il est probable que là est le mot-clef : plutôt que de revendiquer un droit à la différence qu’il s’agirait de faire reconnaître officiellement, ces locuteurs comme disent les linguistes, s’en emparent sans demander la permission et inventent des paroles qui affirment l’existence d’un domaine réservé, leur domaine qui n’appartient qu’à eux et dont ils ont la jouissance parce qu’ils le créent librement.
Pour autant et d’après ce qu’on peut lire dans ce petit dico, il ne semble pas qu’il y ait lieu d’y chercher une intention politique ou une rébellion délibérée contre le langage établi (comme on dit l’ordre établi). Il s’agit d’une invention beaucoup plus libre et hasardeuse, avec des côtés ludiques car c’est aussi un jeu. Peut-être qu’un des sujets d’étonnement, pour ceux qui le découvrent grâce aux investigations de Salah Guemriche, est que ce jeu sur les mots n’a rien de ravageur, il n’est pas agressif ni spécialement choquant ou grossier. On ne trouve même qu’assez rarement la mention tout à fait explicite du fait que ce langage est celui d’un monde tout à fait défavorisé. Il est dit à l’occasion que le mot  « sheguey » désigne les enfants de la rue « qui sont reniés par leur famille et qui se débrouillent comme ils peuvent pour manger ». Mais si l’on pense qu’une bonne partie de ces inventions langagières sont à base de verlan (le livre donne une liste importante de mots qui ont cette origine), on se dit qu’il n’y a pas à y chercher autre chose que le jeu verbal, que   « taspé  » n’est ni mieux ni pire que pétasse et que « caillera » n’est pas plus dangereux que racaille—peut-être même est-ce une sorte de récupération moins choquante d’un mot bien français et néanmoins très injurieux.
Dire  » cheum  » au lieu de moche, c’est vraiment une seule et même chose, ni plus ni moins désobligeant.
Décidément il semble bien que l’origine et la raison d’être principale de ces fantaisies et variations langagières soient le besoin d’avoir une langue à soi, ce qui est d’ailleurs assez bouleversant car on est renvoyé par là au sentiment de dépossession ou de non possession qui caractérise ces adolescents à un niveau plus ou moins conscient (faut-il dire inconscient mais cependant perçu intuitivement ?)
Salah Guemriche termine son introduction sur l’espoir que « ces pages serviront à des chercheurs (en histoire de l‘immigration ou en sociolinguistique ) ». On a envie de lui dire qu’il a raison d’espérer et que le langage est sûrement en effet un des lieux privilégiés pour comprendre la partie la moins représentée de notre société, ses désirs et ses peurs, ses rêves et ses réalités.
Denise Brahimi

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Prendre le large, avec Sandrine Bonnaire (2017)

« PRENDRE LE LARGE » de Gaël Morel avec Sandrine Bonnaire (2017)

Il est tout indiqué de parler du dernier film de Gaël Morel dans les actualités culturelles de Coup de Soleil en région Rhône-Alpes  parce que Prendre le large, un film où l’on voyage comme son nom l’indique, nous emmène de Villefranche-sur-Saône, petite ville forcément connue dans cette région, à Tanger au nord du Maroc, et dans un milieu tout à fait marocain, comme le prouve d’ailleurs le générique où abondent les acteurs et actrices de ce pays, Mouna Fettou, Kamal el Amri et bien d’autres. D’ailleurs le scénario est l’œuvre conjointe de Gaël Morel et de Rachid O, écrivain marocain de réputation longtemps sulfureuse car il fut le premier à raconter longuement son homosexualité (comme le fait par exemple Abdellah Taïa aujourd’hui) et la difficulté de vivre celle-ci dans le monde musulman.

Le point commun entre les deux lieux du film, Villefranche et Tanger, est qu’ils sont vus sous l’angle de la condition ouvrière, « entre l’agonie de la classe ouvrière française et l’exploitation de celle du Maroc », est-il écrit très justement dans Les Inrockuptibles . A Villefranche-sur-Saône, Gaël Morel a très bien connu le monde ouvrier dont il parle dans le début de son film, notamment par son père, comme il l’explique dans un entretien qu’il a donné à propos de son film. Au journaliste qui lui demande : «  Vous connaissez la réalité de ce monde ouvrier ? », le réalisateur répond :

« J’y ai grandi. L’usine de textile que l’on voit au début de Prendre le large est celle où mon père a fait sa carrière, et c’est grâce à son dernier patron que nous avons pu utiliser ce lieu comme décor. Mon père a toujours été fier du métier qu’il faisait, mais j’ai vu la peau de ses mains se déchirer, je l’ai vu se délabrer physiquement. Et je l’ai vu bénéficier d’une loi sur la pénibilité du travail qui était la loi Fillon. Mon père a été sauvé par cette loi qui stipulait que toute personne ayant commencé à travailler avant 13 ans et ayant assez d’annuités de cotisations pouvait prendre sa retraite. Mon père a pu partir à 55 ans. C’est la dernière mesure en faveur du monde ouvrier et elle a été prise, malheureusement, par un gouvernement de droite. Je connais très bien ce milieu et je sais comment la politique ne s’en est pas occupée. L’usine de textile de mon film se trouve à Villefranche-sur-Saône (Rhône) et si elle tourne encore, dans cette région où toutes les autres usines ont fermé, c’est grâce au patron et aux ouvriers, qui se sont battus. »

Dans le film on voit comment son personnage, Edith, incarnée par Sandrine Bonnaire, réagit de façon tout à fait originale à la fermeture de l’usine textile où elle travaillait. Lorsqu’elle apprend que certaines activités de l’entreprise sont délocalisées au Maroc, elle décrète qu’elle veut partir y travailler, malgré l’effarement général devant son choix. Elle ignore tout du pays en général et notamment de Tanger qui est la ville où elle va ; ce qui ne manque pas de lui causer certains déboires dès son arrivée mais de toute façon, être ouvrière dans un atelier de couture marocain est une situation objectivement très difficile, qui ne peut compter sur aucune sorte de protection sociale, ni sur le respect d’aucune espèce de droit. Le seul fait de signaler un disfonctionnement cause un renvoi immédiat et humiliant et c’est en effet le sort qu’elle subit. Gaël Morel est suffisamment bien informé pour être sûr de ce qu’il avance et dont il donne d’ailleurs des exemples aussi révoltants dans d‘autres pays. La malheureuse Edith se trouve alors dans une situation de plus en plus difficile et l’on dirait que Sandrine Bonnaire retrouve le personnage misérable voire pathétique qu’elle était dans Sans toit ni loi d’Agnès Varda (1985).

Cependant et c’est là un point sur lequel insiste Gaël Morel, son intention n’est nullement de faire une description naturaliste, il explique qu’il ne s’intéresse qu’à des personnages singuliers si modestes qu’ils soient socialement et c’est pourquoi il a choisi pour incarner Edith une actrice hors pair comme Sandrine Bonnaire. Sa référence est un certain néo-réalisme italien ,  d’où cette comparaison éclairante avec une autre très grande actrice : « Quand j’ai filmé Sandrine Bonnaire dans le Rif marocain, j’ai retrouvé des souvenirs de Stromboli(1950) de Roberto Rossellini, qui m’avait encore plus marqué que je ne le pensais. J’ai même trouvé que Sandrine avait quelque chose d’Ingrid Bergman, dans sa manière de marcher, son port de tête. Il suffit parfois d’être en légère contre-plongée sur elle pour que, tout à coup, quelque chose de mystique se dégage ».

Il est certain qu’en évoquant Roberto Rossellini, Gaël Morel met la barre très haut, à un niveau qui n’est pas celui de sa propre réalisation. La fin du film paraît bien faible et pour reprendre la même image, elle n’est pas à la hauteur de ses meilleurs moments. Mais le film est de toute manière intéressant, ne serait-ce que parce qu’il est construit sur un renversement des situations habituelles et attendues : cette fois il s’agit d’une ouvrière française qui va travailler au Maroc, et non de Marocains qui viennent chercher du travail en France. Le comparatisme se  doit d’être réversible pour être instructif et déboucher sur des jugements équilibrés. Prendre le large est un film qui, sans aucun doute, suscite la réflexion

Denise Brahimi

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Enquête au paradis, de Merzak Allouache, 3 Luxembourgs Samedi 3 février 2018

Unknown-10201677.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxLe samedi 3 février 2018, dès la sortie de l’Hôtel de ville, direction : le cinéma Les 3 Luxembourg (67 Rue Monsieur le Prince,

Paris 6ème). Vous achetez votre place [réduction spéciale].

A 20h précises : projection du dernier film de Merzak Allouache « Enquête au paradis », suivie d’un débat avec le

réalisateur, animé par Georges Morin.

Le Canard enchaîné, LHumanité, Les Inrocks, Libération, le Monde, Slate.fr et Télérama lui ont consacré des articles élogieux.

Commentaire sur le film:

Il faut remonter aux débuts de ce cinéaste : Omar Gatlato (merveilleux premier long-métrage algérien, 1976), mettait déjà en scène les frustrations sexuelles des jeunes Algériens, réduits à utiliser la modernité de l’époque, le magnétophone, pour rêver d’une fille, puis pour tenter de l’approcher.

L’article du Monde http://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/01/17/enquete-au-paradis-les-72-vierges-du-desastre_5242776_3476.html#VhcpIxmri0y3zoL5.99 sur Enquête au paradis insiste sur la richesse des interventions des intellectuels algériens, femmes et hommes, qui dénoncent en même temps la débilité et la dangerosité des islamistes, et la responsabilité d’un Etat algérien qui leur laisse déployer leur propagande en proclamant qu’il est le seul rempart contre eux. Pour moi, ce film, dont le montage (trop long…) a sans doute été mené à l’économie, est splendide, parce que l’image en noir et blanc est émouvante, parce que les deux « journalistes » sont drôles et ne se prennent pas au tragique, parce que les deux pôles de cette Algérie sont réellement regardés en profondeur (lointain Sahara de Timimoun, quartiers d’Alger des classes moyennes).

Il nous importe d’en savoir plus sur ce que les Algériens du commun veulent bien dire sur la religion (et surtout leur manière d’esquiver toute discussion sur ce sujet, aussi bien à la sortie d’un lycée à Alger que sur un marché à Timimoun). Ce que disent des gens pieux et simples est le meilleur du film : confiance naïve dans la toute puissance divine, dans le fait que les imams disent la parole divine : 72 houris, ça peut être étrange, mais si Allah l’a dit… Le discours intégriste sur le paradis est non seulement absurde, mais assez comparable à celui des prédicateurs télévisuels de l’intégrisme chrétien ou juif, discours où l’au delà est une marchandise à vendre au meilleur acheteur. Allouache fait parler plus longuement (et c’est plus facile…) des intellectuels de diverses professions, qui nous disent leur révolte. Plus que celle-ci il faut écouter attentivement leur désarroi devant un pays où ils se sentent isolés, où ils ont connu pendant dix ans le danger, voir l’élimination, ou bien l’exil. Certains, comme Kamel Daoud, savent parler clairement du présent de leur lutte, d’autres sont coincés sur l’étroit sentier qui sépare un islamisme insupportable et un Etat algérien dont ils n’attendent plus rien, après en avoir longuement dépendu, bien sûr matériellement, mais plus encore moralement. (C. Bataillon)

Model 2018: nous avançons et nous récupérons la mémoire antérieure

Le Model est un heureux bouleversement de vieilles habitudes: nouveaux partenaires entre Coup de soleil et IReMMO, nouvelles thématiques avec des regards nouveaux sur le Moyen Orient. Mais l’expérience passée nous donne un socle solide. Sur la centaine d’auteurs invités beaucoup sont de vieux amis, dont certains étaient là voici un an. Pour ceux-ci nous avons récupéré quelques portraits sur le “trombinoscope” collecté par nos photographes amateurs http://coupdesoleil.net/blog/maghreb-des-livres-2017-coup-de-soleil-presente-ses-auteurs/. Mais aussi, en cherchant dans notre base de données, des souvenirs plus anciens sont remontés. Vous pouvez chercher à votre tour… en tapant d’autres noms sur la fenêtre “moteur de recherche”: une mine à exploiter!

Kaouter Adimihttp://coupdesoleil.net/blog/litterature-algerienne-la-felure-au-maghreb-des-livres-2017/ im-1.php

 

 

 

 

Guy Bedos

Guy Bedos, Georges Morin et (de dos) Christiane Hessel

Guy Bedos, Georges Morin et (de dos) Christiane Hessel

 

 

 

 

 

 

 

Azouz Begag http://coupdesoleil.net/blog/azouz-begag-djillali-defali-lecons-coloniales-2012/

Yahia Belaskri http://coupdesoleil.net/blog/yahia-belaskri-si-tu-cherches-la-pluie-elle-vient-den-haut/ 16681493_1805733752786119_4439098180128918005_n

 

 

 

 

 

 

 

 

Maïssa Bey http://coupdesoleil.net/blog/litterature-algerienne-la-felure-au-maghreb-des-livres-2017/

Maïssa Bey

Maïssa Bey

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mahi Binebine http://coupdesoleil.net/blog/m-binebine-les-etoiles-de-sid-moumen/

Denise Brahimi http://coupdesoleil.net/blog/denise-brahimi-la-derniere-rencontre-camus-senac-2011/

Faouzia Charfi http://coupdesoleil.net/blog/faouzia-charfi-galette-a-lageca/

Kamel Daoud http://coupdesoleil.net/blog/kamel-daoud-a-la-une/

Kamel Daoud en signature (c)

Kamel Daoud en signature (c)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jacques Ferrandez http://coupdesoleil.net/blog/jacques-ferrandez-presente-le-premier-homme-de-albert-camus/

Jacques Ferrandez en signature au Maghreb des livres 2017

Jacques Ferrandez en signature au Maghreb des livres 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brigitte Giraud http://coupdesoleil.net/blog/un-loup-pour-lhomme-de-brigitte-giraud-memoire-retrouvee/

Gyps 

Gyps à la table des dessinateurs

Gyps à la table des dessinateurs

 

 

 

 

 

 

 

Waciny Laredj 

Waciny Laredj

Waciny Laredj

 

 

 

 

 

 

 

Fouad Laroui http://coupdesoleil.net/blog/3588/

Fouad Laroui en entretien

Fouad Laroui en entretien

 

 

 

 

 

 

 

Abdelhak Serhane http://coupdesoleil.net/blog/abdelhak-serhane-lhomme-qui-descend-des-montagne/ 

 

Benjamin Stora http://coupdesoleil.net/blog/benjamin-stora-la-guerre-dalgerie-expliquee-a-tous-2012/ 

Stora et Jauffret

Stora et Jauffret

 

 

 

 

 

 

Amin Zaoui

Amine ZAOUI interviewé

Amine ZAOUI interviewé

 

 

La bande des Français, Paris Gaité lyrique, 17 janvier 2017

UnknownPrésentation du film La bande des Français, suivie d’une discussion (A. Bennin, P. Boucheron, A. Charon) = 6 euros, plus la galette des rois pour ceux qui s’inscrivent auprès de Coup de soleil georges.morin@coupdesoleil.net (12 euros). Pour tous ceux qui s’intéressent à ce qui fait une France solidaire…

Difficile de relater cette soirée : une partie de nos souvenirs vient du film lui-même, dans le cadre « Le tour du jour – Nouveaux territoires documentaires ». La bande des Français, a donc été projeté au théâtre de la Gaité lyrique, où nous étions une grosse centaine (avant le film est passé sur la 3 –production France 3 Centre – en décembre 2017, puis en salle à Paris au Louksor) ; puis nous avons écouté, questionné, la brochette d’ « acteurs », réalisatrices, commentateur. Enfin à une douzaine (les intervenants ci-dessus et une poignée de membres de Coup de soleil) nous avons partagé la galette des rois et le cidre en continuant échanges et discussions. Donc difficile de distinguer à chaud ce que j’ai retenu du film, de la discussion en salle, de la conversation autour de la galette.

Unknown-1Avant tout un refus de la déprime : dans des situations difficiles, le positif peut primer. Le film nous donne des éclats de rire joyeux : comment faire démarrer dans la Somme un tracteur antédiluvien sur une exploitation agricole bio ? Comment faire le tour de France en une minute : en faisant tourner Amir ou Sophia autour de Martin. Les acteurs affichent sur les murs des sentences (qui sont distribuées au public dans la salle ; deux exemples « en France, il nous faudrait un ministère du bonheur » ou « on ne va pas se ranger sagement dans des cases » #labandedesfrançais).

Je comprends que les réalisatrices Amélie Bonnin et Aurélie Charon, toutes deux de Châteauroux, se sont connues au lycée à Tours puis à la fac à Paris. Qu’après deux séries radio (Une série française, 2015, France Inter, 9 séquences https://www.franceinter.fr/emissions/uneseriefrancaise

; Jeunesse 2016, France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/jeunesse2016

) elles se lancent dans le visuel en organisant les séances Radio live où elles transforment en famille une série de jeunes, qui se retrouvent à Châteauroux, mais aussi à Reims ou ailleurs en France, bientôt à Tunis. Aurélie, revenant de travailler à Beyrouth, Téhéran et autres lieux, a voulu faire parler des gens en France. Ces gens ne peuvent pas parce qu’ils sont coincés. Interrogés sur leur désir d’avenir, bien des jeunes au lieu de vocations concrètes n’énoncent que les initiales des formations qui peut-être leur assureront un emploi, voire une carrière. Quatre des jeunes rencontrés par Aurélie sont nos « acteurs ». Martin France (ça ne s’invente pas) est fils et petit fils d’agriculteur de la Somme et connaît les villes sur le tard ; chez lui personne ne connaît le drame israélo-palestinien et on pense qu’il s’agit d’une querelle entre deux équipes de foot : USBOLA contre Bande de Gaza. Heddy (Marseille, quartiers nord bien sûr) est boxeur et homme de théâtre… après avoir quitté l’école après la 3eme, à cause d’une « orientation » mal conseillée. Sophia Hocini, avec qui nous conversons, est journaliste (association la-zep.fr), engagée politiquement, kabyle d’un village perché née dans une famille de neuf enfants, père instituteur qui a dû fuir en France après 1990 « la première chose que j’ai su dire en français, c’est : je n’ai pas de cartable… quand j’arrivais en classe pour la première fois… » Enfin Amir Hassan est une vieille connaissance. Il est Gazaoui (chez lui la campagne n’existe pas), parisien depuis ses 23 ans, son père collectionne là-bas des Tour Eiffel, sa France est celle des chansons des vieux d’ici (Barbara…). Ici il enseigne l’arabe, écrit des poèmes en français, est rédacteur (en chef, mais sans journalistes sous ses ordres) de l’hebdomadaire culturel en ligne de notre association Coup de soleil (« le VAC » http://coupdesoleil.net/agenda-culturel/) à qui rien n’échappe sur le Maghreb : télévision, radio, films, conférences, expositions, livres, presse. Il nous rappelle que ceux qui sont violents, c’est qu’ils n’ont pas de mots et qu’en France heureusement ceux qui sont violents n’ont pas d’armes.

UnknownimagesLe film aurait pu s’appeler « made in France »… On y évoque le traumatisme de 2002 : second tour des présidentielles Chirac/ Le Pen, les traumatismes de 2015, janvier puis novembre. L’invité est l’historien Patrick Boucheron, auteur avec Mathieu Riboulet de Prendre dates. Paris, 6 janvier-14 janvier 2015, aussi coordinateur de Histoire mondiale de la France (2017). Il nous dit qu’il faut « proposer à la jeunesse un « nous » qui respire un peu mieux. Et affirme que l’histoire doit aider à rester en mouvement, à comprendre ce qui aurait pu advenir.