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Une journée au soleil, Arezki Metref, film à Toulouse le 10 mai 2019

Une journée au soleil (documentaire), Arezki Metrefet Marie-Joëlle Rupp, SaNoSi Productions, BIP TV (Berry Issoudun Première Télévision), deux versions (56 et 78 minutes)

Nos amis du Gers avaient déjà présenté le film que nous donne ce centre culturel qu’est la Pizzeria Belfort à Toulouse, le 10 mai 2019, en présence de Metref.

Tourné dans un café parisien, le documentaire retrace l’histoire de l’immigration algérienne en France, à travers les témoignages d’enfants d’immigrés nés ou arrivés en France dans les années 1930, d’immigrés ayant vécu et participé à la guerre de libération et de ceux qui ont quitté le pays dans les années 1990, sous la menace terroriste, selon son réalisateur et co-scénariste.

L’histoire de l’immigration est également analysée sur plus d’un siècle, grâce à l’apport des historiens Benjamin Stora, Mohamed Harbi et Omar Carlier qui recadrent sur la durée ce que fut la sociabilité des cafés de Barbès..

Le film aborde le « café » comme un « substitue au village » algérien, un « haut lieu de rassemblement » de militants nationalistes, de syndicalistes et de politiques, ou encore comme un espace et point de chute pour intellectuels et artistes, explique le réalisateur.

Le réalisateur dit s’être pencher sur les conditions des immigrés à différentes époques, sur la solidarité communautaire et l’organisation du mouvement national ainsi que sur le rayonnement des artistes algériens dans ce lieu de rencontre « hautement social », qu’est le café.

Autrement et l’Algérie

Algérie, 20 ans, Que savons-nous vraiment de cette terre, de ses révolutions d’aujourd’hui, Editions Autrement, dossier N° 38, mars 1982, 280 p.

Nous savons que, avant même la naissance de Coup de soleil en 1985, la revue Grand Maghreb est née en 1981 : à cette époque, toute information sur l’Algérie était en France plus sensible que tout ce qui concernait les autres pays de la région.

Le volume publié par les éditions Autrement pour le vingtième anniversaire de la naissance de l’Etat algérien nous intéresse à ce titre. Autrement, une revue née en 1975, est déjà en 1982 un éditeur qui pèse au moment où il publie le livre que nous avons retrouvé, grâce à un ami bouquiniste. Celui-ci a connu au moins deux rééditions en 1983 et 1985. Le panorama qui nous est donné est celui d’une Algérie qui sort depuis 4 ans de l’époque fondatrice du nouvel Etat, celle des improvisations de Ahmed Ben Bella suivies par la durable mise en place de la bureaucratie militaire de Boumedienne.

Classiquement, ce livre collectif de 35 chapitres mélange analyses et témoignages, sciences sociales et littérature. Nous n’avons pas réussi à retrouver trace de plusieurs signataires, journalistes en particulier : Selim Turquié (le Monde diplomatique), Christiane Stoll. Par contre ont écrit dans ce livre, ou ont parlé pour ce livre beaucoup d’acteurs ou de témoins connus. Michel Pablo Raptis (1911-1996) et Gilbert Marquis (1930-2015), trotzkystes ayant soutenu le FLN puis conseillé le président Ben Bella. Pierre Kalfon (1930-), littéraire et diplomate. Jean Dejeux (1921-1993), père blanc formateur des générations postérieures pour l’étude de la littérature algérienne. Leïla Sebbar (1941-), une des auteures fondatrice de celle-ci. Un photographe, Marc Garanger (1935-). Trois sociologues et politologues, Jean Leca (1935-), François Burgat (1948-) et Jean Robert Henry, manifestement un des initiateurs du livre. Un historien lui même acteur politique algérien, Mohamed Harbi ((1933-) et deux autres acteurs majeurs de celle-ci : Ahmed Ben Bella (1916-2013) et Hocine Aït Ahmed.

Les commentaires sont nombreux sur une politique algérienne dominée par les militaires. Sur une société où assistance et corruption se confortent grâce à la rente pétrolière. Mais le plus précieux est la série des témoignages et analyses sur la vie quotidienne « au jour le jour », sur le monde des femmes, sur celui de la culture.

Une Algérie inquiète et amère, en même temps que vivante et protestatrice, par ceux qui ont cru aux espérances de 1962.

 

 

Algérie aujourd’hui: avec les Amis d’Averroès 18 avril 2019

Table ronde à l’Espace diversité Rue d’Aubusson, à 19h le 18 avril 2019

« L’Algérie entre souveraineté populaire et légalité constitutionnelle »

Réunion à Toulouse le 18 avril 2019, organisée par Les amis d’Averroès et l’Association  des Pieds-noirs progressistes, avec :

 

Malika

Saïd

Malika Remaoun, fondatrice de  AFECEP http://afepec.org(venue d’Oran)

Saïd Kateb, sociologue (venu d’Oran)

Youcef Aït Tahar, journaliste.

Dans la salle faite pour 60 chaises, on a casé une centaine de personnes. Très large majorité d’ « Algériens », dont la plupart sont devenus des toulousains de vieille date, plus de vieux que de jeunes (dont une seule femme porte un strict foulard…). Chaleureuse ambiance bruyante : beaucoup se connaissent et je reconnais quelques visages, certains me saluent. Ambiance de vieux militants heureux de se retrouver.  Pour certains jeunes on sentait une rupture générationnelle par rapport au discours de certains intervenants.

Youcef, à partir de sa page facebook projetée sur l’écran, nous reproduit l’ambiance des manifs à Oran. Saïd, dont le discours est celui d’un politique intransigeant, nous restitue les slogans de ces manifs : il commence en citant les mots français, continue en arabe (dans la salle, des Algériens lui demandent de traduire…). Malika, en phrases précises, décrit comment son association travaille obstinément depuis mars 1989 à sensibiliser à l’exigence de l’égalité pour la citoyenneté. Elle et « ses copines » forment au sein des manifs un « carré féministe », qui incorpore sous ses banderoles de plus en plus… d’hommes jeunes. De temps en temps on essaie de dialoguer avec un étudiant oranais par Skype, mais la ligne coupe chaque fois qu’on l’a attrapée…

Nous qui suivons les événements algériens, jour après jour, dans la presse française, découvrons des « détails » au delà de ce que nous savons déjà. On nous confirme que le « peuple algérien » est très jeune et éduqué, même si les vieux manifestent aussi, que ce peuple a appris la contestation dans les stades de foot, que le « système » est un bloc qui se fissure depuis la candidature de Boutef à un cinquième mandat, que ce système maffieux dont la prospérité dépend des pétrodollars pénètre toute la société, partis, associations incluses. Mais les détails nous apprennent beaucoup ce soir.

Si l’on sait que le président du Conseil constitutionnel a démissionné en début de semaine, c’est ce soir que le secrétaire général du syndicat l’a fait à son tour.  Autres nouvelles : des maires (Cherchell, Bejaia) proclament leur refus d’organiser les présidentielles du 8 juillet prochain. On apprend que les jeunes d’Oran ne demandent qu’à discuter avec les groupes de militants, mais pas dans une salle : dans la rue, parce que la toute récente conquête de l’espace public est essentielle, où l’on manifeste en famille, femmes et hommes ensembles. Nos trois intervenants soulignent que le combat sera long, pour se débarrasser de la « culture FLN » qui règne dans les têtes, pour rendre naturelle l’idée d’autonomie, pour faire travailler ensemble des associations souvent très petites afin de constituer une plate-forme cohérente.

Deux dossiers fondamentaux font débat : si l’arméeest la seule institution qui « tient », elle est à la fois un haut commandement très fortement lié au « système », un symbole de l’union de la nation, un corps d’officiers compétents qui n’ont jamais combattu et dont on ignore quelles fractures le divise. Le principe d’une refondation de la Républiquealgérienne doit affirmer « la liberté », mais quelques uns pensent dans la salle qu’il ne faut pas briser l’unanimité, alors que nos trois intervenants, comme la grande majorité du public, considèrent que la liberté n’a de sens qu’avec la séparation du religieux et du politique, qui seule garantira l’égalité femmes/ hommes. La méfiance est grande envers les islamistes  modernistes qui revendiquent leur forme de liberté, pour tout le monde, donc ceux qui prônent la charia.

Sur « l’international », des interprétations variées : l’importance des solidarités et des « influences » mutuelles avec d’autres peuples, dont les français semblent en première ligne, mais aussi les craintes devant le poids des « grandes » puissances, USA bien sûr, mais aussi pétromonarchies orientales, Iran, on parle peu de Chine et de Russie… et un peu plus de France. (Coup de soleil Toulouse: Claude et Yasmina)

Rappelons que, à propos des événements du Mzab, voici quatre ans, nous avions eu droit à une plongée dans la vie politique algérienne dont il faut se souvenir… http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/10/13/3e-journees-franco-algeriennes-de-toulouse/

Sondage sur la « coopération » : Jean Boudou, en Algérie 1968-1975)

Le livre de Francis Pornon, En Algérie sur les pas de Jean Boudou, carnet de voyage, Editions Vent Terral (81340, France), 2011 et Editions Lazhari Labter (Alger) 2010, mérite de se plonger dans ce que furent deux décennies d’une incessantes action culturelle menée par les « coopérants ». N’oublions pas que la coopération de ceux qu’on a appelé « pieds rouges » en 1962 a massivement amplifié une scolarisation coloniale longtemps très limitée, mais déjà fortement accélérée à partir de 1945 et surtout de 1954. N’oublions pas non plus que l’arabisation officielle de l’enseignement algérien n’a pas mis fin à l’enseignement du français à tous les niveaux, certes de plus en plus au profit des couches sociales favorisées et pour maintenir le fonctionnement d’administrations stratégiques (armée, économie) et des secteurs techniques et scientifiques prioritaires. Les milliers de coopérants qui ont œuvré au Maghreb sont les témoins irremplaçables d’une histoire partagée entre les deux rives de la Méditerranée. De cette histoire, on ne connaît encore guère que la petite pointe émergée de ceux qui ont été « aux affaires » dans les grandes villes. En particulier par un livre collectif Le temps de la coopération, sciences sociales et décolonisation au Maghreb, sous la direction de Jean-Robert Henry et Jean-Claude Vatin, en collaboration avec Sébastien Denis et Françoise Siino, Karthala/ IREMAM, 2012, 405 p. http://alger-mexico-tunis.fr/?p=565  , mais aussi par l’ouvrage pionnier antérieur de Catherine Simon Algérie, les années pieds-rouges, des rêves de l’indépendance au désenchantement (1962-1969), Paris, La Découverte, 2009,http://coupdesoleil.net/blog/catherine-simon-algerie-les-annees-pieds-rouges/

Francis Pornon, qui se sent proches des militants occitans auxquels Jean Boudou a appartenu, aurait pu connaître celui-ci quand lui-même enseignait la philosophie pendant  trois ans au lycée de Bejaia (Bougie) en 1968-71, jusqu’à ce que des manifestations étudiantes dans cette ville rendent les autorités méfiantes envers les coopérants, renvoyés. Son homoogue, dont il suit les pas, s’est installé en Algérie bien plus longtemps, jusqu’à sa mort, enseignant l’agriculture au collège d’une petite ville, en bordure de la Kabylie et tout près d’Alger : Larbatache est une commune de la wilaya de Boumerdès, peuplée de 19000 habitants. Denise Brahimi nous dit « Pour [Francis] Pornon, c’est l’occasion de rappeler le double signe sous lequel on peut situer l’Arbatache au moment où il écrit, car ce fut à la fois, dans les années post-indépendance, un des hauts lieux de la révolution agraire, beaucoup cité et visité à ce titre, et d’autre part, pendant la décennie noire, un endroit où les ravages exercés par le terrorisme se sont montrés particulièrement virulents (https://www.huffpostmaghreb.com/denise-brahimi/larbatache-senac-et-la-po_b_16225464.html)

De la révolution agraire, de l’enseignement agricole à Larbatache, rien n’est remémoré sur les sites web qui citent cette commune, clairement prise dans l’expansion de l’agglomération algéroise si l’on en croit les ventes de terrains proposées. Quand Pornon y est allé chercher les traces de Boudou voici une dizaine d’années, le souvenir des vignes, la réalité des oliviers laissaient déjà place aux friches dans le paysage. Ce fut en somme pour l’auteur autant l’occasion de retrouver ses anciens amis des années 1970 à Alger, que de découvrir  cette Kabylie presque banlieusarde de Larbatache. Rappelons que sur cette révolution agraire si mal connue, nous en savons un peu plus grâce au film de Viviane Candas http://coupdesoleil.net/blog/algerie-du-possible-film-de-viviane-candas/

 

 

 

 

 

 

Résistantes: film d’actualité algérienne?

« RESISTANTES » de la réalisatrice Fatima Sissani 2019

Ce film a fait l’objet d’une première tentative de sortie en 2017, sous un titre différent et très beau : Tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans, qui subsiste en tant que sous-titre pour le film actuel, devenu Résistantes. Ce mot, plus objectif que lyrique, convient très bien pour les trois personnages de femmes que Fatima Sissani a choisi de montrer. Ce sont des femmes qui, vivant en Algérie, ont choisi délibérément le parti du FLN en 1954, lorsque la guerre d’indépendance a été déclarée. La réalisatrice elle-même n’a évidemment pas connu cette époque, puisqu’elle est née en 1970, pour autant, elle se sent proche de ces femmes dont elle admire le choix et qui entrent dans le cadre des figures maternelles dont faisait partie le personnage de son beau film, La langue de Zahra (2011).
D’ailleurs elle ne cherche pas à maintenir le même regard sur ces trois femmes, on a au contraire l’impression qu’elle a souhaité et su laisser à chacune le plus possible d’autonomie. Il est probable que sa préférée est la plus âgée des trois, Eveline Lavalette, née en 1927 et morte peu après le tournage du film, en 2014. Eveline qui dit n’avoir jamais eu d’autre pays que l’Algérie y est née dans une famille bourgeoise d’origine française installée depuis deux générations et qui a certainement été très surprise par le choix de la jeune femme en 1954. D’autant qu’Eveline ne fait pas partie de ces gens devenus militants ou militantes en passant par le parti communiste, avec lequel elle dit ne pas avoir d’affinités. Elle est ce qu’on appelle un esprit libre, qui se décide uniquement en fonction de ses propres convictions. Et c’est ainsi qu’elle se met au service de l’un des organisateurs du FLN, Benkhedda, jusqu’au moment où elle est arrêtée, le 13 novembre 1956. Commence alors la prison et malheureusement l’inévitable torture, sans parler des traitements lourds qu’on lui inflige, du genre électrochoc, en tant qu’aliénée ou malade mentale. On peut croire à d’inévitables séquelles bien qu’on n’entende pas une plainte de sa part, et l’on ne sait pas grand-chose de sa vie personnelle sinon que dans les années 60 elle prend par son mariage le nom de Safir ; et que dans la dernière période de sa vie en tout cas, elle vit près de Médéa dans un magnifique paysage de campagne préservée. Le film s’achève par le dépôt sur sa tombe d’un bouquet que lui offre en hommage l’une des autres femmes du film, Zoulikha Bekaddour, qu’on a elle aussi l’occasion d’entendre raconter certains aspects de son combat.
Zoulikha Bekaddour est une personnalité connue en Algérie, où elle est née en 1934, et où elle a exercé longtemps comme conservatrice en chef de la Bibliothèque Universitaire d’Alger. Femme d’une remarquable vivacité, elle n’a nullement renoncé à exprimer ses opinions politiques, notamment sur le détournement qu’ont subi au cours du temps les idéaux de la guerre d’indépendance. Elle est particulièrement intéressante lorsqu’elle raconte ce qu’ont été les conditions de détention de femmes comme elle et tout ce qu’elle doit à la fréquentation des autres détenues, dont de nombreuses communistes extrêmement rigoureuses dans leurs pratiques et dans leurs idées. Quoi qu’il en soit, elle est de celles (et de ceux, il y en a aussi !) dont l’attachement aux idées de la révolution algérienne (faut–il dire jusqu’en 1962, ou en 1965, ou quelle autre date ?) reste inconditionnel et sans réserve, au point d’interdire toute possibilité d’échange avec une partie au moins des nouvelles générations. On le remarque d’autant plus que par ses apparences physiques, Zoulikha Bekkadour est restée une personne tout à fait moderne, alerte et vive, dont il ne viendrait pas à l’idée de dire qu’elle appartient à des temps révolus. Peut-être est-ce là un des enjeux du film : comment concilier fidélité et évolution.
La troisième des femmes que nous montre la réalisatrice est née en 1936 et elle a participé moins directement que les deux autres aux combats de l’indépendance, même si son adhésion à la cause n’était pas moins totale et profonde. En fait cette position se précise, chez Alice Cherki, lorsqu’elle fait la connaissance en 1953 du psychiatre martiniquais Frantz Fanon, né en 1925 et nommé en 1953 médecin chef à l’hôpital psychiatrique de Blida. A partir de là, il consacre toute ses connaissances et compétences de psychiatre à analyser la mentalité inculquée par les colonisateurs aux colonisés. Alice Cherki, de manière récente (2011) a fait paraître une biographie de celui qui a été son maître jusqu’à ce qu’il meure prématurément en 1961.

Asma N° 2

 

Notre travail sur la revue ASMA a permis de récupérer cinq numéros, qui forment un ensemble :

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/21/asma-n-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-3-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-4/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/?s=asma

Ce sont donc les cinq numéros disponibles (en trouverons-nous d’autres ? qui sait…) que nous vous livrons peu à peu. Le travail de récupération « en saisie de texte » a été réalisé par Marc. N’oubliez pas que tout texte récupéré contient des coquilles et signalez-les nous. Notre « édition » est partielle : récupérer tous les textes dans leur mise en page d’origine serait hors de notre portée. Comme en 2019, le combat pour la démocratie s’attaquait bien sûr aux politiques, mais aussi, clairement, au Code de la famille qui lamine l’égalité femmes/ hommes. Dans ce second numéro de Asma on trouve des titres prémonitoires : « marre de vos petites querelles » en parlant des groupes démocratiques ; impact mutuel de l’Algérie et du Maroc, etc… et n’oubliez pas de relire le n°1http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

DÉCEMBRE 1995 N°2

LEZZAYER ALGÉRIE

TUGDUT DÉMOCRATIE

TAMSETLA SOLIDARITÉ

SOMMAIRE

D’Algérie, une « Roumia » dans les Aurès : Cri d’espoir… ou de désespoir

Opinions

Les choses sérieuses commencent : Rupture ou continuité ?

Partout les Algériens se sont déterminés

ET MAINTENANT

UN DIMANCHE COMME LES AUTRES

Une « roumia » et ses chocolats ETRE JOURNALISTE FRANÇAISE EN ALGÉRIE
27 octobre 1995 à Ouled Moussa, un petit village agrippé à la pente caillouteuse à 1200 mètres d’altitude, en plein cœur des Aurès. Le 1-novembre 1954, la guerre d’indépendance a éclaté là, avec les hommes de Mostepha Ben Boulaid.

Autour et dans le village, en patrouille tranquille, les gardes communaux ou patriotes. Un vieil homme prend le soleil du matin, allongé devant sa maison. La porte s’ouvre sur une minuscule cour intérieure desservant trois pièces aux ouvertures étroites et basses. Enfants et jeunes femmes s’égayent. La vieille fait front. Salima traduit du chaoui au français et la discussion s’engage, timide de leur côté, gênée du mien. La vieille raconte la guerre. Mots simples, crus, rudes. Horreur, tortures, résistance. Les enfants écoutent. Un garçon d’une dizaine d’années, bloc de silence, ne me quitte pas des yeux. Dans ses yeux passe une petite fille tombée en 1956 dans cette région sous les balles d’un tireur d’élite français pour 500 Francs et une boîte de ration (2).

Mais le café est chaud. Les filles cassent les noix avec des pierres sur le sol en terre battue. Les pommes, acides, aiguillonnent les gencives… et on se surprend à rire ensemble et à se prendre par la main.

Et puis, une attitude qui depuis ce jour me taraude l’esprit. Moi, distribuant du chocolat aux enfants avant de reprendre la route, images tournées et carnets de notes noircis. Saurais-je jamais ce qu’ont perçu ces enfants ? Une roumia avec ses chocolats, une voleuse d’images et de paroles ou la possible courroie de transmission de leur réalité.

Il est peut-être encore plus difficile en Algérie qu’ailleurs de trouver l’honnête façon d’être journaliste. Dans ce pays deux problèmes se superposent : la déontologie journalistique et les relations, humaines et professionnelles, avec un pays du tiers-monde, ancienne colonie française. La presse n’a plus ni le temps ni la volonté de faire son travail de recherche et d’investigation. Nous sommes à l’heure des informations qui doivent précéder l’actualité, même s’il faut pour cela la fabriquer. En ce qui concerne l’Algérie, la majorité des intellectuels français et une grande partie de la presse ont depuis longtemps pris l’habitude de décider à sa place de son devenir. Et si les journaux français n’arrivent pas en Algérie, les chaînes françaises sont, elles, largement diffusées. La population algérienne a donc, elle aussi, pris l’habitude de voir ses voisins d’en face expliquer à sa place ce qui serait bon pour elle. Cette population vérifie donc chaque jour que la colonie ce n’est pas encore fini.

Voilà pourquoi mes chocolats pèsent lourd. Voilà pourquoi je me tais souvent et me contente de glaner des paroles et des images pour les restituer les plus brutes possible et avec le minimum d’intervention de ma part. Nous ne pouvons plus jouer à être les acteurs d’une pièce qui n’est plus la nôtre. Nous ne pouvons que travailler à renouer des relations humaines et intellectuelles adultes d’égal à égal avec la population algérienne qui n’est plus notre petite sœur. Nous n’avons aucun droit sur elle, nous n’avons rien à lui imposer, ni au travers de la presse, ni au travers des 0.N.G., ni au travers de partis politiques.

MARIE-ANGE POYET, décembre 1995

 

(1) Nom donné aux françaises (masculin : Roumi). Référence, dépourvue d’inimitié, faite aux romains, présents en Algérie pendant sept siècles.)
(2) Lire  » La mort d’une petite fille  » de Noël Pavrelière dans Les crimes de l’armée française, textes rassemblés par Pierre Vidal-Naquet, petite collection Maspero, Maspero, Paris, 1975.

Cri…d’espoir…ou de désespoir

Ce soir je ne sais ce qui se passe en moi. Mon esprit bouillonne. Il remet tout en cause, il tourne et tourne. C’est le vertige, le néant. Mais que faire ?

Mais qu’ai-je donc fait, moi, petit être humain, pour me retrouver dans cette situation sans choix aucun, oui, sans choix aucun, car un camp s’est imposé à moi, mais comment aurais-je pu choisir entre ta mort qu’on m’a prescrite et la soi-disant démocratie ? Je ne savais pas ce que c’était une pseudo-démocratie. Jusqu’à ces derniers jours.

Je n’arrive pas à me convaincre sur la démocratie. Mon camp étant choisi, je sais que je risque la mort à chaque instant, mais cela devient de plus en plus sans importance et secondaire par rapport aux déceptions que je subis de jour en jour, et ce soir, je n’en peux plus. Je ne peux plus me supporter ou plutôt je ne peux plus me supporter ce soir. C’est la première fois que je me demande si cela vaut la peine de donner sa vie en ce moment. Ce soir, je n’arrive pas à me convaincre et même pas à me mentir sur la démocratie…

Cependant, je suis sûre que le fascisme et l’intégrisme sont en agonie, et je ne suis pas sûre que la démocratie vaincra, parce que je commence à me poser des questions quand à ceux qui sont censés la représenter. Ce soir j’ai l’intime conviction que ni l’intégrisme religieux (fascisme), ni la démocratie ne vaincront. Mon pays adoré, mon pays pour lequel je suis prêt à donner le plus cher de moi-même, ma vie, Algérie, ce soir laisse-moi pleurer sur ton sort, mon amour, permet moi de te faire une confidence. Mais tu peux ne pas me croire. Ne pas faire confiance à ceux qui sont en train de tuer, d’égorger, de décapiter le meilleur de tes enfants, mais fais aussi attention à ceux qui veulent briser tes chaînes, ne leur fais pas une confiance aveugle comme je l’ai fait, s’il te plaît, fais-leur savoir qu’ils ne sont pas tes seuls enfants parce qu’ils ont su te déclarer leur amour. Dis-leur que l’amour de ceux qui ne te déclarent pas de la même manière qu’eux est aussi important pour toi.

Mon pays, demande aux démocrates… Demande-leur de rompre leur cercle autour de toi pour donner l’occasion aux autres de prendre part à la rupture des chaînes. Mais surtout, je t’en prie, impose-leur de ne pas refermer leurs cercles sur les mains qui se rejoindraient aux leurs et de ne pas exclure celles qui n’ont pas les mêmes caractéristiques que les leurs. Fais-leur comprendre aussi que plus le nombre de cercles autour de toi grandira et plus tes chaînes se briseront vite et qu’un seul cercle ou un nombre réduit n’arriveront pas à t’en sortir. Ils s’essouffleront bien avant.

Mes amis « démocrates » permettez-moi de vous dire mon désarroi et ma déception en votre contact. Bien sûr, après les discussions sur les tueries et les actes horribles, vous n’oubliez jamais de critiquer et de démolir les autres, ceux qui sont censé être du même bord que vous, ceux qui ont aussi peur que vous, ceux qui sont menacés comme vous, et tout cela par ce qu’ils ne sont pas du même parti ou de la même association que vous, je ne comprends vraiment pas, peut-être le pouvez vous ?
Salima D. Alger.

 

Démocrates, qu’attendez-vous pour vous unir?

Donner sa perception des élections présidentielles qui se sont déroulées en Algérie paraît facile, mais face au papier et au stylo, ce qui était assurance se transforme en questionnement.

Jamais la population n’a vu un tel déploiement des forces de sécurité que pendant la période de la campagne électorale et le jour des élections. Cela explique en partie le nombre des votants. L’autre explication est la transgression de la peur et le désir de voir changer la situation. 75% de votants est un chiffre énorme, qui n’est même plus atteint dans des pays où la paix règne. Si l’on écoutait certains spécialistes de la psychologie humaine, ces 75% auraient eu un comportement suicidaire, puisqu’ils ont choisi de ne pas suivre le mot d’ordre des intégristes terroristes et de leurs alliés tout en sachant de quoi ces derniers sont capables. Les spécialistes de la politique quant à eux soutiennent que cette sortie massive exprime le ras le bol de la population et la recherche d’une paix à n’importe quel prix.

Un non à l’intégrisme Nous disons que ce vote massif exprime surtout une abnégation de soi face au danger futur qui guette nos enfants et notre pays. Un boycott important, qui serait allé dans le sens des mots d’ordre lancés par les signataires de la plate-forme de Sant’ Egidio à Rome (F.I.S., F.L.N., F.F.S.***), aurait signifié la volonté de la recherche de la paix à tout prix. A l’inverse, cette sortie massive pour aller aux urnes est un cri du peuple disant non au terrorisme, à l’intégrisme et à leurs alliés. (Notons au passage que bon nombre de nos amis de la base du F.F.S. ont voté, contrairement à la position de leur propre parti). Que dire concrètement des résultats chiffrés ? Il est clair que les programmes des quatre candidats répondaient en fait à deux projets de société : l’un islamiste, avec deux tendances (celle « modérée » du Parti du Renouveau Algérien de Noureddine Boukrouh, et celle  » dure  » du Hamas dont le candidat était Mahfoud Nahnah), l’autre républicain avec deux tendances également (celle du démocrate Saïd Saadi du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, et celle du chef de l’état Liamine Zéroual). Le projet républicain s’en est sorti globalement avec 70% des suffrages et l’islamiste avec 30%.

En tant que républicaines, devons-nous être satisfaites ou non de ce résultat ? En temps normal probablement oui.

République et démocratie ne sont pas synonymes…  Mais dans la conjoncture actuelle en Algérie, nous avons beaucoup plus peur pour l’avenir. Dans notre pays les politiciens et ceux qui tiennent le pouvoir ont tellement vidé les termes les plus nobles de leur sens en les galvaudant en toutes circonstances qu’aujourd’hui on se demande quel sera le devenir du terme « République » (j’évite ici le mot « démocratie », par souci de le préserver, car pour nous ce terme est le résultat d’une démarche et d’une culture que nous n’avons pas encore acquises).

Deux étapes décisives nous indiqueront quel sera le chemin suivi :

– La réponse donnée à la population face à ses exigences de rupture, et la définition de cette rupture qu’en donneront le pouvoir et le président élu.
– Les résultats des futures législatives. Si, en effet, la population a voté aujourd’hui pour un programme dans sa globalité, il ne faut pas oublier qu’elle a aussi voté pour «l’homme ». Qu’en sera-t-il demain aux législatives ? Quels hommes vont incarner le projet du président élu, quand on sait que les opportunistes du F.L.N. ont soutenu ce parti jusqu’en 1988, puis sont passés au FIS jusqu’en 91-92, puis sont devenus Hamas jusqu’en 1995 et qu’aujourd’hui ils sont prêts à se transformer en parti de Zeroual ? Par ailleurs, les 30% qui ont voté pour les deux projets islamistes (celui du Hamas, dont le candidat était M. Nahnah, et celui du P.R.A., avec N. Boukrouh) demeurent un chiffre effrayant qui pourrait augmenter au moindre faux pas ou à la première erreur du président élu et des démocrates, ces démocrates dont on parle tant mais qui ignorent ou font semblant d’ignorer les aspirations de leur base à un pôle démocratique.

Marre de vos petites querelles  Mais qu’est-ce que vous attendez pour vous unir sur ce qui vous rassemble ? Ne croyez-vous pas que la base en a marre de vos mésententes, et de vos petites querelles partisanes ou individuelles ? Que faut-il faire aujourd’hui pour demain ? Telle est la seule question que l’on se pose. Le camp des démocrates étant divisé, l’utilitarisme prime sur d’autres considérations. D’où le vote utile pour Zéroual.

Mais jusqu’à quand ? Le pouvoir qui succède au pouvoir devient pour nous une phrase vide de sens face au spectre de l’islamisme.

Salima D.

Les choses sérieuses commencent

Nous publions ci-dessous des extraits d’un article du journaliste algérien Areski Metref, compagnon et co-fondateur avec Tahar Djaout de l’hebdomadaire Ruptures, paru dans Politis du 23 novembre 1995.

L’enjeu, les enjeux, de l’élection présidentielle, (…) résident , moins dans le nom du vainqueur, (…)que dans le taux de participation, en particulier celui des femmes qui, contrairement à 1991, ont voté pour elles-mêmes, effectuant leur propre choix, accompli d’autorité pour elles, lors des législatives, par leur époux, fils, frères ou pères. (…)Jamais, autant qu’aujourd’hui, l’acte de voter n’a été ressenti comme un devoir. (…)Ils ont désormais compris qu’aller à la pêche, c’est aussi, dans certaines conditions, aller au chaos. L’autre enjeu, indirect, c’est le Fis, sa place dans le jeu politique. Sa victoire aux législatives, puis l’interruption du processus électoral suivi de sa dissolution en a fait, pendant trois ans (avec l’aide ardente d’analystes prompts à transposer la réalité française – structurée – sur la complexe sociologie électorale algérienne – versatile et mouvante) une sorte de parti « sacré », dépositaire immanent de la volonté populaire, détenteur de clés (du paradis) de la démocratie.

(…)C’est autour de ce mythe coriace que s’est organisée « l’opposition représentative » qui a réuni, à Rome, autour du clou qu’est le FIS, des forces politiques qui croyaient s’attribuer une prime de popularité, de représentativité populaire, par une alliance avec « le parti de Dieu et du peuple ».

(…)L’échec de leur appel au boycott relativise, pour le moins, leur prégnance, surdimensionnée, sur la société algérienne. (…) Il ne fait néanmoins pas de doute que le taux impressionnant de participation des Algériens au scrutin s’explique davantage par le fait qu’ils ont été interpellés dans leur sentiment patriotique (sauver la patrie du chaos qui la guette) que dans leur sens de la citoyenneté (construire une démocratie.) Une démocratie ne se construit pas en un jour et pas en laissant sur le bas côté des forces politiques qui, sans avoir le poids qu’elles s’attribuent, pèsent tout de même dans une Algérie multiple et contradictoire. Si l’on veut enterrer cette haine qui est à l’origine de tant de malheurs, le succès de ce scrutin ne doit pas être le motif à exclure davantage les partis de la coalition romaine d’un jeu politique dans lequel personne ne peut leur contester leur place.

L’opposition, toute l’opposition, doit négocier avec le pouvoir la tenue d’élections législatives dans un délai raisonnable. Elle doit réintégrer la compétition politique seule à même de montrer jusqu’où le pouvoir de Zeroual est prêt à aller dans la mise des conditions d’un retour à la normale par l’isolement des groupes armés qui enlèvera sa raison d’être à la répression…

A.M.

DANS LA PRESSE ALGÉRIENNE
reprise de Alger International Info du 18-19/11/95)

« Rien ne sera comme avant »

Après l’élection de M. Liamine Zeroual à la présidence de la République, trois quotidiens algériens ont publié une édition spéciale le vendredi (lendemain du scrutin et jour férié en Algérie).
El Moujahid écrit : « Hier, les tenants de la violence, les magouilleurs, les assassins du GIA ont définitivement perdu. Les terroristes ne font plus peur. Le citoyen, où qu’il se trouve dans le pays (..) a montré par sa volonté farouche à travers la menace des groupes terroristes sanguinaires qu’ils disposent d’une arme plus forte que la «mahchoucha » (NDLR : fusil de chasse à canon scié) ou le « Klach ». Cette arme décisive s’appelle bulletin de vote. Cette arme sert la paix et la démocratie et participe au redressement du pays.

Liberté analyse : « Bien plus que cela, ce scrutin est à considérer comme un signe important, celui de l’éradication politique de l’intégrisme, mais aussi un désaveu cuisant des signataires du Contrat de Rome dont l’appel au boycott n’a pas été suivi. La forte participation a enlevé tout argument politique à l’opposition armée ainsi qu’aux principaux mouvements de l’opposition politique ligués sous la bannière de l’alliance forgée par la plate-forme de Rome de janvier dernier. En votant, l’Algérie a inévitablement la conviction que son geste est porteur de paix et de stabilité après quatre années de guerre injuste et atroce contre le citoyen. C’est peut-être le début d’une nouvelle ère. Un signe que rien ne sera comme avant. La couverture du terrorisme est désormais levée. Sous quelle bannière osera-t-on s’attaquer maintenant aux institutions de l’Etat, aux intellectuels, aux agents de l’ordre, bref aux simples citoyens. Les urnes ont tranché. Liamine Zeroual est président de la République après avoir lui-même dirigé deux années de transition.»
EL Chaab (quotidien arabophone) estime qu’à travers « la leçon, pleine de civisme, de démocratie et de nationalisme, administrée par le peuple aux observateurs de ces élections de par le monde, le peuple a donné une leçon à ces partis politiques qualifiés généralement de poids lourds et qui ont rejeté ces élections en appelant à leur boycottage. »

DANS LA PRESSE MAROCAINE

Voici le point de vue de trois journaux marocains d’opposition : Al Ittihad AL Ichtiraki (en arabe) et Libération (en français), tous deux quotidiens de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) et Anoual (en arabe), quotidien de l’Organisation de l’Action Démocratique et Populaire (OADP).

Le 17 novembre, le Maroc célèbre l’anniversaire du retour du roi Mohammed V de l’exil en 1955 et la proclamation de l’Indépendance. Malgré cette date, les journaux consacrent leur une à l’élection présidentielle en Algérie. Al Ittihadinsiste sur la « forte participation à l’occasion de l’élection présidentielle. » Le quotidien, tout en analysant les positions des différents partis et en rappelant « les quatre années de violence politique et les milliers de victimes », termine son article en disant que « le soleil de ce vendredi brillera sur une saison nouvelle du processus politique algérien. »

Libérationest plus volontaire. En première page : « Massivement et du fond du gouffre de la violence, les Algériens se sont accrochés aux urnes. » Et, à côté d’une photo montrant un électeur s’acquittant de son devoir de citoyen, commente: « Ils ont gagné…» Le quotidien insiste sur le fait que les Algériens « étaient appelés à choisir leur président, parmi quatre candidats, pour la première fois depuis l’indépendance en 1962 » ».

Pourquoi cette élection ? « C’est pour l’Algérie et pour tenter de fermer la trop longue parenthèse de violence que les Algériens se dirigent vers les urnes. »

Les numéros du 18 et 19 novembre 1995 d’Al Ittihad reprennent les déclarations des différents candidats ainsi que celles de leaders comme Hocine Ait Ahmed pour qui «l’élection s’est déroulée pendant un état de siège». Le journal reprend également l’inquiétude de « certains commentateurs [qui] craignent qu’il n’y ait pas de fin rapide à la crise politique et économique du pays. »

Al Ittihad, du 21 novembre 1995, à la une, rapporte les points de vue des trois fronts, FFS, FIS et FLN, qui avaient appelé à boycotter l’élection : « Le dialogue véritable est la revendication des forces de l’opposition pour sortir le pays du cycle de la violence. » Mais, dans un billet signé Abou Faris, l’accent est mis sur « le nouveau visage de l’Algérie qui contraste avec celui, triste, des nouvelles années de braise qui ont provoqué la mort de plus de quarante cinq mille Algériens. Il s’agit du visage de l’Algérie mûre, forte de ses espoirs, de ses rêves et de son peuple, qui garde encore profonde la capacité de résister et de réaliser les choix difficiles, même dans les moments les plus durs. » L’expérience algérienne est ensuite replacée dans le contexte arabe et par rapport au problème de la démocratie. « Les résultats de l’élection, écrit l’éditorialiste marocain, sont une bonne surprise pour le Monde arabe actuel, où les Arabes n’ont goûté qu’un seul plat électoral, celui des quatre vingt dix neuf pour cent »

 

 

Asma N°1 : mémoire toulousaine de l’Algérie

Asma, journal toulousain franco-algérien ? Premier numéro, novembre 1995

Coup de soleil est né à Toulouse en 2005, vingt ans après Paris.

Celles et ceux qui sont à l’origine de notre association toulousaine avaient participé avant cela  à bien des actions politiques liées au Maghreb. En particulier à des groupes à la fois féministes et démocratiques, dont l’association AYDA : déformation du mot arabe « Al Aouda », « Le Retour » car les Algérien.ne.s participant au journal ne s’inscrivaient pas dans l’émigration mais dans la lutte politique pour leur retour en Algérie. Ayda a porté la création du journal Asma. Celui-ci a publié sans doute au moins huit numéros, dont seulement cinq peuvent être consultés au dépôt légal de la Bibliothèque nationale : le numéro 1 est de novembre 1995 et le numéro 5 septembre 1996.

L’originalité au groupe Ayda était aussi d’être très majoritairement composé d’Algérien.n.es. La composante féministe était forte, ce qui explique pourquoi le journal Asma relie aussi étroitement le combat démocratique avec la défense de l’égalité femmes/ hommes. C’est ce qui donne une forte actualité en 2019 à beaucoup de textes que nous avons retrouvés.  C’est grâce à la table ronde organisée automne 2018 par les Amis d’Avérroes que nous avons recherché les textes de Asma (voir : http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2018/10/17/decennie-noire-quelle-memoire-quel-journalisme/.)

Aider nos ami(e)s d’Algérie, contraints de se replier en France pendant cette décennie 1990, face à la menace des groupes islamistes radicaux, montrer le visage d’une Algérie plurielle et démocratique contre l’image déformée qu’en donnaient les groupes terroristes était une priorité. Parfois le pouvoir militaire algérien en place s’en prenait aussi à ces mêmes amis au lieu de les protéger. Quant au gouvernement français de l’époque il était dans le déni du terrorisme islamiste, n’accordant jamais le statut de réfugiés politiques aux démocrates (« menacés par l’opposition » sic).

Faire connaître le quotidien de la vie en Tunisie ou au Maroc comme en Algérie permettait de sensibiliser tout un public en France, mais aussi de favoriser les échanges entre démocrates des trois pays du Maghreb.

indépendance

Avant Internet, quand l’édition informatisée balbutiait à peine, faire un journal était tout autant qu’un travail intellectuel un ouvrage d’atelier (ici Nuance du Sud) ou photo, ciseaux et colle avaient leur part. Georges Rivière a créé la maquette et fait le suivi rédactionnel et les copains de l’imprimerie libertaire toulousaine Sacco offraient leur prestation. (Claude Bataillon)

Notre travail sur la revue ASMA a permis de récupérer cinq numéros, qui forment un ensemble :

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/17/asma-memoire-toulousaine-de-lalgerie/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/03/21/asma-n-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-3-2/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2019/05/28/asma-n-4/

http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/?s=asma

 Un flash retrouvé sur AYDA et sur Asma:

La naissance de Asma a été étudiée par Marion Camarasa dans sa thèse de maîtrise consacrée en 2000 à l’association toulousaine Ayda, sous la direction de Djamila Amrane, à l’Université Toulouse le Mirail (plus tard Jean Jaurès), sous la direction de Djamila Amrane:

http://marionca.chez-alice.fr/asma.htm

NOVEMBRE 1995 N°1
 LEZZAYER ALGÉRIE
 TUGDUT DÉMOCRATIE                 
 TAMSETLA SOLIDARITÉ

ASMA POUR LA DEMOCRATIE EN ALGÉRIE

Directrice de publication : Liliane Bourgeois
Comité de rédaction : Miloud, Abdelmadjid, « Charlie », Anne, Geneviève, Julien et Georges avec la participation de Aida, Mustapha, André, Annie, Saïd, A. Ghouirgate, Momo … et Gyps.

Maquette et réalisation : Georges Rivière
Flashage Nuances du Sud.
Impression: Sacco

Ces travailleurs des arts graphiques offrent une prestation à prix coûtant, en forme de solidarité avec le combat des démocrates algériens.
La revue, bimestrielle, est éditée par Ayda Toulouse. Sa rédaction est toutefois indépendante de l’association. Les articles, sauf indication, sont sous la responsabilité de leurs auteurs et ne sauraient engager politiquement l’association. La collaboration à la rédaction est ouverte à toutes celles et tous ceux qui ont fait leur le combat pour une Algérie démocratique, sans exclusive.
La revue est vendue 15 F.
Les commandes et abonnements sont à envoyer, en précisant «journal », accompagnés du chèque de règlement à : AYDA TOULOUSE 111P 363.31006 TOULOUSE cedex

C’est encore avec du retard qu’Asma paraît. Mais nous avons voulu l’améliorer. Avoir plus de textes d’Algérie. Plus d’informations. Les analyser plus « froidement »… Alors que rien ne s’y prête. Ni la facilité des contacts. Ni la presse algérienne qui, tout simplement, n’arrive plus. Ni le moral, parfois. « Stress multiforme » comme le dit, ci-contre, Serhane, à propos— il est vrai —d’une vie quotidienne tellement plus dure que celle de l’exil. Et puis tout un débat a été mené sur les élections. Piège pour certains, manipulation ou ouverture pour d’autres. Autour des candidats que nous présentons (pp. 1, 7 et 8) les interrogations vont bon train !

Lettre d’Algérie, mars 2019

Cette rue est à nous. Cette rue est nous.

 Au lendemain du gigantesque raz-de-marée humain qui a envahi Alger, nous nous laissons toutes et tous aller à un sentiment d’allégresse et de légèreté, teinté d’une certaine inquiétude quant à la suite. L’immense qualité de ces mobilisations qui nettoient le pays de la honte du troisième et du quatrième mandat n’est pas tant que ce séisme populaire a son épicentre et sa zone de fracture au cœur même du système, mais surtout peut-être ce que dit le mouvement par son existence même, sa manière d’être, la mutation des comportements ; pas seulement ce qu’il formule mais la façon dont il le formule.

C’est d’abordsa spontanéité et son autonomie. Il a surgi de toute part, comme d’une terre fissurée, embrasant toutes les willayas, du nord au sud, d’est en ouest, sans préparation occulte ni mot d’ordre concocté, à l’insu de toutes les organisations politiques et des collectifs de la société civile, qui avaient cependant diagnostiqué le mal-être du pays. Le couvercle qui étouffait tant de désirs de justice et de liberté, de frustrations, qui masquait tant d’humiliations, de mensonges historiques, de batailles réprimées, de victimes, et de pillage du patrimoine national, sautait avec toute la marmite. Le mépris, la hogra, était devenu insupportable et les jeunes étaient prêts à mourir en mer, sur des embarcations de fortune. Un slogan disait : « A force de nous mépriser, vous nous avez sous-estimé ». Il disait tout.

La « vieille taupe » avait creusé ses galeries sous le pied des dirigeants.

C’est aussison auto-organisation, son ordre de marche, tous les rouages se mettant spontanément en marche par une forme d’intelligence collective sous-jacente. La foule, massive, compacte, où il est difficile de se frayer un chemin, où tout peut arriver, fait preuve d’un calme stupéfiant, d’une sorte de douceur, d’une vigilance de tout moment, d’un souci particulier de son image. Elle en sait, cette génération facebook, l’importance. L’Algérien dément ici sa réputation de nervosité et d’impatience, il casse cette représentation : « silmiya, silmiya » devient un leitmotiv « pacifique, pacifique » (racine « slm », la paix comme dans salam ou islam). Même les jeunes qui grimpent sur les arbres ou les pylônes électriques sont sommés de descendre. Des comités de vigilance se constituent. Et lorsqu’un homme, adossé à un mur, dit doucement « Tous à El Mouradia » (le quartier où il y a le palais présidentiel) chacun sait qu’il s’agit d’un provocateur. Tout le monde a en tête la tentative d’incendie du Musée du Bardo, du Musée des Antiquités où l’attaque l’école des Beaux-Arts (la plaque commémorant l’assassinat du directeur des Beaux-Arts Ahmed Asselah et de son fils Rabah en 1994 a même été arrachée), en marge de la manifestation du 8 mars. Les chiens, lachés, y avaient tendu un piège aux policiers, poignardant plusieurs d’entr’eux. Il ne s’agissait pas, bien sur, des manifestants. De même des sacs remplis de pierres avaient été pré-disposés le long de la marche par des mains « mystérieuses », et ont été heureusement découverts. Vigilance. On connait, ici, les armes du pouvoir.

La marche devient un lieu de rendez-vous vigilant mais festif : les groupes d’ami.e.s se sont souvent regroupés par quartiers (des pancartes portent des noms de quartier, Birkhadem, Bouzareah, Draria), bricolant les panneaux improvisés sur des morceaux de carton, de contreplaqué, ou alors au contraire les ayant imprimé sur des supports sophistiqués, contrecollés. Ils ont concocté des déguisements aux couleurs nationales, crètes, casques, se sont habillés de drapeaux. Ils convergent, en ordre, vers le centre-ville. Tout est décentralisé et part des tréfonds de la ville : c’est la créativité joyeuse des quartiers populaires…

C’est encore la stupéfiante mue des comportements quotidiens qui en découle, le revirement à 180° des attitudes courantes. A une rue difficile, souvent morose, où domine le machisme et où les femmes sont trop souvent harcelées (il y a eu un long et pénible affrontement autour de la loi criminalisant la violence faite aux femmes et de l’introduction de la notion de harcèlement dans les lieux publics, jugées contraires « au loi de l’islam » par les islamistes : « on ne peut pas criminaliser un homme qui a été excité par une femme » a même dit un député de l’Alliance Algérie Verte ») répond une rue où femmes voilées ou pas, en abaya ou en jeans, ensemble, se réapproprient la rue sans crainte. L’abrogation du code de la famille, qui fait des femmes des mineures à vie, a été amendé, mais nullement abrogé. La lutte continue. Mais à cette situation inédite les « jeunes » répondent avec déférence, courtoisie, à tel point qu’une jeune femme se demande : « est-ce que ce sont les mêmes ? ». Pas de remarques déplacées ou de drague intrusive, mais une attention respectueuse de rigueur. Il y a une grande colère. Une détestation viscérale portée par l’immense énergie de la foule très jeune. Et il y a en même temps une grande douceur, une extrême gentillesse des gens. Etrange et émouvante coexistence.

C’est le rapport à l’espace public qui est transfiguré : qui vit en Algérie sait à quel point la déficience du service public affecte la propreté des villes, crée un environnement délaissé où les ordures s’accumulent et que chacun entretient à sa façon peu ou prou : comme si à la dépossession de l’espace politique devait répondre un désintérêt pour l‘état de la ville, territoire étranger et potentiellement hostile, séparé de l’intime, a contrario parfaitement entretenu. Soudain, alors que plus d’un million de personnes se trouve entassé dans les avenues, plus rien ne traine : les jeunes sont avec de grands sacs à ramasser méticuleusement papiers, canettes, emballages divers qui jonchent les caniveaux. Une manière de dire : « cette rue est à nous, cette rue est nous ».

C’est enfin l’humour, la dérision, l’ironie mordante des pancartes et banderoles qui n’est plus cette « politesse du désespoir » de la décennie noire, mais l’esprit de la reconquête. Chacun.e est sorti de son repli, s’est extrait de son facebook obsédant, des affrontements de la toile où beaucoup est amitié factice et facile ou bien détestation et haine instrumentalisées. Ici drapeaux national et berbère sont côte à côte, couleurs multiples d’un même pays qui prouve que diversité et unité sont complémentaires. « Tahia Djazaïr » (Vive l’Algérie) et « Enoua weguy th’Imazhighen » (Nous sommes des berbères) sont scandés simultanément,  sans doute au grand dam des incendiaires de tout poil. Les slogans fusent, les langages se mélangent avec un total respect ; les invectives de « séparatisme » ou d’ « islamo-baâthisme » sont exclues. Tout autant l’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiques, tant redouté, est totalement exclu des marches.

Tout fait preuve d’une intelligence politique, d’une capacité à subvertir les comportements et les mentalités à ce point massive et partagée qu’il semble impossible de revenir en arrière. Les chants de stade des supporters de l’équipe algéroise de foot-ball, le Mouloudia, illustrent clairement la contestation sociale du peuple. Le pouvoir s’y fait insulter.

Le peuple est dans la rue. Le pouvoir vascille… Tous les scénarios sont posés sur la table. Les pires et les meilleurs.

Bien fort est celui ou celle qui peut prédire ce que sera demain.

Georges Riviere (Alger, 16 mars 2019)

Rappelons que, à propos des événements du Mzab, voici quatre ans, nous avions eu droit à une plongée dans la vie politique algérienne dont il faut se souvenir… http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2015/10/13/3e-journees-franco-algeriennes-de-toulouse/

 

 

 

 

 

Model 2019: ça nous intéresse aussi

le danseur en voltige

Nous serons nombreux au MODEL 2019: pour nos amis lyonnais comme pour nous, c’est une descente, pas une montée (nous sommes au dessus de 100 mètres, les parisiens à 44 mètres…). De Haute Garonne viendront entre autre la revue Horizons maghrébins et l’historienne Abla  Gheziel! http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/2018/12/30/1768/

Voici le programme détaillé (version du 7 février)

http://coupdesoleil.net/wp-content/uploads/2019/02/Programme_MODEL19_06-02-2019-1.pdf

 

Abla Gheziel, société politique algérienne et histoire

Abla Gheziel, L’éveil politique de la société algérienne, révoltes, soumission, assimilation et nationalisme, 1830 1936, préface de Guy Pervillé, l’Harmattan, Histoire et perspectives méditerranéennes, 336 page, index des noms propres et des tribus, 2018.

Abla Gheziel est bilingue arabe-français, elle a fait ses études en Algérie comme élève et étudiante, puis y a été professeure. Elle a donc connu l’histoire telle qu’elle est enseignée en Algérie. Puis  l’histoire à la française lors de ses recherche, d’abord sur l’Algérie orientale avant la conquête, puis sur l’éveil politique algérien entre 1830 et 1936. Un vaste panorama où elle prend le risque d’embrasser un sujet immense. Aujourd’hui elle étudie « la laïcité et la langue arabe dans le système éducatif français ».

Eveil populaire des masses ? Il s’agissait pour de « futurs Algériens » qui étaient un peu sujets de ceux qui gouvernaient de façon autoritaire, mais surtout participants d’une religion universelle, et plus encore membres d’une communauté traditionnelle, de devenir des citoyens d’une nation sans souverain. Les Algériens, beaucoup plus que les autres « nations » du monde arabe ont connu la longue pénétration d’une pensée démocratique, mais frustrée, empêchée en permanence et ceci de façon particulièrement durable : cela dure cent trente ans en Algérie, contre 70 ans en Tunisie et 40 au Maroc. Par ailleurs, plus qu’ailleurs, il est difficile en Algérie de savoir à quelle légitimité attacher une nation. Les multiples discours républicains français concernaient l’assimilation à la nation française, en particulier depuis 1848. Mais parallèlement des légitimités dynastiques essaient de s’imposer : beaucoup plus que la « république » des corsaires d’Alger, le rattachement aux dynasties de la Turquie, ottomans, puis jeunes Turcs. Mais aussi les dynasties de la Tunisie, ou du Maroc.

L’auteur pour connaître les masses populaires et leur éveil politique doit chercher quelles élites parlent en leur nom : les leaders sont multiformes, élites francisées, mais aussi héritiers des grandes familles politiques, maraboutiques, confrériques. Le nationalisme se cherche parfois au nom d’une nation française idéalisée et accueillante, parfois dans une Umma (communauté des croyants) identifiée à la Turquie modernisée, parfois dans un Maghreb qui aurait ses spécificités au sein de l’Umma. Les moments clés de cette recherche d’identité nationale se trouvent autour de 1907 quand le système colonial veut imposer à la fois le recensement des populations et le service militaire, en 1919 quand reviennent d’Europe les travailleurs recrutés pour l’effort de guerre et les soldats démobilisés. Mais le moment le plus intense est vers 1926-1936 au moment où s’entre croisent les tentatives de plusieurs leaders : Ben Badis, Messali Hadj, Ferhat Abbas.

Les sources utilisées par l’auteure sont sans doute pour plus des 2/3 en français, le reste en arabe. Certes une masse de livres édités, mais plus encore l’immense archive du Gouvernement Général de l’Algérie et sa section d’affaires indigènes : on y trouve relatées les moindres réunions de toutes personnalités politiques, aussi bien en France que dans les moindres recoins de l’Algérie.

Un livre certes « brut de décoffrage » : l’éditeur a pris le texte de l’auteure tel quel et celle-ci est trop prise par son récit pour se soucier de détails d’écriture. Le lecteur, s’il est pris par sa lecture, a trop de choses à apprendre pour s’en soucier lui aussi. La recherche toulousaine sur l’histoire maghrébine s’enrichit et ça nous intéresse, à Coup de soleil!

Claude Bataillon