Les petits de Décembre


Kaouther ADIMI,  Les petits de Décembre,  Paris,  Seuil, 2019, 248 p. (Fiction & Cie).

K. A . est née en 1986, a fait ses études à Alger, puis en France, vit et travaille sans doute à Paris (comme en 2020)… Elle a publié déjà trois ou quatre romans, dont un a été publié aussi aux éditions  Barzakh‌…

Un roman, largement inspiré par une bonne connaissance du terrain et une multitude d’observations ( qui relèvent de la géographie, de la sociologie, de l’anthropologie sociale).

La romancière, une jeune algérienne de langue française, nous montre comment des enfants , garçons et filles, jouent au football dans un terrain vague d’un quartier d’une petite commune de l’ouest d’Alger et défendent ce terrain  contre les prétentions  d’accapareurs qui ont décidé d’en devenir propriétaires sur le bord de cette grande agglomération dans un pays privé de démocratie. Ces enfants vivent leur terrain comme un oasis de liberté ! (La romancière présente sans insister les accapareurs comme des officiers supérieurs en retraite).

J’ai lu ce roman deux fois. Je l’ai souvent rouvert, conquis par la façon dont la romancière décrit, raconte, imagine, invente son histoire. J’avais l’impression de me trouver sur le bord du terrain et à la frontière entre ses histoires très documentaires et l’Histoire tout court , celle de mes collègues historiens.

Ce que je trouve très fort c’est que la romancière a fait de ce terrain vague et de son usage par des enfants un miroir dans lequel les spectateurs, habitants de la localité du  11-Décembre, de la commune et de ses habitants, toutes générations confondues, se reconnaissent, s’identifient, découvrent leur solidarité, se sentent liés au destin des enfants , car tous, parents et voisins, se conduisent comme des sujets dans l’action ou le drame qui se noue et qui se jouent, car leurs gestes et leur engagement se fait imitation de l’obstination des enfants à préserver leur bien.

Il s’agit, au-delà du jeu de football, d’une tragédie. On la sent se nouer au fil des pages. Et quand j’arrive aux dernières pages, je me sens rajeuni, renvoyé à des concepts abordés quand je faisais des études… Il me semble que c’était chez Aristote qu’on pouvait trouver , à propos d’expression théâtrale, la notion de tension dionysiaque.

Pierre-Yves Péchoux,   géographe, Toulouse, 21 mai 2021.